Grasset

  • Ce livre est né d'une indignation et d'une urgence : l'indignation ? C'est le fait que, trois siècles après le triomphe des « Lumières », et un siècle après la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, le politique et le religieux soient encore si inextricablement mêlés dans nos sociétés prétendument laïques et démocratiques. L'urgence ? C'est le spectacle du monde comme il va - des évangélistes néo-conservateurs aux fanatiques du Djihad. Partout, observe Michel Onfray, Dieu, jadis chassé par la porte, revient par la fenêtre... D'où cet essai, savant, polémique, conceptuel et sensuel, où le philosophe anti-platonicien qu'est Michel Onfray tente de pointer, de dénoncer, de dépasser, cette « haine des corps » qui, semble-t-il, gît secrètement derrière le retour généralisé du divin, et du « désir de salut », dans nos sociétés. Son livre se compose de quatre parties où, après l'exposé-bilan de l'état actuel d'une « régression », se trouvent revisités le monothéisme, le christianisme et la théocratie. L'essentiel, ici, peut ainsi se résumer : à quel prix - humain, amoureux, politique... - nos contemporains paieront-ils leur allégeance au ciel ? Dans ce livre, il est ainsi question de Jésus et des femmes, du désir et de la démocratie, de Saint-Paul et de Nietzsche. L'auteur, en matérialiste conséquent, provoque, stimule, suggère. A l'heure des intégrismes et des laïcités honteuses, ce Traité d'athéologie promet de faire du vacarme...

  • Dora Maar, Henriette Theodora Markovitch de son vrai nom, est née à Paris en 1907 d'un père croate, architecte, et d'une mère catholique fervente. Après une enfance austère passée à Buenos Aires, elle retourne à vingt ans dans sa ville natale et s'y impose comme photographe surréaliste. Muse de Man Ray, compagne du cinéaste Louis Chavance puis de Georges Bataille, elle ne tarde pas à faire sien un cercle esthétique qui révolutionne le monde de l'art durant l'entre-deux-guerres. Intellectuelle torturée, artiste à la conscience politique extrême, elle deviendra « la femme qui pleure », amante de Picasso livrée aux exigences du génie que leur rupture rendra folle, cloîtrée dans un mysticisme solitaire jusqu'à sa mort, en 1997. Ses portraits peints par Picasso seront alors vendus aux enchères, et son héritage âprement disputé puisque Dora choisit de tout léguer à l'Eglise. De Cocteau à Lacan, c'est toute une époque que dépeint Alicia Dujovne-Ortiz. Au détour d'une enquête psychologique passionnante, elle fait défiler dans ces pages une pléiade d'artistes d'avant-garde et de grands esprits et dresse le portrait d'une femme-image toujours mystérieuse, à laquelle la critique contemporaine attribue enfin le rôle qui lui revient.

  • Gérard Haddad ingénieur agronome, psychiatre et psychanalyste, a notamment publié L'Enfant illégitime (Sources talmudiques de la psychanalyse), Manger le livre (Grasset 1984), Les Biblioclastes (Grasset 1990), et il est traducteur de E. Ben Yehouda et Y. Leibowitz.
    Ce texte est le récit, presque le roman, d'une expérience qui a transformé radicalement la vie de son auteur. En 1969, alors qu'il est ingénieur agronome, Gérard Haddad rencontre Jacques Lacan et commence avec lui une psychanalyse. Cette aventure va durer une dizaine d'années au cours desquelles se sera opérée une métamorphose. Ce livre raconte donc un parcours et les incroyables rebondissements qu'il suscite. C'est un témoignage exceptionnel et en direct sur la pratique de Lacan. Les séances quotidiennes, de quelques minutes seulement, où Gérard Haddad expose sa vie dans ses moindres détails, se transforment parfois en fulgurances qui bouleversent tout. On voit comment Lacan intervenait dans la cure, son engagement et le cycle de formation que suivaient ses élèves. Lacan, personnage si célèbre mais mal connu, à travers l'image brouillée qu'il aimait donner de lui-même, s'y révèle attentif, génial et généreux.
    Marxiste athée, l'auteur voit avec stupeur émerger, au cours de son analyse, la force du sentiment religieux qui l'habite. Ce retour a conduit Gérard Haddad à retrouver le judaïsme et à l'étudier en lecture croisée avec la psychanalyse. Ce judaïsme trouvera sa forme ultérieurement dans la rencontre du personnage prophétique de Yeshayahou Leibowitz. La fin de cette psychanalyse a coïncidé avec la fin de la vie de Lacan et les violentes querelles qui ont alors opposé ses élèves. Ce texte constitue un témoignage sur ces événements auxquels Gérard Haddad fut directement mêlé.

