Editions Sulliver

  • Là-bas, aux antipodes, certaines personnes handicapées habitent en colocation de quatre ou cinq des maisons dispersées en ville, où des assistants se relaient pour les aider à appréhender la vie quotidienne.
    À Dunedin, Nouvelle-Zélande, nous partageons avec le narrateur - un Français - les jours et les nuits de Melville Street et de ses habitants : Tommy-dans-son-fauteuil et Tommy-debout, Chesley, Jon, Carolyn. Au rythme des rites journaliers et des péripéties déconcertantes, aux frontières de « normalité » et d'« anormalité », des vies se croisent, se chevauchent ou se heurtent, et tentent de s'accommoder de l'hypocrisie persistante de la société.
    Un humour tendre, ou plus corrosif, imprègne ce peu commun journal de bord de son parfum doux-amer. Et le cheminement du narrateur, qui découvre la complexité - et parfois la violence - de ses propres réactions, nous aide à décrypter le regard que nous portons sur la différence.

    Né à Lyon en 1975, Xavier Deville s'est éloigné de sa formation de géographe pour travailler dans un centre de séjour pour personnes handicapées en tant que musher et pilote de parapente spécialisé en vol fauteuil. Après avoir vécu en Nouvelle-Zélande et au Portugal, il réside en Isère où il partage son temps entre ses trois jeunes enfants et son métier d'élagueur.

  • «Je suis parti. Je n'avais pas d'itinéraire. Je devais répertorier les peuples et leurs cultures. Je devais garder trace du monde et ses rites et ses croyances. J'ai visité plusieurs planètes et j'y ai séjourné. »
    Planètes insondées, parcelles du temps, enclaves de l'espace. Un voyage dans des univers étranges et pourtant si familiers. Ces nouvelles lancent des passerelles insolites entre notre époque et les contrées du possible.
    Bien plus qu'un simple livre d'anticipation, Futura dessine un cheminement qui relie notre monde - son histoire barbare, sa géographie abîmée - et celui que nous préparons. Un cheminement qui se refuse pourtant obstinément à désespérer, dans un hors du temps parfois cruel et inquiétant, mais aussi poétique et sensible.
    Dans une langue qui se confronte à l'indicible, Rozenn Guilcher redonne ici toute leur place à l'audace, à l'impertinence, à l'humour et à l'inventivité.
    « Quand tu partiras n'oublie pas ton ciel. N'oublie pas de prendre la couleur de tes rêves. Quand tu partiras n'oublie pas n'oublie pas d'où tu viens. Transporte avec toi les petits morceaux que nous t'avons donnés. Et le jour aussi où nous avons vu le soleil ensemble emmène-le. Et le jour où la nuit est définitivement tombée emmène-le. »

    Née en 1968, Rozenn Guilcher est titulaire d'un DEA de Lettres modernes. Elle a également publié un roman, La Fille dévastée, et deux autres recueils de nouvelles, Des nouvelles du monde et Déshabiller nos solitudes, aux éditions Sulliver. Dans son style si singulier, elle nous invite à explorer nos paysages intérieurs et à entendre la voix de l'inconscient collectif qui nous rassemble.

  • Deux femmes, Juliette et Pique-Lune, déclarées « phobiques, névrosées, aliénées » et enfermées pour avoir refusé de toutes leurs fibres l'aliénation du dehors. « Être dans les clous, toujours, dans le cadre, avec pour mot d'ordre le consensus heureux. »
    « Entassées là » avec d'autres, sous le regard d'un gardien-psychiatre-narrateur (un « Ajusteur » !) qui essaie de les percer à jour et de les maintenir enfermées dans ses catégories, elles se racontent et se rebellent. Leur maladie, cette honte qui les mine, c'est peut-être, ainsi que le lecteur le découvrira peu à peu, d'avoir collaboré avec un ordre marchand qui a piétiné la beauté du monde. Et leur survie - ainsi que la nôtre, probablement - passe par ces échappées déchirantes qui les rappellent à elles-mêmes et à la permanence de l'aspiration à la communion avec l'Autre et avec le monde. Au-delà de l'exclusion, derrière les frontières floues de la normalité, se révèle alors, outre-noir, un territoire intérieur où nos vies réapprennent la lumière.

