Littérature traduite

  • ' C'était une nuit merveilleuse, une de ces nuits comme il n'en peut exister que quand nous sommes jeunes, ami lecteur. Le ciel était si étoilé, un ciel si lumineux, qu'à lever les yeux vers lui on devait malgré soi se demander : se peut-il que sous un pareil ciel vivent toutes sortes d'hommes irrités et capricieux ? Cela aussi, c'est une question jeune, ami lecteur, très jeune, mais puisse le Seigneur vous l'inspirer souvent !... '

    Le ' roman sentimental ' du maître russe, magistralement adapté au cinéma par Luchino Visconti en 1957.

  • Foi qui se questionne, désir déçu, homosexualité qui ne peut se dire, âpretés de l'exil... Dans ces deux nouvelles, l'auteure d'Americanah tisse magistralement les trajectoires de personnages pour lesquels 'la terre des origines' est lointaine et que secouent d'intimes déchirements.
    "Le jour où un avion s'écrasa au Nigeria, le même jour où la première dame nigériane mourut, on frappa fort à la porte d'Ukamaka à Princeton. Les coups la surprirent car personne ne se présentait jamais à sa porte sans prévenir - on était en Amérique, après tout..."

  • '"Bon sang!" s'exclama-t-il tout haut. Le processus se poursuivait. Il n'y avait pas le moindre doute : il avait à présent l'apparence d'un homme de trente ans. Loin d'être ravi, il était embarrassé : il rajeunissait. Il avait espéré jusque-là que, une fois atteint l'âge physique
    correspondant au nombre de ses années, le phénomène absurde qui avait marqué sa naissance cesserait d'opérer. Il frissonna. Son destin lui paraissait terrible, incroyable.'

    Deux Contes de l'âge du jazz - dont la célèbre 'histoire de Benjamin Button' - par la plume la plus flamboyante et fêlée de la Génération perdue.

  • Joie d'une promenade dans Londres au début de l'été, sentiment de honte dans une robe démodée, intensité d'une rencontre qui ne s'avouera pas... Ces cinq nouvelles, esquisses ou variations sur la réception tenue par Clarissa dans Mrs Dalloway, sont une immersion dans les mouvements intérieurs les plus imperceptibles de la fascinante héroïne de Virginia Woolf et de quelques-uns de ses invités.
    "Elle restait plantée là dans un coin du salon de Mrs Dalloway, en proie à mille tourments, les yeux grands ouverts sur la réalité."

  • 'De tous les talents ordinairement en possession de mon sexe j'étais la maîtresse. Au couvent, mes progrès avaient toujours été plus Grands que ne le permettait l'instruction reçue, les connaissances dont je disposais étonnaient chez quelqu'un de mon âge, et je surpassai bientôt mes maîtres.
    Toutes les vertus susceptibles d'orner un esprit se retrouvaient dans le mien. Il était le lieu de rencontre de toutes les qualités et de tous les sentiments élevés.
    Mon seul défaut, s'il mérite ce nom, était de posséder une sensibilité trop vive, prompte à s'émouvoir de toutes les afflictions de mes amis, des personnes de ma connaissance, et plus encore des miennes.'

    Dans ce bref roman épistolaire composé par Jane Austen à l'âge de quinze ans se goûte déjà la plume de la maturité, aussi délicate qu'ironique.

  • '"J'adore les bijoux, renchérit Percy, enthousiaste. Naturellement, je ne voudrais pas que cela se sache à l'école, mais j'en ai moi-même une collection intéressante. J'en faisais la collection avant de me mettre aux timbres.
    - Et des diamants, reprit John, avec exaltation. Les Schnlitzer-Murphy avaient des diamants gros comme des noix...
    - Ça, ce n'est rien." Percy s'était penché vers lui et avait baissé la voix au point qu'elle n'était plus qu'un simple murmure. "Ce n'est rien du tout. Mon père a un diamant plus gros que l'hôtel Ritz-Carlton."'

    Pièce maîtresse de l'oeuvre fitzgéraldienne, Le diamant gros comme le Ritz déplie singulièrement l'un des grands thèmes de son auteur : le faste et ses fantômes.

