Homme et Littérature

  • "La main règne, d'un air impérieux, car tout ne s'accomplit que par elle, tout dépend d'elle". (Georges Rodenbach).
    Au moment où je commence à écrire cet éloge de la main, je vois les miennes qui sollicitent mon esprit, qui l'entraînent. Elles sont là, ces compagnes inlassables, qui, pendant tant d'années, ont fait leur besogne, l'une maintenant en place le papier, l'autre multipliant sur la page blanche ces petits signes pressés, sombres et actifs. Par elles l'homme prend contact avec la dureté de la pensée. Elles dégagent le bloc. Elles lui imposent une forme, un contour et, dans l'écriture même, un style.Elles sont presque des êtres animés. Des servantes ? Peut-être. Mais douées d'un génie énergique et libre, d'une physionomie - visages sans yeux et sans voix, mais qui voient et qui parlent. Certains aveugles acquièrent à la longue une telle finesse de tact qu'ils sont capables de discerner, en les touchant, les figures d'un jeu de cartes, à l'épaisseur infinitésimale de l'image. Mais les voyants eux aussi ont besoin de leurs mains pour voir, pour compléter par le tact et par la prise la perception des apparences. Elles ont leurs aptitudes inscrites dans leur galbe et dans leur dessin: mains déliées expertes à l'analyse, doigts longs et mobiles du raisonneur, mains prophétiques baignées de fluides, mains spirituelles, dont l'inaction même a de la grâce et du trait, mains tendres. La main est action: elle prend, elle crée, et parfois on dirait qu'elle pense. Au repos, ce n'est pas un outil sans âme, abandonné sur la table ou pendant le long du corps: l'habitude, l'instinct et la volonté de l'action méditent en elle, et il ne faut pas un long exercice pour deviner le geste qu'elle va faire.Les grands artistes ont prêté une attention extrême à l'étude des mains. Ils en ont senti la vertu puissante, eux qui, mieux que les autres hommes, vivent par elles...Ces mains toutes seules vivent avec intensité.Quel est ce privilège ? Pourquoi l'organe muet et aveugle nous parle-t-il avec tant de force persuasive ? C'est qu'il est un des plus originaux, un des plus différenciés, comme les formes supérieures de la vie...

  • On lit très peu, disait Voltaire, et, parmi ceux qui veulent s'instruire, la plupart lisent très mal. Savoir lire, on le sent, est donc un art et il y a un art de lire. Mais en quoi cet art consiste-t-il ? Comment le développer ? Un art se définissant d'après le but qu'il se propose, nous avons sans doute à nous demander pourquoi nous lisons. Est-ce pour nous instruire ? Est-ce pour juger des ouvrages ? Est-ce pour en jouir ?... Voulez-vous apprendre à lire comme on apprend à jouer du violon et en prendre le plus grand plaisir possible ? C'est à cet art de lire qu'est consacré ce livre. Emile Faguet, fut membre de l'académie française ; écrivain et critique littéraire.

  • Un Afro-Américain s'installe dans un quartier pauvre de Dakar, loin des résidences sécurisées de la ville, et suscite la curiosité des habitants dont la plupart des jeunes travaillent sur les chantiers de construction avec l'espoir de trouver les moyens pour partir en Europe ou en Amérique. Comment se fait-il qu'un Américain vient vivre là, dans une maison sans luxe de Ouakam ? Dans les discussions, il se trouve toujours quelqu'un qui affirme, en secouant l'index comme un appel à la méfiance, que cet homme est un agent secret venu se fondre dans la population pour glaner des informations sur les projets cachés de la Chine en Afrique. Les Chinois sont en train de devenir les maîtres du continent, on le sait ; mais il paraît qu'ils ont d'autres idées derrière la tête pour accroître leur hégémonie et dominer le monde. C'est donc logique que les Américains envoient des agents secrets noirs pour espionner les Chinois en Afrique. Ainsi pensent-ils jusqu'à ce qu'ils découvrent les raisons ayant poussé cet Américain à venir s'installer sur cette terre.
    Une histoire qui provoque d'abord une effervescence dans les têtes, puis la surprise et enfin la tristesse...


