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  •  « Une posture éducative s'apprend et s'éprouve. Elle se pense, se formalise, se transmet mais toujours à partir de ce que le terrain laisse affleurer d'essentiel et de nécessairement contradictoire. Elle se construit dans la rencontre avec ce qu'elle draine d'imprévu et d'insaisissable. C'est un art de la banalité et de la modestie dont la clinique sociale guide chaque parole, chaque geste, chaque regard, chaque silence. Elle fait du quotidien partagé avec les personnes, de ces fragments d'histoire dont on ne parle pas, des moments uniques et indispensables à la compréhension du métier. »

    À l'aide de très nombreuses illustrations, l'auteur déplie les multiples facettes la posture éducative. Au fil des pages, il en dévoile toute la complexité mais aussi et surtout la cohérence et donc le professionnalisme. Il n'évite aucune question, n'élude aucun paradoxe. Au contraire, il s'en saisit pour mieux les penser et les réintégrer au coeur des pratiques. C'est une réflexion menée sous les auspices de l'éthique et de la responsabilité : une éthique de la parole qui accepte les silences, une éthique du renoncement qui abandonne la maitrise et le savoir pour mieux s'ouvrir à la vérité du sujet et ne pas sombrer dans la résignation, une éthique de l'implication enfin qui fait de l'engagement subjectif du professionnel le coeur de son métier.

  • Les équipes des établissements sociaux, médico-sociaux, sanitaires, scolaires... attendent du superviseur des réponses aux questions qu'elles se posent dans la pratique quotidienne. Comment le superviseur travaille-t-il la demande qui lui est ainsi faite ? Evidemment le superviseur ne peut pas tout. Dans sa position d'extériorité, il met le feu aux poudres, dépoussière l'accumulation des savoirs et des savoir-faire, des préjugés, des yaka, des faukon, éveille chez chacun le désir de savoir, de comprendre, d'agir, de se risquer.

    La posture du superviseur est déterminante. Il est un « tire-bouchon ». Sans cesse il réouvre ce que la pente institutionnelle tend à clore : le questionnement, les énigmes de la clinique, les embrouilles du vivre et travailler ensemble, l'inquiétante étrangeté, l'intranquillité du transfert...

    /> Les auteurs témoignent d'une pensée vivante, en cours d'élaboration, sur cette pratique singulière de la supervision d'équipes. Ils font part de leurs doutes et de leurs tâtonnements en essayant de mettre en tension leur conception de la posture qui, loin d'être figée, se soutient avant tout d'une pratique clinique.

  • La folie douce, qui s'oppose à la folie furieuse, c'est un moment d'égarement, de déraison, d'extravagance, de délire. Ça ne prête guère à conséquence, mais ça dérange les bonnes moeurs. Alors que la violence et le passage à l'acte sur autrui ou soi-même relèvent de l'inacceptable, il convient de penser l'accueil social de la folie comme un espace de création et d'invention.  

    Comment accompagner, soutenir, valoriser les psychotiques afin que leurs productions, quelles qu'elles soient, trouvent leur place dans l'espace de la culture, au sens où Freud la déploie, selon des voies socialement acceptables ? Qu'elles soient considérées comme faisant signe d'un sujet et non d'un dysfonctionnement ?

    À partir de récits de vies singulières, telles Jeannot et son plancher, Glenn Gould et la musique, Marcel Bascoulard, le clochard céleste..., ou parfois tirés de son expérience clinique quand les patients tentent, à leur façon et avec les moyens du bord, de vivre parmi les autres en élaborant leurs propres solutions,  Joseph Rouzel poursuit une nécessaire élaboration théorique des liens entre psychose et création.

