Collège de France

  • Nous avons besoin d'histoire car il nous faut du repos. Une halte pour reposer la conscience, pour que demeure la possibilité d'une conscience - non pas seulement le siège d'une pensée, mais d'une raison pratique, donnant toute latitude d'agir. Sauver le passé, sauver le temps de la frénésie du présent : les poètes s'y consacrent avec exactitude.

  • L'Afrique a pendant plusieurs siècles été vue, imaginée, fantasmée par les Européens comme un continent sauvage, ténébreux, matière première des récits d'aventures et d'exploration, teintés d'exotisme, qui ne laissaient pourtant entendre qu'une seule voix, celle du colonisateur.

  • Auprès de la question théorique ou historique traditionnelle : « Qu'est-ce que la littérature ? », se pose avec plus d´urgence aujourd´hui une question critique et politique : « Que peut la littérature ? » Quelle valeur la société et la culture contemporaines attribuent-elles à la littérature ? Quelle utilité ? Quel rôle ? « Ma confiance en l´avenir de la littérature, déclarait Calvino, repose sur la certitude qu´il y a des choses que seule la littérature peut nous donner. » Ce credo serait-il encore le nôtre ?

  • Ce que l´État social nous donne à voir, c´est tout à la fois l´armature de solidarités qui en un siècle ont profondément transformé nos manières de vivre ensemble, et le jeu de forces puissantes qui ébranlent cet édifice institutionnel et menacent de le mettre à bas. Ce sont ces forces qu´il s´agira d´essayer de comprendre, ainsi que leur impact prévisible. Mais avant d´analyser les maux qui assaillent l´État social on commencera par prendre la mesure de sa grandeur historique et institutionnelle. Partant du témoignage de Franz Kafka, qui consacra sa vie professionnelle à la mise en oeuvre de la loi sur les accidents du travail en Autriche-Hongrie, Alain Supiot nous propose un diagnostic de l´État social en Europe et nous aide ainsi à réfléchir aux solutions qui pourraient permettre de le réformer.

  • L´art meurt du commentaire sur l´art. Le commentaire envahit tout - souvent, hélas, au détriment de l´oeuvre. Censée se suffire à elle-même, elle ne s´apprécie plus qu´assortie d´un discours. Pire : d´accessoire, le commentaire est devenu central - comme

  • Leçon inaugurale prononcée le jeudi 2 décembre 2010 Chaire de création artistique 2010-2011 Je n´ai foi que dans l´art et, sans lui, je suis perdu. Souvent, j´enferme des tableaux dans l´obscurité d´un container, durant de longues années. Que font les tableaux ainsi enfermés pendant tout ce temps, jusqu´au moment où ils se rappellent à mon souvenir en me faisant signe ? Rien ? Certainement pas, puisqu´ils ont su rassembler des forces pour attirer l´attention sur eux. Après avoir libéré la toile de l´obscurité, je la repeins et une transition s´opère vers un autre état. L´autodestruction a toujours été le but le plus intime, le plus sublime de l´art, dont la vanité devient alors perceptible. Quelle que soit la force de l´attaque, et quand bien même il sera parvenu à ses limites, l´art survivra à ses ruines.

  • L'histoire de l'architecture ne cesse de conjuguer deux regards : celui, panoramique, portant sur les ensembles urbains, révélant les politiques sociales ou techniques, et celui sur les édifices et leurs intérieurs, vus en gros plan, qui reflète les idéaux et l'engagement de leurs auteurs et de leurs habitants. Faisant dialoguer théoriciens, philosophes et écrivains avec les architectes du xxe siècle (Mies van der Rohe, Wright ou Le Corbusier), Jean-Louis Cohen suggère une approche renouvelée, ancrée dans l'histoire culturelle et dans l'humain, de l'architecture comme questionnement et comme pratique.