    Nathalie Vialaneix, née en 1967, est enseignante. Elle a collaboré à la revue X-Alta. Elle a publié en 2010, aux éditions Sulliver, un premier roman écrit avec Fabien Ollier, La Révolution du Grand Renoncement.

  • Le conflit intérieur d'une descendante d'esclave : la Pensée médite tout haut, lorsque la Voix vient l'interrompre. Leur discours est contraire: la Pensée voudrait parler de Bònanman , son aïeule, et de l'inhumanité de sa vie d'esclave. Mais la Voix veut étouffer jusqu'à l'idée même de sa négritude, et le justifie en invoquant la modernité et l'ouverture d'esprit.
    S'engage entre elles un échange virulent. Tout les oppose, lorsqu'un troisième personnage vient troubler leur discussion ; une personne étrange, qui psalmodie poésie et proverbes, et se parle à elle-même. Qui est-elle et que veut-elle ?

    Ce livre salubre s'attaque de front à ce mot qui depuis des siècles sédimente dans les consciences, en couches successives de non-dit : « esclavage ».

    Antillaise, Monette Besry est poète et peintre. Médaillée des Arts et Lettres et lauréate du Grand Prix International de poésie, L'Arbre des anonymes est son premier roman.

  • L'auteur se revendique « écrivain vagabond », mais notre monde brutal lui renvoie une image en forme de sigle : SDF ! C'est donc sa vie de marginal que nous conte ici FP Mény.

    Oscillant constamment entre le réalisme le plus cru et les fulgurances poétiques, le livre brasse les révoltes et les errances. Il explore aussi les contrées où langage et pensée prennent forme et s'allient. « Lyrique, gouailleur, insinuant, sarcastique... Répétitions incantatoires, polémiques, ellipses, interruptions, ruptures, où se mêlent inserts, maximes, aphorismes. La question étant de glisser à travers. »

    Le rythme et l'invention verbale conjugués - et un humour désespéré toujours présent - portent la langue à un surprenant niveau d'incandescence.

    FP Mény (1965 - 2008) a publié en 2005 White Trash Napoléon aux éditions du Quartanier et Homeless Story, en 2009, aux éditions Sulliver.

  • Le décor : urbain, saturé de voitures et de publicités. L'époque : début de siècle, fin de cycle. Les protagonistes : des jeunes adultes, plus si jeunes en réalité, en dépit de leurs façons de vivre. Tous au travail mais se tenant - qui par choix, qui par orgueil, qui par peur, qui par inadaptation - en marge du flot majoritaire. Solitaires, isolés, y compris dans le foisonnement de leurs nuits citadines.
    Ils vont se renifler, s'attirer, s'opposer, se chercher, se quitter au fur et à mesure que la situation se tend autour d'eux et par l'effet de leur action.
    Pour autant, cette histoire n'est pas tant celle de leurs relations que celle de leur confrontation rageuse au monde qui les entoure, à ce système qui leur laisse toujours moins d'espace, qui tend chaque jour à imposer la résignation comme idéologie de survie.
    L'écriture directe, où alternent l'humour et la rage, suscite l'empathie du lecteur avec ces personnages.

    En marge d'un parcours professionnel atypique, Dani Frayssinet, co-fondateur du magazine littéraire Noir & Blanc, se livre à « l'activisme poétique » : scènes slam, interventions de rue et création de Petit Prince au repêchage, un spectacle qu'il interprète seul en scène.

