Calmann-Lévy

  • La fuite en Suisse
     
    Les Juifs à la frontière franco-suisse durant les années de «  la Solution finale  » Itinéraires, stratégies, accueil et refoulement
     
     
     
    À l'été 1942, «  la Solution finale de la question juive  » est déclenchée aux Pays-Bas, en Belgique et en France. Des milliers de Juifs prennent la fuite en direction de la Suisse, à travers la zone occupée ou la zone libre. Beaucoup sont arrêtés pendant leur voyage et déportés. Certains atteignent néanmoins la frontière helvétique.
     
    La Suisse, attachée à sa politique d'immigration ultra-restrictive à tonalité antisémite, se voit acculée à l'adoption de mesures d'urgence  : elle entrouvre ses portes à certaines catégories de fugitifs. Mais son attitude, chaotique et peu lisible, reflète des tensions internes. Plus de 12  500 Juifs venus de ou à travers la France sont accueillis. Près de 3  000 sont refoulés et abandonnés à leur sort -  tous, cependant, ne périront pas en déportation.
     
    Cet ouvrage est le premier à s'appuyer sur les archives conservées de part et d'autre de la frontière  : dossiers helvétiques des réfugiés, dossiers préfectoraux français, archives des organisations d'entraide et sources mémorielles. Il retrace ce périlleux voyage vers la Suisse, qui perdure jusqu'à la Libération, malgré les régimes changeants des territoires traversés et, au bout, l'inconnu de l'accueil ou du refoulement. Il dessine aussi les profils des acteurs qui se croisent alors  : les Juifs qui se décident pour la fuite  ; les exécutants et collaborateurs de la politique d'extermination  ; les responsables suisses à la ligne politique (hélas  !) fluctuante. Il fait revivre enfin les réseaux, payants ou bénévoles, de passeurs, que viennent peu à peu renforcer les solides réseaux de la résistance juive, pour qui la Suisse devient un outil de la panoplie de sauvetage.
     

  • «  Auschwitz ce n'était rien [après Treblinka], Auschwitz c'était un camp de vacances.  »
    Ainsi s'exprimait Hershl Sperling, l'un des très rares survivants du plus effroyable centre de mise à mort de l'Aktion Reinhard. Son propos peut sembler sacrilège au lecteur peu informé de la réalité de Treblinka. En effet si le nom de ce site est connu, son histoire, comme celle de Belzec et de Sobibor, l'est beaucoup moins, les nazis ayant pris grand soin d'effacer les traces de leur entreprise barbare, de liquider les derniers témoins et de raser les vestiges qu'ils abandonnaient. D'où le défi que pose cette «  impossibilité de rendre compte  ». Ainsi, dès 1943, le site de Treblinka avait-il déjà repris l'aspect d'une exploitation agricole.
    Dernière halte d'un chemin noir tracé depuis Berlin, Treblinka, parmi tous les centres de mise à mort, devança Auschwitz en efficacité. C'est là que la destruction des Juifs fut le plus «  expéditive  »  : près d'un million de personnes y furent assassinées en 400 jours. S'appuyant sur des sources inédites, Michal Hausser Gans décrit en détail, depuis sa genèse, le fonctionnement du camp, soulignant les transformations entreprises pour perfectionner la machine de mort. Jusqu'à la révolte du 2  août 1943, relatée par certains des survivants qui, contre toute attente, parvinrent à gripper la machine de ce modèle insurpassé de l'industrie génocidaire.
    Cette étude exhaustive permet pour la première fois de rendre accessible à un large public la confrontation avec «  le pire du pire  » et avec ce cheminement vers l'horreur que l'Europe échoua si longtemps à déchiffrer.

