CNRS Éditions via OpenEdition

  • Vraisemblablement chacun des lecteurs de ce petit essai s'est forgé dès l'enfance une idée de la maison. Mais cette idée n'est pas identique d'un individu à l'autre. Quand un Louis XIV pense maison, il peut songer au Louvre, à Saint-Germain-en-Laye, à Fontainebleau, à Versailles et rêver de constructions plus intimes : Trianon, Marly ! Pour celui qui est né dans un bidonville, la maison est un assemblage précaire de tôles, de planches et de cartons. Et peut-être rêve-t-il à ces maisons locatives décomposées en appartements dont l'agglomération fait la ville. Le même mot ne désigne pas la même chose pour chacun de nous, et, pour chacun de nous, il peut renvoyer non à une seule réalité mais à plusieurs. Pour le chercheur qui voudrait prendre en considération la durée et l'espace, la notion de maison en vient à recouvrir une variété d'objets presque infinie. Aussi n'est-ce pas par hasard si l'étude de la maison humaine intéresse une panoplie de disciplines parmi lesquelles on compte, sans épuiser les approches, la préhistoire, l'archéologie, l'histoire, la géographie, la technologie, l'ethnologie, la sociologie, la psychologie.

  • Mai 1909. La première saison des Ballets Russes en France fait un triomphe. Sur la scène du Châtelet, le public parisien voit surgir l'Orient dont ont rêvé ses peintres et ses poètes. Irruption des couleurs, gestuelle saccadée, remise à l'honneur de la danse masculine une révolution est en marche. Serge Diaghilev, créateur et mécène des Ballets, veut mettre en oeuvre un spectacle total, une esthétique de la surprise avec des artistes d'avant-garde qui bousculent les traditions. Une « peinture en mouvement », une « orgie de formes et de couleurs » où l'oeuvre picturale joue un rôle d'autant plus important qu'elle est conçue par rapport à la musique et à l'acteur. Natalia Smirnova fait revivre cette aventure exceptionnelle, associée à une superbe iconographie : tableaux, aquarelles, gouaches, esquisses de costumes, photographies des scènes de spectacles, des peintres, des danseurs... Le livre-événement pour fêter le centenaire des Ballets les plus célèbres du monde.

  • « C'est le 14 septembre 1964 au soir. Depuis le début de l'été, l'écrivain est sur un lit d'hôpital, à Pervograskaya, situé dans l'avenue Lénine. Il a emporté ses plus précieux manuscrits qu'il conserve auprès de lui et qu'il ne lâche pas, y compris le texte de Tout passe qu'il remettra en secret à Ekaterina Zabolotskaya, son dernier amour, la femme dont il s'est épris à la fin de sa vie. Il n'en dira rien, ni à sa femme ni à sa fille. Il sait déjà que le KGB rôde autour de ces textes. » « Vassili Grossman s'éteindra, à quelques heures près, le jour anniversaire de l'entrée des SS à Berditchev. »

  • Quel enfant fut Louis XIV ? Quel élève fut Louis XV ? Que signifie « éduquer un prince » ? La royauté s'enseigne-t-elle ? Quelles vertus, quels savoirs transmettre dans un monde qui voit évoluer la conception du pouvoir ? C'est cet aspect méconnu de la monarchie française que nous dévoile Pascale Mormiche avec l'éducation d'une quarantaine de princes, ces jeunes garçons qui, du xviie au xviiie siècle, étaient destinés à devenir de futurs rois ou des chefs de famille tels que les Conti, les Condé et les Orléans. De leur quatrième année chez les « femmes » à leur passage chez les « hommes » à sept ans jusqu'à l'âge du mariage, cette somme nous fait revivre leur apprentissage au quotidien. Cet ouvrage comporte trois volets : l'étude du personnel, précepteurs ou gouverneurs qui ont la lourde tâche de façonner ce prince idéal, puis l'analyse des principes éducatifs et des moyens mis en oeuvre, avant de décrire la « fabrication » pratique d'un prince, tant sur le plan des vertus, des savoirs que dans sa manière d'être. Une somme magistrale sur la formation des souverains, une plongée dans les coulisses de la monarchie. Où l'on découvre que, loin d'avoir été négligée, l'éducation des princes fut l'objet d'une méticulosité remarquable et constituait une véritable affaire d'État.