  • Premier prix dans la catégorie des essais et ouvrages scientifiques décerné lors du Salon du livre Plumes & Ancres sociales (organisé par l'IRTS de Normandie-Caen 2016)

    Le travail des professionnels du champ de l'éducation et/ou du soin consiste avant tout à accompagner des sujets dits « psychotiques » dans des formes d'expression socialement acceptables, au-delà des diktats de la normalisation. Cela exige qu'ils s'adonnent, eux aussi, à un certain délire, que Joseph Rouzel qualifie d'asile poétique, pour ne pas laisser leur champ d'intervention se pétrifier, sous les coups de procédures, protocoles, normes ISO, évaluations par le chiffre... La prise en compte des psychoses demande d'assumer une posture subversive.

    « Ce livre est une sorte d'hommage à la psychose. Alexandre Grothendieck éclaire la pratique éducative et psychanalytique de Joseph Rouzel, autant que Victor et Henriette mettent un point d'orgue à sa `biographie' sur un mode qui fait bouger les lignes... Le clinicien se fait ici passeur du psychotique dont, finalement, nous avons à apprendre. Les noms de psychotiques célèbres ici convoqués, dont la liste peut être élargie, montrent que cette contribution n'est pas qu'un vain mot ou une métaphore gentille. Ils sont de fait si nombreux et leur contribution est telle que nous ne pouvons pas imaginer ce que serait le monde sans eux - dans ce qu'il a de meilleur et dans ce qui nous permet de l'habiter. » Marie-Jean Sauret

  • La supervision, cette pratique clinique qui consiste à accompagner les équipes soignantes ou éducatives pour mettre en paroles, analyser et faire évoluer leurs expériences professionnelles, ne saurait se passer de références, d'appuis théoriques ni d'une réflexion permanente sur son exercice. En effet, un superviseur engage la parole du groupe avec lequel il travaille, et cet engagement l'engage en retour.

    Dans son souci de transmission aux superviseurs et futurs superviseurs d'un corpus théorique indispensable, l'auteur a choisi la forme d'un vocabulaire qui allie le sérieux de l'approfondissement à l'humour que la pratique impose.

    Tout en explorant les concepts fondamentaux à la lumière de sa clinique, il établit une sorte de réseau, comme un réseau de voies ou de chemins, qui croise et fait « chanter » tous ces mots entre eux. Au fil des pages, il soutient cette double correspondance : définir les thèmes qui agissent dans la supervision, les nommer, les rattacher aux différentes théories qui fondent le travail thérapeutique et/ou social, et les relier entre eux.

  • Depuis 2008, l'ANESM (Agence nationale de l'évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux) publie des `Recommandations de bonnes pratiques professionnelles'. Censés refléter les savoirs et les pratiques à l'oeuvre dans ce secteur, ces documents offrent une représentation administrative de la personne humaine qui conduit à une standardisation des approches et à une remise en cause des fondements de la relation éducative, de l'aide sociale et de la clinique, ainsi que du travail collectif de pensée qui s'y déroule. 

    L'enfant et l'adulte en difficulté y sont présentés comme des êtres de besoin, non sexués, sans passé, sans passions, sans conflits psychiques et sans inconscient. Les travailleurs sociaux et les soignants y sont décrits comme des êtres sans subjectivité et les relations entre les uns et les autres, comme des liens fonctionnels sans transfert. Or, la prise en compte du désir inconscient est une ouverture essentielle dans le travail éducatif, social et clinique. Cet ouvrage le montre en mettant en regard le discours officiel des bonnes pratiques et de nombreuses situations rencontrées dans ces lieux de travail.

  • Psychanalystes et travailleurs sociaux peuvent-ils s'associer dans une recherche qui enseignerait les uns et les autres ? Ont-ils seulement un champ commun où viendrait se coaguler l'objet d'un savoir inédit ?

    Il existe bien un cousinage intelligible entre le psychanalyste et le travailleur social, une communauté de destins qui autorise des liens imprévus entre la pratique du divan et celle du terrain. Ces liens, il est possible de les tisser à condition cependant de déchirer les clichés, de ne pas s'imaginer que la clinique psychanalytique vise des profondeurs que d'autres pratiques ne pourraient atteindre, ou que le désir de l'analyste est par essence plus authentique.

