Gallimard

  • C'est presque par hasard qu'Élodie Bernard se rend en Iran, pour la première fois en 2005, accompagnant dans sa famille une camarade iranienne de la Sorbonne. Elle est alors étudiante en relations internationales. C'est ensuite par amour et fascination pour ce pays qu'elle y retourne, à titre personnel d'abord, puis pour travailler à La Revue de Téhéran.
    À travers ces fragments de récits, nous parcourons le pays et nous familiarisons avec lui en même temps que l'auteure. Élodie Bernard décrit les événements politiques iraniens de cette décennie, son récit permettant avant tout d'approcher la vie quotidienne de la population - dans la capitale et dans certaines grandes villes (Kashan, Ispahan, etc.) -, de partager les émotions nées de cette période charnière.
    Elle dévoile ses craintes : être une Française en Iran au milieu d'un maillage de coutumes et de règles strictes, dans un pays en pleine effervescence politique. Elle s'émerveille de l'accueil que lui réservent les familles qu'elle côtoie et de l'émancipation de la jeunesse iranienne.

  • "J'ai toujours été une plante d'appartement, une petite nature, une trouillarde. C'est par hasard que je me suis retrouvée à boire le thé avec Julie et que je lui ai dit: "Génial, ton trek au Népal! Voilà quelque chose que je ne pourrais jamais faire, moi qui n'arrive pas à marcher avec un sac à dos!" Julie m'a répondu: "Justement au Népal il y a des porteurs!" Et voilà : un mois et demi plus tard, nous y sommes."
    Catherine Cusset nous raconte trois voyages : un trek au Népal avec son mari et sa fille adolescente ; un séjour cauchemardesque dans un paradis tropical ; une escale dans le futur quand l'auteure est invitée en Chine. Ces voyages sont reliés par un fil invisible-celui qui fait qu'on part loin, pour retrouver ce qui est proche.

  • Guide insolite, voyage intime, mode d'emploi, exploration d'une ville singulière, Naples. Véronique Bruez nous entraîne dans la fantaisie, l'imprévu, la tragédie sous le soleil, les lieux célèbres, les lieux secrets, toujours loin des lieux communs. On y

  • "Voir s'approcher le grand cargo est délicieux. Le taximan me dépose aux pieds du colosse avec sourire et souhait de bonne traversée.
    L'absurdité me saisit crûment. Je suis dans ce port du bout du monde déjà pris par la nuit d'hiver, dans le froid du mauvais temps, face à face avec ma dinguerie, enfin palpable et somme toute assez massive... ça existe, c'est là sur un quai, un grand morceau de fer flottant, à ne plus demander qu'à être rencontré, découvert, appris."
    Seule femme à bord, une jeune voyageuse passe une semaine sur un cargo entre Le Havre et l'île de Malte. Elle observe les hommes de l'équipage : il y a le capitaine, exemple d'une virilité traditionnelle, un élève officier séduisant mais qui souffre du mal de mer, un ingénieur charismatique qui s'occupe de la bonne marche des machines, enfin des Philippins soumis à des tâches plus obscures, avec qui elle engage des parties de baby-foot...

  • "De la Corée, comme tout un chacun, je ne connaissais que des lieux communs : Gangnam Style, la menace du Nord et le "miracle technologique" du Sud. Mon ignorance traduisait une histoire - celle d'une contrée minuscule cernée par trois empires, souvent confinée, à dessein, pour sauvegarder son identité. Alors, depuis Paris, j'ai commencé à enquêter : la Corée était dépeinte comme un pays fermé, les Coréens passaient tantôt pour les "Suisses de l'Asie" (protestants et ennuyeux), tantôt pour les "Italiens de l'Orient" (fêtards et délurés). La seule manière de trancher était de partir.
    Lors d'un dîner, à mon retour, quelqu'un a lancé : "Ce pays, c'est un pur mélange de Japon et de Chine. Il existe une identité coréenne. Mais je serais bien incapable de la définir." De mon côté, fort de multiples rencontres, des hommes d'affaires aux fonctionnaires, des étudiants français à Séoul aux étudiants coréens à Paris, des vedettes de K-pop aux poètes ancestraux, en passant par Fleur Pellerin et quelques expatriés de longue date, je me sentais prêt à la définir, cette identité. Et même à l'écrire."
    Arthur Dreyfus.