  • Patrick Weil est directeur de recherche au CNRS. Il est l'auteur d'un ouvrage de référence, La France et ses étrangers (Calmann-Lévy, Folio essais - plus de 20.000 exemplaires vendus). Après une note rédigée en 1995 pour la Fondation Saint-Simon, il a remis en 1997 un rapport à Lionel Jospin sur les politiques de l'immigration et de la nationalité. Patrick Weil est aussi directeur de collection chez Grasset.Qu'est-ce qu'un Français ? Ou plutôt : par quel mécanisme est-on français ? Parce qu'on est né de parents français ? Parce qu'on est né sur le territoire national, même de parents étrangers ? Et l'esprit même de cette « nationalité », a-t-il changé à travers les époques ? Sur quels concepts se fonde-t-il ? Ces question majeures, bien peu sont à même d'y répondre, préférant les représentations symboliques ou le fantasme aux vérités de l'histoire. Patrick Weil, lui, y travaille depuis dix ans. Il livre aujourd'hui une somme inouïe, parfaitement synthétique, novatrice par pans entiers, qui court de la Révolution à nos jours. Pour faire simple, sous l'Ancien régime royal et féodal, on est français par le sol - autrement dit par l'appartenance au territoire. Ce principe demeure peu ou prou sous la Révolution, jusqu'au code civil de 1803. Contre l'avis de Napoléon, s'impose un nouveau principe, celui de l'exclusivité du droit du sang : « est française toute personne née de père français ». C'est la première étape de la constitution du droit moderne de la nationalité. Suivront le retour du droit du sol en 1889 (qui s'ajoute sans se substituer au principe précédent) et la naturalisation largement ouverte de 1927. En réaction à cette ouverture, se développent les « crises de la nationalité française » : antisémites, sous Vichy ; et anti-musulmanes, plus récemment.
    Ne perdant jamais de vue les grandes évolutions, Patrick Weil traverse ainsi les régimes, les pensées, les césures de notre histoire, sans jamais esquiver les sujets sensibles : les femmes, les musulmans d'Algérie, la fausse opposition droit français / droit allemand. Les grands concepts se tressent au fil des pages - droit du sang, droit du sol, double droit du sol, naturalisation - montrant la constitution progressive d'un droit complexe, unique au monde, fondateur, magnifiquement mis en lumière pour la première fois.

  • Les ennemis de la mondialisation se recrutent dans deux camps, que tout sépare mais qui, chacun, entendent donner un sens au désarroi qu'elle nourrit. Le camp des « Mollahs », qui dénoncent l'occidentalisation du monde et la corruption de la « vie moderne ». Celui des ennemis du capitalisme, qui critiquent l'extension de son domaine d'influence, l'exploitation des peuples. Malgré leurs différences, ces deux camps se retrouvent dans l'idée que la mondialisation impose un modèle dont les peuples ne veulent pas. La thèse du livre est que c'est plus probablement le contraire qui est vrai. La mondialisation fait voir aux peuples un monde qui bouleverse leurs attentes; le drame est qu'elle s'avère totalement incapable de les réaliser. Jamais, par le passé, les moyens de communication, les medias, n'avaient créé une telle conscience planétaire; jamais les forces économiques n'avaient été autant en retard sur celle-ci. C'est le formidable divorce entre l'attente et la réalité du monde qui signe sa nouveauté radicale. Cela ne doit pas empêcher de porter un regard critique sur les menaces qu'elle fait peser sur l'équilibre écologique et culturel de la planète. Mais cela ne doit pas dispenser pas de comprendre, sans a priori, les forces qu'elle déchaîne aujourd'hui.

  • "... l'intolérance la plus terrible est celle des pauvres, premières victimes de la différence. Il n'y a de racisme entre riches : eux, ils produisent éventuellement des doctrines de racisme ; mais les pauvres en produisent la pratique, bien plus dangereuse.

    Les intellectuels ne peuvent lutter contre l'intolérance sauvage, car, face à la pure animalité sans pensée, la pensée est désarmée. Mais il est trop tard quand ils affrontent l'intolérance doctrinale, parce que lorsque se fait doctrine, il est trop tard pour la combattre, et ceux qui devraient le faire en deviennent les premières victimes.

    Et pourtant, là est le défi. Eduquer à la tolérance des adultes qui se tirent dessus pour des raisons ethniques et religieuses est du temps perdu. Trop tard. Donc, l'intolérance sauvage se combat à la racine, par une éducation constante qui doit commencer dès la plus tendre enfance, avant qu'elle soit écrite dans un livre, et avant qu'elle devienne une croûte comportementale trop épaisse et trop dure."

  • La République de Venise vit au XVIIIème siècle ses dernières heures de gloire. Jamais on ne s'est autant diverti, jamais la fête et la musique n'ont occupé une telle place dans la vie quotidienne. Le carnaval (qui dure entre cinq et six mois), les fêtes officielles, le jeu, mais aussi les concerts, les cérémonies religieuses et l'opéra provoquent l'admiration et l'envie des visiteurs étrangers. Vivaldi, dont le nom est inséparable de Venise, écrit ses concertos pour les jeunes filles des Hospices et se comporte au théâtre en homme d'affaires, aussi doué que rusé.