    "Seuls ceux qui connaissent les réalités de nos terres, comprennent pourquoi il nous arrive de rêver ainsi. Nous rêvons parfois d'être Afro-Américains, ou même Antillais, malgré le mal-être de cette diaspora dont les clameurs nous parviennent de plus en plus. Les mouvements suscités par la discrimination qui les frappe là où ils vivent, nous condamnent maintenant à avoir honte de nos rêves ; et nous n'osons plus avouer que quelquefois nous aurions aimé être à leur place ou avoir leur vie, préférant même leurs souffrances aux nôtres. Il arrive cependant que certaines histoires racontées dans des livres nous libèrent un peu de cette honte et nous soufflent les mots pour exprimer les réalités que nous avons du mal à nommer pour faire comprendre nos rêves..."

  • Ce livre a été écrit un mois de janvier à Paris, et l'air de liberté qu'on respire ici, a pénétré certaines strophes plus profondément que je ne l'eusse désiré. Je ne manquai pas d'adoucir et de retrancher sur-le-champ même tout ce qui me parut incompatible avec le climat de l'Allemagne. Néanmoins lorsqu'au mois de mars j'en adressai le manuscrit à mon éditeur à Hambourg, j'eus encore à compter avec des scrupules de diverses sortes... Ce que je prévois encore avec plus de peine, ce sont les clameurs de nos Pharisiens de la nationalité allemande, qui vont maintenant bras dessus bras dessous avec les gouvernements, et qui jouissent de l'amour et de la haute estime de la censure ; dans la presse ils ont la prédominance, aussitôt qu'il s'agit de combattre leurs adversaires qui sont en même temps les adversaires de leurs très-hauts et très-puissants princes et principicules. Nous avons le coeur cuirassé contre la mauvaise humeur de ces héroïques laquais à la livrée noire, rouge et or. Je les entends déjà crier de leur grosse voix : Tu blasphèmes les couleurs de notre drapeau national, contempteur de la patrie, ami des Français à qui tu veux livrer le Rhin libre. Calmez-vous ; j'estimerai, j'honorerai votre drapeau, lorsqu'il le méritera, et qu'il ne sera plus le jouet des fous ou des fourbes. Plantez vos couleurs au sommet de la pensée allemande, faites-en l'étendard de la libre humanité, et je verserai pour elles la dernière goutte de mon sang. Soyez tranquilles, j'aime la patrie, tout autant que vous. C'est à cause de cet amour que j'ai vécu tant de longues années dans l'exil ; c'est à cause de cet amour que j'y passerai peut-être le reste de mes jours, sans pleurnicher, sans faire les grimaces d'un martyr. J'aime les Français, comme j'aime tous les hommes, quand ils sont bons et raisonnables, et parce que je ne suis pas assez sot et assez méchant moi-même pour désirer que les Allemands et les Français, ces deux peuples élus de la civilisation, se cassent la tête pour le plus grand bien de l'Angleterre et de la Russie, et pour la plus grande joie de tous les gentillâtres et les mauvais prêtres de ce globe. Soyez tranquilles, jamais je ne livrerai le Rhin aux Français, par cette simple raison que le Rhin est à moi. Oui, il est à moi par un imprescriptible droit de naissance, je suis de ce soi-disant Rhin libre le fils encore plus libre et indépendant. C'est sur ses bords qu'est mon berceau, et je ne vois pas pourquoi le Rhin appartiendrait à d'autres qu'aux enfants du pays...

  • L'histoire de la philosophie est le remède qui permet de réparer nos pertes, de recueillir dans le passé tout ce qui est perdu et bon néanmoins à reprendre, à conserver. Ce travail de restauration, qui consiste à retrouver et à préserver la tradition philosophique, à sauver cet héritage successivement accru par les âges, mais trop souvent renversé et détruit par les révolutions et les réactions, les révoltes et les coups d'état, les anarchies et les dictatures (car les écoles passent par les mêmes crises que les états), ce travail conservateur et réparateur ne doit pas être confondu avec ce que l'on a de nos jours appelé l'éclectisme. L'éclectisme est tout autre chose, mais il est encore un effet bienfaisant de l'histoire de la philosophie. Il consiste, ou plutôt il consisterait à recueillir tous les points de vue systématiques qui ont été proposés, à leur faire leur part et à les concilier dans un point de vue synthétique plus élevé et plus général. En définitive, l'éclectisme est une idée grande et sage, très appropriée à l'esprit de notre temps et à la nature des choses ; mais cette idée elle-même a ses limites, et il importe, tout en en appréciant la valeur, d'en mesurer la portée. Paul Janet fut membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Professeur de philosophe à la Sorbonne, il publia un grand nombre d'ouvrages.

