FeniXX réédition numérique (Gallimard)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • La narratrice se nomme Marcienne Cornille, elle a vingt-cinq ans, Luc est son mari, et Rémy son fils est âgé de deux ans. A Villeneuve-Saint-Georges, sa maison est entourée d'un jardin. Elle se rend parfois à Paris, passe des vacances sur la Côte d'Azur, rencontre des gens, écrit, peint, rêve. Cette carte d'identité banale sert de soutien à la plus fantastique exploration mentale qu'une femme ait osé tenter jusqu'ici, c'est-à-dire l'aventure même du langage. Car Marcienne s'orthographie aussi Martienne. Et c'est sous cet aspect insolite que le lecteur subit la pensée d'une créature visiblement tombée d'une autre planète. Elle veut tout apprendre à la fois : vivre et mourir, construire de jour en jour et d'heure en heure la certitude de son propre néant face au temps, à l'espace. Mais ce néant est l'envers même de la réalité qui nous est donnée en naissant. Il est l'univers de Marcienne-Martienne, magnifique et déchirant dans la mesure où « l'Envahie » ne trouvera nulle part et jamais son lieu d'origine et d'aboutissement.

  • Né le 12 avril 1940, à Nice, licencié ès lettres, diplômé d'études supérieures de littérature française, Pierre-Paul Bracco prépare une thèse de troisième cycle. Encore quelques battements... est son premier roman.

  • Le premier paragraphe du roman met en place le soliloque de Suzanne, une jeune femme de vingt-cinq ans, mariée à Pierre et maman de Gisèle et de Paulo. Il se déroule sur un rythme obsessionnel pour nous dévoiler à mesure un univers intérieur fait des contradictions les plus violentes : « Il y a des matins où je sais que je ne me lèverai pas, c'est plus fort que moi, je ne me lèverai pas. Même s'il fait beau ça m'est bien égal. Ce jour-là, pour moi, il ne fait pas beau, c'est tout. Et s'il pleut, tant mieux, qu'il pleuve et que toute la ville soit noyée. Je n'aime pas les gens, je n'aime pas mon mari, ni ma petite fille, ni mon petit garçon. Qu'ils sortent sous la pluie, qu'ils tombent dans des fondrières, qu'ils aient de la boue par-dessus la tête, c'est tout ce que je demande. Je ne ferai pas un geste, je ne pleurerai pas. » C'est donc du fond de son lit que Suzanne va vivre sa journée inutile. Et le lecteur y reconnaîtra, profondément mêlés, la cruauté d'une femme prisonnière de l'existence que tour à tour elle veut, aime, déteste, repousse avec rage ; les souvenirs les plus féroces ou les plus émouvants ; la tendresse qui ne s'avoue jamais ; les espoirs déçus ; la sensualité ; les soumissions et les révoltes vis-à-vis de l'homme et des enfants ; bref, l'angoisse et la terreur métaphysiques dont nous subissons tous, tant que nous sommes, les ravages au lever de chaque jour.

