FeniXX réédition numérique (Syllepse)

  • Karine Clément, sociologue et enseignante à l'université Paris 8, a longtemps séjourné en Russie où elle a effectué de nombreuses enquêtes dans une douzaine d'entreprises. Elle en a ramené des témoignages qui nuancent à la fois le tableau noir d'un monde en voie de disparition et l'image colorée d'une population qui se « débrouillerait » et regorgerait de ressources et d'inventivité. Elle explore la vie quotidienne des ouvriers russes et scrute leur subjectivité en leur cédant la parole. Elle nous montre comment ils parviennent, malgré les contraintes qui pèsent sur eux, malgré le poids des rapports de domination, à se forger des espaces d'autonomie individuelle ou collective. Artisans de la chute de l'Ancien Régime, les prolétaires russes ont été sommés d'être libres, en même temps qu'on les privait des moyens de leur liberté. Et tout en perdant les protections des ouvriers soviétiques, ils ont hérité de leurs chaînes. Une fois de plus, ils ont été floués par l'histoire. Le régime ne s'est libéralisé que pour mieux continuer à les exploiter. La tâche est d'autant plus facile que les nouveaux maîtres du Kremlin manient à leur aise la ficelle historique qui permet de jeter le discrédit sur une classe ouvrière qui passe pour avoir été la « classe dirigeante » de l'État soviétique. Là où l'on ne voit souvent dans la Russie d'aujourd'hui que désordre et instabilité, l'auteure nous propose des logiques explicatives d'ensemble où l'instabilité est au coeur de la logique du système qui s'est mis en place sur les décombres de l'URSS.

  • Le Parti communiste français a-t-il fait tout ce qu'il fallait pour mettre fin à la guerre franco-algérienne, et pour aider les combattants algériens ? René Dazy répond par la négative. Ce n'est que poussé par la force des choses, que la direction du P.C.F. va glisser vers la reconnaissance du droit à l'indépendance du peuple algérien. Il lui apporte une aide indirecte, au lieu de l'aide matérielle attendue et, dans le même temps, interdit à ses membres toute participation au réseau de soutien au F.L.N. Les liens le rattachant aux Algériens vivant et travaillant en France, sont tranchés. S'il participe amplement aux manifestations civiles, le P.C.F. refuse de s'engager plus loin et de lancer, en direction des appelés du contingent, un appel à l'insubordination. René Dazy nous livre une grille d'explications, s'appuyant sur les faits et les déclarations de la direction du P.C.F. au cours de ces années noires. Il voit, dans ces erreurs, « le premier symptôme d'un retard sur une évolution historique ».

  • Épistémologue, Marc Silberstein nous propose, dans son premier recueil poétique, une approche radicale de la vie, cet « entre-deux-néants ». Usant d'un lexique emprunté aux sciences naturelles, La Prospérité de l'entropie livre un constat abrupt, celui de la pulsion ontologique de la vie. Préface de Thierry Leroy

  • Souvenons-nous de ces jours d'octobre 1993 où les avions d'Air France ont cessé de voler. Le pays vit alors au rythme du conflit le plus important de l'histoire de la compagnie nationale. La détermination des personnels est telle que, deux jours durant, la France est presque totalement isolée du reste du monde par la voie des airs. Quelques mois plus tard, les personnels, pourtant sortis victorieux de leur bras de fer avec le gouvernement, approuvent par voie de référendum la nouvelle orientation du P.-D.G. de la compagnie. Aujourd'hui, entre fusion et filialisation, Air France navigue dans un ciel qui ne cesse de se déréglementer et annonce son intention de se séparer de 10 000 agents sur les 45 000 que compte la compagnie. Ce livre invite le lecteur à un singulier voyage. Le vol qui vous est proposé éclaire tout à la fois les causes du conflit de 1993, du oui au référendum et du maintien des tensions et des conflits au sein de la compagnie. Il est temps d'attacher vos ceintures. Le décollage approche. Le voyage consiste en une exploration de l'environnement tumultueux dans lequel sont entrés le monde du ciel et les agents qui le peuplent. L'avenir d'Air France, de ses salariés et du service public du transport aérien est en jeu. Au terme de ce vol, pour ceux qui croient encore au ciel, la suite du voyage s'annonce pleine de turbulences !