  • Entre 1943 et 1944, Leïb Rochman, auteur du chef d'oeuvre À pas aveugles de par le monde, vit caché dans des conditions extrêmement difficiles, quelque part en Pologne. D'abord dans la double cloison d'une cuisine chez une paysanne, avec sa femme, sa belle-soeur et deux amis. Puis dans un grenier et enfin dans une fosse.
    La voix de Leïb Rochman, incantatoire et douloureuse, décrit la catastrophe qui les oblige à vivre ainsi. Cette souffrance fait écho à la destruction du peuple juif tout entier.
    En dépit de la peur omniprésente, des maladies, de la faim et du froid, tous continuent d'observer l'essentiel des commandements de la foi juive ; c'est là l'un des aspects les plus poignants de ce témoignage.
    /> Rochman dit son aspiration à bâtir une vie nouvelle comme à se reconstruire en tant qu'être humain, dans un lieu où les Juifs seraient enfin les maîtres de leur destin. Un État juif, précise Rochman, en Eretz Israel. Là même où il s'éteindra en 1978.
     

  • Avec la publication d'une partie des archives d'Oneg Shabbath chez Fayard, il y a dix ans, la traduction de ce Journal complète l'édifice des voix d'outre-tombe venues du judaïsme de Varsovie.
     
    Quelques semaines après l'invasion allemande, pressentant avec beaucoup d'autres que des temps lourds de dangers encore imprécis s'ouvrent devant eux, Ringelblum met sur pied une équipe de collecte d'informations qui se réunit chaque samedi. D'où le nom du groupe, Oneg Shabbath (Onegh Shabbès en yiddish), «  la joie du shabbat  ».
    La finalité de cette collecte va changer avec le temps  : de preuves pour l'après-guerre, elle devient, quand se confirme l'extermination dans la première moitié de l'année 1942, une accumulation de preuves pour les générations à venir. Preuve du désastre sans précédent qui prétend éradiquer un  peuple décrété  «  en trop  » sur la terre.
    Parallèlement Ringelblum tient son Journal, en yiddish, de façon intermittente, en langage parfois haché, voire sibyllin. Au fur et à mesure que passent les mois, la description de la misère effroyable et volontairement organisée par les Allemands prend le dessus. Comme s'impose aussi la description de la trahison d'une partie des classes dominantes juives, la bassesse de beaucoup, voire la trahison d'une poignée. Mais il met aussi en lumière la solidarité d'un grand nombre et la vivacité de la résistance culturelle à ce martyre. Reste que ce texte est un réquisitoire implacable, par des notations sèches, jamais emportées par une indignation de posture ou outrancière, de l'égoïsme de classe qui structure les sociétés juives. Comme les autres.
     

  • Historien, Willy Cohn est l'une des figures intellectuelles majeures de la Breslau juive de l'entre-deux-guerres. Préoccupé par le cours des choses dès l'avènement de Hitler, Willy Cohn se fait pour sa descendance, comme pour la postérité au sens large, le chroniqueur du destin des Juifs et du judaïsme avant ce qu'il pressent devoir être la fin d'un monde, le sien et celui des siens.
    Il consacre donc toutes ses forces, jusqu'aux dernières heures avant sa déportation, à écrire et fait en sorte de remettre en lieu sûr un témoignage qui s'avère exceptionnel. Il le fait en historien, qui enregistre les restrictions des droits, les spoliations, les privations  ; en Juif allemand, qui tient désespérément à l'Allemagne pour laquelle il a combattu durant la Première guerre mondiale  ; en homme pieux qui croit à la force de l'histoire juive, il fait part des contradictions qui le minent, de ses hésitations sur la conduite à tenir  : fuir ou non, que faire en Palestine  ? Il n'eut pas le temps ni les moyens de partir et fut assassiné avec sa seconde femme et leurs deux fillettes à Kaunas en Lituanie, tandis que sa première femme fut gazée à Auschwitz.
     
    Avec cette version abrégée, le Journal de Breslau ici présenté nous livre un document précieux, que la presse allemande a comparé au témoignage de Victor Klemperer, et qui a eu un retentissement immense à sa parution. Il nous fait prendre exemplairement la mesure de ce que fut la destruction programmée des Juifs en Europe sous le nazisme.
     
    Né en 1888 à Breslau, alors ville du Reich, (aujourd'hui Wroclaw en Pologne), Willy Cohn enseigne l'histoire au lycée et se consacre à des recherches sur l'histoire de la Sicile à l'époque normande. Ses ouvrages font aujourd'hui encore référence. Politiquement engagé, il écrit notamment des biographies sur Marx, Engels, Lassalle, et rédige des articles sur l'histoire juive. Il a également laissé des Mémoires.
     