  • L'analyse clinique de la pratique - ou supervision - est un travail oral. La confidentialité concernant tous les propos personnels qui y sont émis en est une des règles fondamentales. Les professionnels de l'éducation - rééducateurs de l'Éducation nationale ou professionnels de l'éducation spécialisée - qui se sont exprimés ici, sans rien trahir de cette règle, ont risqué la mise en visibilité de leur parole, de leurs difficultés ou de leurs doutes, alors qu'ils se confrontent quotidiennement à des enfants et des jeunes en grande souffrance. Ils ont souhaité témoigner de l'aide importante, nécessaire, que leur apporte l'analyse clinique de la pratique quant à leur engagement professionnel. Dans ce cadre, le superviseur qui les soutient témoigne aussi de son positionnement et de sa place.

    Cet ouvrage est une première : il présente le cheminement et le compagnonnage au fil des années d'un superviseur et de professionnels de l'éducation. Il met ainsi en série une chaîne de solidarité qui va de la supervision aux interventions sur le terrain. Ce faisant, il donne à lire la spécificité et la rigueur qui président à ces interventions éducatives. 

    Mise en vente le 5 novembre 2015.

  • Bien qu'il demeure riche et passionnant, le travail de l'éducateur auprès d'un enfant autiste ne va vraiment pas de soi. Le quotidien est bien souvent marqué par l'incertitude, l'embarras, le doute, la peur, le rejet, le ras-le-bol, l'incompréhension ou encore la fascination. Les stratégies éducatives auxquelles l'éducateur a habituellement recours semblent n'avoir plus aucun sens et ne produisent donc plus du tout les mêmes effets.

    Dans ce récit, issu de son journal de bord, Claude Déliot retrace une rencontre avant tout humaine avec Sébastien. Il montre avec beaucoup d'humilité comment il a été amené à inventer au jour le jour en se mettant à son écoute pour l'accompagner et l'aider à progresser au milieu des autres. Il nous livre les leçons quotidiennes de Sébastien et en tire savoirs et savoir-faire qui questionnent et renouvellent la réflexion sur la pratique éducative.

  • Martine Bodénant est éducatrice spécialisée. Elle a exercé durant une trentaine d'années dans un centre d'accueil d'urgence pour mères et enfants en crise conjugale et familiale.

    Dans un récit à la première personne, elle raconte comment elle et son équipe ont répondu par leur travail éducatif aux questions posées par la violence au quotidien. En se tenant au plus près de son vécu de professionnelle, de ses doutes, de ses erreurs et prises de conscience, elle témoigne de son métier et de ses engagements syndical et féministe.

    Elle inscrit son cheminement dans les logiques et les contradictions institutionnelles particulières, mais aussi dans un contexte politique, social et idéologique où la question de la violence conjugale et donc des relations hommes/femmes mobilisent fortement la société civile.

    En rendant hommage au travail en équipe et aux femmes, enfants, hommes, qui, loin de se réduire à leurs difficultés, lui ont permis de grandir psychiquement, elle montre combien la part subjective - idéaux, pensées, croyances - est présente dans la relation éducative et comment les instances de parole - analyse de pratique, supervision - permettent de donner du sens à sa pratique professionnelle et de construire des projets au plus près des besoins et des désirs des publics accueillis.

  • "L'auteur dessine les différentes étapes que l'être blessé, tel un guerrier immobile, est amené à vivre avec son entourage, pour essayer de s'adapter lorsque le déficit semble irrémédiable.

    Briser le mur des experts et des préjugés, resituer l'homme dans son destin et sa globalité, remettre à l'ordre du jour, loin des faux-semblants, l'aventure individuelle de l'être blessé par l'existence, lui redonner soif et espoir par sa pleine conscience, sa liberté et sa joie retrouvée ; voilà en quelques mots l'ambition démesurée de ce livre, pareille à la démesure de notre vie."

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