  • Moby est un garçon de 16 ans qui a pour seule amie une mobylette. « La Bleue » l'accompagne dans ses virées autour de la centrale nucléaire voisine, dans la zone où son père organise un piquet de grève, tandis qu'à la maison la mère berce un interminable chagrin.
    Il partira un soir sans savoir qu'il part pour de bon.
    « Je crois que je vais faire le mort.
    Au moins quelques jours, des fois qu'on me recherche ou quoi. Je pensais que ce serait plus difficile, douloureux. Il y a comme un rythme et je n'ai plus qu'à me couler dedans. Ça se fait sans moi et j'y suis bien, ça n'est pas de ma faute. Mes parents je veux dire. Ils seront un peu tristes au début, mais finalement, ils sauront que c'est mieux sans moi. La vie de toute façon, ça n'avait pas vraiment pris chez nous. »
    Une fugue pour nulle part, jalonnée par des rencontres avec des clandestins, des indignés, des taulards, des vétérans, des clochards célestes et des paysans qui n'ont plus les pieds sur terre. Le peuple de la marge, témoin des limites de nos existences.
    Le temps d'une campagne électorale, Moby traversera tout le pays. Jusqu'à la mer. Et au-delà...

    Scénariste et lectrice, Sandrine Bourguignon accompagne des auteurs et des cinéastes dans leur processus de création. Elle travaille par ailleurs dans le secteur médico-social, auprès d'adolescents. Elle a publié, en 2012, Quelque part dans la nuit des chiens aux éditions Sulliver.

  • Cette jeune femme qui ne peut cesser de dialoguer avec son bébé mort (Tu sais, un jour, j'ai eu deux coeurs)... Azura qui a perdu la moitié de son visage dans un attentat: elle vit depuis lors derrière un masque (Ce qui a été emporté ne reviendra pas)... Et puis la précarité affective de l'immigré toujours en marge des regards et des existences; l'incompréhension de l'aïeule qu'un fils aimé pousse vers la maison de retraite ; l'attente et le désarroi de l'enfant dont la mère a quitté le foyer sans un mot... mais aussi, deux êtres qui entrevoient la plénitude amoureuse...
    En lisière de conscience, là où les émotions naissent, le vacillement envoûtant de la voix de Rozenn Guilcher dénude mot à mot ces régions mentales si vulnérables où s'assemblent - ou bien se délitent - les liens qui nous unissent.
    Se rejoignant autant par leur ton que par leurs thèmes, ces nouvelles impressionnistes rappellent combien nos vies sont incertaines et combien le « vivre ensemble » est à la fois prodigieux et fragile.

    À la suite de ses études de Lettres, Rozenn Guilcher a été enseignante et médiatrice culturelle. Aujourd'hui écrivain et comédienne, elle anime aussi des ateliers d'écriture pour adultes et enfants. Après un roman et deux recueils de nouvelles, elle publie ici son quatrième titre aux éditions Sulliver. Certaines de ses nouvelles paraissent également en recueils collectifs. Plusieurs ont été primées.

  • La narratrice, « écrivain de seconde zone », entame une correspondance avec une critique littéraire de renom à l'aura déclinante, mais toujours en quête d'une petite cour appliquée à faire miroiter son ego.
    Une relation classique dominée-dominante, mais qui s'exacerbe lorsque notre romancière ose se prétendre amoureuse de son égérie et harcèle de ses avances cette femme d'un autre monde qui lui ferme résolument les portes de son milieu et lui interdit l'accès à son intimité : « Considérez que je n'existe plus, achetez un pistolet, des comprimés pour dormir, une corde, que sais-je, et suicidez-vous. Mettez fin à vos jours - cessez enfin de nuire. »
    C'est tout le contraire qui va se produire. Le moteur passionnel s'emballe et avec lui celui de l'écriture, tout d'un coup régénéré, et qui trouve là son plus précieux carburant : désirs extrêmes et émotions intenses.

    Depuis 1988 et Elle , son premier roman, qui lui vaudra une rapide notoriété - et avec lequel ce nouveau texte renoue presque trente ans plus tard -, Martine Roffinella a publié plus de quinze livres, explorant avec minutie et causticité ce qui caractérise l'existence humaine dans tous ses méandres, et questionnant de plus en plus intensément nos portions de vie infimes afin d'appréhender en chacun de nous cette flamme de beauté et de laideur confondues qui nous fait « être ».

