Gallimard (réédition numérique FeniXX)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Trop de rêves ont flotté en elle : elle a dormi tellement plus longtemps qu'elle n'a vécu, qu'aucune figure, aucun nom, aucun objet ne peut plus remonter jusqu'à sa mémoire. Mais elle ne se rappelle pas non plus ses rêves. Quel homme, quel amant a jamais pu, comme lui, contemple, pour la première fois, le visage de celle qu'il va aimer, alors qu'elle a les yeux fermés ? C'est pourquoi le désir du Prince s'adressera toujours à cette beauté désertée, à cette absence irrémédiable, à cette Belle aux yeux clos qu'il a trouvée un jour dans son château perdu. Et c'est pourquoi la Belle ne saura jamais quel rêve elle poursuit en regardant son Prince.

  • Gabriel Boque, ce personnage vacillant « qui se brise tous les matins en mille morceaux et se reconstitue comme un vase, au cinéma, quand le film fait marche arrière », se dépense d'aventures en aventures à travers le monde. Il a à sa disposition un nombre infini d'accessoires pour changer d'identité et entraîner le lecteur dans le labyrinthe de ses bonheurs, de ses angoisses. Gabriel Boque ? Mais nous sommes tous Gabriel et auprès de lui notre fuite se traîne. Prestidigitateur étrange, il manipule les mots et les images avec grâce et dextérité pour dévoiler sur son passage les merveilles insolites et mystérieuses de la terre. Amoureux à Londres, garçon dans un café-épicerie en Amérique du Sud, touriste à Singapour, châtelain en Sologne, etc., il va également à Bombay, rêve l'histoire de sa vie en Bretagne, voyage dans les galaxies. Les espaces, les moments se nouent et s'entrelacent dans ce qui devient un récit. « La plénitude de notre existence ne réside-t-elle pas dans la juste manière d'être à nous-même une énigme ? » dit le jeune auteur de vingt-cinq ans dont le talent s'impose dans ce premier roman.

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  • C'est à partir de l'analyse en profondeur du plus singulier de nos sens, la vue, que l'auteur construit son essai. Dans un visage humain, la place des yeux, leur double fonction - ouverture sur le monde extérieur et réflexion braquée sur l'univers de l'imagination - sont en fait la clé jumelle, originelle, ouvrant toute oeuvre d'art. Marc Le Bot, après avoir corporellement amarré son texte sur le pouvoir de la vision créatrice, s'abandonne à une extraordinaire méditation composée de chapitres brefs, intenses, où ses références à Léonard de Vinci, Artaud, Bellmer, Michaux, Bacon, Matisse, Dubuffet, Klein, Klee, Giacometti, Masson apportent un éclairage absolument nouveau. La souplesse de sa pensée, la liberté de sa recherche, qui ne s'encombrent d'aucune structure sèchement intellectuelle, font de cet essai une exploration à la fois savante et charnelle, capable de passionner tous ceux qui, de près ou de loin, devinent le grand mystère du corps confronté au miroir de son intériorité.

  • Les beaux jours venus, des milliers d'automobiles emmènent des milliers de familles passer un dimanche à la campagne. C'est seul que Pierre a pris la route de Neumont (Seine-et-Oise). Quelque dix ans plus tôt, en effet, il avait découvert, non sans surprise, qu'il aimait Manu, compagne de jeux des étés de son enfance. Et par une heureuse coïncidence, il avait pu s'en croire aimé. Alors, pourquoi en avait-elle épousé un autre, oui, pourquoi ? Cette question, il n'a plus cessé de se la poser, prenant entre-temps femme et situation, jusqu'au jour où il a appris que Manu-la-disparue était de retour à Neumont. Que faire ? Et si, par hasard, tout était encore possible ? Le dimanche soir, les Parisiens, en rangs serrés, rentrent chez eux. Derrière eux, la campagne et en particulier Neumont s'enfoncent dans la nuit.