    Traduit de l'allemand par Tilman Chazal
     

  • Le 14 août 1942, Hannah, l'épouse d'Yitzhak Katzenelson, et leurs deux plus jeunes garçons, Ben Zion et Benjamin sont convoyés vers Treblinka depuis le ghetto de Varsovie. Katzenelson et son fils aîné, Zvi, en réchappent et travaillent alors quelques mois dans un atelier allemand situé dans les décombres du ghetto. Sans illusion sur le sort réservé à sa femme et ses enfants, celui qui est l'un des plus grands poètes juifs du xxe siècle cesse alors d'écrire.
    Grâce à la Résistance juive qui cherche à le protéger, il obtient des faux papiers de l'État du Honduras qui lui permettent de quitter la Pologne. Le 22 mai 1943 Katzenelson et son fils sont envoyés au camp de Vittel, en France, un camp pour « personnalités », c'est-à-dire des ressortissants de pays alliés ou neutres détenus comme d'éventuelles monnaies d'échanges.
    Miné par une terrible dépression, craignant de basculer dans la folie, Katzenelson écrit quelques lignes dans son journal puis s'emmure dans le silence. Ce n'est qu'à la veille de l'anniversaire de la liquidation du ghetto de Varsovie, qu'il commence à tenir véritablement son Journal. Bien qu'il ne coure que sur deux mois seulement, il s'agit là d'un document exceptionnel d'une rare intensité.
    À l'amie de Vittel qui le presse d'écrire, il répond : « Je ne peux pas écrire. Il n'existe pas de mots pour (...) décrire [ces horreurs] ; ils n'ont pas encore été créés. » Mais c'est aussi le même homme qui lui déclare un autre jour : « Non ! Non ! Cela doit être écrit. Le monde entier doit savoir ce qui est arrivé. (...) Tout doit être raconté. »
    C'est le témoignage d'un homme brisé qui survit dans un entre-deux de la mort. Dans un cri poignant, le poète mentionne déjà l'extermination par balles, les déportations et les chambres à gaz. Mais surtout, avec une terrible préscience, il avance dès 1943 le chiffre de six millions de Juifs assassinés.
     

  • Situé près de Lodz, en Pologne, le camp de Chelmno fut établi à partir de décembre 1941 à l'initiative d'Arthur Greiser, gouverneur de la province, afin de résoudre, selon ses mots, un « problème juif local ». Sans barbelés, sans rangées de baraquements, sans miradors, le camp était dépourvu des éléments qui seront communément associés plus tard aux centres de mise à mort. Sa capacité était limitée, et il fonctionnait avec trois camions à gaz.
    Les victimes - des enfants, des vieux et des malades, considérés comme des « bouches inutiles » - étaient acheminées dans le camp, tuées et jetés dans des fosses : il s'agit là de la première véritable usine de mort. Ce « modèle » fut repris et « amélioré » dans les trois camps de l'Aktion Reinhard (1942-1943), faisant ainsi de Chelmno l'étape préliminaire et essentielle vers le meurtre de masse dans les chambres à gaz de Belzec, Sobibor, Treblinka, Maïdanek et Auschwitz-Birkenau.
    Extrêmement fouillée et documentée, cette étude, saluée par la critique, marque l'aboutissement de vingt ans de travail. Elle vient combler une lacune importante et met pour la première fois en lumière les tâtonnements et les hésitations des tueurs. Point par point, elle explore les débuts de la mise en oeuvre de la destruction du judaïsme polonais, coeur du judaïsme européen.
     