  • L'individu des temps modernes est un exilé. Aussi Saul, un jeune professeur français de trente ans, est-il venu à l'Université de Greenlake aux États-Unis, pour fuir son passé et tenter de devenir un homme neuf. Peu à peu, l'Amérique, qu'il observe avec la curiosité d'un voyeur, prend possession de lui. Il y trouve un nouveau rythme de vie. Il s'habitue à la lenteur du Sud, à l'indolence du climat, aux beautés d'un interminable automne. Il se réfugie dans une solitude dont il espère tout. Mais le Sud, imperceptiblement, s'insinue en ses veines. Quelques aventures rapides, dans l'indifférence, avec sa logeuse, avec une jeune étudiante, la découverte de la violence chez certains nostalgiques du fascisme, son travail même ne lui donnent aucun des plaisirs espérés. À l'approche de Noël, New York le hante, cette patrie de ceux qui n'en veulent plus. La complicité des rues, le grondement des métros express, la chaleur des magasins en contraste brutal avec le blizzard et le froid, les rencontres de hasard dans les cinémas et les bars équivoques, tout cela conduit peu à peu Saul à sa perte. En proie à de secrètes et cruelles passions dérobées sous le ton volontairement aigu du récit, Saul se laisse prendre au vertige de sa propre chute.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Si nombreuses que fussent - dans une salle de musée - les statues archaïques de jeunes dieux, il m'a toujours semblé les voir solitaires. Comme si leur démarche ambulante et fixe, la plénitude de leur torse, le port élevé de la tête, les yeux sans paupière ni prunelle, les entouraient naturellement de silence et d'espace. Ils apparaissaient, venant de la mer, à l'heure où elle ne se distingue pas du ciel, où les brumes se dissipent si lentement que les bateaux et les maisons sont des montagnes de brumes. Je les voyais grandir sans se déplacer, monter lentement à ma rencontre. Ils n'étaient là que dans l'entre-temps fugitif de la nuit et du crépuscule de l'aube. Ils venaient, littéralement, d'autre part. Je les ai vus, depuis, emprunter toutes sortes de tenues. Ils m'ont surpris et je n'ai pas toujours su les suivre sur le chemin qu'ils m'indiquaient. Mais ils m'ont toujours désigné des lieux magiques, et su changer - de leur ombre gigantesque - un immense hôtel désuet en un éléphant, les rues de Naples en lieu d'asile pour naufragé, une bibliothèque en un murmure de voix, une ville en un tombeau, un décor en un cortège.

  • Le marécage, c'est d'abord cette étendue humide et enneigée près de laquelle, un matin de décembre, on a retrouvé le cadavre d'Agnès Bault-Castaing, arrivée quelques années plus tôt dans une famille d'industriels savoyards, dont elle avait épousé le fils aîné. C'est encore le milieu où l'histoire plonge ses racines et dans lequel Agnès, jeune et brillante Parisienne, s'est vite enlisée : une tribu bourgeoise, où triomphent le cynisme et l'hypocrisie, jalousement fermée sur ses vieux principes, et pour laquelle un divorce est encore sujet de scandale. C'est enfin, longtemps plus tard, le bourbier des souvenirs, qui remontent dans la mémoire de Robert Bault-Castaing, le patriarche, alors qu'il se sait vaincu par la maladie. Ils le ramènent jusqu'à cette période trouble où, dans le huis clos de La Cavalerie, la propriété familiale, proliféraient les passions et mûrissaient les haines. Au-delà de la vérité officielle qui, sur le témoignage d'un débile mental, a jeté en prison deux braconniers, il en existe une autre, soigneusement enfouie, qu'il se décidera à assumer après des années de silence. Avec une rapidité précise et un sens rare de la construction romanesque, l'auteur nous fait circuler autour de ce marécage aux contours multiples.

  • "Comme de joie rejointe à la belle étreinte, il n'en a toujours pas fini de revenir de vos venues-dahlias ô Dalilas. Des minuits chevelus d'ire grège dans les longues feintes fendues des murs du songe solitaire." Paru en 1976, le recueil de Pierre Lepère, à la manière de Cocteau et de Max Jacob au début de leurs écrits, nous propose une suite de poèmes fantaisistes.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « V. est assise sur une hauteur légère, à l'extrémité du plateau de L. : ce que les manuels géographiques appellent table, mesa ou, lorsque la superficie en est relativement modeste, comme à V., qui ne peut plus s'étendre, butte témoin, de celles où la mer secondaire a laissé tant de vestiges. La route que je pris en sortant de la gare, montait à travers les villas et les jardins qu'on devinait seulement, derrière les murs épais qui soutenaient leurs terrasses, pleins de fleurs... Me retournant, la main tendue et ouverte pour me protéger du soleil, je constatai que cette main dissimulait désormais tout le noeud ferroviaire et la gare (si petite qu'elle semblait ne pouvoir fonctionner que par la volonté des hordes d'enfants qui la regardaient avec intérêt du haut des remparts) - jusqu'à cette sensation d'une absence insolite, troublante, dont je compris plus tard qu'il s'agissait de ma fatigue : je ne soufflais pas malgré l'escalade, je n'étais pas mort. »