  • Le premier paragraphe du roman met en place le soliloque de Suzanne, une jeune femme de vingt-cinq ans, mariée à Pierre et maman de Gisèle et de Paulo. Il se déroule sur un rythme obsessionnel pour nous dévoiler à mesure un univers intérieur fait des contradictions les plus violentes : « Il y a des matins où je sais que je ne me lèverai pas, c'est plus fort que moi, je ne me lèverai pas. Même s'il fait beau ça m'est bien égal. Ce jour-là, pour moi, il ne fait pas beau, c'est tout. Et s'il pleut, tant mieux, qu'il pleuve et que toute la ville soit noyée. Je n'aime pas les gens, je n'aime pas mon mari, ni ma petite fille, ni mon petit garçon. Qu'ils sortent sous la pluie, qu'ils tombent dans des fondrières, qu'ils aient de la boue par-dessus la tête, c'est tout ce que je demande. Je ne ferai pas un geste, je ne pleurerai pas. » C'est donc du fond de son lit que Suzanne va vivre sa journée inutile. Et le lecteur y reconnaîtra, profondément mêlés, la cruauté d'une femme prisonnière de l'existence que tour à tour elle veut, aime, déteste, repousse avec rage ; les souvenirs les plus féroces ou les plus émouvants ; la tendresse qui ne s'avoue jamais ; les espoirs déçus ; la sensualité ; les soumissions et les révoltes vis-à-vis de l'homme et des enfants ; bref, l'angoisse et la terreur métaphysiques dont nous subissons tous, tant que nous sommes, les ravages au lever de chaque jour.

  • A la tête d'une flotte de guerre, le Prince Mariam fait le siège d'une île barbare où règnent un Roi et ses deux filles, Lanna et la très puissante Psyché. Ceux-ci accueillent au port l'envahisseur dont ils ne comprennent pas le langage et dont les uniformes casqués et les armes les ont frappés d'étonne. ment. Mais voici que Mariam, bouleversé par la beauté de Psyché, fait comprendre au Roi, par gestes, qu'il consentira à libérer l'île si Psyché lui est donnée comme épouse. Effrayé, le Roi finit par convaincre Psyché, qui se prépare au sacrifice : elle embarque vers le lointain royaume où la Reine Erika, mère de Mariam, attend le retour du conquérant. Psyché, jusqu'alors, était une déesse inaccessible, mais, humanisée et affaiblie par la passion du Prince, elle s'en est éprise à son tour, d'autant plus vivement que Mariam, pour être digne d'elle, tente avec maladresse de faire accéder son peuple au domaine de l'esprit et de la beauté. Il s'affuble d'habits anciens et oblige ses sujets à se déguiser aussi. Alors Erika s'impatiente : elle veut, pour diriger son peuple après elle, un prince digne de son moderne pays de fer et de feu : elle ordonne à Psyché, qui selon elle a privé le Prince du sens de son royal devoir, de quitter le royaume sans revoir Mariam. Psyché, désespérée, obéit. Mais, tandis qu'elle rentre au pays natal, Mariam frète un navire pour la rejoindre. Et dans l'île où Psyché, déchue de sa divinité, se voit condamnée à mort par son propre père, la Reine Erika débarque à son tour, au milieu de la fête étrange que l'on a préparée pour le sacrifice des amants. Ce drame en deux actes, écrit avec un lyrisme plein d'humour et de cruauté, est d'une grande tenue littéraire.

  • L'individu des temps modernes est un exilé. Aussi Saul, un jeune professeur français de trente ans, est-il venu à l'Université de Greenlake aux États-Unis, pour fuir son passé et tenter de devenir un homme neuf. Peu à peu, l'Amérique, qu'il observe avec la curiosité d'un voyeur, prend possession de lui. Il y trouve un nouveau rythme de vie. Il s'habitue à la lenteur du Sud, à l'indolence du climat, aux beautés d'un interminable automne. Il se réfugie dans une solitude dont il espère tout. Mais le Sud, imperceptiblement, s'insinue en ses veines. Quelques aventures rapides, dans l'indifférence, avec sa logeuse, avec une jeune étudiante, la découverte de la violence chez certains nostalgiques du fascisme, son travail même ne lui donnent aucun des plaisirs espérés. À l'approche de Noël, New York le hante, cette patrie de ceux qui n'en veulent plus. La complicité des rues, le grondement des métros express, la chaleur des magasins en contraste brutal avec le blizzard et le froid, les rencontres de hasard dans les cinémas et les bars équivoques, tout cela conduit peu à peu Saul à sa perte. En proie à de secrètes et cruelles passions dérobées sous le ton volontairement aigu du récit, Saul se laisse prendre au vertige de sa propre chute.

