Poésie

  • NUIT, PENSER

    Toujours, depuis si longtemps, des poèmes: manières de voir ou de vivre, on le dit, mais peut-être aussi, un à un, manières de penser ou de vieillir, maintenant.

    Dix mille nuits sans dormir font des poèmes, encore. La nuit - avec tous ces objets qui s'échangent leurs noms et ces souvenirs qu'il faut inventer - fait des poèmes. Des yeux, dans l'obscurité, je cherche des mots qui me suivront jusqu'au lendemain, sans doute dans le bon ordre. Je fume, j'écoute les voix qui sont la mienne quand les autres dorment. Elles sont des poèmes.

    DIXHUITJUILLETDEUXMILLEQUATRE

    La mort de la mère: ce moment où le fils est anéanti et... libéré.

    Rarement la poésie a témoigné de façon aussi personnelle de l'entrée en agonie d'un parent. Quand la mort fait de la mère son pantin, le fils veut fuir ce qui crie entre les murs «gris de la couleur du jour de la chambre de la seule avec / Dieu qui gratte et Dieu qui tire et Dieu qui mord: / douzejuilletdeuxmillequatre».

    La mère en allée, la famille envolée avec elle, rien ne reste au poète que sa poésie pour trouver grâce devant leur mémoire.

  • Ce livre, c'est ma voix dessinée, c'est mon souffle qui prolonge un appel au dialogue.

    Je suis de la génération qui voit sa réalité changer de version chaque jour. Je suis de ceux qui déforment leur visage avec les traits de l'incertitude. Ceux qui parlent seuls parmi les pays dehors où personne n'écoute.

    Ma voix n'a de sens qu'entremêlée à la vôtre.

    Je parle. Parlons seuls.

    -

    Sur une scène, un homme assiste et participe aux dédoublements de sa voix. La lumière se porte sur le spectacle de sa pensée, ses réflexions sensibles. L'obéissance impure offre deux suites de poèmes où s'entremêlent violence et langueur sous le calme mensonger de la contemplation matérielle. Consciente de ses mécanismes, la poésie laisse une place aux images l'ayant précédée, les récupère comme autant de tissus rapiéçant le vêtement qu'enfile le poète.

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