  • Leçon inaugurale prononcée le jeudi 11 mars 2010 Chaire de création artistique 2009-2010 Nous avons assisté depuis une quarantaine d´années à de singulières métamorphoses théâtrales : elles ont bousculé et renversé hardiment les traditions de l´art dramatique. Comment s´étonner qu´au milieu de tant de modèles divergents, le public parfois s´égare ? Que voit-il ? Est-ce encore du théâtre ? Il arrive qu´un spectacle fasse événement en divisant le public et la critique. Un camp attaque le réalisateur au nom de l´art assassiné, l´autre l´acclame au nom de l´art régénéré. Zola a donné, il y a plus d´un siècle, un conseil aux artistes : « Chaque fois qu´on voudra vous enfermer dans un code en déclarant : ceci est du théâtre, ceci n´est pas du théâtre, répondez carrément : "Le théâtre n´existe pas. Il y a des théâtres et je cherche le mien." »

  • La biodiversité est née dans l'océan ancestral il y a 3850 millions d'années, quand les premières cellules se sont clonées par scissiparité. La vie s'est ensuite diversifiée dans l'océan durant des milliards et des centaines de millions d'années, et se sont alors produits des événements essentiels pour le vivant : l'émergence de la cellule eucaryote, la capture de bactéries qui deviendront les organites par symbiose, la pluricellularité, enfin le développement de la sexualité. Bien plus qu'un inventaire d'espèces élaboré depuis plusieurs siècles, la biodiversité est l'ensemble des relations établies entre les êtres vivants et leur environnement. Elle est actuellement très menacée par la destruction et la contamination des milieux naturels, la surexploitation des ressources naturelles, l'introduction anarchique d'espèces et le réchauffement climatique. Nous ne faisons aujourd'hui que prolonger et accélérer ce mouvement, amplifié par la démographie et l'idée délétère d'asservissement de la nature. Alors qu'aujourd'hui l'humanité vit majoritairement dans les cités, il devient impératif d'enrayer cette érosion de la diversité biologique : c'est l'objectif que s'étaient fixé les Nations unies pour 2010 à Johannesburg en 2002, échéance désormais reportée à 2020. Saurons-nous pleinement justifier, enfin mériter au cours de ce XXIe siècle, ce terme sapiens que nous nous sommes nous-mêmes attribué ?

  • Prenant son véritable essor au xixe siècle avec la découverte de milliers de papyrus en Égypte, la papyrologie consiste à étudier les textes grecs et latins écrits sur un support transportable (papyrus, tessons de poterie, tablettes de bois ou parchemin). Alors que les inscriptions et les sources littéraires peuvent présenter une image normative, idéalisée ou parfois déformée des individus, les papyrus - aussi fragmentaires soient-ils - nous font entrer dans leur quotidien, rendant possible une archéologie de leurs pratiques culturelles. Tenter de déchiffrer « ces lambeaux, gardiens de la mémoire des hommes », pour paraphraser Léonard de Vinci, tel est le défi du papyrologue, qui ne cesse ainsi de renouveler notre connaissance du passé.

  • Dans les lettres médiévales se cristallisent toutes les associations entre le passé et la littérature, tous les indices qu´un lien essentiel unit la notion de littérature au sentiment du passé. La curiosité qu´a éveillée la littérature du Moyen Âge depuis sa redécouverte à l´aube du romantisme suppose de telles associations. Les formes de cette littérature elle-même recèlent de tels indices. Ils invitent à embrasser d´un même regard l´intérêt de l´époque moderne pour le passé médiéval et les signes du passé dont le Moyen Âge marque sa propre littérature. Bien plus, ils invitent à chercher dans la relation avec le passé un critère de définition de la littérature, tâche tout particulièrement nécessaire s´agissant d´une époque où le mot ne s´entend pas dans son acception moderne et où l´existence même de la notion correspondante n´est pas assurée.

  • Comment comprendre l'islam sans savoir comment s'est formé, puis fixé, son texte fondateur, le Coran ? La découverte d'un palimpseste à Sanaa en 1973 a confirmé l'existence d'autres recensions du texte coranique dans les premiers siècles de l'islam. Leur étude, combinée à celle des manuscrits de la transmission dominante, a permis d'identifier les différentes strates du texte et les variantes qui ont été peu à peu écartées. Cette approche inédite du Coran renouvelle profondément l'histoire intellectuelle et culturelle du monde musulman.

