Christian Bourgois

  • Les huit textes qui composent ce livre sont tous consacrés aux animaux.
    La surprise et le joie qu'ils existent, les craintes envers une disparition qui semble hélas programmée pour beaucoup d'entre eux, ces motifs s'entremêlent à ceux du regard et du silence. Ce que dit et répète ce livre, c'est que les animaux, qui font rayonner l'existence hors des rets du langage, exercent pourtant envers nous la pression intimante d'un autre accès au sens. C'est ce sens éperdu, confondu au vivant, qui est poursuivi ici.

  • Que nous reste-t-il de la communauté? De ce qui a été pensé, voulu, désiré sous le mot de communauté? Il semble qu'il ne nous en reste rien. Ses mythes sont suspendus, ses philosophies sont épuisées, ses politiques sont jugées. On pourrait dire aussi: la communauté, c'était le mythe, c'était la philosophie, c'était la politique - et tout cela, qui est une seule et même chose, est fini. Ce livre essaie de dire ceci: il y a, malgré tout, une résistance et une insistance de la communauté. Il y a, contre le mythe, une exigence philosophique et politique de l'être en commun. Non seulement elle n'est pas dépassée, mais elle vient au devant de nous, elle nous reste à découvrir. Ce n'est pas l'exigence d'une oeuvre communautaire (d'une communion ou d'une communication). C'est ce qui échappe aux oeuvres, nous laissant exposés les uns aux autres. C'est un communisme inscrit dans son propre désoeuvrement.

  • Élargir, c'est agrandir, mais c'est aussi libérer ce qui était détenu. À partir de la « poésie élargie » de Novalis, ce livre forme une boucle dont le poème est le noeud. Ce qu'il envisage, c'est une sortie hors des limites, non seulement du poème et de la littérature, mais aussi des hommes, confinés dans les enclos qu'ils se sont donnés. L'indice et l'écho, le ricochet, la connexion, la résonance et l'évasion - tels sont les mots clés de cet élargissement proposé ici comme méthode. Collection « Détroits » fondée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe

  • Si l'homme est bien « l'existant qui présente », alors il lui aura fallu inventer les outils et les formes de cette présentation : le langage, le dialogue, la représentation. Mais quels sont les enchaînements et les limites de ces formes ? Et comment le théâtre, qui les rassemble, peut-il, via l'espacement de la scène, ne pas les trahir ?
    Ce sont ces questions qui trament les deux dialogues ici reproduits : Scène, qui fut publié en 1992 dans la Nouvelle revue de Psychanalyse, et Dialogue sur le dialogue, qui date de 2004 et qui en fut le prolongement.
    Deux moments de haute intensité du travail en commun mené par les deux philosophes.

  • Il y a ces papiers légers qui entourent les agrumes, avec leurs images et leurs mots venant de Sicile ou d'Andalousie. Il y a une petite fille qui, dans l'Allemagne convalescente des années d'après la Seconde Guerre mondiale, les collectionne et rêve avec eux. Il y a le monde qui l'entoure et qu'elle effleure. Et à la fin il y a ce conte moderne qui rend visible, avec une infinie précaution, l'espace inquiet de ce qui s'ouvre à la sortie de l'enfance. On retrouvera dans ce récit le sens quasi tactile qui fait tout le prix des enquêtes menées par Hanns Zischler.
    Collection « Détroits » fondée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe.

  • La possibilité d'un poème qui, anéantissant la pose poétique, donnerait consistance à une phrase dont la diction (l'énonciation, la dictée) serait véridiction... et le rapport surtendu de cette phrase à ce qui s'entend dans la musique ou dans l'interruption (rythme ou silence)... et la possibilité qu'à travers tout cela ce soit la vie qui remonte et se souvienne d'elle-même comme si elle s'en allait... Telle fut l'extraordinaire condensation d'expérience à laquelle Philippe Lacoue-Labarthe lia sa vie. Tel est l'espace de réflexion des trois essais composant ce livre qui lui rend hommage. Collection « Détroits » fondée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe

  • Les deux dialogues composant ce volume appartiennent à ce moment où, pour les auteurs, l'interrogation philosophique sur le politique croisait les faisceaux de questions mises en avant par la psychanalyse.
    À la lumière de l'approche freudienne du phénomène politique, ce sont les conditions de possibilité de l'existence collective qui sont interrogées.
    Dès lors qu'a pu être éloignée l'imposition d'une Figure (Dieu, Père, Chef, Peuple), comment et sur quoi étayer un être-ensemble capable d'échapper au délitement et à la panique ?

  • Dans les coulisses des représentations d'une tragédie grecque, un figurant observe l'envers du décor : la machination et la révélation propres au théâtre, les tensions et les détentes des comédiens. Il rumine des pensées d'Aristote et du spectacle, de Benjamin et du Trauerspiel. Il entend la diction du poème, ses déclamations, ses clameurs. Il partage la solitude muette d'une statue de plâtre, témoin du recommencement perpétuel, fragile et immémorial de la scène. Journal tenu pendant les représentations des Phéniciennes d'Euripide mises en scène par Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe au Théâtre national de Strasbourg en 1982. Collection « Détroits » fondée par Jean-Christophe Bailly, Michel Deutsch et Philippe Lacoue-Labarthe.

  • Les sons et les parfums ne tournent pas dans l'air du matin, mais se pressent dans une odeur de fumée et de piscine vide, drus et parallèles, repus d'eau, prêts pour l'avenir de la journée. Le canard cancane et l'oie cacarde, le chameau blatère et l'aigle glatit ; un cygne nasille dans le caniveau, et bleu sur le vert de la pente murmure le perroquet. Sa langue est dans sa cosse. De temps à autre une cisaille de cuivre déchire ce fin grillage d'occupations ménagères.

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