  • Si notre perception de l'occupation allemande de Kiev pendant la  Seconde Guerre mondiale s'est affinée à la lumière de nombreux  documents exhumés récemment, elle cerne surtout les aspects  militaires, politiques et administratifs de la présence ennemie. Ces  Carnets de Kiev donnent au contraire à voir la vie des habitants et  de la ville entre 1941 et 1943.
      Jeune bibliothécaire issue de la bourgeoisie russe traditionnelle,  Irina Khorochounova a consigné dans son journal, rédigé dans  un style sobre et précis, les événements survenus dans la Kiev  occupée. Travaillant au contact des Allemands, elle décrit avec  force détails des épisodes douloureux tels que la collaboration, le  pillage des bibliothèques, les prisonniers de guerre, le marché noir,  les expulsions et la terreur qu'inspirent dans toute la population les  rafles pour le travail forcé en Allemagne par les forces d'occupation.  Comme l'arbitraire qui y préside. En leitmotiv revient, depuis le  premier massacre dans le ravin dit de Babi Yar (29-30 septembre  1941), le martyre spécifique des Juifs, leur sort singulier dans cet  océan de violences, et leur disparition d'un monde empreint de  leur présence séculaire et familière.
      Compte-rendu au jour le jour de la vie de Khorochounova et de ses  compatriotes au cours de ces sombres années, ce journal, conservé  dans les Archives des Organes du pouvoir et de direction de la  République d'Ukraine et inédit en français, livre un témoignage  sensible de la guerre telle que l'ont vécue les civils de Kiev.

  • Le rôle de la Waffen-SS dans la Shoah - essentiellement en 1941  et 1942 - est l'une des friches de la recherche : jusqu'ici, aucune  monographie ne lui a été consacrée. De même la participation  du Kommandostab Reichsführer-SS de Himmler est-elle encore  largement inexplorée, fait d'autant plus étonnant que lejournal de guerre de 1941 du Kommandostab est édité depuis  longtemps et que la progression meurtrière des brigades de  Himmler dans l'est de l'Europe est donc connue.  S'appuyant sur de nombreuses sources, Martin Cüppers  montre que la responsabilité de la Shoah ne repose pas sur  les seuls bataillons de  l'Ordnungspolizei et des unités du  Reichssicherhauptamt de Heydrich, mais que la Waffen-SS et  le Kommandostab y participèrent activement. 

  • « Premier compte rendu complet de la tragédie vécue par les Juifs de Pologne, cet ouvrage constitue un témoignage pour le tribunal qui siégera un jour. »Ignacy Schwarzbart, membre du Conseil national de la République polonaise, 1943À la publication de ce livre en octobre 1943, plus de 80 % des victimes de la Shoah ont déjà été assassinées. L'Aktion Reinhardt, qui a causé la mort de la plupart des Juifs de Pologne, touche à sa fin. Ville par ville, cet ouvrage présente toutes les étapes du génocide : l'entrée meurtrière des Allemands sur le sol polonais (le Blitzpogrom), la ghettoïsation, les déportations et l'extermination. Il constitue un état des lieux précis et implacable fondé sur une multitude de témoignages et d'articles de journaux officiels ou clandestins. On y trouve notamment des extraits du rapport de Jan Karski, alors en mission d'espionnage au service du gouvernement polonais réfugié à Londres.

  • « J'étais possédé par la passion d'écrire des notes qui me permettraient plus tard (je le pensais déjà) de reconstruire l'histoire inouïe de la région de Zamosc et de la Pologne. » 
    Médecin et directeur d'hôpital dans une petite ville de l'est du pays en 1939, Zygmunt Klukowski rapporte au jour le jour, « les dents et les poings serrés », ce qu'il a vu du génocide des Juifs, perpétré sous les yeux de tous. Il dit comment ils furent discriminés, expropriés, humiliés, battus, puis déportés vers un centre de mise à mort quand ils n'étaient pas assassinés sur-le-champ. Au fil des lignes s'étire ce long martyre protéiforme perpétré par l'occupant allemand et ses complices, commis dans l'indifférence, voire applaudi sinon encouragé par une partie de la population chrétienne. 
    Mais Klukowski témoigne aussi de la féroce répression allemande à l'encontre des Polonais non juifs, du pillage de leurs biens, de l'enlèvement de leurs jeunes enfants envoyés dans le Reich pour y être « aryanisés », de la déportation des adultes pour le travail forcé, du massacre de leurs élites. 
    Ce notable respecté, loin de rester spectateur de l'assassinat ou de la déportation de ses amis, entre dès le début de la guerre en contact avec les réseaux de l'Armée de l'Intérieur qui nourrissent les maquis. En 1944-1945, il assiste, impuissant et désespéré, à l'occupation du pays par les Soviétiques. Il témoignera, en 1947, au procès de Nuremberg.Acte de résistance et document historique majeur, ce journal, après ses éditions polonaise et anglaise, est pour la première fois publié en France.