  • L'entrée de Barack Obama à la Maison-Blanche en 2009 a marqué un tournant dans l'histoire des États-Unis. Il s'est notamment imposé au fil des ans comme un orateur hors pair, et nombre de ses discours demeurent en mémoire. Cette anthologie en rassemble huit. Dans une langue tour à tour déterminée, grave ou encore exaltée, Barack Obama n'a de cesse de réaffirmer son amour et sa confiance en son pays et ses habitants et, quelles que soient les circonstances, de toujours véhiculer un message porteur d'espoir, à l'image de son slogan : Yes, we can !
    "Parce que le plus puissant vocable de notre démocratie, c'est ce "Nous". "Nous, le peuple." "Nous vaincrons." "Oui, nous pouvons." Ce mot, personne ne le possède. Il appartient à tous. Oh, quelle glorieuse mission nous a-t-on confiée, de tâcher sans cesse d'améliorer ce grand pays qui est le nôtre !"

  • "Dans chaque coeur ici-bas circulent d'étranges sentiers de contrebande entre le Bien et le Mal, la chair et l'esprit, et il s'avéra bientôt que c'était précisément cette dualité d'une nature inattendue qui menaçait la paix des âmes. Car comme les jumelles, malgré une conduite extrêmement dissemblable, restaient à peine distinguables physiquement, ayant même silhouette, même couleur d'yeux, même sourire et même charme, quoi de plus naturel à ce que naquît chez les hommes de la ville un trouble passionné."
    Qu'il s'attache à la rivalité entre soeurs jumelles ou aux premiers émois d'un adolescent, Zweig touche, dans ces récits enchâssés, au plus ténu des mouvements intérieurs.

  • Seul, un jeune aristocrate foule le quai de gare d'une station de montagne. Arrivé à son hôtel, à l'affût de la moindre rencontre, il entrevoit une femme élégante, l'air lointain, en compagnie d'un garçonnet. Prêt à tout pour la conquérir, il va feindre l'éclosion d'une amitié avec le fils pour atteindre la mère. Et bientôt, le petit Edgar ne comprendra pas la raison, celle qu'on lui tait et qu'il pressent brûlante, de leur soudaine métamorphose...

    "Oh, le savoir, savoir enfin ce secret, le comprendre, tenir cette clef qui ouvre toutes les portes, ne plus être l'enfant à qui l'on cache et dissimule tout, ne plus être celui qu'on berne et qu'on dupe. C'est le moment ou jamais! Je vais bien le leur arracher, ce terrible secret."

  • Dans ces textes de jeunesse, Marina Tsvétaïéva touche à un genre pour lequel elle demeure méconnue - le théâtre -, y nouant courtes intrigues et petites scènes narratives autour de la rencontre amoureuse. C'est encore cependant sa plume versifiée qui frappe par son
    incandescence dans ces deux tableaux où se meuvent, poétiquement, silhouettes brûlant d'absolu et solitudes sans remède.
    Le monsieur : Écartez-vous ! Vous allez brûler vos cheveux !
    La dame : Ne craignez rien pour moi ! Je suis moi-même Feu.

  • Usurpation d'identité littéraire, réunion tragique d'êtres esseulés, ménage entre une romancière en mal d'inspiration et un singe... Dans ces trois nouvelles, Ian McEwan met en scène des personnages aussi magnétiques que déconcertants et pour chacun desquels les apparences recèlent méprise ou tromperie.

    'L'ascension de Jocelyn coïncida, sans en être la cause, avec mon déclin. Puis sa chute fut mon triomphe ici-bas. Je ne nie pas qu'il y ait eu malversation. J'ai volé une vie et n'ai aucune intention de la rendre. Vous pouvez lire ces pages comme une confession.'

  • 'Dans la rue il y a de la poulaille. "Dégagez, bande de salopards!" je hurle, et je tire. Ils se mettent à courir, et moi aussi je cours, je remonte la rue et je tourne au coin, je longe l'autre rue. Je me dis, je peux me cacher parmi les gens ; mais ils courent devant moi, ils se jettent sur
    les côtés pour s'écarter, les rues se vident devant moi. Et quand je me retourne, ils sont derrière moi, une masse noire et compacte avec mille visages blancs, ils se mettent aussi à tirer.'