  • "Je ne sais pas si je suis un provincial ou un Parisien. Je suis né par hasard en Normandie. Pau et le Béarn où j'ai passé mon enfance et mon adolescence m'ont inspiré une bonne partie de mes livres. Mais ma ville, c'est Paris. J'ai l'impression que les vrais Parisiens sont ceux qui sont nés ailleurs et pour qui vivre à Paris est une conquête. Il me suffit de passer sur un pont de la Seine, et je m'émerveille. Des ciels incomparables ! Ce n'est pas un rêve, je suis à Paris!" Roger Grenier.

  • "À Tokyo, je ne reconnais rien, aucune image, aucune description, aucun signe du connu. Je n'y retrouve aucun plan d'aucun film, aucun mot d'aucun texte. Je n'ai rien lu, je n'ai rien vu. Les images des autres mondes, européens, américains, s'imposent d'elles-mêmes, elles nous sont imposées tout le temps et partout. Celles-ci nécessitent un travail, une recherche. Je n'ai pas cherché, je n'ai pas travaillé. Et je ne retrouve rien, je ne trouve pas, je perds tous repères, et j'ai tout à bâtir." La voix de Pierre Notte est multiple, en pleine métamorphose. Elle parle, tant elle redoute qu'on ne l'occulte. C'est sa façon d'exister, sa manière de dire "Je suis là", de faire partir la peur. Dans ce Japon déroutant où tout existe et son contraire, écoutons la ville et la voix assourdir ou se taire.

  • "Pourquoi quitter l'Europe ? La question qui m'était naturelle se formulait à l'envers : pourquoi ne pas la quitter ?"
    Tel un Nathanaël avide de parcourir le monde, le jeune auteur s'engage à bord d'un vaisseau militaire en partance pour la Corne de l'Afrique. Là, il y découvre une vie de soldat tiraillé entre le respect intangible de la hiérarchie et ses envies d'errances dans les bas-fonds des ports. Il se confie à ses carnets, hésite à succomber à l'appel des Tropiques, n'y trouve que saleté, misère et violence. La poursuite d'un esquif de pirates somaliens et la rencontre avec Abdul, leur chef, est le contrepoint qui donne à voir d'autres vies que celles des jeunes gens bien élevés de l'Europe. Dans la chaleur de l'Afrique où "tout, absolument tout, a valeur d'éducation", Thibault Lefeuvre se confronte, avec une certaine ironie, aux réalités masquées par des appellations romantiques qui ont bercé ses rêveries d'enfant. Sera-t-il changé par ce lointain voyage, devenu l'occasion d'un voyage intérieur ?

  • « L'Estonie est un petit pays du nord de l'Europe. Voilà pour l'ignorance générale, dont la mienne, il y a peu. Au mieux mettais-je l'Estonie dans le sac balte, à peine détaché du grand corps soviétique, les trois noms d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie composant un poème perdu que seule la rime fait tenir ensemble, et encore est-ce dans un désordre qu'accroissent les anciens noms de ces provinces de la Ligue hanséatique : la Livonie, la Courlande, l'Ostrobothnie, et même la Poméranie, dont la beauté étend ces régions aux frontières du songe, sachant que l'incertitude frontalière, voire l'inexistence, fut longtemps le lots des pays dits baltes. Je m'en remets à l'absence de clichés, à la pure altérité de l'inconnu, celui-ci se donnât-il l'apparence d'une femme ». À la manière de Michaux dans Un barbare en Asie, Richard Millet nous convie à ce périple à travers « l'Eesti » (l'Estonie, en langue estonienne), en réalité un récit de voyage intérieur et géographique, qui mêle les notations sensorielles à propos des villes telles que Tallin ou encore Tartu, des campagnes peuplées de bouleaux et de sapins aux rencontres nombreuses avec des écrivains et des musiciens locaux. Le ton est souvent ironique et le propos salubre. La méditation esthétique et politique au sens large, à défaut de devenir estonien, offre à l'auteur un miroir à sa lassitude d'être français.

  • "Où que je sois, sitôt quitté la France, j'écris et envoie une carte postale à un seul et unique destinataire reclus dans un village des Ardennes. À Delhi, Mexico ou Séville, comme à Antioche-sur-Oronte, Lo Manthang ou Makassar, le rituel est intangible. S'il doit tout à l'amitié, il témoigne aussi d'un goût immodéré pour les changements de lieux, les itinéraires déroutés et le déferlement des questions sans réponse. À quoi ressemble donc le jeu du monde ? Est-ce une marelle, un échiquier ou plusieurs fois 52 cartes ? Peut-être, ici et là par tous les plis de la terre, ces trois divertissements vont-ils se conjuguer, en sorte que les rebonds à cloche-pied d'une enfance qui ne veut pas finir provoquent un vagabondage planétaire, escorté de cavaliers, de fous, de quelques tours pas encore écroulées, avec toujours assez d'atouts en main pour relancer la partie et refuser de faire le mort." André Velter.