  • Partant des grandes évolutions de la coopération sanitaire au cours des vingt dernières années, Dominique Kerouedan s´intéresse à la façon dont les transformations de la gouvernance mondiale dans le domaine de la santé permettent de répondre aux réalités

  • Depuis l'Antiquité, l'homme utilise des procédés pour transformer les matériaux de son environnement en fonction de ses besoins. La chimie du solide, qui était initialement une série de recettes, est devenue, après les découvertes scientifiques du xixe siècle, une véritable science de la matière et de ses transformations. Elle permet aujourd'hui d'élaborer des matériaux performants et éco-compatibles pour transporter ou stocker l'énergie. La chimie du solide joue ainsi un rôle majeur dans les réponses que la science devra apporter aux préoccupations nouvelles de l'humanité, notamment aux problématiques environnementales.

  • Depuis une vingtaine d´années, une « chimie des matériaux hybrides » s´est développée, qui ouvre un champ nouveau d´investigation au carrefour de la physique, de la biologie et de la science des matériaux.
    Ces matériaux hybrides, véritables nano-composites dans lesquels des composantes organiques ou biologiques et des composantes minérales sont intimement mélangées à l´échelle moléculaire, possèdent des propriétés singulières et innovantes qui suscitent un fort intérêt, aussi bien dans le monde universitaire qu´industriel (automobile, construction, énergie, environnement, micro-optique, micro-électronique, cosmétique, textile, etc.) ou médical.

  • La cognition humaine obéit à de strictes lois, qui n'épargnent pas même les aspects les plus subjectifs de notre perception consciente. Je crois profondément à un renouveau du programme psychophysique de Fechner, Wundt, Ribot ou Piéron, qui, devenu « neuro-physique », viendrait s'ancrer au niveau neuronal. Nous avons l'immense chance de vivre un temps où les avancées conjointes de la psychologie et de la neuro-imagerie cognitives laissent entrevoir de rendre enfin visible, comme à crâne ouvert, l'invisible de la pensée.

  • En opposant aux discours sectaires les armes universelles de l´histoire, de la philologie et de l´anthropologie, bref tout l´arsenal de la science et de la raison, l´histoire des religions du passé nous met en mesure de dégonfler les mythes modernes, ceux des autres, mais également les nôtres. Elle permet de repérer la projection dans le passé imaginaire des « origines » de fantasmes nationalistes, religieux ou racistes, et de désarmer les interprétations outrées qui peuvent être faites des textes sacrés. À l´intérieur des nations héritées du XIXe siècle, l´histoire ancienne peut aider à déconstruire la représentation que les États-nations se font parfois de leur passé, en montrant que malgré leur apparente proximité, leurs « ancêtres » sont aussi éloignés de la société actuelle que les habitants des antipodes. Elle permet de contester le « miracle grec », le « génie romain », la « supériorité germanique », ou encore la dialectique hégélienne selon laquelle les religions et l´histoire tendent vers le monothéisme chrétien. By opposing sectarian discourses with the universal weapons of history, philology and anthropology, in short, the entire arsenal of science and reason, the history of religions of the past enables us to deflate modern myths, and not only those of others but also our own. It allows us to identify the projection, in the imaginary past, of the "origins" of nationalist, religious or racist fantasies, and to disarm exaggerated interpretations of the sacred texts. Within nations inherited from the 19th century, ancient history can help to deconstruct the representation that nation states sometimes create of their past, by showing that despite their apparent proximity, their "ancestors", often simply assumed to be so, were as distant from the current society as the inhabitants of the antipodes, and hardly resembled the image assigned to them. It enables us to challenge the "Greek miracle", the "Roman genius", the "Germanic superiority", or the Hegelian dialectic professing that religions and history tend towards Christian monotheism.

