Arts et spectacles

  • Journal 1894-1909 : édition de Charlotte Hellman Nouv.

    Lorsque Paul Signac démarre son journal, en 1894, il est installé à Saint-Tropez, ce petit village qu'il a véritablement découvert deux ans auparavant, à la suite de la mort de Georges Seurat, fondateur du néo-impressionnisme (pointillisme) dont il veut poursuivre l'héritage. Alors qu'il est lui-même à un « tournant » de sa carrière, et que l'art qu'il défend est peu considéré, la France subit une vague d'attentats anarchistes. Signac, lui-même anarchiste (mais non violent) et proche de certains des accusés du « procès des Trente », est ainsi amené à parler presque autant de politique que de peinture. Il en sera ainsi tout au long de son journal, au cours duquel nous voyons se succéder les crises que traverse la IIIe république encore jeune, en particulier l'Affaire Dreyfus, en toile de fond des combats intellectuels et picturaux de Signac. Le peintre qui a été tenté par la carrière d'écrivain dans sa jeunesse, ne mâche ni ses mots ni sa pensée, même lorsqu'il réfléchit histoire de l'art et peinture, ses propos demeurent accessibles au grand public, qui découvre au fil des pages un homme aussi sportif qu'intellectuel, maniant la barre de son bateau aussi bien que son pinceau et sa plume.

  • Un entre-deux d'ambiguïtés. Qu'en est-il du mouvement moderne dans ces années 1915-1929, années de reflux, de doute, d'incertitude, et dont l'ouverture de l'exposition des Arts décoratifs à Paris marque le point d'orgue ? En 1926 paraît l'opuscule de Jean Cocteau Le Rappel à l'ordre, dont l'intitulé indique, mieux que l'expression 'retour à l'ordre', l'inquiétude qui plane sur cette époque-là. La décennie suivante, de 1929 à 1939, voit la montée vers le second conflit mondial, l'avènement des régimes totalitaires en Italie, en Espagne, en Allemagne, mais aussi en Union soviétique. D'une apocalypse, l'autre : cette époque qui va des Années folles aux années de feu est aussi celle qui, de l'Octobre rouge à l'Octobre noir, vit l'affrontement de deux modèles économiques inconciliables mais aussi la fin des utopies. Ces années noires, vouées au travail du deuil, sous le voile d'une folie apparente, furent les années d'un enjeu terrifiant auquel aujourd'hui nous demeurons soumis.

  • Au tournant du nouveau siècle, Jean Clair a décidé de revenir sur le cas de Duchamp comme figure exemplaire de la modernité. Reprenant les essais de 1977, il les fait précéder d'une longue étude qui jette sur le père des pseudo ready-made, le rêveur inlassable de La Mariée, et le bâtisseur de ce «Château de la pureté» dont parlait son ami Octavio Paz, une lueur extrêmement dérangeante. En le situant dans une postérité qui est celle de des Esseintes et de Monsieur Teste, comme elle est celle de Max Stirner et de Rudolf Steiner, il lui confère un sens qui, par ricochet, tend à bouleverser l'image que l'on s'est construite de l'histoire de l'art moderne.

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