  • Découvrez à travers ce livre les légendes du moyen-âge sous la plume de Gaston Paris.

  • L'histoire de la captivité de Napoléon et son emprisonnement à Sainte-Hélène, est longtemps restée mystérieuse et suscite beaucoup de curiosité. « L'énigme de Sainte-Hélène ». C'est sous ce titre que Frédéric Masson, spécialiste des études sur la vie de Napoléon, analyse l'exil de l'empereur sur cette île lointaine. Napoléon a vécu les cinq dernières années de sa vie, prisonnier à Sainte-Hélène, dans l'isolement et l'oisiveté après avoir rempli le théâtre du monde. Il y est mort avant d'avoir achevé sa cinquante-deuxième année. Les Anglais, en l'exilant au bout du monde, cherchaient moins à se venger qu'à se débarrasser d'un personnage encombrant, dont la place n'était nulle part. Ils étaient bien obligés de le garder ; personne ne le réclamait. On le séquestrait dans cette île à peu près inaccessible, avec des consignes sévères, et l'on organisait le silence sur le captif. Il n'avait qu'un droit, mais précieux, celui de se plaindre. Une des occupations du prisonnier de Sainte-Hélène fut de noter les fautes de ses geôliers contre la bienséance, d'outrer ses griefs et de prendre le monde et la postérité à témoin de la cruauté de ses bourreaux et des outrages dont ils l'abreuvaient. D'ailleurs, toute espérance ne l'avait pas abandonné. Il ne s'adressait pas seulement aux générations futures. Son nom seul représentait une force d'opinion. La solitude lointaine où on l'enfermait attestait qu'il continuait à faire peur. C'est-à-dire qu'il comptait toujours. Il ne songeait nullement à s'évader, sachant que l'évasion, presque impossible, n'offrait pas de chance de succès. Et puis, qu'eût-il fait ? Où fût-il allé ?...

  • La découverte de l'Amérique appartient à deux époques bien distinctes : la première, qui fut le produit accidentel des courses aventureuses des Scandinaves, n'offre qu'un fait historique sans conséquences, arraché à l'oubli par l'érudition ; la seconde, au contraire, résultat d'un sublime calcul, et accueillie avec enthousiasme par l'Europe civilisée, a changé la face du globe en exerçant sur tous les peuples une merveilleuse influence. Pour se rendre compte d'effets si divers, pour expliquer l'intervalle immense qui sépare les noms presque ignorés de Gun-Biurn et d'Eric Rauda, de la renommée universelle de Christophe Colomb, il suffira sans doute de consulter les temps, d'examiner la distance relative de l'Europe aux contrées différentes du même continent, et de comparer les glaces et l'aridité du Groenland et de Terre-Neuve au climat et aux richesses des Antilles et du Mexique...

  • La révolution française a touché à la propriété dans trois circonstances mémorables. Elle a touché à la propriété individuelle par l'abolition des droits féodaux, - à la propriété dans la famille par les lois successorales, - enfin à la propriété de corporation par l'aliénation des biens ecclésiastiques. Quels ont été, dans ces trois grandes circonstances, les principes invoqués de part et d'autre par les partisans ou les adversaires de ces grandes mesures ? Ce livre permet de rendre compte de la conception que la révolution française s'est faite de la propriété, surtout dans l'assemblée constituante, qui seule en ces matières a laissé quelque chose de stable et de persistant. Il ne faut pas confondre les mesures révolutionnaires avec les institutions de la révolution : les unes sont des actes transitoires, les autres des lois fondamentales ; ce sont ces lois seules qui constituent ce que l'on peut appeler l'esprit de la révolution. Ce que nous voulons surtout étudier, ce sont les principes qui ont guidé les législateurs ; c'est leur philosophie de la propriété.


  • La place de l'épicurisme dans l'histoire de l'esprit humain est considérable et hors de toute proportion avec le génie de l'auteur même du système. Épicure, - les anciens l'avaient déjà remarqué, - n'est pas original. Sa physique, on le sait, il l'emprunte presque tout entière à Démocrite, et, pour ce qu'il y ajoute, il la gâte plutôt qu'il ne l'améliore. Sa morale, on le sait également, avait été esquissée dans ses traits principaux par les cyrénaïques et les sophistes. Ce qui fait l'intérêt durable de sa philosophie ne lui appartient pas. Qu'est-ce qui explique le prestige du nom d'Epicure, et fait qu'une doctrine, déjà constituée avant lui dans ce qu'elle a d'essentiel, est et sera toujours dans l'histoire l'épicurisme ? Quel est le sens et l'importance historique de ses principales théories d'Épicure ?