  • Au cours des vingt années qui suivirent la création d'Israël en 1948, une puissante vague d'immigrants juifs venus des pays arabes (Irak, Yémen, Libye, Égypte et Syrie) et du Maghreb s'établit dans l'État juif. Ils ont d'emblée le sentiment d'être mis à l'écart d'une société dominée par l'élément ashkénaze et, de fait, ont du mal à considérer comme faisant partie de leur histoire la Shoah, tragédie qui reste celle d'un monde ashkénaze qui les regarde souvent avec mépris.
    À travers l'analyse de discours politiques, de manuels scolaires ou de témoignages, l'auteur montre que si la destruction des Juifs d'Europe ne fut pas une mémoire partagée dès le début par tous les Israéliens, un tournant s'opère lors du procès d'Adolf Eichmann, véritable choc politique, dont le résumé des audiences est suivi chaque soir à la radio par des dizaines de milliers d'Israéliens. Mais c'est surtout dans les années 70 que progresse l'idée d'une catastrophe juive globale, et donc d'unité du destin juif : sans distinction d'origine, la Shoah aurait dû impliquer, en effet, tous les Juifs désignés pour la mort.
    Le rapport des Juifs orientaux à la Shoah démontre combien cette catastrophe n'est pas à l'origine de l'État juif mais a renforcé l'identité israélienne pour figurer peut-être aujourd'hui son lieu de mémoire cardinal.
     

  •   On le sait peu mais entre fin 1942 et début 1943, 120 000 à 250 000 Juifs polonais parvinrent à s'échapper des ghettos ou des trains de la mort. La plupart cherchèrent refuge chez des paysans ou se cachèrent dans les bois. L'occupant allemand, avec le concours de la police locale, des pompiers, des maires, des gardes champêtres et d'une partie de la population autochtone, organisa une véritable « chasse à l'homme » pour traquer, jour et nuit, les Juifs cachés en mettant en place une politique de terreur destinée à dissuader quiconque de les recueillir. L'étude de Barbara Engelking souligne aussi la participation active des paysans polonais (essentiellement mus par l'appât du gain) à la traque. Les Juifs cachés et à bout de force payaient cher le silence et la nourriture de leurs hôtes. Une fois spoliés, ils étaient souvent dénoncés à la police ou tués des mains même de ceux qui les avaient accueillis. En s'appuyant sur 300 documents issus des procès et sur 500 témoignages de survivants qui n'avaient jamais été étudiés jusqu'à présent, l'auteur analyse le comportements des Juifs et des paysans, elle montre ce que ressentaient les victimes confrontées à l'indifférence ou à la cruauté de leurs compatriotes, comme elle interroge plus encore l'attitude de la paysannerie polonaise. Preuves à l'appui, ce livre permet de comprendre pourquoi seuls 30 000 à 40 000 Juifs polonais survécurent dans ces conditions.

  • Le meurtre en masse des patients handicapés, des Tziganes et des Juifs - dès juillet 1933 avec la loi de stérilisation puis prolongé avec le programme d'euthanasie à l'automne 1939 - fut l'acte inaugural de la Solution finale.
    On retrouve d'un bout à l'autre de la chaîne une idéologie basée sur le sang et la race. Toute personne atteinte d'un quelconque handicap (arriérés, aveugles, sourds, épileptiques ou atteints d'une difformité physique) était jugée potentiellement dangereuse pour le « capital biologique » et était assassinée. Les tueurs du « programme d'euthanasie » furent, pour partie, ceux qui oeuvrèrent sans les centres de mise à mort de Belzec, Sobibor et Treblinka où fut assassiné en 1942-1943 le coeur du judaïsme européen. La technique élaborée dans le « programme d'euthanasie » (Aktion T4) y fut testée et sans cesse réemployée.
    C'est cette continuité entre « euthanasie » et Solution finale que décortique ici Henry Friedlander. À cet égard, il montre que la mise à mort des Juifs handicapés, d'abord à titre individuel, puis collectivement, est un maillon capital qui préfigure la Solution finale de l'automne 1941. Les opérations de tueries en masse opérées par l'Allemagne nazie sont toutes liées les unes aux autres.
    La publication de ce livre, il y a vingt ans, a imposé l'auteur comme l'un des grands noms des « Holocaust Studies » aux côtés de Hilberg, Browning, Friedländer et quelques autres. La traduction de ce livre vient combler un vide criant dans la bibliographie française sur le sujet.
     