  • M. et Mme Simonet, dans leur maison de campagne. Avec Jacques qui doit avoir six ou sept ans, et le père de Mme Simonet, qui doit en avoir quatre-vingts. C'est l'après-midi du 17 juillet. Un après-midi ordinaire. Il ne se passe rien. Si : une visite (celle de vieux amis de la famille) et, après la visite, un orage d'été. Cette nouvelle est suivie de trois autres, apparemment aussi simples. Elles ont toutes pour thème celui de retenir quelques moments perdus situés « entre les actes » où l'homme s'abandonne un moment lui-même et, se trouvant seul face à face avec le temps qui passe, vit son propre drame, ce qui est, tout compte fait, peu de chose. Mais, dans bien des cas, toute la vie. René Pons, né en 1932 près de Montpellier, est licencié ès lettres.

  • Un jeune géographe fraîchement agrégé, et naturellement pressé de se spécialiser dans l'étude des régions sous-développées, choisit de se consacrer au Marais vendéen. Il installe son quartier général dans une préfecture imaginaire, S..., située à une centaine de kilomètres de la côte. Muni d'une recommandation de son père pour son ancien camarade de régiment, le sénateur Dolent-Lepesque, le héros est reçu avec une grande cordialité. Le sénateur s'emploie à le documenter et le présente aux prépondérants du chef-lieu. La ville, son ambiance, son rythme, comme aussi les péripéties comiques de son épopée industrielle apparaissent au géographe dans leurs mille détails savoureux. Il les enregistre avec soin, fidèle à son penchant naturel à l'ironie légère comme à une certaine cruauté. Il prend pension dans un hôtel de la ville, « Au XIXe Siècle », et lie connaissance avec quelques professeurs de lycée dont une jeune femme, Nicole, qui deviendra peu à peu l'héroïne du roman. Il faudra d'abord qu'un élève de Philo, Bayard, adolescent inspiré, devienne l'ami du héros et lui laisse deviner sa propre passion envers Nicole, son professeur d'anglais. On entre alors dans le secret d'une campagne amoureuse très savante, parrainée par l'exemple de Mme de Merteuil et riche en explorations de toutes sortes. Elle a pour but d'apprivoiser Bayard et la jeune femme (apparemment sage jusque-là) et de leur révéler leurs vrais désirs. Enchanté par Bayard, mais tenté par Nicole, le géographe ne souhaite renoncer à l'une ni à l'autre - son heure viendra. Craignant que l'amour de Nicole ne le conduise au mariage, le héros se dérobe à temps ; elle ne tentera pas de le retenir. Il terminera son étude économique et retournera à Paris, sans un regret ou presque.

  • Comme précédemment dans La visite du château, Jean Lahougue nous propose ici trois courts romans. La Polonaise met en scène un homme solitaire, Jésus, attaché à l'écoute d'une Polonaise de Chopin, qu'il mime maladroitement dans le cadre peu à peu transfiguré de sa chambre nocturne. D'écriture très différente, la Tête de jeune fille à la révolution se présente comme un cahier de vingt-quatre esquisses autour du personnage d'Anna, compagne du narrateur et prétexte, sur fond nostalgique de lointaines révoltes, à d'étranges ou merveilleuses révélations. Une vieille dame et son chien malade engendrent une pantomime tragico-comique à la terrasse d'un café. Tel est l'argument dérisoire de la danse où sont jetés les personnages anonymes de L'Anus du Weimaraner, dernier récit de ce livre, où le fantastique côtoie obstinément - lorsqu'il ne l'investit pas pour finir - le réel le plus quotidien.

  • Quelle est la véritable histoire de Jost et de Marie, si Marie il y a ? Il se peut qu'il l'ait tuée, qu'elle se soit suicidée ou qu'elle soit morte par accident, ou que lui-même ait tenté de se donner la mort. Il se peut. Ce qui est certain, c'est l'endroit où cela s'est produit, et comment. Mais à mesure que les vérités se confrontent, les mots manquent. Hors du langage, la recherche de soi devient une errance pleine de signes, mais il est trop tard pour les déchiffrer. Jost a capitulé. Il s'est réfugié derrière les murs d'une maison : chez lui ou ailleurs. L'asile est aussi une femme. Le va-et-vient entre le dedans et le dehors transforme constamment l'histoire qu'il leur est donné de vivre (ou qu'ils ont vécue), jusqu'au moment où elle devient proprement indicible. Jost revient à lui, privé de parole, mais ce mouvement libérateur le condamne à mourir.