  • Le premier groupe de résistants français. Une organisation secrète consacrée à l'aide aux évadés, à la contre-propagande et au renseignement. L'histoire d'un réseau et l'histoire d'un homme, Boris Vildé, poète, linguiste, ethnologue, chef de ce mouvement né dès l'été 1940. A ses côtés, Germaine Tillion, Jean Cassou, Pierre Brossolette, Jean Paulhan, Anatole Lewitsky, Yvonne Oddon. Des intellectuels entrés en résistance au péril de leur vie, traqués par la Gestapo, dénoncés par la police de Vichy. Les précurseurs de l'armée des ombres. Une leçon d'héroïsme suivie et méditée par les acteurs de la France libre. Arrêtés en 1941, Boris Vildé et six de ses compagnons sont jugés par un tribunal allemand et condamnés à la peine capitale. Ils sont fusillés au fort du Mont-Valérien le 23 février 1942. Nourrie d'archives inédites, la passionnante enquête d'Anne Hogenhuis fait revivre l'aventure de ce réseau en prenant pour fil conducteur la vie hors norme de son fondateur, né russe, devenu français, intégré à la famille cordiale et exigeante des savants du Musée de l'Homme. L'histoire d'un engagement. Une nouvelle approche de la première Résistance.

  • Qu'est-ce qu'un « noir », un « métis », un « blanc » en plein siècle des Lumières, alors que la France pense créer la figure de l'homme universel ? Qui a inventé la « couleur de peau » ? Cet ouvrage fait revivre le grand débat qui vit s'affronter, sous la Révolution, adversaires et partisans du préjugé de couleur. Une querelle politique et philosophique, ouverte par la brusque remise en cause de l'ordre esclavagiste dans les colonies françaises d'Amérique. Deux hommes vont s'opposer à coups de libelles et de pétitions : Julien Raimond, fondateur de la Société des Citoyens de Couleur qui revendique l'« égalité de l'épiderme », et Moreau de Saint-Méry, porte-parole des colons. À partir d'archives inédites, Florence Gauthier offre à ses lecteurs de nouvelles perspectives pour comprendre le clivage qui oppose en France et dans le monde, les ambitions du différentialisme et de ses taxinomies à celles de l'universalisme et de son unité affirmée du genre humain.

  • La seconde partie de la grande épopée du Proche-Orient. Une somme réunissant les meilleurs spécialistes, par-delà tous les clivages partisans. 1917-1948. Bouleversement au Proche Orient, accélération de l´Histoire, ces trois décennies entraînent une profonde modification des données politiques, géopolitiques, ethniques, sociales, religieuses de la Palestine mandataire. Jusqu´au 14 mai 1948, naissance de l´État d´Israël, conséquence autant de la volonté des hommes que des stratégies internationales et d´une guerre mondiale. Cette période cruciale, dominée par la présence britannique, sur fond de prise de Jérusalem, voit l´émergence des nationalismes juif et arabe palestinien. « Avec l´avènement de l´Etat juif et le bouleversement qui en découle pour tout le Moyen-Orient, en parallèle à la constitution (ou non-constitution) de véritables entités arabes, l´implication des puissances européennes, sur le modèle qui prévalait depuis plus d´un siècle, n´est désormais plus d´actualité », écrit par Dominique Trimbur. Un livre indispensable pour mieux comprendre le temps présent.