  • À 16 ans, Moshé Flinker fuit les Pays-Bas avec ses parents, ses cinq soeurs et son jeune frère pour tenter d'échapper aux persécutions nazies.
    Arrivé à Bruxelles, désoeuvré et sans repères, il commence à écrire en hébreu son Journal dans lequel il retranscrit des scènes de la vie quotidienne et suit très attentivement l'évolution de la guerre. Il analyse l'histoire juive et, animé d'une foi profonde, acquiert la conviction que la création d'un État sur la terre ancestrale est la seule réponse possible à une tentative d'extermination unique dans l'histoire. Il comprend aussi que la connaissance de la langue arabe est un élément essentiel de la coexistence future en Eretz Israel et se met à apprendre l'arabe.
    L'un de ses écrits se termine par ces mots : « J'ai l'impression d'être mort. Me voici. » Arrêté, suite à une dénonciation, il est déporté le 19 mai 1944 à Auschwitz avec ses parents et deux de ses soeurs.
    En octobre 1944, son père et lui sont évacués d'Auschwitz vers le camp de Stutthof situé aux environs de Dantzig, au nord de la Pologne. En novembre 1944, ils sont transférés à Echterdingen, près de Stuttgart, d'où ils sont envoyés à Bergen-Belsen. Ils y arrivent, épuisés, le 22 janvier 1945 et y disparaissent.
    Retrouvés à Bruxelles par ses soeurs après la guerre, dans la cave de l'immeuble où avait vécu sa famille, ces cahiers disent avec force et acuité les angoisses spirituelles d'un jeune garçon juif, d'une étonnante maturité intellectuelle et politique. Plus encore ils donnent à voir la supériorité des armes de l'esprit sur la force brute.
     

  • L'histoire de la rencontre du nazisme et de l'antijudaïsme arabe.   Le 28 novembre 1941, lors d'un tête-à-tête scellant une coopération déjà bien engagée, Hitler recevait le grand mufti de Jérusalem, alors en exil à Berlin. Ce que l'on sait moins, c'est qu'au cours de la Seconde Guerre mondiale, l'idéologie nazie fut diffusée à travers l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient grâce à une puissante machine de propagande. Ce livre retrace l'histoire des idées, des institutions et des hommes engagés dans cet effort, à partir d'archives inédites ou jusque-là sous-utilisées, notamment des documents sonores retranscrits par les services secrets américains au Caire. L'ouvrage met en lumière la collaboration politique et idéologique entre les responsables du régime nazi et les Arabes pronazis, dont l'ancien chef du gouvernement irakien déposé par l'armée britannique en 1941, Kilani, et le grand mufti de Jérusalem, Amin el-Husseini. Initiés à la théorie du complot antisémite, ces derniers travaillèrent main dans la main avec les nazis à la conception d'une propagande spécifique au monde arabe. Parallèlement, et alors que le combat faisait rage sur le front nord-africain, l'Afrika Korps largua plus de trois millions de tracts sur l'Égypte, la Palestine, l'Irak, la Syrie. En outre y étaient diffusées des milliers d'heures d'émissions de radio en arabe sur ondes courtes, d'octobre 1939 à février-mars 1945. La plupart du temps, dans ces régions où le niveau de l'analphabétisme demeurait élevé, ces messages étaient écoutés en groupe, dans des cafés et autres lieux publics. L'antisémitisme radical, qui appelait à l'extermination de tous les Juifs, dans une région où résidaient 700 000 d'entre eux, demeurait un élément central de cette propagande. Devant la puissance de l'antisémitisme et l'antisionisme d'origine arabe, les États-Unis et la Grande-Bretagne prirent peur et conclurent qu'il fallait mettre en sourdine la « défense des Juifs » et la « question sioniste ». En 1944, la crainte de l'opinion arabe conduisit les dirigeants anglo-saxons à abandonner à leur sort le million de Juifs d'Europe, notamment en Hongrie, que l'on aurait pu encore sauver. Ce livre, extrêmement documenté, est avant tout un travail d'historien, qui rend compte avec rigueur de l'existence d'un antijudaïsme spécifique au monde arabe bien avant la naissance de l'État d'Israël.