  • En indonésien, marcher se dit : 'manger le vent'.

    L'Indonésie reste à découvrir.
    Au coeur de Java se dresse le plus grand sanctuaire bouddhique du monde : Borobudur. Ses neuf étages contiennent des énigmes. Peut-on les éclairer? Si le texte aborde, par touches, les aspects culturels, le récit raconte avant tout un voyage accompli avec un regard toujours curieux. Voici l'ascension de volcans habités par les Esprits, un rituel chamanique à Bali, Bandung, Jakarta, plus loin Singapour... Les étapes sont l'occasion de rencontres comme celles avec un moine bouddhiste, un traditionaliste musulman, un savant déjanté porteur d'une révélation ou une prostituée qui demande de l'aide.
    Le récit est conduit avec la fantaisie et le lyrisme déjà présents dans La tentation des Indes et Le Bénarès-Kyôto. Pour Olivier Germain-Thomas, l'écriture du voyage est le creuset où les différents genres se rencontrent pour exprimer les multiples aspects de la vie.

  • "Il te faut reconnaître l'homme archaïque en toi. Il arpente la terre et s'étonne de ses paysages, il est le premier animal à se laisser troubler par le ciel embrasé des aurores, à sentir la pluie fine sur sa peau et se dire qu'il tombe sur lui un don du ciel peut-être, à voir la foudre et en devenir fou. Il est le premier animal à éprouver la beauté du monde et la démesure de la vie qui est en lui sans les nommer encore. Il déambule et cherche un toit, découvreur du feu et explorateur de l'ombre.

    Il te faut reconnaître l'homme archaïque en toi, t'abandonner à son errance, cet appel sans voix à l'étonnement et au voyage. Il est l'enfance perpétuelle de tout homme."

  • Le pays de Cardamome : des boues du Bangladesh aux collines de l'Inde orientale, cette région étourdissante d'industrie et de mouvement fait face à l'immensité silencieuse du pays Or et Kaki, le Myanmar. En 2012, l'Arakan, le territoire tampon entre ces deux mondes, s'est enflammé ; des milices bouddhistes ont incendié des milliers d'habitations de musulmans pour les forcer à l'exil.
    Familier des deux camps, l'auteur voyage avec des apatrides arakanais. À leur progression dans les zones tribales se superpose le parcours intérieur de l'écrivain voyageur : en créant des correspondances avec le territoire sahélien qu'il a quitté, en interrogeant la solitude et les désirs de son enfance lorraine, Antonin Potoski livre, sur d'étranges journées d'amitié dans les jungles frontalières, un témoignage d'une grande tendresse.

  • Au lendemain de la révolution, durant le mois de juin 2011, Christian Giudicelli est retourné dans une Tunisie qu'il avait déjà beaucoup parcourue. Il a voulu y percevoir les signes d'un possible renouveau. 'La Tunisie de la révolution, disait cet étudiant, c'est celle qui se tenait derrière le décor.' Cet espace, que les médias ont quelque peu délaissé, l'auteur tente de l'explorer. Ils se promène, toujours à l'affût. De Bizerte à Tunis, il rencontre des jeunes et des moins jeunes, croise des bacheliers, des marchands, des policiers, des footballeurs d'Afrique noire, des Libyens réfugiés, des petites danseuses et des garçons élégants, des victimes et des vainqueurs qui cherchent où est leur victoire. Se dégage de ce récit impressionniste l'image d'une société encore en crise mais étonnamment vivante.