  • Créatures bicéphales, frères siamois, colosses prodigieux, nains bossus, titans légendaires, ogres faramineux, chimères dénaturées, bêtes fantastiques, croque-mitaines fabuleux, nés des profondeurs obscures de l'eau, de la terre, du péché, du sortilège, de l'impénétrable justice de Dieu, de l'implacable malice du Diable... Ou de l'esprit bizarre de l'homme ? Comment le monstre vient-il à la vie ? Cette question a hanté tous les âges. Elle demeure une clé d'interprétation des imaginaires, des représentations et des cultures. Aussi est-ce dans les coulisses de la création et les arcanes de la reproduction que nous invite Olivier Roux, en inspectant les théories de la monstruosité de l'Antiquité à la Belle Époque, de Socrate et Aristote à Darwin et Freud. Sur plus de vingt siècles, philosophes, médecins, moralistes et théologiens ne cessent de polémiquer aux confins de la raison et de la foi, de la science et de la superstition. Le naturalisme s'oppose à l'exceptionnalisme, l'ordre des choses au désordre de l'univers, et les inventions les plus cocasses aux ratiocinations les plus baroques. Génération spontanée, mixité des espèces, force de l'imagination des femmes enceintes, théories de la ressemblance : de l'enfant monstrueux considéré comme illégitime à la difformité comme sanction morale ou au prodige à valeur prophétique, voici un voyage dans les mentalités dont nous sommes les héritiers. Une somme exceptionnelle.

  • Aboutissement d´une exploration systématique de toutes les sources disponibles, tant latines qu´orientales, ce gros ouvrage constitue une somme encore inégalée sur l´histoire des croisades et du royaume latin de Jérusalem. L´édifice repose sur une étude attentive de la situation de l´Orient musulman et de l´Occident chrétien, à la fin du XIe siècle. Dans ce tableau viennent naturellement s´insérer la prédication et l´organisation de la Première Croisade. Pauvres et riches, piétons et chevaliers prennent la route de Jérusalem, conquièrent la Ville sainte, après "mainte souffrance, et y établissent le coeur d´un nouvel État progressivement conquis. Le réveil du djihad suscite les Deuxième et Troisième Croisades, inégalement fructueuses. À la fin du XIIe siècle, le redressement du monde latin conduit à l´avènement d´un second royaume, centré sur la ville d´Acre, mais réduit à un liseré côtier. Après les espoirs que font naître Frédéric II puis saint Louis, les Mamlûks prennent le dessus, le royaume se désagrège jusqu´à la catastrophe finale de 1291. La précision du récit événementiel laisse place à de larges échappées sur les institutions et la société des États latins, résultat de la première colonisation qu´ait établie l´Occident chrétien en terre étrangère. Tant par l´élégance de son écriture que par la richesse de l´information, l´oeuvre de Joshua Prawer reste un monument de granit dans l´historiographie de l´Orient latin.

  • Pendant longtemps, l'histoire n'a retenu de la Première Guerre mondiale en Orient que le rôle de son brillant agent Lawrence d'Arabie. Le succès mondial des Sept piliers de la Sagesse a fortement contribué à répandre la vision d'une nation arabe en quelque sorte créée par les Britanniques et à l'inverse repoussée avec virulence par les Français. S'appuyant sur des fonds d'archives français en grande partie inédits, Vincent Cloarec entreprend ici une relecture non seulement de l'action britannique mais également des rapports entre Français et Arabes au début du xxe siècle. Il montre que la France tient une place prépondérante en Orient jusqu'à la guerre, grâce à la mise en place par la IIIe République d'une véritable « civilisation levantine ». Il souligne la vigueur d'une politique partagée entre maintien des formes d'influence traditionnelles et volonté d'accompagner les changements identitaires en cours : la France est à l'origine des principales initiatives prises en Orient durant la guerre, notamment celle aboutissant à la révolte arabe de 1916 et, au milieu de la guerre, elle amorce une véritable politique arabe qui annonce la diplomatie gaullienne des années 1960. L'auteur analyse également les contradictions de son action, fondées essentiellement sur l'absence d'une vision claire de la Syrie et des Syriens, ainsi que sur la crainte de l'émergence d'une nation arabe. Ces incohérences aboutissent à la fin de la guerre - puis à travers les traités de 1919-1923 - à cette aberration que sont les mandats de Syrie et du Liban. Vincent Cloarec, dans la tradition des grands travaux de l'histoire des relations internationales, s'attache à démonter tous les ressorts d'une politique de puissance en redonnant pleinement sa place à l'un des axes majeurs des relations franco-arabes depuis un siècle : la politique culturelle.

