FeniXX réédition numérique (Noël Blandin)

  • Gérard Khoury est Libanais. En bon historien, exploitant objectivement les sources, il s'efforce ailleurs, dans des articles ou des livres savants, d'expliquer aux gens d'ici comment s'est fait son pays et pourquoi il se défait. Mais lorsque l'anxiété le prend à la gorge, qu'il n'en peut plus d'amertume, il choisit l'écriture romanesque. Son roman, « La maison absente » est poignant. Pour la vérité crue qu'il dévoile, dans un langage contenu, d'une sensibilité et d'une intelligence blessées. De la maison, lieu de mémoire, il ne demeure plus que des cendres. Les souvenirs vont-ils, eux aussi se perdre, les beaux souvenirs d'une belle enfance, tous les parfums, toutes les saveurs, et la mère, elle aussi, absente ? Reste le frère, imaginé. Car pour mieux dire ce qui déchire sa patrie perdue, et qui le déchire lui-même, Khoury met en scène un couple de frères affrontés. Idée heureuse, puisqu'elle renvoie à cette structure intime des sociétés méditerranéennes, que l'anthropologie nous découvre : la jalousie, l'inimitié natives entre frères, tous ces Caïn, tous ces Abel qui n'ont cessé de se disputer au cours des âges, ces terres apparemment heureuses, et dont l'hostilité n'est pas sans retentir dans les jeux de la grande politique. De celle-ci, ce livre profond fait apparaître le contrepoint tragique.

  • Gérard Khoury est Libanais. En bon historien, exploitant objectivement les sources, il s'efforce ailleurs, dans des articles ou des livres savants, d'expliquer aux gens d'ici comment s'est fait son pays et pourquoi il se défait. Mais lorsque l'anxiété le prend à la gorge, qu'il n'en peut plus d'amertume, il choisit l'écriture romanesque. Son roman, « La maison absente » est poignant. Pour la vérité crue qu'il dévoile, dans un langage contenu, d'une sensibilité et d'une intelligence blessées. De la maison, lieu de mémoire, il ne demeure plus que des cendres. Les souvenirs vont-ils, eux aussi se perdre, les beaux souvenirs d'une belle enfance, tous les parfums, toutes les saveurs, et la mère, elle aussi, absente ? Reste le frère, imaginé. Car pour mieux dire ce qui déchire sa patrie perdue, et qui le déchire lui-même, Khoury met en scène un couple de frères affrontés. Idée heureuse, puisqu'elle renvoie à cette structure intime des sociétés méditerranéennes, que l'anthropologie nous découvre : la jalousie, l'inimitié natives entre frères, tous ces Caïn, tous ces Abel qui n'ont cessé de se disputer au cours des âges, ces terres apparemment heureuses, et dont l'hostilité n'est pas sans retentir dans les jeux de la grande politique. De celle-ci, ce livre profond fait apparaître le contrepoint tragique.

  • Des philosophes français, allemands, et de différentes régions de la Yougoslavie se sont rencontrés à Céret pour un colloque portant sur l'approche d'une philosophie à une autre. En l'occurrence, l'interaction des philosophies indiennes (et parfois chinoise ou japonaise) et occidentales a été explorée, ainsi que leur possibilité de perméabilité ou de compréhension mutuelles. Ce colloque, organisé par le Collège international de philosophie et hébergé gracieusement par le Musée d'art moderne et la Mairie de Céret, se tint au moment même où s'enlisait la guerre dans ce que fut la Yougoslavie. Ce fut ainsi la dernière occasion pour des collègues et amis de Sarajevo, de Ljubljana, de Belgrade et de Zagreb, qui avaient collaboré toute leur vie, de se rencontrer : dans leur pays ils ne le pourront plus pendant un temps. Ils purent pourtant communiquer à leurs amis d'autres pays leur propre expérience de travail entre les cultures, les traditions, les langues, et en philosophie comparée. Ce travail se fait nécessairement dans le respect des différences. La philosophie comparée pose problème, puisqu'elle est un concept et une méthode tout occidentale. Aussi est-ce en désaccord ou en distance critique par rapport à elle que certains des participants se posent pour créer un nouvel espace philosophique entre les traditions, et où il serait permis de faire usage de données venant de directions différentes. L'Europe, elle, a toujours cherché à se définir par rapport aux autres, à cet Autre qu'elle se donnait et qu'elle voyait souvent en Orient. Dans l'épuisement de son amour-propre qui se manifeste dans l'explosion postmoderne de son miroir spéculatif, l'Europe reprend parfois des modèles dans un nouvel orientalisme souvent inconscient, mais parfois explicite. Une analyse de celui-ci dévoile en effet le manque de ressource de la postmodernité : celle-ci n'a pas réellement changé de registre par rapport à la modernité occidentale : l'Autre y joue le même rôle, celui de l'exclu. Le lecteur trouvera dans ce livre des textes très différents entre eux, certains très spécialisés en indianisme ou dans quelques courants de réflexion occidentale, mais tous contribuent à un effort intraculturel de transgression des barrières d'écoles et de langues.