  • «On vous dit : la Croatie, bien sûr les archipels de rêve, les crépuscules enchanteurs, bien sûr les murailles de Dubrovnik, l'air qui tremble sur les plages blanches, les îles en suspens dans l'eau turquoise... Pourtant ce n'est pas vers ce pays que je suis allé. Je voulais flâner dans des campagnes grises méconnues des touristes, me perdre dans des banlieues, me laisser surprendre au virage, connaître un peu l'envers de ce pays qui depuis trois millénaires conjugue les bonheurs de la géographie avec les malheurs de l'histoire.
    Et puis surtout rencontrer des personnes vivantes, les regarder bouger et vivre, observer leurs façons de sourire ou de se taire, revoir aussi quelques amis croates connus lors de mes voyages en Bosnie. Ce sont leurs voix, recueillies au fil de la promenade, sarcastiques ou mélancoliques, pleines d'un amour fatigué pour cette terre, que je veux faire entendre.» Jean-Marie Laclavetine.

  • "Des rivages brûlants de Bénarès jusqu'aux sources du Gange, des océans humains jusqu'aux solitudes de l'Himalaya, ouvrez un oeil neuf, toujours émerveillé, sur l'Inde, sur le monde et sur vous. Prenez mon Inde entre vos mains, et si vos doigts la parcourent, si votre
    peau frémissante, vos lèvres, la désirent encore, nous aurons partagé cette chaleur, ces sourires sur le chemin.
    Vivre comme une flamme est la seule manière qui soit."
    Arthur Grossmann.

  • Déplacements porte bien son nom : Patrick Besson est allé durant des périodes plus ou moins longues d'un lieu à l'autre (Bangkok, Varsovie, Zarzis, Gand, USA, Brazzaville, Téhéran, Nice, Gennevilliers, Saint-Amand-les-Eaux, Mauves-sur-Huisne, Paris, Marrakech, Casablanca, Rabat, Cancún, Belgrade).

    De ses voyages, il revient la plume riche d'anecdotes où se mêlent portraits et faits divers et dont il tire parfois des considérations politiques imprévues autant que dérangeantes. Une pensée qui ne ressemble à aucune autre émerge au-delà de l'ironie et du brio. Ici, le déplacement n'est pas que géographique, il participe d'une jubilation mentale dont la verve n'est jamais gratuite, l'auteur nous donnant de surcroît un aperçu de son engagement littéraire et affectif. L'éloge côtoie la critique dans un style qui garde la vivacité d'un premier coup d'oeil avide de réflexion. En quelques lignes, l'ébauche devient une oeuvre.

  • Fruit d'un voyage à Stockholm et à Göteborg, ce récit nous livre les premières impressions d'un écrivain libanais parachuté dans un monde situé aux antipodes du sien. Avec érudition et humour, l'auteur nous décrit la Suède dans tous ses états, nous parle des Suédois et de leurs coutumes surprenantes, et met en exergue les différences qui séparent le Liban et la France de cette planète étrange. Plus d'une fois, le narrateur rencontre des anges. Comment s'en étonner dans un pays considéré comme un paradis?

  • Ce livre nous invite à un voyage en Allemagne aux confins de la Forêt-Noire, jusqu'au lac de Constance. Le coeur du récit est le village de Wilflingen, où réside Ernst Jünger. Les deux auteurs relatent les moments passés en sa compagnie et celle de son épouse, dans un climat de simplicité amicale, évoquant la vie quotidienne et les questions littéraires : une façon toute personnelle d'approcher l'oeuvre de l'auteur de Sur les falaises de marbre.
    En contrepoint, des conversations avec des tiers, écrivains pour la plupart, amis de Jünger ou fascinés par lui : Julien Gracq, Henri Thomas, Jules roy, Stephen Spender et même François Mitterrand.
    Par association, apparaissent d'autres figures majeures de la littérature germanique : Novalis, Wieland, Annette von Droste-Hülshoff, Heine, Hölderlin surtout, jusqu'au poète Friedrich Georg Jünger, le frère d'Ernst, ou Heidegger. La tradition ru romantisme allemand contenait pour chaque artiste le rituel du voyage. Ce texte mouvant construit son univers esthétique en explorant des oeuvres et des lieux chargés de mémoire.

  • Jean Blot résume, ici, son expérience de voyageur tout en cherchant à servir l'idéal d'une littérature, science de la sensibilité. "Tout sera paysage", promet Supervielle. Mais, pour que cette promesse advienne, il faut métamorphoser toute réalité en paysage, c'est-à-dire donner à tout spectacle l'unité qui est la sienne et l'encadrer de telle sorte que son sens apparaisse, qu'il s'agisse des chutes de l'Orénoque, des îles luttant contre la tempête depuis des millions d'années, ou du visage des pays retrouvant leur liberté. À travers cette harmonie, par cette unité, quelque chose se dit : l'auteur vous invite à écouter.

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