  • Analyse réaliste mais aussi évocation poétique du Mezzogiorno, Mère Méditerrannée a paru pour la première fois en 1965. Trente-cinq ans après, les choses ont-elles beaucoup changé ? Les villes de Naples et de Palerme, la Sicile, la Sardaigne, les Pouilles ont-elles cessé d'être ce mélange paradoxal de stagnation économique, de vitalité sans frein, de complaisance dans la misère et le crime, de richesse intellectuelle et humaine ? L'Italie du Sud reste la terre la plus mystérieuse d'Europe, à la fois incroyable réservoir d'énergies individuelles et accumulation immobile de retard et d'échecs.
    Avec ses défauts, son génie, sa folie, je l'aime toujours de la même passion, à laquelle se sont ajoutés, pour enrichir la réédition de ce livre, la ferveur et le talent du photographe Ferrante Ferranti.
    Dominique Fernandez.

    Dominique Fernandez et Ferrante Ferranti ont publié en collaboration une douzaine d'ouvrages, récits de voyages illustré ou albums, consacrés à divers pays : l'Europe baroque et méditerranéenne, la Roumanie, la Russie, l'Amérique du Sud.

  • Entre 1940 et 1945, un grand nombre d'intellectuels, d'écrivains et d'artistes français quittèrent la France occupée. La grande majorité se rendit à New York, qui devint ainsi le coeur de l'exil de la pensée et de l'art français. André Breton, Claude Lévi-Strauss, Boris Souvarine, Jacques Maritain, Saint-Exupéry, Saint-John Perse, Max Ernst, ils sont des dizaines à se retrouver dans la capitale intellectuelle du monde libre. Paris à New York raconte l'histoire de cet exil dans tous ses détails. D'abord, l'exil même : quels réseaux l'aident et le financent ? De Varian Fry, représentant du Centre américain de secours à Marseille, à l'American Comittee for Christian Refugees, dirigé par Thomas Mann, nous voyons les réseaux de solidarité se mettre en place. A New York, ensuite. Comment ces fortes individualités finissent-elles par prendre en charge une parole résistante? Le livre montre l'action des éditeurs et des revues, mais aussi des institutions. L'Ecole libre des Hautes études, où enseigne Lévi-Strauss, devient un noyau gaulliste - chose assez rare dans le milieu des exilés, qui resteront généralement très méfiants envers le général de Gaulle. Le gouvernement américain, surmontant ses répugnances pour toute propagande, crée deux agences où, pour la première fois, on utilisera les intellectuels et le savoir à des fins politiques : l'Office of Strategic Service, le célèbre O.S.S., ancêtre de la C.I.A., et l'Office of War Information, d'où dépend la radio Voice of America, dont la section française est dirigée par Pierre Lazareff. On y entendra les voix d'André Breton, d'Henry Bernstein, de Claude Lévi-Strauss... Paris à New York suit enfin les exilés dans leur retour en France, qui n'est pas toujours facile. Ils avaient développé en Amérique une conception plus démocratique de la culture et plus libérale de l'Etat que celle de Londres ou du maquis.

  • "Un nouveau stupéfiant collectif envahit les sociétés occidentales : le culte du bonheur. Soyez heureux ! Terrible commandement auquel il est d'autant plus difficile de se soustraire qu'il prétend faire notre bien. Comment savoir si l'on est heureux ? Et que répondre à ceux qui avouent piteusement : je n'y arrive pas ? Faut-il les renvoyer à ces thérapies du bien-être, tels le bouddhisme, le consumérisme et autres techniques de la félicité ? Qu'en est-il de notre rapport à la douleur dans un monde où le sexe et la santé sont devenus nos despotes ?J'appelle devoir de bonheur cette idéologie qui pousse à tout évaluer sous l'angle du plaisir et du désagrément, cette assignation à l'euphorie qui rejette dans l'opprobe ou le malaise ceux qui n'y souscrivent pas. Perversion de la plus belle idée qui soit : la possibilité accordée à chacun de maîtriser son destin et d'améliorer son existence.C'est alors le malheur et la souffrance qui sont mis hors la loi, au risque, à force d'être passés sous silence, de resurgir où on ne les attendait pas. Notre époque raconte une étrange fable : celle d'une société vouée à l'hédonisme, à laquelle tout devient irritation et supplice.Comment la croyance subversive des Lumières, qui offrent aux hommes ce droit au bonheur jusqu'alors réservé au paradis des chrétiens, a-t-elle pu se transformer en dogme ? Telle est l'aventure que nous retraçons ici." P.B.Pascal Bruckner, né en 1948, est romancier et essayiste. On lui doit La Tentation de l'innocence (Prix Médicis de l'essai en 1995) et Les Voleurs de beauté (Prix Renaudot en 1997).