  • « Adélie n'a jamais commencé. Elle n'a jamais su qu'elle était née. Naître ne suffit pas pour commencer. »
    Adélie est autiste. Autiste : le mot seul suffit à symboliser l'isolement. Mais ici, par la grâce d'une écriture clairvoyante, l'univers d'Adélie nous devient accessible et cette réalité autre révèle souvent l'irréalité de la nôtre.
    Tandis qu'en parallèle, par petites touches, mais implacablement, le père baissant les bras, la mère s'enfonçant dans la culpabilité, nous découvrons une famille minée par la pression sociale qu'engendre « la différence ». Seul Daniel, le frère d'Adélie, surnage et l'aide à survivre, raccroché à l'espoir que pourront un jour se rejoindre les deux pans d'un monde brisé.

    Née en 1953, Anne Vernet est titulaire d'un doctorat en Sciences du langage. Metteur en scène, elle a enseigné le théâtre durant vingt ans. Proche de la pensée de Cornelius Castoriadis (qui fut également psychanalyste, et très interpellé par l'autisme), elle est l'auteur de nombreux articles en philosophie politique, histoire de l'art, dramaturgie, et a publié en 2009 La Seconde Chance aux éditions Sulliver.

  • À travers un récit éclaté où se mêlent intimement rébellion et autodérision, Homeless Story raconte l'errance, la galère, l'exclusion. Rencontres éphémères, amitiés boiteuses dessinent un portrait acide de notre société de l'indifférence. Et les retours sur l'enfance et l'adolescence du narrateur révèlent les premières blessures, ces cicatrices intimes dont on ne guérit pas.

    Il s'agit d'un livre posthume : FP Mény a été retrouvé mort à 43 ans, en 2008, dans une grange où il s'était réfugié pour se protéger du mauvais temps, au bord de cette « route » avec laquelle il entretenait un rapport tellement passionnel, la maudissant pour le statut de déclassé où elle le cantonnait, la chérissant pour la liberté dont elle imprégnait son écriture.
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    FP Mény (1965 - 2008) a publié en 2005 White Trash Napoléon aux éditions du Quartanier et Conquête du désastre, en 2008, aux éditions Sulliver.

  • « Purger sa peine de tout ce qui y croupit. » Ce roman dévoile graduellement la personnalité souterraine d'un monstre ordinaire : un monstre victime de la monstruosité du monde, et qui tente de l'éradiquer. Notre société barbare confrontée à un terrorisme qui ne l'est pas moins, pouvons-nous continuer à croire en un avenir ?

    À la fois plongée dans les abîmes de l'âme humaine et critique puissante de notre époque vouée au culte de l'Argent (« l'homme du XXe siècle a inventé en structures ce qu'il a perdu en sensibilité »), cette impétueuse Dévoration est également celle d'une langue inspirée qui s'acharne à dépecer notre âpre réalité.

    Louis Mandler est né en 1971. Il a publié en 2004 Sus aux immondes, aux éditions Panormitis, et L'Humanité sans sépulture, aux éditions Sulliver, en 2008.

  • Une jeune femme fantasme sur un homme entrevu dans un bar. Le désir devient bientôt obsessionnel, et s'étend à tous les hommes...
    Mais entrecroisant dans son délire amoureux les fruits défendus de son imaginaire, les bribes d'une réalité magnifiée, des éclats de mémoire enfantine et le scénario d'une histoire qui s'écrit, la narratrice est-elle réellement la « possédée » qu'elle prétend ? Ou plutôt, s'abandonnant sans tabou à l'éveil des sens, une « délivrée » qui dessine, sous couvert d'une pseudo-confession intime, un authentique autoportrait du désir féminin universel ?
    Ce cocktail de fièvre abrasive et de candeur limpide hisse vers les hauteurs de la littérature un texte où il n'est plus dès lors possible de voir un simple livre de genre, tant l'érotisme - pourtant livré à l'état brut - est ici comme clarifié, dépuré, et nous entraîne irrésistiblement du côté de l'âme.