  • Dans la biographie de Racine, trois problèmes surtout méritent d'attirer l'attention, et ont été discutés... avec beaucoup de finesse et de précision : Racine a-t-il été amoureux ? Pourquoi a-t-il abandonné le théâtre de si bonne heure ? Quelle a été la vraie cause de sa disgrâce et de sa mort ? Ces trois problèmes nous intéressent, parce que, touchant au caractère et à l'âme de Racine, ils peuvent contribuer à jeter quelque jour sur la psychologie de ses drames...

  • « Quel travail et qu'est-ce que je veux ? Je veux connaître ma vraie volonté, ma plus profonde et plus chère volonté, afin de la réaliser. Je veux découvrir, afin de l'exercer, l'art de vivre... Comment donc déciderai-je si je cherche un art de vivre ou une science de la vie ? »
    Han Ryner est généralement connu pour son ouvrage `Petit manuel individualiste' et sa pensée fondée sur la recherche d'une liberté intérieure. Philosophe et pacifiste français, il prône une sagesse conduisant à accepter l'inévitable étant donné que l'individu ne peut détruire certaines oppressions liées à la nature sociale de son humanité.

  • Ce livre raconte l'histoire d'Erasme, généralement connu sous le nom d'Erasmus, un humaniste considéré comme l'une des figures principales de la culture européenne. Pour comprendre quelle fut la vie d'Erasme et apprécier la valeur de son oeuvre, « il faut se faire une idée de la confusion et du tumulte de son époque, et se représenter cette Europe de la fin du XVe siècle, et des premières années du XVIe, labourée par la guerre et décimée par la peste, où toutes les nationalités de l'Europe intermédiaire s'agitent et cherchent leur assiette sous l'unité apparente de la monarchie universelle d'Espagne ; où l'on voit d'un même coup d'oeil des querelles religieuses et des batailles, une mêlée inouïe des hommes et des choses, une religion naissante qui va se mesurer avec une religion usée d'abus ; l'ignorance de l'Europe occidentale qui se débat contre la lumière de l'Italie ; l'antiquité qui sort de son tombeau, et les langues mortes qui renaissent, et la grande tradition littéraire qui vient rendre le sens des choses de l'esprit à des générations abêties par les raffinements de la dialectique religieuse ; du fracas partout, du silence nulle part ; ... nulle place tranquille, nulle solitude en Europe où un homme pût se recueillir et se sentir vivre. Il faut s'imaginer tout cela, et jeter au milieu de cette confusion un homme enchaîné à l'activité, doux, bienveillant, haïssant les querelles, détestant la guerre; un petit corps, comme il s'appelle sans cesse, qui loge une âme souffrante toujours prête à s'échapper, qui n'a qu'une santé de verre, qui frissonne au moindre souffle, qui a des vapeurs comme une femme, et qui ne peut pas s'abandonner un jour sans se mettre en péril de mort. »

  • Ce livre raconte la vie de George Sand (Aurore Dupin), célèbre femme de lettre française. "Tout ce qui dans Paris était tant soit peu amateur de littérature et de poésie s'abordait dans les rues en se disant : « Avez-vous lu Indiana ? (de George Sand). Lisez donc Indiana ! » A la curiosité de lire le livre succéda bientôt la curiosité de connaître l'auteur. Les gens dont le métier est de paraître bien informés, critiques et journalistes, se mirent en campagne. Tout ce qu'ils rapportèrent de leur enquête, ce fut que le pseudonyme de George Sand cachait une femme encore très jeune, d'allures bizarres, qui demeurait dans une maison du quai Saint-Michel, s'habillait souvent en homme et fréquentait les cabinets de lecture et les cafés du quartier latin. Qui était-elle ? d'où venait-elle ? Elle ne paraissait pas disposée à le dire, et il n'était guère facile de le savoir. Ce peu de renseignements était de nature à piquer la curiosité plutôt qu'à la satisfaire ; mais, à quelque conjecture qu'on pût se livrer, personne assurément ne se serait avisé de supposer que dans les veines de cette jeune femme coulait le sang d'un des plus illustres guerriers du XVIIIe siècle, qu'elle comptait de proches pareils au sein de la société la plus élégante, et qu'elle s'était en quelque sorte échappée d'un milieu aristocratique et provincial pour venir à Paris avec sa fille tenter la fortune et vivre de sa plume..."

