Éditions du Noroît

  • «Le livre caché de Lisbonne» propose, à la suite d'une résidence d'écriture, dix-sept promenades dans une ville vécue comme un vaste atelier d'écriture, ponctuées par des citations d'écrivains, dont plusieurs portugais. Louise Warren, en prolongeant ses essais récents, y trouve une nouvelle formulation de son esthétique, une expérience intime, mais toujours ouverte à l'autre. Un regard très personnel se porte sur les «azulejos», sur l'architecture, sur le Tage, sur les ruines, entre autres. Les images représentant des espaces fermés, des fenêtres closes ou envahies par la végétation permettent d'imaginer ce livre caché qui, peu à peu, au rythme de la lumière et de la chaleur, se révèle à la lecture, laisse son empreinte dans l'imaginaire.

  • Tout ce que Louise Warren touche devient écriture. Ici, l'essayiste déplace son atelier et se donne de nouveaux objets. À partir d'une résidence d'écriture à l'Abbaye Val-Notre-Dame, dans Lanaudière, elle entrelace les expériences du paysage, de l'architecture, de la vie intérieure et de la création. La forme fragmentaire répond parfaitement aux nombreux trajets proposés à la lecture, incluant des notations quotidiennes, des éléments autobiographiques, une interrogation de l'espace vécu, l'accompagnement d'oeuvres d'art, l'écriture de la poésie et une contribution personnelle au Nature Writing. Installée dans la «chambre de solitude», l'auteure interroge le monde des symboles et développe sa conception de l'«enveloppe invisible», qui prolonge ses réflexions récentes sur le processus créateur. À en allant toujours à l'essentiel.
    Quatre dessins de l'architecte Pierre Thibault ponctuent le livre.

  • Cet ouvrage relate les treize journées d'une aventure poétique effectuée en 2017 le long de la rivière des Outaouais, entre Montréal et Rapides-des-Joachims. Le périple vise ultimement une falaise en bordure du Pontiac où furent érigées, dix ans auparavant, les «êtres de pierres» de l'auteur.
    Les croisements entre l'imaginaire, l'écriture et les réalités historiques génèrent des apparitions, des ébranlements. La trame des déplacements va de pair avec l'intensité des expériences vécues. Bien sûr, ce n'est point un guide de voyage qui décline les attraits incontournables d'une région, mais les textes invitent le lecteur à accompagner pleinement chacune des étapes de l'itinéraire, jusqu'au dénouement final.

  • Écrivain de tendance prolétaire issu d'une famille hassidique, Sholem Shternémigre à Montréal depuis Tishvitz, un shtetl de Pologne, à l'âge de vingt ans. Militant communiste, il est persuadé, comme bon nombre de ses camarades du Parti, que l'avenir de la culture yiddish se trouve en Union soviétique. Son idéal de voir les arts et lettres yiddish s'y développer sera détruit par des événements marquants, dont la Shoah et les persécutions des écrivains, artistes et intellectuels juifs soviétiques par Staline en 1952. Devant l'atmosphère hostile à l'endroit des Juifs qui règne alors en Europe et en Union soviétique, Shtern jettera son dévolu sur le Canada, qui devient un sujet de prédilection dans ses écrits. «Mon voyage au Canada» est rempli d'anecdotes amusantes: poètes ratés, alreytniks (parvenus), séducteurs et jeunes filles s'y côtoient à l'occasion du voyage en mer. Tout en révélant les distinctions claires entre les différents types d'immigrants qui prennent place sur le navire (on ne saurait confondre, par exemple, les Ukrainiens avec les Juifs polonais), «Mon voyage au Canada» illustre des sujets de discussion incontournables dans le monde juif de cette période.

  • Les lieux nous engendrent autant que nos père et mère. Ils donnent naissance à nos façons d'être et de parler, de vivre, d'aimer, même de mourir. Trois Grands Enfants explorent dans ses recoins les plus secrets la forêt montmorencienne, dans l'arrière-pays de Beauport, leur « port d'attache », dont ils se détachent petit à petit pour épouser le grand large que les bois incarnent avec leurs défis et leurs dangers. Ils y découvrent qu'ils ne sont pas encore nés : ils s'accoucheront dans la douleur et dans la joie, sortant peu à peu de leur longue incubation grâce à la puissance de la Poésie, langue première des bêtes et des plantes qui composent le peuple des forêts, cette grand partition de la vie à l'état brut qu'ils interprètent jusqu'à la dissonance et au charivari. Entre fable et poème, mémoire et essai, Port de terre met en oeuvre toutes les ressources du langage pour raviver le grand big bang qui nous ré-enfante à chaque instant.