    Sandrine Rotil-Tiefenbach, romancière, poète, illustratrice, peintre et photographe, est l'auteur de J'air, roman (éditions Michalon) ; Dernière fin du monde avant le matin, poésie & aquarelles (éditions Mélis) et Grise, roman (éditions Sulliver). Elle signe également nouvelles, chroniques, poèmes ou images au sein de différents anthologies et collectifs, reconnus ou underground. Karma X est une nouvelle édition de son premier roman, paru initialement sous le titre Sarah K 477 (éditions Que).

  • "« Les textes composant Étymologie d'une dictature sont parus par épisodes de 2003 à 2004 dans le mensuel tunisien Kalima, censuré par la dictature de Ben Ali. La Tunisie n'était certes pas la pire dictature de la planète : on y tuait sans doute moins qu'en certains pays d'Afrique ou d'Asie. C'est néanmoins un des pays au monde où la parole publique s'est le plus écartée de la réalité. Démocratie de mots, dictature de fait. Richesse sur papier, pauvreté du peuple. Émancipation des femmes, viol des opposantes. Autant de fables malmenées par les faits. D'où que j'ai choisi les mots du romanesque, de la littérature, pour rendre compte de la fiction d'une démocratie benalienne. »
    La censure, le double langage, la dissidence, la rumeur, l'aveu... ou encore le silence : Marc Jaffeux répertorie et décrypte, mais surtout illustre par des scènes éminemment parlantes les différents modes d'expression sous un régime totalitaire. À travers son approche multiple, tout à la fois sensible, caustique, burlesque, son intense implication, la précision frondeuse de sa langue et sa coloration à dessein pseudo-scientifique, ce texte résistant trace le portrait d'une dictature grossièrement grimée en démocratie où bien d'autres régimes actuels pourraient peu ou prou se reconnaître.

    Marc Jaffeux a collaboré en tant que « fictographe » au mensuel tunisien Kalima . Il a aussi écrit des fictions radiophoniques (France Culture, Radio suisse romande), des pièces de théâtre mises en espace au Festival d'Alfortville, au Théâtre 13, au Théâtre Essaïon, au Théâtre de la Digue à Toulouse, ainsi qu'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine (IRCAM, Orchestre Philarmonique de Radio France, Groupe de Recherche Musicale de l'INA). Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Son écriture est souvent plurielle, disputée par plusieurs voix, comme traversée par cette question : Qui écrit ?"

  • « Je me souviens distinctement de la façon dont tout a commencé, il y a pourtant une éternité. »
    La mémoire de l'Univers la plus enfouie s'éveille dans l'homme d'aujourd'hui. Renouant avec lui un dialogue orageux au-dessus de la béance du temps, elle dénonce les excès de « l'espèce-reine » et pointe la dérive d'un destin dangereusement emballé.
    « La planète elle-même, la fragile pépite délicatement posée sur sa miraculeuse orbite, la planète vacille, son bleu légendaire insensiblement vert-de-grise. Déjà dans les galaxies alentour circulent en glaçants courants d'air les miasmes d'une insidieuse décomposition. »
    Face à la menace montante de l'extinction, se pose comme seul recours l'appel à l'évolution et s'impose une mutation radicale : « Changer d'ère ! »
    « L'évolution est un pari sur la chance, et la chance est un travail de tous les instants. »Nouvelle édition.

    André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Insurrection du verbe être, La Guérilla des poètes, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver. Déplorant les méfaits de la pensée dominante, il tente à travers ses livres de contribuer à réhabiliter la solidarité du vivant.