  • Les premières années de la ve République ont vu dans le domaine de l'armement une série de réorganisations et de décisions qui ont commandé pendant des années la situation de ce secteur, souvent jusqu'à aujourd'hui. Cet ouvrage, auquel participent aussi bien des historiens que des acteurs majeurs de l'époque, replace cette question complexe dans ses différents cadres : institutionnel (création de la Délégation ministérielle pour l'armement), économique et financier (premières lois de programmation militaire, exportation d'armes), innovation technique (Mirage IV, circuits intégrés). Le contexte international et les politiques publiques ont ici un fort impact et sont étudiés en détail : que ce soit les rapports avec l'OTAN pour l'armée de l'air, la genèse de la force de dissuasion nucléaire avec le choix de ses différents vecteurs ou l'industrie de l'hélicoptère lors de la guerre d'Algérie, la coopération industrielle avec l'Angleterre ou l'Allemagne. Cet ouvrage de synthèse qui est pionnier en la matière ouvre de larges perspectives tant sur les relations internationales que sur l'histoire économique et industrielle de la France gaullienne.

  • À la fois fête des peuples et fête de la beauté, les Jeux olympiques de Berlin ont été immortalisés en 1936 par Leni Riefenstahl. Mais comment les « dieux du stade » ont-ils contribué à l'affirmation des nazis sur la scène internationale ? Et comment comprendre l'incroyable puissance fusionnelle de ces célébrations politico-sportives ? À partir d'archives inédites, Daphné Bolz montre comment les régimes d'Hitler et de Mussolini ont soumis le sport à leurs objectifs de propagande. L'architecture des stades fut mise au service d'un univers symbolique mêlant mythologie de l'Antiquité et signes de la modernité. Daphné Bolz décrypte les codes de cette esthétique destinée à mettre en scène le triomphe de l'Homme nouveau par et dans le combat sportif. Une étude ambitieuse qui éclaire la genèse de la « religion fasciste ».

  • Les liens politiques de la France avec les États du Levant ont fait l´objet de nombreuses études historiques. L´auteur s´attache ici à étudier, dans le contexte des mandats et de la Seconde Guerre mondiale, la présence ambiguë de l´armée française au Levant de 1936 - année de la négociation des traités d´indépendance concernant la Syrie et le Liban - à 1946, date du désengagement de la France. Les militaires français, tout-puissants au Moyen-Orient, subissant le contrecoup des décisions hésitantes prises à Paris, se sont mal accommodés de l´accès à l´indépendance de certains États. De la volonté de créer un second front aux conséquences désastreuses de l´armistice, deux armées françaises vont s´affronter sur le terrain avec l´arbitrage des Britanniques. Maurice Albord, s´appuyant sur des fonds d´archives pour la plupart inédits, montre comment les maladresses accumulées obligeront la France à quitter définitivement le Levant.

  • Il a gouverné la France pendant huit ans, mais son ombre, ou son rayonnement, s'étend sur trois siècles. Il a été considéré, tour à tour et simultanément, comme l'incarnation des vices les plus noirs et des vertus les plus sublimes ; comme le comble de la frivolité et celui de la profondeur politique ; comme le symbole de la décomposition de la monarchie et celui de la modernité. Il est passé par les mains de la princesse Palatine, sa mère, de Saint-Simon, son ami, de Montesquieu, de Crébillon, de Prévost, de Dumas, de Michelet, de Féval, de Bertrand Tavernier, d'Eve de Castro et de bien d'autres, plus obscurs et plus cruels. Qui en sortirait indemne ? Ce livre tente de reconstituer la logique des métamorphoses du Régent, de 1715 à nos jours, en observant les infinis arrangements - des plus folles inventions à la terne répétition des stéréotypes - qu'a suscités la rencontre de ce personnage avec des contextes idéologiques et des genres littéraires variés. Denis Reynaud est professeur de littérature à l'université Lumière-Lyon 2. Chantal Thomas est écrivain et directrice de recherche au CNRS. Comme la plupart des auteurs de ce livre, ils sont membres du Centre d'étude du XVIIIe siècle (UMR LIRE, CNRS-Lyon 2).