  • Malgré la présence amicale, la chaleur familiale, « [j]e me sens en exil », a écrit Gilles Archambault dans "Qui de nous deux ?" (Boréal, 2011). Ce sentiment, créé par le décès de sa femme, est celui qui donne son rythme à "Sortir de chez soi". L'auteur y déambule dans le quartier McGill parce que sa maison - leur maison - abrite un silence invivable, bien que le passage du temps, comme un train, semble en avoir fait tomber les murs. Dès lors, dedans, c'est comme dehors, car « [j]'ai beau sortir de chez moi, je ne sors pas de moi. » Fuyant ainsi les souvenirs trop prégnants, il est rattrapé par eux au détour des rues.
    Il ne quittera pas pour autant cette maison qu'il voit comme « [s]on dernier ancrage terrestre », car il est « de ceux qui restent ». Il constate toutefois que la rue McGill érige toujours ses vieux bâtiments « d'allure britannique » qui « inspirent [...] un sentiment de crainte », de même qu'elle offre au désir « [c]es jeunes femmes qui prennent une glace aux tables du Van Houtte » et que, eux comme elle, « lui survivront ». Pourquoi marcher, alors, sinon pour hanter le passé qui lui « tient de plus en plus lieu d'avenir » ? La réponse viendra de la jeunesse des carrés rouges, dont il épousera dans la rue le mouvement, ravivant ainsi le souvenir de sa femme en une action qui le fasse sortir de lui-même.
    Cette sortie, elle apparaît également possible au détour d'une pensée : celle que, « enregistrer le présent, nourrir ainsi à peu de frais [s]a passion de la vie », pourrait se réaliser s'il prenait des photos - lui qui, comme il le confie, n'a jamais même possédé d'appareil. Or, le livre offre à son auteur et au lecteur une réelle sortie dans le quartier McGill grâce aux photographies de Erika Nimis qui accompagnent magnifiquement le texte en lui ouvrant de nouvelles avenues.

  • « Lettre à mon fils aurait pu être un autre sous-titre.
    Le parc Lafontaine, en un seul mot comme autrefois. C'est ce que j'avais spontanément répondu à Paul, ami poète et éditeur, qui m'invitait - il y a déjà dix ans - à participer à la collection « Lieu dit » qu'il venait de créer aux Éditions du Noroît.
    Pourquoi ? Parce que j'y ai passé presque toute ma vie, de la petite enfance à aujourd'hui, et qu'il occupe depuis près de 40 ans beaucoup de place et de pages dans mon travail de création - qu'il est donc déjà lié à l'acte d'écrire. En fait, il se retrouve, conjugué à plusieurs temps - époques et saisons diverses - dans plusieurs de mes livres, et tout particulièrement dans La promeneuse et l'oiseau (1980), Tombeau de Lou (2000), Pendant la mort (2002) et La marathonienne (2004). Comme lieu de refuge ou de liberté, de plaisir ou d'effroi, de promenade ou d'enlisement, de réflexion ou de fuite.
    Mais surtout - surtout - parce que tout récemment j'ai pris conscience qu'il était beaucoup plus qu'un lieu à côté duquel j'avais vécu. Qu'il était en fait ma maison, la maison d'enfance ou de famille que je n'ai jamais eue. S'y empilent - comme dans un grenier ou une cave - des tas de souvenirs, des plus intimes aux plus historiques. C'est dans ce coeur francophone de Montréal, en pleine « Grande noirceur », entre le monument à L.-H. La Fontaine, les ours noirs de l'ancien zoo et la statue à Dollard, que j'ai entendu pour la première fois le mot « orpheline » ; là que, depuis, la mort n'a jamais cessé de rôder ; là pourtant que l'art et les livres existent.
    Or, c'est parce que la mort y a été très présente - comme dans mes livres -, et que mon fils m'en a fait un jour la remarque, que j'ai eu envie de m'adresser à lui dans ce texte, sorte d'autofiction qui comporte deux parties : une première d'une trentaine de fragments disons... archéologiques où s'entremêlent le privé et le collectif, et une seconde où, après Joe Brainard, Georges Perec et quelques autres, je reprends la forme des Je me souviens. »
    D.D.

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