  • Quand la mort survient au coeur de la vie - une tumeur maligne dans le tronc cérébral d'un enfant ! -, « la vie ne parle plus d'elle-même, mais de la mort ou plutôt d'un en deçà de la mort totalement indexé sur l'instant létal, sur la disparition de l'être tant aimé ». Notre construction mentale vacille, tout est à repenser pour tenter de résister puis de faire face à l'inéluctable extrémité.
    L'appel à la philosophie impuissante et muette, la « mort en toutes lettres » partagée avec les proches, la dénonciation d'un système hospitalier embourbé dans ses procédures se succèdent dans ce livre, tentative acharnée de « repousser le travail du néant et de l'angoisse par l'action affective et l'affectivité de l'action ». Mais surtout tentative ultime de maintenir, contre la mort même, la petite Lomé au coeur de la vie.
    Colère et détresse, mais aussi infinie tendresse alternent dans cette quête de la dignité de vivre et de la dignité de mourir.

    Fabien Ollier, né en 1973, est directeur de publication des revues Kitej et Quel Sport ? Il est actif depuis plus de dix ans dans l'écriture et l'édition militantes de pensées critiques. Il a publié en 2010, aux éditions Sulliver, un premier roman écrit avec Nathalie Vialaneix, La Révolution du Grand Renoncement.

  • C'est une journée qui pourrait-être ordinaire. Et pourtant, dans ce petit appartement, à partir d'interrogations sur une mystérieuse femme aimée, des évènements étranges vont faire irruption et, se succédant, esquisser les contours des vérités profondes qui se cachent derrière la façade banale de notre quotidien.
    Les mystères de forces inconnues qui nous entourent et nous habitent s'offrent à la réflexion du narrateur. Des évocations saisissantes le traversent, lui laissant entrevoir l'accès à un savoir universel qu'il découvre à sa portée. Une aventure intérieure hors du commun s'amorce...
    « Insondable réseau, irrésistible tourbillon de destins, de fluctuations et d'influences. Empire des innombrables, invisibles et subtiles présences. Ici et là, à l'instant, partout : pressions, vibrations, respirations, énergies, intensités, flux et reflux d'informations et de matières. »

    Éric Coulon est philosophe et directeur de l'Agence E.R.G.C. / Culture & Transmission. Cofondateur de la revue Trans-Humance, il est l'auteur de l'essai Le Dévoiement du christianisme, aux éditions Sulliver, d'un ouvrage sur la pensée de Raymond Abellio, et le fondateur-organisateur des Rencontres de Seix (autour de l'oeuvre et de la pensée d'Abellio).

  • « Le Grand Renoncement est l'alpha et l'oméga d'une véritable révolution qui n'a eu, pour une fois, ni démiurge, ni dictateur, ni utopie, ni idéal, ni suite glorieuse, ni suite macabre, mais qui a décapé l'humain comme un acide. »
    Ce roman d'anticipation à deux voix nous plonge dans un univers où la vie humaine, laminée par l'expansion technique et marchande, renonce volontairement à soi-même. Au point que le « je », dans la bouche de l'homme, se conjugue désormais à la troisième personne, donnant la mesure de la mutilation intérieure. Au point que son existence virtuelle a pris le pas sur sa vie réelle !
    « On fonçait dans le rien, on fonçait dans le vide, on se ruait dans le plaisir et la jouissance, autant d'efforts pour tuer le désir. »

    Cauchemar dans le droit prolongement de notre monde, cette satire où s'entremêlent ironie et anxiété est avant tout un appel impérieux à résister au conditionnement qui nous mène vers le règne mortifère de l'objet.

    Fabien Ollier, né en 1973, est directeur de publication des revues Mortibus et Quel Sport ? Il est actif depuis plus de dix ans dans l'écriture et l'édition militantes de pensées critiques. Ce premier roman restitue dans un langage plus sensible que conceptuel les thématiques qui lui sont chères : la question de la vie mutilée, du corps désincarné, de la mort-dans-la-vie.

    Nathalie Vialaneix, née en 1967, est psychologue et enseignante. Elle a collaboré à la revue X-Alta. Elle aussi publie ici, avec ce texte insolite écrit en collaboration, son premier roman.