  • Le Dictionnaire de pédagogie est initié et dirigé par F. Buisson au moment même où il devient l´un des acteurs principaux des réformes engagées par la Troisième République. Cette oeuvre monumentale donne de l´école républicaine une image complexe, dès lors qu´on l´aborde, comme l´ont fait ici onze spécialistes de l´histoire de l´enseignement, à partir des discours tenus sur les savoirs scolaires. C´est que ces discours accueillent un débat ouvert et contradictoire, véritable guerre des anciens et des modernes : les tenants d´une éducation primaire « libérale » et « humaniste » affrontent ceux qui continuaient à se référer à une école bornée par l´utilité pratique des connaissances qu´elle dispense aux classes populaires qui la fréquentent. D´un champ disciplinaire à l´autre, et même à l´intérieur d´un même champ, les lignes de force de cet affrontement varient, mais partout une volonté réformatrice s´affirme et se heurte aux réalités de la forme scolaire. Pourtant, ce jeu subtil et changeant qui met dans la première édition du Dictionnaire (1882-1887) l´idéal réformateur à l´épreuve de l´école réelle se recompose trente ans plus tard au profit d´un Nouveau Dictionnaire (1911) à la doctrine pédagogique plus lisse et plus désenchantée. Ce que le Dictionnaire dit des savoirs scolaires permet alors de suivre, d´une édition à l´autre, l´aventure d´une entreprise réformatrice et, très loin des stéréotypes actuels sur l´école républicaine, d´en dégager le sens.

  • La transition de l´économie de chasse-cueillette à l´économie agricole en Méditerranée centrale et occidentale s´effectue essentiellement entre le VIIe et le IVe millénaire avant J.-C. Cette période voit s´implanter un type d´économie totalement neuf, générateur de mutations rapides et souvent irréversibles au plan de l´environnement. À ce titre les mutations de cette période jouent un rôle essentiel dans l´évolution ultérieure des sociétés et de leur cadre de vie et participent au fondement même du monde rural protohistorique et historique. C´est la première fois que de la mer Égée au Portugal et à la façade atlantique de l´Europe sont confrontés les résultats de nombreux spécialistes relevant de plusieurs disciplines, qu´ils soient archéologues, physiciens, géographes ou palynologues, anthracologistes, faunistes, sédimentologues ou pétrographes. Au cours de ce Colloque la genèse du monde rural a été traitée, autant que possible, dans la totalité de ses aspects : chronologie, variation des niveaux marins, mutations de l´environnement, impacts humains sur le paysage et les sols, caractères des premiers élevages, débuts de l´agriculture, circulation des matériaux, diversité des expressions culturelles de l´Égée et de l´Adriatique jusqu´à l´Atlantique.

  • Doit-on faire de la Seconde Guerre mondiale le facteur clef de la décolonisation ? Tout peut-il s'expliquer par la défaite française de 1940 ? Les populations, du Maghreb à Madagascar, de l'Afrique Noire à l'Indochine, attendaient-elles, déjà en fait, la

  • Beauvais est au XVIIIe siècle un centre textile important qui commande alentour une vaste région lainière. Mais cette ville moyenne, d´environ 12 000 habitants, n´avait pas fait, comme bien d´autres, l´objet d´une approche systématique de population urbaine. L´étude démographique que nous propose ici Jean Ganiage repose sur le dépouillement exhaustif de l´état civil ancien. Outre des analyses fines de la nuptialité, de la natalité, de la fécondité et de la mortalité, et des reconstitutions parfois très vivantes de la ville et de ses habitant, l´auteur met en avant, de manière significative, une diminution rapide de la fécondité dès le milieu du XVIIIe siècle. À la fin du règne de Louis XV la ville avait seulement réparé les pertes que lui avaient fait subir les crises de la fin du XVIIe siècle.