  • Jean Daniel a, souvent, raconté sa vie, son expérience de journaliste, son aventure personnelle si étroitement mêlée à celle du dernier demi-siècle. S'il éprouve cependant le besoin de revenir, par le biais d'une « contre expertise » sur certaines figures ou certains épisodes de sa vie, c'est avec le souci de la retouche, de la précision, voire du repentir. Jamais, il n'osa être - privilège de l'âge... - si libre, si serein, si cruel, dans ses jugements. D'où la saveur de cet ouvrage composé de treize chapitres dont nous reproduisons, ici, quelques extraits qui en résument l'esprit....
    A propos de Jean-Jacques Servan-Schreiber « J'ai aujourd'hui pour lui tendresse et gratitude. Je trouve bouleversant que son fulgurant destin ait été précocement pétrifié par la maladie et que celui qui n'acceptait pas que Françoise Giroud ait pu rater son suicide, ait été contraint de se survivre ». A propos de Françoise Giroud « Son sourire m'a frappé et je ne m'expliquais pas, chose rarissime, qu'il ne traduise ni joie, ni bienveillance. Je me suis dit que je pourrais tout faire avec elle, sauf d'aller me baigner, rêver, danser et parler de n'importe quoi. Sauf en fait, malgré sa beauté, faire l'amour. A propos de Clavel « Quand Clavel se levait au beau milieu d'une conférence en disant : « Excusez-moi, je vais à la messe », personne n'aurait eu l'idée de se moquer ». A propos de Sartre et Camus « Si Camus n'était pas mort ? Pour le premier numéro de l'Observateur, j'aurais fait appel à lui et non à Sartre. Et je me serais employé à les réconcilier. En vain, à cause de leurs entourages. Deux chevaliers se traitent toujours avec respect mais les entourages déchaînés, le couteau entre les dents, s'opposent toujours à la paix. Là, je refais l'histoire, entreprise risquée et incertaine... » L'expérience du pouvoir... « A l'époque, sans en avoir conscience, j'affiche pourtant un tempérament monarchiste : je ne crois pas au bienfait des décisions collectives. » « Je m'accuse d'avoir caché des vérités qui perturbaient la cause que je servais. Dissimuler une vérité pour épargner la vie d'une personne est une preuve de responsabilité et de compassion, la dissimuler pour sauvegarder un événement, pour ne pas nuire à l'idéal que l'on défend est une duplicité. » « Pour nous tous la tentation du pouvoir politique a existé. Je l'ai éprouvée. Françoise Giroud l'a concrétisée et je l'ai comprise. » « J'aurais abandonné mon métier de journaliste pour le ministère des Affaires étrangères. Pour ce poste, j'aurais tout quitté. Mais il n'a jamais été question de me le proposer. » « Abandonner son rôle à un autre, même si vous choisissez votre successeur, même si vous l'estimez, marque la fin de votre empreinte et provoque en vous une sensation de dépossession. Un successeur paraît toujours ingrat et infidèle. » « Claude Perdriel aime tout partager, vraiment tout et il ne cesse de le prouver. Sauf le pouvoir. Pour le conserver, il pourrait se ruiner, détruire une amitié et pourtant il est d'un sentimentalisme débordant. Cette attitude a malmené souvent notre amitié. Nous avons eu de très violents conflits. » A propos de « l'édito » « A relire mes éditos, je me trouvent souvent gris et péremptoire. » « Le débat entre l'universalité des valeurs et le respect des différences m'obsède. Je l'exprime, conscient d'être jugé réactionnaire, digne d'un homme de droite, ce qui signifie indigne d'un homme de gauche. J'assume l'isolement, la fracture avec certains de mes amis politiques. Mon désenchantement est tout sauf un détachement. » « Le jeu vaut-il de perdre un ami pour une conviction politique, pour un engagement ? Cette question m'a toujours tourmenté. Je l'ai rarement tranchée sauf devant l'évidence absolue. » L'homme de gauche « Quand on regarde ce que les colonisés font aujourd'hui de leurs pays reconquis, l'état de victimisation dans lequel ils vont se complaire comme alibi à leur incompétence et à leur paresse. Quand on découvre que le totalitarisme a triomphé de leur gloire militaire, il y a de quoi désespérer d'une grande cause. » A propos de l'amour...