  • 1989 : au centre de tri postal de Lille, sept postiers sont révoqués. C'est la première fois depuis 1953 que de telles sanctions sont prises dans la fonction publique contre des syndicalistes à l'occasion d'un conflit du travail ordinaire. Deux années de mobilisation face à l'acharnement du ministre socialiste P. Quilès qui réclame le maintien des sanctions.

  • En France, c'est la crise révolutionnaire de mai 1968 qui projetait sur le devant de la scène le mot d'ordre d'autogestion comme nouvelle stratégie. En Italie, en Grande Bretagne, en Pologne, en Tchécoslovaquie, l'autogestion devenait l'objectif et le but de la lutte, à la fois contre le capitalisme et contre la bureaucratie d'État. Les travailleurs s'essayaient à une autre politique à la fois concrète et révolutionnaire : remettre en marche, sous leur propre direction, les entreprises, les administrations, les services et penser le fonctionnement global de la société. Les Yougoslaves s'étaient engagés dans cette voie dès le début des années cinquante, et Victor Fay avait suivi pas à pas cette expérience autogestionnaire. Quand les textes présentés dans ce recueil ont été écrits, les « horlogers de Patente », ces « Lip » qui avaient osé « prendre leur usine, fabriquer et se payer » au nez et à la barbe des patrons venaient de marquer de leur empreinte les luttes ouvrières et ouvraient un débat pour que changent le travail, la société et la vie... Dans ce recueil de textes, Victor Fay contribue à penser l'avenir pour lequel il s'est battu pendant plus de 60 années d'activité au sein du mouvement ouvrier.

  • Est-il possible en 1997, de comprendre Ernesto Che Guevara tombé voilà 30 ans sous les balles des militaires boliviens ? On peut en effet difficilement imaginer un monde plus différent du nôtre que celui qu'il a connu, époque de guerre froide, mais aussi d'espoirs et d'utopies. Pourtant, il y a dans la figure du Che un noyau incandescent qui continue à brûler et qui parle aux jeunes générations. Aventurier romantique, Robin des Bois rouge, Saint Just marxiste, Cid Campeador des damnés de la terre et des gueux allumant les brasiers de la subversion, l'image et les idées du combattant de la Sierra Maestra, du président de la Banque nationale cubaine, du théoricien militaire, du ministre de l'Industrie flottent toujours dans les campagnes et les bidonvilles d'Amérique du Sud, les campus et les manifestations d'Amérique du Nord et d'Europe. Ce livre, écrit deux ans après la mort du Che et un an après mai 1968, a été traduit en espagnol, en portugais, en allemand, en anglais, en grec, en turc, en persan et en thaï. Il pose les jalons d'une étude de la pensée du Che, à la fois marxiste orthodoxe et farouchement antidogmatique, réaliste et prophétique, attentive aux problèmes techniques concrets et obsédée par les questions philosophiques qu'implique l'avenir du monde.

  • Ce siècle a connu de grandes espérances et d'immenses tragédies. Siècle de la technique, des enthousiasmes de la Révolution d'Octobre, de la victoire sur le fascisme, de la libération des colonisés. Siècle aussi des boucheries guerrières, du goulag, des guerres coloniales, de l'étranglement du Tiers Monde. Le monde de demain aura besoin de partager l'accès aux ressources et aux savoirs et de mettre en commun les conditions du développement humain. Beaucoup de choses nous en éloignent : le règne de la marchandise, la toute-puissance de l'État, l'esprit de distinction et la haine de l'Autre. Pour Roger Martelli, la visée communiste est l'utopie concrète du siècle qui s'annonce. En nous invitant à comprendre ce qui a gâché l'espoir et comment le communisme s'est fait « stalinisme », il nous convie aussi à refonder un « communisme autrement », un communisme pour le XXIe siècle. Il faut rebâtir une espérance qui mobilise et un projet qui façonne une cohérence sociale. Il faut dessiner les contours d'un « au-delà du capitalisme » pour transformer le monde en une « société monde ».