  • Il existait une caste importante d'intellectuels et de lettrés en Égypte ancienne. À son sujet, nos sources sont limitées : des livres de sagesse, des testaments politiques, quelques textes révélateurs découverts dans des tombes, quelques poèmes... Malgré cette information éclatée et fragmentaire, Le Scribe de Ramsès II essaie de reconstituer l'esprit de cette communauté. D'abord ce qui nous agace : son goût de l'ordre, de la hiérarchie, de la sécurité, sa sujétion inconditionnelle au pouvoir absolu du pharaon. Mais aussi ce qui nous la rend aimable : son polythéisme imaginatif et tolérant ; son amour de la justice et de la rectitude morale ; son patriotisme pacifique ; son joyeux humanisme... Issu de ce milieu, le Scribe de ce roman est un très jeune homme, inquiet et rêveur, qui va vivre une étrange période de formation. En l'accompagnant dans son initiation nous découvrons une Égypte lumineuse, une Égypte de la vie juste et d'un certain art de vivre et de se représenter le cosmos, la vie et la mort, l'homme et la femme.

  • De nos jours, on trouve en Occident des philosophes qui se mettent à l'écoute de l'Autre, c'est-à-dire de l'autre civilisation. En dépit de - ou en raison de - son arrogance, on soupçonne que le modèle occidental a échoué. C'est donc le moment de s'interroger sur son bien-fondé. Cependant cette confrontation avec l'Autre est paradoxale : cet Autre n'est que l'Autre du même, et il est lui-même un concept occidental. On voit qu'il y a symétrie, et absence de réciprocité. Quel type de rapports faut-il inventer ? La philosophie comparée est à cet égard riche de suggestions, mais n'échappe pas aux mêmes problèmes, puisqu'elle est elle aussi d'origine occidentale. Il faut donc à la fois mesurer son apport et ses limites, comme tente de le faire ce recueil d'essais.

  • 1921 : un accident de voiture brise l'enfance d'Armelle Delasonne. Plus de soixante ans après, le hasard joue une seconde fois avec l'existence neutre et froide d'Armelle qui retrouve miraculeusement sa soeur, son amie, disparue avant l'accident. Dans l'attente de son appel, la vieille dame pose sur sa vie un regard acéré et réduit ses promenades : elle ne passe plus au jardin du Luxembourg, pourtant proche. En retrouvant celle qu'elle n'avait jamais cessé d'aimer, l'orpheline de quatre-vingts ans échappera enfin à la fatalité. Le récit « racinien » de ce drame de l'amour obsessionnel, unique, enfoui, qui recouvre tragiquement de son ombre d'inachèvement toute une vie, est le quatrième roman d'Henri Danon-Boileau, psychiatre et psychanalyste, auteur également de pièces de théâtre sélectionnées aux festivals de Metz et d'Avignon.

  • Georges Corm, politiste et géopoliticien spécialiste du Moyen-Orient, a écrit ici une lumineuse parabole sur la tragédie de son pays d'origine et le destin d'exil de ses intellectuels. Il parvient dans ce récit à restituer et à resituer le drame du Liban dans sa véritable perspective universelle et quasiment intemporelle. Désormais, en nous réveillant le matin ou en allant chez le tailleur de notre quartier, nous ne pouvons plus l'ignorer : nous sommes tous des Libanais - pardon, des Cynéfiotes - potentiels, et la Patrie des Cèdres est la nôtre.

  • Voici un recueil de nouvelles où les meilleurs moments de l'écriture - et ces éclairs ne sont pas rares - tendent à une sorte « d'hallucination simple », fenêtre ou mer ouvertes, par où l'âme s'échappe, par-delà le bien et le mal, la douleur et la joie, et où les bonheurs de l'écriture rejoignent l'écriture du bonheur. Mais il s'agit bien d'un bonheur profondément littéraire, absolu, c'est-à-dire absout, « d'outre-tombe » et sans rémission. Les nouvelles de Maryline Desbiolles vacillent constamment entre le réel et l'allégorie impossible, entre le descriptif et l'emblématique. Elles laissent sourdre juste ce qu'il faut d'étrangeté métissée et méditerranéenne. C'est une écriture du Sud : fragile, lumineuse, impitoyable.

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