  • Le Prophète de l'islam a vécu il y a quatorze siècles, dans une société de tradition orale. Les témoignages de ses contemporains, sur sa personne et son action, ont été fixés par écrit plus d'un siècle, voire deux, après sa mort. Ils ont d'abord été transmis sur des supports de fortune, avant d'être recueillis par différents chroniqueurs, qui les ont triés, compilés, rédigés chacun à sa manière. Les textes laissés par ces chroniqueurs forment un volumineux corpus, portant le titre générique d'Al Sîra, ou « Chroniques du Prophète de l'Islam » (à distinguer des « Dits du Prophète » - Hadîths - et des commentaires du texte sacré - Le Coran). Le portrait de Mahomet que nous livre la Sîra est celui d'un être supérieur, aux prédispositions spirituelles précoces, enclin à la solitude et à la méditation. Sa vie bascule, à l'âge de quarante ans, quand il entend la voix de l'Ange Gabriel, qui lui révèle que Dieu l'a choisi comme Son Messager. Il va défier les siens, renier ses ancêtres, insulter leurs idoles et assumer l'immense solitude qui en découle. Puis il va se muer en homme d'Etat, en chef de guerre, en bâtisseur d'une Cité nouvelle. Les Chroniques qui retracent cette trajectoire constituent pour les musulmans un réservoir d'exemples à suivre, de gestes à méditer, de vérités à retrouver au quotidien. Mais peu de gens les lisent dans le texte. A la mosquée, à l'école ou à la télévision, ils en reçoivent sans cesse des bribes, le plus souvent extraites de leurs contextes, tronquées, voire carrémenmt réinventées, afin de servir les différents discours du moment. C'est en partant de ce constat, et pour contribuer à rétablir la vérité de ces textes, que les Mahmoud Hussein ont voulu présenter la Sîra sous une forme accessible au lecteur d'aujourd'hui. Ajoutons enfin - et ce point est essentiel - que les chroniques de la Sîra proposent une vision de l'Islam plus « libérale » ; plus tolérante, plus ouverte à l'individu. Cette caractéristique explique peut-être le fait que cette source théologique ait été, si souvent, négligée ou dissimulée, au profit d'une orthodoxie coranique plus stricte.

  • En 1905, avec la guerre russo-japonaise, la première révolution russe et la crise de Tanger entre la France et l'Allemagne, de nombreux signaux annonçaient l'orage que seuls quelques observateurs perspicaces ont vu venir : la guerre de 1914-18, qui portait elle-même en germe la nuée de 1939-45.



    En avons-nous vraiment fini avec le siècle des grandes catastrophes et des totalitarismes? En 2005, le Moyen-Orient et peut-être surtout l'Extrême Orient sont de bons candidats pour de nouvelles catastrophes historiques. Qui a suivi de près les péripéties de la saga nucléaire iranienne, le chantage nord-coréen, l'extrême tension dans le détroit de Taïwan (l'accord de défense entre Taïwan et les Etats-Unis transformerait la confrontation entre les deux Chine en conflit mondial, faisant de Taïwan l'Alsace-Lorraine du XXIème siècle), l'hostilité sino-japonaise, comprend que le péril nucléaire est aujourd'hui plus divers et peut-être plus réel encore que pendant la guerre froide. Pendant que bouillonnent ces chaudrons, l'Europe, fatiguée de courir le monde et tentée par une sortie de l'Histoire, cultive le romantisme niais de la fin des grands conflits. L'Europe n'est plus un modèle pour le monde. Sa conscience est troublée, son esprit craintif et sa politique introvertie. Quant à la France, sa position vis-à-vis de la Russie sur le dossier tchétchène et envers la Chine sur le dossier de Taïwan cumule tous les inconvénients: en préférant la honte et la guerre, elle pourrait finir par avoir l'une et l'autre ! Opposer éthique et Realpolitik est artificiel : on peut être à la fois immoral et suicidaire...



    "Peut-être ne vous intéressez-vous pas à la guerre, mais elle s'intéresse à vous" (Trotsky): Quelles idées méritent encore que nos sociétés post-héroïques prennent des risques pour les défendre? Telle est la question de fond auquel cet ouvrage passionnant apporte des éléments de réponse.

  • Depuis que l'histoire s'est remise en mouvement, après la chute du communisme, les Occidentaux oscillent entre le culte des dates et le goût des prophéties. Côté dates, 1989 aurait clos le vingtième siècle et le 11 septembre 2001 aurait ouvert le vingt-et-unième. Côté prophéties, nous avons connu l'irénisme dans les années quatre-vingt-dix, la paix et la prospérité étant supposées régner pour « les siècles des siècles », puis après les Twin Towers, le conflit des civilisations et une troisième guerre mondiale d'un nouveau type. Tel est le mélange de faits et de simplismes qui nourrit notre quotidien. Il occulte les forces souterraines à l'oeuvre qui établissent le décor du théâtre mondial. Ces forces mêlent fatalité, paradoxe et hasard. Elles portent en elles le poids des phénomènes qui relèvent de « l'histoire longue » braudelienne : traditions, identités, cultures. Quelques-unes se lisent à livre ouvert ; d'autres sont encore inscrites à l'encre sympathique. Exemple des premières : la transformation des États-Unis, d'un nouveau monde qui nous ressemblait tant, à un autre monde qui nous est de plus en plus étranger. Exemple des secondes : le développement, à terme, d'un modèle capitaliste chinois qui pourrait donner raison aux prophéties les plus noires sur le destin de l'économie libérale. Mais où classer la plasticité de l'Occident, dont celui-ci est inconscient, et qui avalera le terrorisme, comme il l'a fait pour tant d'autres chocs ? Et la plus grande faiblesse de notre système économique, qui ne tient pas au risque d'accident sur les marchés mais à l'absence de social-démocratie dans les nouveaux pays émergents ? De même, doit-on regarder l'Europe comme un « OVNI » dans le monde contemporain ou, au contraire, comme l'illustration même de la modernité, sa complexité témoignant de son adaptabilité ? La France est malheureusement à mille lieues de ces débats-là. Plus « village gaulois » que jamais, en pleine régression dans sa compréhension du monde, elle choisit des mauvais enjeux et ignore les vrais.