  • Les élites doivent stabiliser leurs positions sociales, leurs fonctions, grâce à des qualités reconnues par tous. Cela paraît naturel. Mais combien d'efforts faut-il pour produire et reproduire l'obéissance et le respect, de même que le « sens de l'autorité » ? Méritocratie et aristocratie, voie républicaine et voie royale ? Grande-Bretagne, France : les systèmes éducatifs y obéissent à des « valeurs » dissemblables ; pourtant, des effets voisins se produisent. En comparant les deux systèmes, l'auteur s'emploie à mettre au jour les dispositifs qui produisent les relations de pouvoir. Il montre que le mécanisme de sélection française, « républicaine, égalitaire et juste », partage avec les filières apparemment plus fondées sur l'argent et la naissance un pouvoir de sélection aussi brutalement inégalitaire et injuste. Il aide à la compréhension des couches dirigeantes des deux pays et cerne ainsi les racines de la crise de confiance qui les interpelle aujourd'hui. Comment, s'interroge-t-il, une société qui se qualifie de démocratique peut-elle éliminer du recrutement de ses élites la grande majorité du peuple ?

  • 1935 : dans « L'homme, cet inconnu », le Docteur Alexis Carrel recommande la création d'un « établissement euthanasique, pourvu de gaz appropriés », en vue d'éliminer certaines catégories de délinquants, et suggère l'application du « même traitement » aux « fous qui ont commis des actes criminels ». 1939 : Hitler lance le « Programme T4 » : liquidations d'enfants et d'adultes. Les malades des asiles d'aliénés de la Pologne envahie seront tués. En France, l'année suivante, les autorités de Vichy appliqueront aux internés psychiatriques des restrictions alimentaires telles qu'ils mourront d'inanition par milliers. 1941 : Alexis Carrel crée et dirige, sous l'autorité du Maréchal Pétain, la « Fondation française pour l'Étude des Problèmes humains », à destination eugénique, tandis que se poursuivent les crimes nazis et que s'intensifie en France l'« extermination douce » des malades mentaux. 1969 : création, à Lyon, de la Faculté de Médecine Alexis Carrel. 1991 : Jean-Marie Le Pen et quelques responsables politico-intellectuels de son mouvement saluent publiquement en Carrel l'inspirateur de leur réflexion sur les questions de l'« environnement », et le « fondateur de l'écologie ». 1992 et suivantes : la question de la mémoire devient d'actualité.

  • Omniprésent dans les procédures de légitimation des hiérarchies sociales et des formes de pouvoir, le travail est l'éternel silencieux, hormis dans des situations de crise. Les auteurs tentent une synthèse des divers aspects du rapport au travail à la lumière des travaux de recherche récents dans le domaine.

  • L'ambition du mouvement AC est de déboucher sur une mobilisation sociale contre le chômage. Mais, pour agir ensemble, il faut débattre et clarifier les enjeux de la lutte contre le chômage. Ce livre, écrit par des syndicalistes, des économistes et des sociologues, voudrait y contribuer. Combien y a-t-il de chômeurs ? Quel est le coût du chômage pour la société ? Comment se répartissent les richesses dans notre pays ? Trois documents font le point sur ces questions. Le débat s'ouvre ensuite autour de quatre grands thèmes : réduction de la durée du travail, contrainte extérieure, intensité du travail, citoyenneté sociale. Un texte lance le débat, et il est suivi de réactions et de contributions.

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