  • Sentant venir sa fin, Sir Henry prie son fils Patrick, vingt ans, qui poursuit depuis quatre ans des études dans une université européenne, de revenir au domaine de Snowcast. Il veut lui parler de la succession. Face à son fils, le problème de la communication se complique à mesure que passent les jours et les mois. En dépit de leurs liens profonds, un combat muet oppose les deux hommes. Patrick refuse d'accepter la succession telle que la lui propose Henry : il veut la conquérir par ses propres moyens. Mais il songe aussi : « Vouloir déposséder son père, c'est désespérer de soi au dernier degré, se nier tout pouvoir de créer, d'acquérir. C'est finalement vouloir être son propre père, échapper aux contraintes fécondes du dialogue pour entrer de plain-pied dans le monologue infini de la divinité. » Au-delà de l'orgueil et de la démesure des deux héros, le destin, les entraînant vers la forêt mystérieuse, apportera la réponse à l'impossible interrogation.

  • Quelle est la véritable histoire de Jost et de Marie, si Marie il y a ? Il se peut qu'il l'ait tuée, qu'elle se soit suicidée ou qu'elle soit morte par accident, ou que lui-même ait tenté de se donner la mort. Il se peut. Ce qui est certain, c'est l'endroit où cela s'est produit, et comment. Mais à mesure que les vérités se confrontent, les mots manquent. Hors du langage, la recherche de soi devient une errance pleine de signes, mais il est trop tard pour les déchiffrer. Jost a capitulé. Il s'est réfugié derrière les murs d'une maison : chez lui ou ailleurs. L'asile est aussi une femme. Le va-et-vient entre le dedans et le dehors transforme constamment l'histoire qu'il leur est donné de vivre (ou qu'ils ont vécue), jusqu'au moment où elle devient proprement indicible. Jost revient à lui, privé de parole, mais ce mouvement libérateur le condamne à mourir.

  • C'est moins par sa division en cinq épisodes que par sa structure interne et cachée que ce roman-scénario rappelle une tragédie classique en cinq actes. Pourtant l'unité de lieu et l'unité de temps n'y sont guère respectées. Et, l'intrigue, au lieu d'être le développement d'une action (ou de plusieurs) que l'intérêt des passions mènerait à sa fin, s'y trouve morcelée, répétée, contredite. Les couples antinomiques (mort-vie, amour-haine, bien-mal, espoir-désespoir etc.) y perdent leur opposition naturelle dans un trouble échange de leurs qualités respectives. La parole elle-même y est déroutée, gauchie, de sorte qu'au lieu de signifier ce qu'elle dit, elle vise toujours un autre sens ; et du reste, une partie du texte (qu'il soit de mise en scène ou de dialogue) est composée d'extraits d'ouvrages français ou étrangers, célèbres ou inconnus, traduits ou retraduits de sorte que la virginité du discours ainsi que le style personnel y sont sans cesse refusés et moqués par l'union de l'humour et du hasard objectifs. Mais derrière ce jeu divers de la lettre et de l'esprit, une seule action (celle de toute tragédie), qui se déroule dans la plus pure et la plus stricte unité, doit pouvoir être interprétée par le lecteur ; de même qu'il doit pouvoir (s'il veut tirer quelque agrément et profit de ce livre) rassembler les visages, endiguer les débordements, récupérer les énergies et les reconduire à ce point suprême de l'oeuvre, générateur de toutes les individualités.