  • Pourquoi les "décideurs" français sont-ils incapables, depuis trente ans, d'élaborer une politique économique cohérente ? Et savent-ils jusqu'où, à ce jeu dangereux, ils peuvent aller trop loin ?

  • Dans ce nouveau livre, BHL a choisi de mêler l'autobiographie au reportage. Et il inscrit le tout dans ce que l'on pourrait appeler sa « métaphysique du Mal ». Le reportage, tout d'abord : au cours de l'année 2001, BHL est allé observer de près, cinq « guerres oubliées » : au Burundi, en Angola, au Soudan, au Sri-Lanka, en Colombie. Dans chacun de ces pays, il s'est plongé au coeur de conflits - qui durent, parfois, depuis plus de trente ans, et qui n'ont même plus d'enjeux politiques - dont le sens, s'il a jamais existé, s'est complètement perdu pour les acteurs eux-mêmes. Il a vu, au quotidien, ces « guerres de spectres », dont l'issue est indifférente au reste du monde, et qui n'en continuent pas moins de tuer par milliers, par centaines de milliers. Chacune de ces guerres fait l'objet d'un reportage qui est publié dans Le Monde, à la fin mai. Ces « reportages » - dont on parlera beaucoup lors de leur pré-publication - constituent la seconde partie de cet ouvrage. Quant à la première partie, d'égale importance (150 pages), elle traite, plus précisément, de l'aspect « autobiographique » de cet ouvrage. Car BHL l'avoue : depuis ses aventures au Bangladesh, il y a trente ans, il entretient un rapport étrange, ambigu, avec la guerre. Elle lui fait horreur, certes. Mais il aime l'observer, partager la vie de ses acteurs, s'y perdre, s'y exiler... Pourquoi, alors, ce « goût » ? Au nom de quelle nostalgie ? Au nom de quelle culpabilité ? Au nom de quelle trouble fascination pour le mal et son spectacle ? Ces questions donnent lieu à des développements que BHL avait déjà esquissés - dans Le Diable en tête, dans Le Lys et la cendre - et qui, ici, complètent (avec Comédie) une sorte d'autobiographie éclatée. La confession s'y mêle à la théorie. Le « roman d'une vie » alterne avec l'analyse de l'époque. C'est beau. Pudique. Lucide.

  • Après Charles le Téméraire(Grasset, 1997) et Charles Quint (Grasset, 2000), Jean-Pierre Soisson clôt sa « trilogie de Bourgogne ».
    Marguerite, duchesse de Bourgogne est une figure majeure entre ces deux grands princes : elle fut la petite-fille du premier et la tante du second. « Cette bonne femme est le vrai grand homme de la famille », écrit Michelet dans Renaissance et Réforme. « Sa vie est un roman, écrit Jean-Pierre Soisson. Marguerite est reine de France à trois ans, princesse d'Espagne à dix-sept, duchesse de Savoie à vingt-et-un. Dès sa naissance, elle constitue un enjeu de pouvoir entre Louis XI et Maximilien. Un traité la marie, un autre l'écarte. Reine de France, elle est répudiée par Charles VII, qui lui préfère Anne de Bretagne : elle a huit ans et doit regagner les Pays-Bas. Son père la marie en 1497 à Juan d'Espagne, qui meurt dans ses bras après six mois d'une union passionnée. Elle épousera en 1501 un troisième homme, Philibert de Savoie, qui succombera à une pleurésie au retour de la chasse. En 1504, à vingt-quatre ans, elle se retrouve seule, une fois répudiée et deux fois veuve ».
    C'est ce destin extraordinaire que nous conte, avec émotion et une grande maîtrise d'écriture, Jean-Pierre Soisson. Il se coule dans l'époque et dans l'âme de Margerite blessée par la vie, qui deviendra, en régnant sur la Bourgogne et l'Autriche, la première femme de pouvoir.

  • Siège de la presse internationale pendant les hostilités, l'hôtel Palestine, place de l'Etoile où se dressait la statue du Raïs, a certainement été le meilleur poste d'observation de la chute du régime de Saddam Hussein.Cet hôtel délabré, désormais célèbre sur les cinq continents, fut l'épicentre d'une autre guerre : celle de l'information. Patrick Forestier était parmi les journalistes qui sont restés du premier au dernier jour de cet affrontement hautement médiatisé. II raconte les coulisses de l'hôtel Palestine, le départ des grands médias américains avant l'ultimatum, le jeu pervers entre journalistes et fonctionnaires du ministère de l'Information, le rôle des agents secrets irakiens, des barbouzes, des militants : chronique d'une défaite annoncée malgré la propagande ubuesque d'une dictature aux abois qui croyait à ses propres mensonges. Hôtel Palestine est le " making of " du grand film de la guerre en Irak : ce qui était " hors champ ", que vous n'avez pas vu, pas lu, pas su.Les petites histoires qui font la grande Histoire. Une galerie de personnages romanesques et un témoignage unique sur le métier de grand reporter.