  • « Les instigateurs, rien que des Juifs ! », « Toujours le même objectif : l'Allemagne doit être exterminée ! ». Entre 1939 et 1943, ces formules ont été ressassées chaque jour aux Allemands par la presse et les innombrables journaux muraux. À la croisée du tract politique, de l'affiche et du tabloïd, ces journaux étaient placardés dans chaque recoin de tous les lieux publics : sur les marchés, aux arrêts de bus, dans les stations de métro, les salles d'attente à l'hôpital, les hôtels et restaurants, les bureaux de poste, les écoles, les kiosques... 
    Jeffrey Herf dissèque ainsi la construction de l'image du Juif diabolisé dans la presse et son orchestration : moins par Goebbels, ministre de la Propagande, que par Dietrich, le responsable de la presse du Reich, en contact quasi quotidien avec Hitler. L'auteur étudie comment la propagande quotidienne a joué un rôle capital dans la mise en oeuvre de la Shoah et le déroulement de la guerre.
    Quand des historiens ont étudié « l'opinion populaire », Jeffrey Herf s'intéresse, lui, à ce que le régime nazi assénait aux Allemands, à ce qui nourrissait leurs sentiments à l'égard des Juifs. Alors que l'extermination était largement engagée, cette propagande martelait que jamais les Allemands n'avaient été autant menacés d'extermination par les Juifs. C'est toute la logique paranoïaque de la légitimation du génocide qui se trouve ainsi éclairée.Élève de George Mosse, proche de Walter Laqueur, Jeffrey Herf signe ici un ouvrage à la croisée de l'histoire des idées et du politique. L'Ennemi juif a remporté en 2006 le National Jewish Book Award (Holocaust Category).« Ce qui deviendra le livre le plus important de notre génération sur la Shoah »
                                                                                                        Los Angeles Times.

  • La publication inédite de trois carnets de croquis extraordinaires. Rien ne prédisposait Horst Rosenthal, un jeune illustrateur juif allemand, au destin tragique qui fut le sien. Hormis être né juif en 1915 à Breslau. Parce qu'il était juif et socialiste, Horst Rosenthal fut obligé de fuir dès juillet 1933 en France, la patrie rêvée des droits de l'homme. Il n'a alors pas 18 ans. S'il trouve refuge dans une France généreuse, c'est une France bien moins respectueuse des droits de l'homme qui l'interna, du fait de sa germanité, en 1940 dans un camp situé en « zone libre », puis le livra, deux ans plus tard, aux nazis en raison de sa judéité. Horst Rosenthal est passé par six camps avant de parvenir à Auschwitz, où il fut vraisemblablement gazé dès son arrivée, en septembre 1942, en raison de la paralysie de sa main gauche. Il a laissé trois carnets de croquis, dont Mickey à Gurs, le seul connu des experts, qui n'avait jamais été édité dans son intégralité. Ce petit fascicule, destiné à circuler entre les prisonniers, raconte d'une manière ironique et subversive, à travers la figure de Mickey et de situations ubuesques, l'absurdité de la condition d'apatride. Le deuxième carnet, La Journée d'un hébergé, est totalement inédit. Derrière le ton potache et faussement naïf, c'est l'insupportable monotonie de la vie au camp et la précarité des conditions d'internement qui se dessinent en creux. Le troisième carnet, Petit Guide à travers le camp de Gurs, inédit lui aussi, est le plus abouti des trois carnets. Imitant une brochure touristique qui invite le lecteur à découvrir un « camp de vacances », le mode parodique est d'une redoutable efficacité car derrière le rire, perce immanquablement toute la souffrance des internés.