  • Leçon inaugurale prononcée le 18 novembre 2010 Chaire Savoirs contre pauvreté Aujourd´hui, près d´un milliard de personnes dans le monde souffrent de la faim. Nous disposons pourtant des moyens techniques et scientifiques pour lutter contre ce fléau. Acteur international majeur des politiques de lutte contre la pauvreté depuis plusieurs décennies, Ismail Serageldin expose ici les causes de la faim, la question de la sécurité alimentaire et la nécessité de transformer l´agriculture mondiale. « Il est temps d´utiliser notre savoir scientifique et les avancées technologiques pour assurer à tous les hommes leur droit humain à la sécurité alimentaire. Il faut transporter les nouvelles technologies du laboratoire au terrain, dans une action mondiale concertée. »

  • Leçon inaugurale prononcée le 9 décembre 2010 Chaire de Développement durable - Environnement, Énergie et Société Le stockage et la conversion de l´énergie sont un des grands défis scientifiques des prochaines décennies et un enjeu environnemental majeur. Quels nouveaux matériaux vont permettre de fabriquer des batteries plus efficaces et plus « propres » ? Jean-Marie Tarascon fait le point sur ces questions qui concernent notre avenir et celu de la planète. Il présente notamment les technologies à ions Lithium, l´apport des nanaotechnologies, et les recherches visant à l´élaboration des matériaux par des méthodes « bio-inspirées » : l´utilisation des matériaux d'électrodes provenant de la biomasse et obtenues par « chimie verte ».

  • Chaque époque invente une nouvelle façon d´écrire l´histoire ou, à tout le moins, cherche à éclairer le présent en interrogeant différemment le passé. Étant confronté à l´évolution rapide et imbriquée des économies et des techniques, nous ressentons le besoin de retracer les vicissitudes des époques antérieures, particulièrement de l´Antiquité où un niveau relativement élevé de développement de la production et des échanges a été atteint. L´historien se trouve confronté à un manque cruel de sources écrites sur l´histoire des techniques et l´histoire économique, mais il est une catégorie de documents qui s´accroît quotidiennement et qui doit être pleinement versée au débat : l´archéologie. Elle seule en effet livre aujourd´hui des séries de documents interprétables en termes d´histoire des techniques et d´histoire économique. Le renouveau de ces études doit donc se fonder principalement sur l´archéologie, seule à commencer à offrir des séries continues et quantifiables.

  • L'innovation thérapeutique n'est pas à la hauteur des espoirs qu'ont laissé entrevoir, ces vingt dernières années, les progrès fulgurants de la biologie moléculaire, de la génétique ou encore de la bio-informatique. Si certains domaines, comme la cancérologie, ont largement bénéficié de ces avancées, pour d'autres, l'innovation est au point mort. Nous avons trop peu d'exemples de réussite dans l'innovation thérapeutique en France pour nous abstenir d'une profonde réflexion sur la création des médicaments dans notre pays, qui a été un acteur majeur dans ce domaine pendant une importante partie du xxe siècle.

  • Maîtriser la création de formes, qu'elles soient inspirées par le réel ou sorties de notre imagination, est un défi tant pour l'artiste que pour le scientifique. Comment mettre la création en 3D à la portée de tous et permettre à chacun de « façonner l'imaginaire » plus facilement qu'avec un papier et un crayon ? De la modélisation géométrique des formes à l'assemblage d'une scène complexe et à son animation, Marie-Paule Cani nous présente une nouvelle méthodologie pour rendre la création numérique 3D plus expressive, en s'appuyant sur des exemples concrets : comment concevoir et animer des vêtements, des chevelures, une prairie arborée ou une cascade ?

  • L'imagerie médicale computationnelle conçoit des logiciels d'analyse et de simulation des images qui permettent de construire un modèle numérique du patient pour assister le diagnostic, le pronostic et la pratique thérapeutique. Les images médicales, les organes virtuels personnalisés, la réalité virtuelle et augmentée, la simulation d'interventions, la thérapie guidée par l'image et assistée par la robotique font partie des outils informatisés qui préfigurent la médecine computationnelle de demain, au service du médecin et du patient.

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