  • « Tout le monde sait que les sociétés esclavagistes sont formées de maîtres blancs originaires du continent européen et d'esclaves noirs importés d'Afrique. Mais le fonctionnement concret de la société esclavagiste française est peu connu. Grâce à des sources inexplorées - des milliers d'actes notariés conservés aux archives de la Guadeloupe - , cet ouvrage nous restitue la vie quotidienne des esclaves et la pratique de l'esclavage dans la France d'Outre-mer à la veille de la Révolution. Apparaît aussi la complexité des relations entre Blancs et Noirs, qui donne naissance à un important métissage. Il aboutit à la création d'une classe juridique à part : les « libres de couleur », qui ont la particularité de posséder des esclaves. C'est donc une société complexe que la vague révolutionnaire venue de France bouleverse. Pendant les premières années de la Révolution, la société coloniale est maintenue. Mais les révoltes se multiplient jusqu'au décret du 4 avril 1792, qui donne la citoyenneté aux libres de couleur dans les mêmes conditions qu'aux Blancs, puis jusqu'à la loi du 4 février 1794 qui abolit l'esclavage. Dans une société marqué par un siècle et demi d'inégalités et de servitude, quelle portée peuvent avoir ces textes législatifs votés à plus de 7.000 km de distance? Les libres de couleur s'intègrent rapidement à la vie politique et à l'organisation sociale. Les anciens esclaves, soumis d'abord à l'autorité de leurs anciens maîtres, puis des républicains qui les ont remplacés, participent ensuite activement à la guerre révolutionnaire dans les Caraïbes. Intégrés dans l'armée française, ils parviennent même au pouvoir en octobre 1801, à un moment où la France s'est doté d'un régime politique stable et autoritaire dirigé par Bonaparte. Une expédition de 3.500 hommes est envoyée en Guadeloupe pour rétablir l'ordre ancien. Une partie de l'armée de couleur dirigée par Delgrès et Ignace résiste. Commence alors la moins connue des campagnes militaires de la période napoléonienne. En mai 1802, pendant 19 jours, les rebelles se battent aux cris de « vivre libre ou mourir » contre le général Richepance, l'un des vainqueurs de Hohenlinden. L'esclavage est rétabli... Fait unique dans l'histoire, cet incroyable aller-retour qui voit en moins d'une décennie l'abolition et le rétablissement de l'esclavage est l'objet de ce livre. » Frédéric Régent

  • La science économique vit au-dessus de ses moyens. Elle prétend tenir les deux extrémités d'un fil qui va de l'abstraction la plus ésotérique à la réalité la plus quotidienne. L'économie est une étrange religion qui, à la différence des religions révélées, doit apporter chaque jour la preuve de l'existence de son Dieu. On attend d'elle la richesse, la prospérité et le bonheur. Ses penseurs, ceux qui ont scandé l'histoire de l'économie, sont en effet tous, à leur manière, des « prophètes du bonheur ». Convaincu que, dans la réalité, l'économie n'est, au contraire, que bricolage, Alain Minc est reparti à l'assaut de ses « prophètes du bonheur ». Il l'a fait à la lumière de son expérience particulière : familier de la théorie mais immergé dans la pratique ; connaisseur de la théorie de l'entrepreneur mais confident des « tycoons » contemporains ; vieux lecteur de Marx, mais défenseur du marché. D'où cette histoire personnelle de la pensée économique : par le choix des auteurs, par le regard posé sur eux, par les leçons tirées. On en ressort avec une hiérarchie différente - réhabilitations, résurrections, « excommunications » -, mais surtout avec une boîte à outils. Elle puise chez les uns et les autres et vise à affronter les chocs du quotidien avec un système de pensée qui, fût-il empirique, a fait ses preuves.

  • A priori, il ne s'agit que d'une série de portraits où des illustres - Vladimir Jankelevitch, Guy Debord, Raymond Aron, Sartre, Cioran, Ionesco - voisinent avec des obscurs - comme José Lupin. Mais, en vérité, c'est bien plus que cela : à travers les figures de ses maîtres ou amis, " Mathurin Maugarlonne " brosse, de fait, la fresque d'une époque et d'une génération, la sienne, qui a vécu de, et par, les idées. On y retrouve le talent de l'auteur, sa drôlerie, sa passion de la vérité, sa mélancolie.
    Ce livre évoque, irrésistiblement, le fameux Présence des morts d'Emmanuel Berl. C'est une fresque intimiste et idéologique. On en rit aussi souvent qu'on en pleure. Il est impossible de ne pas être touché par le désespoir enjoué de cet écrivain masqué par son ombre...