  • Comme précédemment dans La visite du château, Jean Lahougue nous propose ici trois courts romans. La Polonaise met en scène un homme solitaire, Jésus, attaché à l'écoute d'une Polonaise de Chopin, qu'il mime maladroitement dans le cadre peu à peu transfiguré de sa chambre nocturne. D'écriture très différente, la Tête de jeune fille à la révolution se présente comme un cahier de vingt-quatre esquisses autour du personnage d'Anna, compagne du narrateur et prétexte, sur fond nostalgique de lointaines révoltes, à d'étranges ou merveilleuses révélations. Une vieille dame et son chien malade engendrent une pantomime tragico-comique à la terrasse d'un café. Tel est l'argument dérisoire de la danse où sont jetés les personnages anonymes de L'Anus du Weimaraner, dernier récit de ce livre, où le fantastique côtoie obstinément - lorsqu'il ne l'investit pas pour finir - le réel le plus quotidien.

  • Au terme des grandes vacances, le narrateur qui a parcouru l'Espagne au volant de sa Dauphine avec sa femme et ses deux filles est arrêté, pour un léger accident, par la police de Franco juste avant de repasser la frontière : une aile de sa voiture a éraflé au passage un piéton. Le processus du procès-verbal devant le commissaire se déroule dans une langue qu'il ne comprend pas ; il se retrouve le même soir privé de tous ses papiers et séparé de sa famille dans un cachot où la nuit commence. Et c'est au récit de cette nuit logique que l'auteur nous convie, démontrant peu à peu que l'emprisonnement du corps délivre l'âme et l'esprit, épanouit la mémoire. Car au cours de ses heures d'angoisse, le narrateur va revivre des moments de son existence d'homme libre en y puisant une étrange et douloureuse jouissance différée. Comme un film, repassent les étapes de son voyage au pays de la lumière, la mer et la plage, la montagne et les bonnes nourritures, les églises et la feria, auxquels se rattachent ensuite certains souvenirs de juin 1940, puis de l'occupation allemande. Ainsi s'écoule et se clôt le temps du cauchemar éveillé jusqu'à l'aube, lorsque s'approche un bruit de pas qui est, logiquement aussi, celui de la délivrance.

  • Naître, c'est parler. Ce livre se compose de dix chapitres qui sont chacun une confidence, un délire, une parlerie, la parlerie d'un homme pris de boisson et qui trouverait grâce à l'excès d'alcool absorbé ces moments de froide lucidité qu'on appelle aussi la griserie. Les circonstances de son déchirement sont banales ; invité par des amis à une soirée, il y boit plus que de raison et, contraint à s'allonger dans une chambre voisine, il éprouve le besoin de commenter les dérisoires péripéties d'une vie en déroute, par un discours titubant et irrépressible. La double ivresse de la parole et de l'alcool lui communique la plus froide lucidité en même temps qu'elle le prive des moyens d'en faire usage. Réduit par la griserie à l'inaction d'un corps né une première fois pour rien, le gisant ne peut plus que se parler, que s'écrire. Et cette écriture consomme son impuissance à vivre, tout en constituant une seconde naissance par les mots qui sont le ressassement de cette démarche à la fois délibérée et haïe. La coulée de ce récit qui est à la fois un chant d'amour, de détresse et de mort, veut se charger de tous les prestiges de l'improvisation en simulant les faux progrès de la parole. A l'issue de cette fièvre, l'aube lui apporte une délivrance provisoire.

  • Né le 12 avril 1940, à Nice, licencié ès lettres, diplômé d'études supérieures de littérature française, Pierre-Paul Bracco prépare une thèse de troisième cycle. Encore quelques battements... est son premier roman.

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  • Une femme, Isabelle, la narratrice - qui fut aimée, puis délaissée il y a déjà longtemps par Pierre, l'homme qu'elle aimait également et qu'elle ne cesse plus d'invoquer - explore la solitude. Isabelle vit dans une petite ville de province : pendant vingt-quatre heures, l'inventaire de sa solitude se développe lentement, patiemment, avec une minutie désespérée, depuis le moment où elle est rentrée chez elle, un samedi soir, sa journée de travail achevée...