    Cinq variations sur les errances de chapardeurs en fuite et de braqueurs sans le sou par l'auteur de Seul dans Berlin.

  • Dans cette vallée reculée qu'est Sleepy Hollow, quiétude et silence semblent maîtres des lieux. Pas assez, cependant, pour faire oublier les superstitions et légendes qui s'y propagent : la contrée serait en effet ensorcelée, condamnant ses habitants à une existence somnambulique et sous l'influence d'un inquiétant Cavalier sans tête. C'est lui que l'instituteur Ichabod Crane, de passage dans la région, va, un soir, trouver sur son chemin...

  • "La femme à laquelle je faisais allusion s'appelait Passuk. Je l'ai achetée en bonne et due forme à sa tribu, qui était de la côte et dont le totem chilkat était dressé à l'extrémité d'un bras de mer. Mon coeur n'a rien eu à voir là-dedans et je n'ai même pas examiné si elle était belle ou pas. Car ses yeux n'ont guère quitté le sol, et elle était timide et craintive, comme le sont les filles lorsqu'elles sont jetées dans les bras d'un inconnu."
    Dans un Grand Nord impitoyable où la nature et les lois ancestrales régissent l'existence des habitants, Jack London dépeint les destins mêlés d'hommes et de femmes téméraires, dignes, mais aussi vulnérables. Et quand la mort entre en jeu, le courage ne se manifeste pas toujours là où on l'attend.

  • Dans la campagne russe, au coeur de l'été, on passe le temps en bonne société en jouant aux cartes, en se promenant au bord du lac, en buvant du thé fumant ou en allant au bal. C'est là que Vladimir Serguéïtch Astakhov, arrivé de Saint-Pétersbourg pour inspecter le village dont il est propriétaire, rencontrera deux femmes. L'une est aussi froide que l'autre est entreprenante. À force d'indécision, elles lui échapperont toutes les deux et Vladimir Serguéïtch verra, dans cet été, la fin d'une époque insouciante.

  • Un soir, l'écrivain Hugh Vereker fait une révélation à un critique littéraire. Son oeuvre tout entière serait traversée et guidée par une "chose particulière" qui, bien qu'elle y soit "contenue aussi concrètement qu'un oiseau dans une cage", n'aurait jamais été aperçue. C'est pourtant elle, explique-t-il, qui "commande chaque ligne", "choisit chaque mot", "met le point sur chaque i", "place chaque virgule"! Le jeune critique ne cessera dès lors de chercher, désespérément, cet énigmatique oiseau, ce motif caché...

    Une fascinante méditation sur la lecture par l'auteur du Tour d'écrou.

  • "J'espère que, quand on reverra la Constitution, les droits de la femme seront enfin comptés pour quelque chose et respectés comme ils doivent l'être, surtout quand il sera bien prouvé, comme cela ne peut manquer de l'être, que la raison exige que l'on fasse attention à leurs plaintes et réclame hautement justice pour une moitié de l'espèce."

    Directement inspiré par la pensée des Lumières, un texte puissant et original, par une figure majeure du féminisme anglo-saxon.

  • Morphine

    Mikhaïl Boulgakov

    "Le 17 janvier.
    Tempête, pas de consultation. Ai lu pendant mes heures d'abstinence un manuel de psychiatrie, il m'a produit une impression terrifiante. Je suis fichu, plus d'espoir.
    J'ai peur du moindre bruit, je hais tout le monde quand je suis en phase d'abstinence. Les gens me font peur. En phase d'euphorie, je les aime tous, mais je préfère la solitude."

    Le journal halluciné d'une descente aux enfers, dans les affres du manque, aux limites de la folie, par l'auteur du Maître et Marguerite.

  • "J'ai déjà dit que les blâmables assiduités de la perfide blonde me faisaient honte, me froissaient, me blessaient jusqu'au fond du coeur. Mais il y avait à cela une cause secrète, étrange, sotte, que je dissimulais, qui me faisait trembler comme un avare sur son trésor, et à la seule pensée de laquelle - seul à seul avec ma tête chavirée, caché dans quelque coin bien sombre où ne pouvait atteindre le regard inquisiteur et moqueur d'aucune friponne aux yeux bleus -, à la seule pensée de laquelle j'avais le souffle coupé de confusion, de honte et d'effroi... Disons le mot : j'étais amoureux."