  • Roger Stéphane (1919-1994) a été une figure de premier plan de la vie littéraire et journalistique française. Né Roger Worms, d'une riche famille de la bourgeoisie juive parisienne, ce jeune homme frivole, passionné de littérature, homosexuel proclamé, fait très tôt la connaissance de plusieurs grands écrivains qui auront une influence déterminante sur lui, comme André Gide, Roger Martin du Gard et André Malraux, qui le font s'orienter vers la " réflexion engagée ".

    Entré en résistance au cours de l'été 41, Roger Stéphane est emprisonné deux fois et s'évade deux fois. Le 19 août 1944, alerté par Jean Cocteau, il va libérer l'Hôtel de Ville et, transformé en capitaine de vingt-cinq ans, prend un repos bien mérité au Ritz. En 1950, Roger Stéphane est un des co-fondateurs de L'Observateur, l'ancêtre de l'actuel Nouvel Observateur. Cela ne lui fait pas oublier ses activités d'écrivain, puisqu'il publie un de ses livres essentiels, Portrait de l'aventurier. Il s'engage en faveur de la décolonisation, conseille ses amis Mendès France et Bourguiba.

    En 1958, il se rallie au général de Gaulle qu'il fréquente jusqu'en 1970 et, à travers la célèbre série des " Portraits-Souvenirs ", devient un des pionniers de la télévision culturelle. A la fin de sa vie, endetté, seul, la plupart de ses amis étant morts, Roger Stéphane organise son suicide en vrai stoïcien.

    Artiste de la conversation, mêlé de près à tous les combats politiques de son temps qu'il aborda avec une rare lucidité, Roger Stéphane est un personnage clé de sa génération : celle qui eut vingt ans en 1940 et dont ce livre est aussi le portrait.

  • Le " made in China " envahit notre vie. Autour de l'arbre de Noël, chacun s'émerveille devant des cadeaux tous fabriqués dans un même pays : la Chine.
    Avec 1,2 milliard d'habitants, l'Empire du milieu pèse le cinquième de la population mondiale. Le moindre de ses développements ne peut qu'affecter le reste de la planète.

    La Chine est la troisième puissance commerciale du monde. Elle se classe par son Pib dans le peloton de tête des grandes nations. Pour certains experts, elle dépassera bientôt les Etats-Unis. Pour les vingt années à venir en tout cas, nos économies développées vont donc être profondément déstabilisées par l'arrivée de ce méga-dragon. D'ores et déjà, toutes les entreprises occidentales mobilisent le meilleur d'elles-mêmes au service de la Chine, ce nouvel Eldorado - pendant longtemps resté " la terre de la grande promesse ".
    C'est une chance : ce sont de nouveaux marchés pour les industries des vieilles nations. Des secteurs entiers de l'économie vont être remodelés avec l'arrivée de ce nouveau client - le transport aérien, le nucléaire, le luxe, la publicité, etc...

    Mais c'est aussi dans un véritable ciseau chinois que des économies comme celle de la France vont se trouver enserrées. D'un côté, avec l'explosion des besoins chinois, les pays riches vont devoir payer de plus en plus cher leurs " inputs " - l'énergie, les matières premières, le frêt maritime, etc... De l'autre côté à cause de ses coûts de main d'oeuvre ridiculement bas, ces mêmes pays riches ne pourront plus vendre qu'à bas prix leur travail et leurs produits. Dans l'économie mondiale, la Chine redonne, d'une certaine manière, le pouvoir aux consommateurs - aux dépens des producteurs et des actionnaires. Bienvenue, la révolution industrielle chinoise n'est pas douloureuse pour la seule Chine.
    Elle est un choc pour nos pays. Pour éviter le pire, les grandes nations industrielles auraient intérêt à aider l'Empire à s'insérer plutôt qu'à le diaboliser. Mais quelles seront les conséquences sur leur propre avenir ?

  • A l'heure où le débat politique fait de nouveau référence, avec insistance, mais aussi avec confusion, à la liberté du peuple souverain, il redevient indispensable de se demander ce qui fait précisément qu'un peuple peut se penser comme libre. La liberté d'un peuple se mesure-t-elle à la façon dont les droits des individus qui le composent se trouvent protégés ? Ou bien devons-nous considérer qu'un peuple libre est aussi, voire surtout, un peuple dont les vertus civiques sont suffisantes pour soutenir la participation des citoyens à la vie publique ? Deux modèles hantent ainsi notre imaginaire démocratique : celui du libéralisme politique, celui du républicanisme. Sont-ils incompatibles ? Peuvent-ils s'articuler, et à quelles conditions, l'un à l'autre ? Cet essai à la fois historique et critique entreprend de reconstruire la logique interne de ce dédoublement qui, dans les actuelles divisions de notre vie politique, joue un rôle de plus en plus déterminant, au point de subvertir les anciens clivages entre gauche et droite, ou entre progressisme et conservatisme.

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