  • Sentant venir sa fin, Sir Henry prie son fils Patrick, vingt ans, qui poursuit depuis quatre ans des études dans une université européenne, de revenir au domaine de Snowcast. Il veut lui parler de la succession. Face à son fils, le problème de la communication se complique à mesure que passent les jours et les mois. En dépit de leurs liens profonds, un combat muet oppose les deux hommes. Patrick refuse d'accepter la succession telle que la lui propose Henry : il veut la conquérir par ses propres moyens. Mais il songe aussi : « Vouloir déposséder son père, c'est désespérer de soi au dernier degré, se nier tout pouvoir de créer, d'acquérir. C'est finalement vouloir être son propre père, échapper aux contraintes fécondes du dialogue pour entrer de plain-pied dans le monologue infini de la divinité. » Au-delà de l'orgueil et de la démesure des deux héros, le destin, les entraînant vers la forêt mystérieuse, apportera la réponse à l'impossible interrogation.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Trop de rêves ont flotté en elle : elle a dormi tellement plus longtemps qu'elle n'a vécu, qu'aucune figure, aucun nom, aucun objet ne peut plus remonter jusqu'à sa mémoire. Mais elle ne se rappelle pas non plus ses rêves. Quel homme, quel amant a jamais pu, comme lui, contemple, pour la première fois, le visage de celle qu'il va aimer, alors qu'elle a les yeux fermés ? C'est pourquoi le désir du Prince s'adressera toujours à cette beauté désertée, à cette absence irrémédiable, à cette Belle aux yeux clos qu'il a trouvée un jour dans son château perdu. Et c'est pourquoi la Belle ne saura jamais quel rêve elle poursuit en regardant son Prince.

  • Gabriel Boque, ce personnage vacillant « qui se brise tous les matins en mille morceaux et se reconstitue comme un vase, au cinéma, quand le film fait marche arrière », se dépense d'aventures en aventures à travers le monde. Il a à sa disposition un nombre infini d'accessoires pour changer d'identité et entraîner le lecteur dans le labyrinthe de ses bonheurs, de ses angoisses. Gabriel Boque ? Mais nous sommes tous Gabriel et auprès de lui notre fuite se traîne. Prestidigitateur étrange, il manipule les mots et les images avec grâce et dextérité pour dévoiler sur son passage les merveilles insolites et mystérieuses de la terre. Amoureux à Londres, garçon dans un café-épicerie en Amérique du Sud, touriste à Singapour, châtelain en Sologne, etc., il va également à Bombay, rêve l'histoire de sa vie en Bretagne, voyage dans les galaxies. Les espaces, les moments se nouent et s'entrelacent dans ce qui devient un récit. « La plénitude de notre existence ne réside-t-elle pas dans la juste manière d'être à nous-même une énigme ? » dit le jeune auteur de vingt-cinq ans dont le talent s'impose dans ce premier roman.

  • C'est moins par sa division en cinq épisodes que par sa structure interne et cachée que ce roman-scénario rappelle une tragédie classique en cinq actes. Pourtant l'unité de lieu et l'unité de temps n'y sont guère respectées. Et, l'intrigue, au lieu d'être le développement d'une action (ou de plusieurs) que l'intérêt des passions mènerait à sa fin, s'y trouve morcelée, répétée, contredite. Les couples antinomiques (mort-vie, amour-haine, bien-mal, espoir-désespoir etc.) y perdent leur opposition naturelle dans un trouble échange de leurs qualités respectives. La parole elle-même y est déroutée, gauchie, de sorte qu'au lieu de signifier ce qu'elle dit, elle vise toujours un autre sens ; et du reste, une partie du texte (qu'il soit de mise en scène ou de dialogue) est composée d'extraits d'ouvrages français ou étrangers, célèbres ou inconnus, traduits ou retraduits de sorte que la virginité du discours ainsi que le style personnel y sont sans cesse refusés et moqués par l'union de l'humour et du hasard objectifs. Mais derrière ce jeu divers de la lettre et de l'esprit, une seule action (celle de toute tragédie), qui se déroule dans la plus pure et la plus stricte unité, doit pouvoir être interprétée par le lecteur ; de même qu'il doit pouvoir (s'il veut tirer quelque agrément et profit de ce livre) rassembler les visages, endiguer les débordements, récupérer les énergies et les reconduire à ce point suprême de l'oeuvre, générateur de toutes les individualités.