    Dans ce récit écrit en prison, Dostoïevski décrit l'éveil au monde d'un enfant qu'agitent les troubles d'un premier amour.

  • "J'ai toujours été frappé de constater à quel point le courage fait défaut, y compris aux gens les plus intelligents ou les plus cultivés, lorsqu'il s'agit de se confier sur des expériences psychiques liées au surnaturel. Presque tous craignent de s'exposer aux soupçons ou aux rires si jamais ils se hasardaient à raconter une expérience de ce type, qui n'éveille ni parallèle ni écho dans la vie psychique de leur interlocuteur. Un voyageur honnête qui aurait vu quelque créature fantastique du genre des serpents de mer n'aurait aucune réticence à l'évoquer ; mais ce même voyageur, eût-il ressenti un pressentiment, un instinct, un rêve, une divagation étranges, ou ce que l'on nomme vision, ou encore toute autre impression psychique paranormale, hésiterait longtemps avant de l'avouer."

    Une jeune mariée disparaît mystérieusement, un esprit frappeur s'amuse dans le ventre de sa victime, un homme assassiné assiste au procès de son meurtrier... Quatre nouvelles grinçantes où Dickens mêle habilement angoisse et insolite, non sans une touche de malice.

  • "J'abattrais, peut-être, une bien plus grande quantité de travail si je quittais New York. Mais, peut-être aussi qu'il n'en est rien. Jusqu'à ce qu'on ait un certain âge, la campagne semble ennuyeuse. Si j'aime la nature, de toute façon, c'est non pas en général mais en particulier. Ceci posé, à moins d'être amoureux, ou satisfait, ou poussé par l'ambition, ou exempt de toute curiosité, ou réconcilié (ce qui me semble être le synonyme moderne pour désigner le bonheur), la ville est comme une monstrueuse machine, prévue de toute éternité pour nous faire perdre du temps et dévorer nos illusions. Bientôt notre quête, notre exploration peut devenir urgente à faire peur, à faire suer d'angoisse. Une course de haies sous le signe de la Benzédrine et du Nembutal. Où donc se trouve ce que vous alliez chercher? Et, à propos, qu'est-ce que vous cherchez ?"

  • Un homme est retrouvé mort d'une balle dans la tête alors qu'il se trouvait dans sa chambre, fermée à clé de l'intérieur. Pour résoudre ce mystère, le docteur Watson pourra compter sur le miraculeux retour à la vie de son acolyte, Sherlock Holmes.

    Dans ces deux enquêtes, Sherlock Holmes est au plus haut de son art, pour un affrontement final époustouflant avec son ennemi juré, Moriarty.

    Ces deux nouvelles sont extraites du recueil Le dernier problème et autres aventures de Sherlock Holmes (Folio Bilingue n° 195).

  • Tsukakoshi, un vieux marchand fortuné, ne vit plus que pour Fumiko, une geisha d'une beauté exceptionnelle. Son obsession pour une partie spécifique de l'anatomie de Fumiko - ses pieds - atteindra une intensité qui le conduira au bord de la folie... 'La blancheur du pied s'irisait de rose aux extrémités des orteils bordés de rouge pâle. Cela me rappelait les desserts de l'été, les fraises au lait, la couleur du fruit fondant dans le liquide blanc ; c'est cette couleur-là qui coulait le long de la courbure des pieds d'O-Fumi-san.'

    Dans ces deux nouvelles, Tanizaki explore en virtuose les eaux troubles de la passion amoureuse.

  • Comment résister à la tentation lorsque même notre âme essaie de nous corrompre ? Pour rester auprès de la sirène qu'il aime éperdument, un pêcheur va devoir aller à l'encontre de l'éthique et affronter la noirceur de son âme.

    Trois contes emplis de poésie où l'on retrouve les thématiques du Portrait de Dorian Gray et l'ironie mordante de son auteur, qui démontre que tous les contes ne riment pas avec "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants".

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