  • Considérés par Hitler et ses proches comme des poids morts dans l'économie de guerre, les handicapés physiques et mentaux furent décrits auprès de l'opinion publique comme des êtres dont « la vie ne vaut pas d'être vécue ». De 1939 à 1943, le IIIe Reich mena à leur encontre une vaste entreprise de mise à mort. Le programme dit d'« euthanasie », ou T4 - en référence à l'adresse de l'administration : Tiergartenstraße 4, à Berlin -, fut élaboré par l'entourage du Führer dans une semi-clandestinité. Médecins, infirmiers, membres de la SS participèrent à cette opération, sous le contrôle du Kriminalinspektor Christian Wirth, et sous l'égide de proches d'Adolf Hitler (Philipp Bouhler, Viktor Brack, Martin Bormann...). 
    Arrachés à leurs asiles, les malades furent conduits dans des centres spécialement aménagés en Allemagne et en Autriche (Grafeneck, Hartheim, Brandeburg, Hadamar...), où ils furent gazés puis incinérés. Plus de 100 000 personnes furent ainsi assassinées. L'« euthanasie » des malades mentaux et des handicapés allemands préfigure ainsi l'extermination systématique des Juifs mise en oeuvre à partir de 1942. 
    Michael Tregenza apporte ici une remarquable contribution à la connaissance du programme T4, basée sur l'étude approfondie de sources allemandes, autrichiennes et polonaises, et notamment les témoignages et les interrogatoires menés lors des procès des années 1940 à 1960. Il décrit l'élaboration de l'entreprise d'euthanasie, son fonctionnement et surtout ses responsables et ses exécutants.

  • Fin 1941, Himmler ordonne de faire construire un « centre spécial » à Belzec, près de Lublin, sans en préciser la finalité. Le 17 mars 1942, le camp de Belzec commence à fonctionner : l'élimination des Juifs de Pologne, appelée par les Allemands Aktion Reinhardt, est en marche.
    On fait croire aux prisonniers qu'ils arrivent dans un « camp de transit » avant un renvoi vers des camps de travail. Ils sont d'abord massacrés dans trois chambres à gaz en bois, fonctionnant au monoxyde de carbone, puis, après des travaux, dans six chambres à gaz en béton, également au monoxyde de carbone. Les SS peuvent alors assassiner 1 500 personnes à la fois. Les cadavres sont retirés et enfouis par des commandos juifs, régulièrement tués et remplacés. Le processus de mise à mort que Robert Kuwalek reconstitue étape par étape est rapide, empêchant toute prise de conscience collective. Certes, il rapporte de nombreux actes individuels de rébellion, mais il n'y eut aucune révolte organisée.Au début de 1943, les installations sont détruites, les cadavres ont été déterrés et brûlés en plein air. Entre 450 000 et 600 000 personnes y ont péri, quasi exclusivement des Juifs polonais. On ne connaît que deux survivants identifiés.Robert Kuwalek a ouvert pour la première fois les archives allemandes et polonaises et nous livre ici la seule monographie sur le camp de Belzec qui servit de prototype à tous les camps de concentration.

  • Dès 1939, de nombreux enfants d'étrangers juifs, surtout allemands, sont exilés en France et séparés de leurs parents. Jusqu'à novembre 1943, le château de Chabannes, situé dans la Creuse, accueille une colonie d'enfants juifs âgés de 5 à 17 ans, pris en charge par l'OEuvre de secours aux enfants (OSE), une organisation médico-sociale juive née au début du siècle.
    En 1941, à l'occasion des deux ans d'existence de la maison, en guise de projet pédagogique, le directeur, Félix Chevrier, propose aux enfants de rédiger un journal. Illustré par des dessins, des lettres, des chansons, des poèmes et des photographies, ce journal raconte la vie quotidienne du château jusqu'en mai 1942. Courte période, mais intense parenthèse, qui dans la chronologie de la guerre correspond à un moment de répit pour les Juifs de la zone libre.Ce livre, qui contient la transcription intégrale du journal, est un document historique exceptionnel et émouvant. À travers les histoires intimes d'enfants juifs en France sous l'Occupation, il nous raconte un pan méconnu de l'histoire de la Shoah dans notre pays.

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