  • Au terme des grandes vacances, le narrateur qui a parcouru l'Espagne au volant de sa Dauphine avec sa femme et ses deux filles est arrêté, pour un léger accident, par la police de Franco juste avant de repasser la frontière : une aile de sa voiture a éraflé au passage un piéton. Le processus du procès-verbal devant le commissaire se déroule dans une langue qu'il ne comprend pas ; il se retrouve le même soir privé de tous ses papiers et séparé de sa famille dans un cachot où la nuit commence. Et c'est au récit de cette nuit logique que l'auteur nous convie, démontrant peu à peu que l'emprisonnement du corps délivre l'âme et l'esprit, épanouit la mémoire. Car au cours de ses heures d'angoisse, le narrateur va revivre des moments de son existence d'homme libre en y puisant une étrange et douloureuse jouissance différée. Comme un film, repassent les étapes de son voyage au pays de la lumière, la mer et la plage, la montagne et les bonnes nourritures, les églises et la feria, auxquels se rattachent ensuite certains souvenirs de juin 1940, puis de l'occupation allemande. Ainsi s'écoule et se clôt le temps du cauchemar éveillé jusqu'à l'aube, lorsque s'approche un bruit de pas qui est, logiquement aussi, celui de la délivrance.

  • Naître, c'est parler. Ce livre se compose de dix chapitres qui sont chacun une confidence, un délire, une parlerie, la parlerie d'un homme pris de boisson et qui trouverait grâce à l'excès d'alcool absorbé ces moments de froide lucidité qu'on appelle aussi la griserie. Les circonstances de son déchirement sont banales ; invité par des amis à une soirée, il y boit plus que de raison et, contraint à s'allonger dans une chambre voisine, il éprouve le besoin de commenter les dérisoires péripéties d'une vie en déroute, par un discours titubant et irrépressible. La double ivresse de la parole et de l'alcool lui communique la plus froide lucidité en même temps qu'elle le prive des moyens d'en faire usage. Réduit par la griserie à l'inaction d'un corps né une première fois pour rien, le gisant ne peut plus que se parler, que s'écrire. Et cette écriture consomme son impuissance à vivre, tout en constituant une seconde naissance par les mots qui sont le ressassement de cette démarche à la fois délibérée et haïe. La coulée de ce récit qui est à la fois un chant d'amour, de détresse et de mort, veut se charger de tous les prestiges de l'improvisation en simulant les faux progrès de la parole. A l'issue de cette fièvre, l'aube lui apporte une délivrance provisoire.

  • Écrivain raté, vivant de traductions, Pierre prétend ne plus comprendre le sens des mots. Et pourtant il parle, il délire, il attend. Quoi ? L'avènement d'une nouvelle langue. Autour de lui, Paris s'effrite comme un gigantesque organisme malade. Il en tire sa revanche. Il accuse, il devine une conspiration. Son chef ? C'est Arias, le rival qui a réussi, et dont il n'a fait que traduire les oeuvres. Peu à peu, les mythes surgissent de la névrose. A côté de la puissance maléfique d'Arias, apparaît Madeleine, la femme aimée, monolithe écrasant et vénéré qu'il encercle de souvenirs, qu'il exalte en voulant le détruire. Les portes de la mémoire s'ouvrent capricieusement. L'imagination remodèle le passé pour cacher quelles fautes ? Pourquoi Madeleine a-t-elle abandonné Pierre ? A mesure que le monde extérieur se dissout, la névrose reconstruit l'innocence. Le dernier cercle se clôt, silence et mort, en un même centre. Alors la faute est absoute.

empty