  • « La vraie vie est ailleurs », « Les pères ne savent pas », « Belle au bois dormant »... La voix si personnelle de Rozenn Guilcher se fragmente ici en de multiples portraits intérieurs pour nous atteindre au plus intime. Car dans ces nouvelles, c'est nous, femmes et hommes de ce temps, qui sommes parfois férocement, souvent cocassement mais toujours tendrement mis en scène. Nous qui tentons maladroitement d'aimer et souffrons de ne pas l'être ; nous qui partons pour d'improbables ailleurs ou sommes englués dans une trop pesante réalité; nous embringués dans de tristes fêtes ou contraints d'improviser les funérailles d'un être cher. Nous traversant la rue, nous traversant la vie. Nous vivants, tant bien que mal, engoncés dans cette humaine condition qui ne semble pas avoir été taillée à nos mesures et isolés dans une société où nous peinons à trouver notre place.
    « Puisque nous sommes vivants et qu'il faut encore vivre. Puisque mourir demain n'est pas encore prêt. »

    Rozenn Guilcher est née en 1968. Elle est titulaire d'un DEA de Lettres modernes et d'une Maîtrise en médiation culturelle. Elle a également publié aux éditions Sulliver : un roman, La Fille dévastée, et deux autres recueils de nouvelles, Futura et Déshabiller nos solitudes.

  • Un long cri de révolte ne cesse de se développer et de s'amplifier tout au long des pages, dans une langue d'une rare puissance et d'une remarquable inventivité. Révolte contre les puissants : « Possesseurs! guerriers d'usure et militants de l'exploitation ! » Ceux qui gouvernent le monde et organisent sa ruine. « Leur rappeler qu'ils bouffent attablés sur les charniers ! » Mais révolte aussi contre tous ceux qui subissent et... ne se révoltent pas. « Les couchés ! »

    Révolte, et colère, et haine qui enflent jusqu'à englober la totalité de cette condition humaine qui ne sait nous faire qu'oppresseurs ou opprimés...

    Et derrière cette violence verbale, la soutenant et la justifiant, c'est une attente épuisée, exaspérée que l'on entend murmurer : À quand l'amour ? À quand l'humanité ?

    Louis Mandler est né en 1971. Il a publié en 2004 Sus aux immondes, aux éditions Panormitis, et Dévoration, aux éditions Sulliver, en 2009.

  • « Celui qui effectue de longues marches entre les rayonnages ne peut oublier que les livres sont les seuls objets réels de ce monde. »
    La bibliothèque est infinie et, là où ils ne sont pas tapissés de livres, ses murs sont recouverts de palimpsestes perpétuellement réécrits. Dans ce labyrinthe dépourvu de fil d'Ariane, un « questeur » tente de percer à jour la logique interne de l'immense édifice et celle des « copistes » - grammairiens, historiens et autres mythographes - qui sans répit alimentent ce monstre en mots et en textes. Tout en s'efforçant d'approcher le grand secret : celui de « la mère des lignes ».
    Écrit dans un style mosaïque, ce conte philosophique développe sous forme de voyage initiatique le thème de la nouvelle de Borges, « La bibliothèque de Babel », et pose cette question : À l'âge de l'information dévorante, comment trouver le chemin de la connaissance ?
    « La folie se tapit dans le labyrinthe silencieux où les hommes espèrent trouver la sagesse des siècles. »

    Bernard Thierry appartient au monde scientifique. Directeur de recherche au CNRS, il travaille à l'université de Strasbourg où il s'intéresse aux fondements biologiques des comportements. Il a publié de nombreux articles et ouvrages sur les sociétés animales dont Destins de singes, avec Christine Desportes, paru aux éditions Acropole.