  • Prométhée, d'après la mythologie, serait le premier à avoir donné le feu aux humains. Il faut plonger dans les abîmes de l'océan traditionnel de l'humanité, remonter bien au-delà d'Hésiode et d'Homère pour saisir le point initial du mythe et en suivre les transformations mystérieuses. Tout le monde sait que, selon la mythologie grecque, Prométhée est un titan puni par Jupiter pour avoir dérobé le feu du ciel et l'avoir communiqué aux hommes. Enchaîné sur un rocher du Caucase, chaque jour dl voit un aigle ou un vautour se repaître de son foie, qui se reforme chaque nuit. Cependant le moment doit venir ou un fils de Jupiter, Hercule, grand redresseur de torts, délivrera l'infortuné, et du consentement de son père lui permettra de reprendre sa place parmi les dieux. Tel est en quelques mots le fond de la tradition mythologique, immortalisé par la céramique, la statuaire, la peinture et la poésie. Tel est le fruit dont on a retrouvé le germe égaré dans les ténèbres de l'antiquité la plus reculée...

  • Un jour que Cicéron voulait consoler son frère Quintus, qui gémissait de rester si longtemps maintenu dans son gouvernement d'Asie, il le félicitait du moins de n'avoir pas été envoyé chez des peuples « barbares et sauvages » comme les Espagnols, les Africains ou les Gaulois. Il ne se doutait guère, en écrivant ces mots, que c'était dans cette Gaule inculte, dans les montagnes de Bibracte ou sur les bords du fleuve Océan, qu'il trouverait quatre siècles plus tard ses plus fidèles imitateurs. C'est pourtant ce qui est arrivé... Lorsque l'on étudie l'histoire de la littérature latine et les six siècles de son existence, on reconnaît en cette longue période de vie quatre âges successifs correspondant à chacune des grandes nations qui composèrent l'empire d'Occident. On voit le sceptre littéraire passer tour à tour de l'Italie à l'Espagne, de l'Espagne à l'Afrique et de l'Afrique à la Gaule : c'est l'ordre même suivant lequel s'est fondé le domaine occidental de la ville éternelle. On dirait qu'au toucher de l'épée romaine le sol jusqu'alors le plus infertile se transforme en une terre féconde, où peuvent désormais germer et s'épanouir les lettres comme les arts. Puis un jour vient où, par un juste retour, chacun des peuples conquis rend à son conquérant ce qu'il en a reçu. Quand l'Italie est épuisée, les races vaincues apportent à l'empire leur contingent d'orateurs, de jurisconsultes et de poètes, de généraux et d'empereurs : Rome prélève sur elles du génie, de même que des tributs et des soldats...

  • Interrogez un Allemand tant soit peu au fait de l'histoire littéraire de son pays, et demandez-lui pourquoi Caroline de Günderode s'est tuée, il vous répondra tout simplement que c'est parce qu'elle n'a pu trouver le moyen de joindre ensemble l'idéal et le réel. Ce livre traite de la vie et de la mort de Caroline de Günderode, poétesse allemande de l'époque romantique, dont le suicide a bouleversé au-delà de son pays.