  • Écrivain raté, vivant de traductions, Pierre prétend ne plus comprendre le sens des mots. Et pourtant il parle, il délire, il attend. Quoi ? L'avènement d'une nouvelle langue. Autour de lui, Paris s'effrite comme un gigantesque organisme malade. Il en tire sa revanche. Il accuse, il devine une conspiration. Son chef ? C'est Arias, le rival qui a réussi, et dont il n'a fait que traduire les oeuvres. Peu à peu, les mythes surgissent de la névrose. A côté de la puissance maléfique d'Arias, apparaît Madeleine, la femme aimée, monolithe écrasant et vénéré qu'il encercle de souvenirs, qu'il exalte en voulant le détruire. Les portes de la mémoire s'ouvrent capricieusement. L'imagination remodèle le passé pour cacher quelles fautes ? Pourquoi Madeleine a-t-elle abandonné Pierre ? A mesure que le monde extérieur se dissout, la névrose reconstruit l'innocence. Le dernier cercle se clôt, silence et mort, en un même centre. Alors la faute est absoute.

  • La narratrice se nomme Marcienne Cornille, elle a vingt-cinq ans, Luc est son mari, et Rémy son fils est âgé de deux ans. A Villeneuve-Saint-Georges, sa maison est entourée d'un jardin. Elle se rend parfois à Paris, passe des vacances sur la Côte d'Azur, rencontre des gens, écrit, peint, rêve. Cette carte d'identité banale sert de soutien à la plus fantastique exploration mentale qu'une femme ait osé tenter jusqu'ici, c'est-à-dire l'aventure même du langage. Car Marcienne s'orthographie aussi Martienne. Et c'est sous cet aspect insolite que le lecteur subit la pensée d'une créature visiblement tombée d'une autre planète. Elle veut tout apprendre à la fois : vivre et mourir, construire de jour en jour et d'heure en heure la certitude de son propre néant face au temps, à l'espace. Mais ce néant est l'envers même de la réalité qui nous est donnée en naissant. Il est l'univers de Marcienne-Martienne, magnifique et déchirant dans la mesure où « l'Envahie » ne trouvera nulle part et jamais son lieu d'origine et d'aboutissement.

  • À vingt-neuf ans, s'écartant de la voie toute tracée, Stanislas Levigne abandonne sa situation. Le voici dans Paris lancé à sa propre poursuite, explorant les conditions de chômeur ou d'écrivain, d'homosexuel ou de juif, en tirant inlassablement systèmes et fictions. Mais abandonner une situation, est-ce vraiment en finir avec la société ? Combattre sa propre lâcheté, est-ce une manière de triompher de la morale ? Et rompre avec le monde, en apparence, n'est-ce pas le plus sûr moyen de fortifier son monde intérieur le plus oppressant, c'est-à-dire celui qu'il s'agissait précisément de fuir ? Bref, au-delà de la peinture de certains milieux à la mode et du feuilleton de la mauvaise conscience, les interrogations fondamentales de Stanislas Levigne se retournent contre lui-même et le renvoient à l'espoir et à ce parti pris du refus qui caractérisent les révoltés.

  • Si nombreuses que fussent - dans une salle de musée - les statues archaïques de jeunes dieux, il m'a toujours semblé les voir solitaires. Comme si leur démarche ambulante et fixe, la plénitude de leur torse, le port élevé de la tête, les yeux sans paupière ni prunelle, les entouraient naturellement de silence et d'espace. Ils apparaissaient, venant de la mer, à l'heure où elle ne se distingue pas du ciel, où les brumes se dissipent si lentement que les bateaux et les maisons sont des montagnes de brumes. Je les voyais grandir sans se déplacer, monter lentement à ma rencontre. Ils n'étaient là que dans l'entre-temps fugitif de la nuit et du crépuscule de l'aube. Ils venaient, littéralement, d'autre part. Je les ai vus, depuis, emprunter toutes sortes de tenues. Ils m'ont surpris et je n'ai pas toujours su les suivre sur le chemin qu'ils m'indiquaient. Mais ils m'ont toujours désigné des lieux magiques, et su changer - de leur ombre gigantesque - un immense hôtel désuet en un éléphant, les rues de Naples en lieu d'asile pour naufragé, une bibliothèque en un murmure de voix, une ville en un tombeau, un décor en un cortège.

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