  • Islam et intégration sont fréquemment considérés en France, voire en Europe, comme antinomiques. Aux États- Unis, les musulmans du sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) offrent pourtant l'exemple d'une population qui semble avoir bien réussi

  • Aboutissement d'une exploration systématique de toutes les sources disponibles, tant latines qu'orientales, ce gros ouvrage constitue une somme encore inégalée sur l'histoire des croisades et du royaume latin de Jérusalem. L'édifice repose sur une étude attentive de la situation de l'Orient musulman et de l'Occident chrétien, à la fin du xie siècle. Dans ce tableau viennent naturellement s'insérer la prédication et l'organisation de la Première Croisade. Pauvres et riches, piétons et chevaliers prennent la route de Jérusalem, conquièrent la Ville sainte, après mainte souffrance, et y établissent le coeur d'un nouvel État progressivement conquis. Le réveil du djihad suscite les Deuxième et Troisième Croisades, inégalement fructueuses. À la fin du xiie siècle, le redressement du monde latin conduit à l'avènement d'un second royaume, centré sur la ville d'Acre, mais réduit à un liseré côtier. Après les espoirs que font naître Frédéric II puis saint Louis, les Mamlûks prennent le dessus, le royaume se désagrège jusqu'à la catastrophe finale de 1291. La précision du récit événementiel laisse place à de larges échappées sur les institutions et la société des États latins, résultat de la première colonisation qu'ait établie l'Occident chrétien en terre étrangère. Tant par l'élégance de son écriture que par la richesse de l'information, l'oeuvre de Joshua Prawer reste un monument de granit dans l'historiographie de l'Orient latin.

  • Le Journal de Kafka, tenu durant les quatorze dernières années de sa vie, de 1909 à 1923, est une oeuvre d'une importance majeure. Mémorial d'une existence singulière, il évoque les expériences fondatrices de l'auteur : sa fascination pour des écrivains tels Goethe, Kleist, Dickens, Strindberg, Dostoïevski ou Werfel, sa découverte du théâtre yiddish et ses retrouvailles avec un judaïsme refoulé, sa rencontre épistolaire avec Felice puis Milena, ses errances dans une Prague adorée autant qu'haïe, ses affres d'écrivain et ses interrogations métaphysiques, son mal-être corporel, sa maladie. Mais le Journal est aussi un manifeste poétique et un atelier d'écriture. Kafka, jour après jour, y élabore les thèmes et les figures majeures de son oeuvre et, dans les multiples ébauches de récits et de romans, travaille son écriture, parvenant à ce style dont la pureté et la densité suscitent une expressivité maximale et une interprétabilité infime. Dix ans après sa publication intégrale chez Fischer, il était temps de rendre hommage à ce laboratoire d'écriture si précieux pour la compréhension de l'homme et de l'oeuvre. La critique génétique, attentive aux brouillons, ébauches et fragments qui témoignent de la genèse du texte de Kafka, permet en effet de voir dans le Journal un véritable work in progress où s'élabore une oeuvre certes fragmentaire et inachevée, mais d'une qualité littéraire, d'une richesse thématique et d'une profondeur philosophique exceptionnelles.

  • Nationalisme, minorité, identité, communauté... Ces termes qui ont fait un retour en force dans les années 1990 prennent une résonance particulière en Méditerranée orientale, des Balkans à l´Égypte en passant par la Turquie et le Proche-Orient. Il s´agit

  • « Purification ethnique » : en pleine guerre yougoslave (1992), apparaît cette dénomination jusque-là inédite, aux côtés d'expressions comme « épuration ethnique » ou « nettoyer ethniquement ». Avec ce néologisme, ...

  • Les ordres mendiants, agents essentiels de la spiritualité des derniers siècles du Moyen Âge, sont intimement liés à leur univers habité : leurs couvents. Fondés sur des principes structurels, esthétiques et fonctionnels qui leurs étaient propres, ces complexes architecturaux à vocation nettement polyvalente, répondant aux activités religieuses, communautaires et intellectuelles des religieux tout comme aux besoins de l'encadrement des fidèles, constituaient le contrepoint édilitai

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