  • C'est là-bas est une libre évocation de l'Orient, et en particulier de l'Inde. Par touches impressionnistes peu à peu articulées, le récit élabore un pays imaginaire et ses traditions: l'Indrastan, avec ses géographes, ses conteurs, ses philosophes et ses dramaturges. Tous sont bien sûr fictifs - des fictographies -, et reposent sur une érudition fantaisiste ; en vain le lecteur y chercherait des informations objectives, ou une confirmation de ce qu'il sait déjà.
    Mais l'Inde est ici. On la trouvera dans le foisonnement et l'énergie du récit. Elle nous appelle dans le rythme même de l'écriture, qu'alimentent les images baroques, les bribes de légendes, les études inventées d'où émerge peu à peu l'histoire du géant Vigg et de son ami Ajjit.
    C'est donc un roman, C'est là-bas, mais un roman de la pensée, dont les mots se réveillent au contact d'un autre réel, et qui, en contrepoint, témoigne de la pesanteur de nos sociétés, de l'anonymat de leurs villes, et de nos esprits tout aussi cloisonnés.
    C'est surtout un élan vers ce pays lointain où tant de voyageurs ont cru - avec raison ? - être enfin arrivés chez eux.

    Marc Jaffeux a publié en 2015 Étymologie d'une dictature. Il est aussi l'auteur de pièces de théâtre, de pièces radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), ainsi que d'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Ses récits interrogent les liens multiples du réel aux mots, à leur poésie ; ils sont souvent pluriels, partagés entre plusieurs approches, comme si le fait d'écrire était lui-même devenu fiction.

  • « Réalité-jour » : la sauvagerie marchande gouverne le monde, s'appuyant sur ses suppôts, la société tragilibérale, la Sainte Flibanque... Pour lui échapper, Alan Beffroi cherche résolument refuge dans sa « Réalité-nuit » : la dérive nocturne dans la ville, les rencontres improbables, le dérèglement...
    « La Réalité-nuit c'est oublier sa vie d'avant, sa vie d'asservissement. »
    Et quand, sous les coups de boutoir de l'imaginaire, les réalités s'inversent, le jour se délite et la nuit prend le pouvoir.
    « On dit que toute l'Europe occidentale est touchée. Plongée depuis 96 heures dans le noir complet. »
    Voici Beffroi en cavale avec un enfant dangereusement halluciné et une belle Anglaise revancharde dans un monde sens dessus dessous qui n'est peut-être que l'expression de sa propre tempête mentale. Et -au risque de retomber en servitude- pas d'autre choix que d'aller au bout de cet élan créateur. Pas d'autre choix que de s'affirmer poète en rupture dans un monde sans poésie.

    « Roman d'action poétique », ou encore « roman d'aventure intérieure », ce texte transgressif affirme la primauté de la liberté du créateur et sa capacité à influer par sa vision sur le monde qui l'entoure.

    À moins de 40 ans, Yann Bourven publie son huitième roman, poursuivant livre après livre l'exploration d'une « poésie-vérité » qui fait advenir par la seule puissance du verbe le réel véritable si souvent masqué par les artifices d'une réalité truquée.

  • Quand faim ne s'écrit plus que malnutrition et misère paupérisation, quand travail s'écrit production, et amour relation, la poésie n'a plus droit de cité. « La pensée en ligne, l'information en boucle et les idées au carré sont les matériaux imposés pour la construction de la demeure intérieure. »
    Puisque les jours leur sont interdits, les poètes investissent nos nuits, décapent de leur regard acéré le portrait retouché d'un monde reflété par un miroir médiatique trop complaisant. « Monde interminablement bafouillé, gangue de mots, mixture d'idées. Monde bafoué, où la justice elle-même ne parvient plus à se justifier. Monde louche à vous en aveugler. »
    Et dans nos subconscients, dans nos rêves, sous la chape qui voulait les juguler, la révolte se répand sous le souffle de la parole revivifiée. « Dans la maîtrise retrouvée de nos multiples paumes la revigorante fraîcheur des multiples clés s'offrant à débarricader la poésie qu'ils avaient encadenassée ! »

    « La chance enfin donnée au pan spolié de l'esprit, la réhabilitation des sens comme instruments de connaissance. »
    Nouvelle édition.
    André Bonmort est également l'auteur de L'Âge de cendre, Insurrection du verbe être, Appel au possible, La Citadelle Espérance et Ils ont tué l'albatros, parus dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver, au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

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