  • Le procès de la révolution française est toujours à recommencer. A chaque phase nouvelle de cette histoire, nouveaux points de vue, nouvelles théories. Que de fois n'a-t-elle pas changé, cette philosophie de l'histoire révolutionnaire ! Que de fois une logique victorieuse n'a-t-elle pas démontré comme également nécessaires les conséquences les plus contradictoires ! Une telle diversité d'opinions n'a rien d'extraordinaire ; elle n'est que la conséquence naturelle de la complication des choses. Nous n'avons pas la présomption d'ajouter une nouvelle opinion, une théorie nouvelle à tout ce qui a été écrit, pensé, professé, par tant d'écrivains illustres ; nous croyons qu'il vaut mieux restreindre le champ des dissentiments que de l'étendre sans cesse. Il nous a semblé que, pour se préparer à bien juger un si grand événement, il serait bon de rassembler toutes les opinions émises par des juges compétents, toutes celles du moins, bonnes ou mauvaises, qui comptent et qui ont un poids. Peut-être ces jugements, recueillis avec sincérité, résumés avec précision, critiqués avec équité, pourront-ils se servir de contrôle les uns aux autres, et la vérité, qui est une moyenne, ressortira-t-elle d'elle-même du conflit de ces dépositions contradictoires. C'est dans cet esprit que nous avons tracé cette sorte d'esquisse historique d'une philosophie de la révolution française. On peut, sans forcer les choses, la diviser en deux périodes distinctes : la période militante, où nous voyons en présence le pour et le contre, le oui et le non, avec tous les excès de la passion et du parti-pris ; la période critique, période de réflexion, d'examen et de doute. Entre le fanatisme de la première période et le scepticisme de la seconde, c'est à la raison politique à nous enseigner le vrai chemin.

  • L'histoire nous montre comment se dénatura une révolution à la fois religieuse, civile, économique, morale, familiale. Elle nous montre les mouvements provoqués par d'énergiques individualités, se perdant, accaparés par des sectes rivales, semblables à un grand fleuve qui, divisé en une multitude de bras secondaires, ne tarde pas à se tarir. Elle nous montre tous ces révolutionnaires de la veille, les mêmes à travers les siècles, tribuns, philosophes, évêques, représentants, se ralliant peu à peu au pouvoir qu'ils combattaient et, plus durement que les anciens maîtres, écrasant de leur autorité de fraîche date la plèbe insoumise. On pourrait mettre des noms modernes sur ces antiques figures. César a légué son nom à cette kyrielle d'usurpateurs victorieux ; les avocats du Forum et ceux du Palais-Bourbon sont parents ; Titus, mettant Jérusalem à feu et à sang, renaît dans Thiers égorgeant Paris ; Verrès est l'ancêtre de Wilson. L'analogie est parfaite entre notre société bourgeoise, croulant sous le poids de ses vices, sous les colères de la masse déshéritée, et le monde romain s'affaissant dans sa fange sous le choc des barbares. Même disproportion entre les omnipotents dominateurs et les infimes plébéiens, mêmes éléments de dissolution au dedans, de guerres à l'extérieur : moins de violence, plus d'hypocrisie. Enfin, même protestation contre l'égoïsme des heureux ; ici, par le socialisme international, là, par le christianisme catholique, c'est-à-dire, aussi, international. Car, il n'y a pas à s'y tromper : éclos dans les masses à la suite d'une longue incubation, le christianisme fut, à son origine, un mouvement de révolte. Comment, en moins de deux siècles, devint-il la proie de mystiques rhéteurs qui le stérilisèrent en le dépouillant de tous ses côtés communistes et révolutionnaires ? C'est ce que nous examinerons au cours de ce livre. "Il y a quinze siècles, un monde se mourait. Tout ce qui avait eu cours dans l'antiquité, subjugué les peuples et dominé les foules était usé, fini. État, religion, famille, liens sociaux s'en allaient en poussière. Qu'allait-il advenir ? L'humanité était-elle condamnée à périr dans un cataclysme universel ? L'humanité fit peau neuve, et la religion chrétienne, basée sur la foi, remplaça la société romaine basée sur la force ; elle a duré quinze siècles. Aujourd'hui, pareille agonie se reproduit : le trône et l'autel appartiennent déjà au passé ; les rois ne sont plus que des fantômes vivants. Les êtres bizarres, propres aux époques de décadence, grouillent autour de nous et trônent, en maîtres d'un jour, sur le fumier de notre siècle. C'est bien la fin."

  • Écrire est une noble ambition, mais pour écrire il faut avoir du talent.

    La vocation littéraire est une disposition générale pour l'art d'écrire, qui se développe par la lecture et qui peut s'appliquer à tous les genres de productions, romans, érudition, critique... On se trompe très souvent sur sa propre tournure d'esprit ; tel débute par des essais philosophiques qui excelle plus tard dans la peinture des réalités vivantes. Il est difficile de bien connaître les premières raisons de nos goûts, et de démêler les influences qui déterminent le choix d'un sujet ou d'un livre. La plupart du temps, au lieu de se recueillir et de mûrir son talent, on est pressé d'écrire, on publie à la hâte, au hasard, sans réflexion et sans but. Pour éviter les fâcheuses conséquences qu'entraîne cette précipitation, il paraît utile de donner quelques conseils de conduite et de travail à ceux qu'un goût invincible pousse vers la carrière littéraire.

  • Napoléon n'a jamais mis les pieds en Amérique. Il en eut plusieurs fois l'intention. Et plusieurs fois, au cours de son étonnante carrière, son influence fut prépondérante au-delà de l'Atlantique. D'une façon générale, les contre-coups réciproques de la politique des deux mondes sur les destinées des peuples américains et sur l'issue des guerres européennes, furent décisifs au début du XIXe siècle. Les événements qui, depuis cent ans, se sont déroulés dans les États-Unis du Nord, les événements qui se préparent dans les républiques du Sud, en ont été et en seront les conséquences directes. Cette influence de Napoléon sur les destinées des États-Unis et, par contre, l'influence des États-Unis sur la destinée de Napoléon, ou de l'Europe sous l'hégémonie de Napoléon, n'a pas encore, semble-t-il, fait l'objet d'une étude spéciale.

    Il paraît donc excusable, malgré l'encombrement de la bibliographie napoléonienne, d'en augmenter encore le nombre par une contribution ayant pour but de faire ressortir les enchaînements historiques, les causes et les effets, tout l'ensemble, enfin, des circonstances qui, issues d'un lointain passé, s'endorment parfois pour se réveiller brusquement au choc de bouleversements réputés imprévus,-telles ces matières brutes et inertes, que l'on croit incombustibles et qui s'enflamment, avec une prodigieuse vitesse, au toucher d'une étincelle. Dans la période qui nous occupe, Napoléon fut celui qui mit l'étincelle; son génie consistait précisément à la mettre là où, et comme il fallait. Mais Napoléon, en l'occurrence, n'incarne que le destin qui, à ce tournant de l'histoire, fit se rencontrer les deux mondes sous la pression de problèmes qui attendaient depuis longtemps leur solution.

  • Les hommes de génie sont ordinairement enfants de leur siècle ; ils en sont comme l'abrégé ; ils en représentent les lumières, les opinions et l'esprit, mais quelquefois aussi ils naissent ou trop tôt ou trop tard. S'ils naissent trop tôt, avant leur siècle naturel, ils passent ignorés ; leur gloire ne commence qu'après eux, lorsque le siècle auquel ils devaient appartenir est éclos ; s'ils naissent trop tard, après leur siècle naturel, ils ne peuvent rien, et ils n'arrivent point à une renommée durable. On les regarde un moment par curiosité, comme on regarderait les vieillards se promenant sur les places publiques avec les habits de leur temps. Ces hommes de génie qui arrivent trop tard sont donc méconnus comme les hommes de génie qui arrivent trop tôt ; mais ils n'ont pas comme ces derniers un avenir, une postérité, des descendants pour établir leur gloire : ils ne pourraient être admirés que du passé, que de leurs devanciers, que des morts, public silencieux.

  • "Le poète nous enchante en animant la nature comme un créateur, avec ses propres pensées". (- R. Emerson, Nature)

    Il faut rendre justice à la nature qui nous offre tout. Le poète est celui qui sait écouter la nature et parvient à traduire le murmure d'un ruisseau, le chant d'un oiseau, l'immortalité des saisons, ou le mystère de la forêt... Ce livre est une anthologie des poésies de la nature.

  • Il reste d'un homme ce que donnent à songer son nom et les oeuvres qui font de ce nom un signe d'admiration, de haine ou d'indifférence. La vie et les oeuvres de Léonard de Vinci ont fait l'objet de nombreux travaux. Entre l'art et la science de Léonard de Vinci il y a comme un échange continuel et un profit constant. Durant toute sa vie, dans les intervalles assez longs où il ne peignait pas, absorbé qu'il était par ses travaux d'ingénieur, il ne cessa jamais de réaliser son art, et quand, fixé, pendant sa vieillesse, à Amboise, la paralysie commençait à le gagner, il continua, tant qu'il put, de le faire. C'est son existence tout entière qu'on passe en revue, c'est son intelligence si ouverte et son immense savoir qui se manifestent à nous quand nous feuilletons ses dessins qui nous font pénétrer dans l'intimité de l'un des plus merveilleux génies qui aient honoré l'humanité.

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