Humensis

  • Le grand mouvement de la croisade ayant un instant tiré les hommes de la servitude locale, les ayant menés au grand air par l'Europe et l'Asie, ils cherchèrent Jérusalem, et rencontrèrent la liberté. Cette trompette libératrice de l'archange, qu'on avait cru entendre en l'an 1000, elle sonna un siècle plus tard dans la prédication de la croisade. Au pied de la tour féodale, qui l'opprimait de son ombre, le village s'éveilla. Cet homme impitoyable qui ne descendait de son nid de vautour que pour dépouiller ses vassaux, les arma lui-même, les emmena, vécut avec eux, souffrit avec eux, la communauté de misère amollit son coeur. Plus d'un serf put dire au baron : "Monseigneur, je vous ai trouvé un verre d'eau dans le désert ; je vous ai couvert de mon corps au siège d'Antioche ou de Jérusalem." Il dut y avoir aussi des aventures bizarres, des fortunes étranges. Dans cette mortalité terrible, lorsque tant de nobles avaient péri ; ce fut souvent un titre de noblesse d'avoir survécu. L'on sut alors ce que valait un homme. " L'Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Michelet (1798-1874). Edition présentée par Paul Viallaneix et Paule Petitier.

  • " C'est que Louis XI, sans être pire que la plupart des rois de cette triste époque, avait porté une plus grave atteinte à la moralité du temps. Pourquoi? II réussit. On oublia ses longues humiliations, on se souvint des succès qui finirent ; on confondit l'astuce et la sagesse. Il en resta pour longtemps l'admiration de la ruse, et la religion du succès. (...) Sous ce règne, il faut le dire, le royaume, jusque-là tout ouvert, acquit ses indispensables barrières, sa ceinture de Picardie, de Bourgogne, Provence et Roussillon, Maine et Anjou. Il se ferma pour la première fois, et la paix perpétuelle fut fondée pour les provinces du Centre. "Si je vis encore quelque temps, disait Louis XI à Comines, il n'y aura plus dans le royaume qu'une coutume, un poids et une mesure. Toutes les coutumes seront mises en français, dans un beau livre. Cela coupera court aux ruses et pilleries des avocats; les procès en seront moins longs... Je briderai, comme il faut, ces gens du Parlement... Je mettrai une grande police dans le royaume." L'Histoire de France est le chef d'oeuvre de Michelet (1798-1874) Édition présentée par Paul Viallaneix et Paule Petitier.
    Paul Viallaneix, éditeur notamment du Journal et des OEuvres complètes de Michelet, est l'auteur de La Voie royale. Essai sur l'idée de peuple dans l'oeuvre de Michelet (Flammarion), et Michelet, les travaux et les jours (Gallimard). Paule Petitier est professeur à l'Université de Paris Diderot-Paris 7. Elle est l'auteur de La Géographie de Michelet (L'Harmattan) et Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • " La Régence est tout un siècle en huit années. Elle amène à la fois trois choses : une révélation, une révolution, une création.
    I. C'est la soudaine révélation d'un monde arrangé et masqué depuis cinquante ans. La mort du Roi est un coup de théâtre. Le dessous devient le dessus. Les toits sont enlevés, et l'on voit tout. Il n'y eut jamais une société tellement percée à jour. Bonne fortune, fort rare pour l'observateur curieux de la nature humaine.
    II. Et ce n'est pas seulement la lumière qui revient ; c'est le mouvement. La Régence est une révolution économique et sociale, et la plus grande que nous ayons eue avant 89.
    III. Elle semble avorter, et n'en reste pas moins énormément féconde. La Régence est la création de mille choses (les grandes routes, la circulation de province à province, l'instruction gratuite, la comptabilité, etc.). Des arts charmants naquirent, tous ceux qui font l'aisance et l'agrément de l'intérieur. Mais, ce qui fut plus grand, un nouvel esprit commença, contre l'esprit barbare, l'inquisition bigote du règne précédent, un large esprit, doux et humain. " Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les OEuvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • " Le roi avait quarante-sept ans. Ses excès de vin, de mangeaille, lui avaient fait un teint de plomb. La bouche crapuleuse dénonçait plus que le vice, le goût du vil, l'argot des petites canailles, qu'il aimait à parler. [...] Il n'était pas cruel, mais mortellement sec, hautain, impertinent. Et il eût cassé ses jouets. C'était un personnage funèbre au fond, il parlait volontiers d'enterrement, et si on lui disait : " Un tel a une jambe cassée ', il se mettait à rire. Sa face était d'un croque-mort. Dans ses portraits d'alors, l'oeil gris, terne, vitreux, fait peur. C'est d'un animal à sang froid. Méchant ? Non, mais impitoyable. C'est le néant, le vide, un vide insatiable, et par là très sauvage. [...] Beaucoup, en Europe et en France, disaient : " On le tuera. ' Dans la cour du palais, quand il revint, les poissardes disaient (et redirent) : " Il y aura une saignée. ' Et d'autres : " Il faut une saignée en France. ' " Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les OEuvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • " Ce sont d'étranges époques. On nie tout, on croit tout. Une fiévreuse atmosphère de superstition sceptique enveloppe les villes sombres. L'ombre augmente dans leurs rues étroites ; leur brouillard va s'épaississant aux fumées d'alchimie et de sabbat. Les croisées obliques ont des regards louches. La boue noire des carrefours grouille en mauvaises paroles (...). On s'attend alors à quelque chose. A quoi ? On l'ignore. Mais la nature avertit ; les éléments semblent chargés. Le bruit courut un moment sous Charles VI, qu'on avait empoisonné les rivières. Dans tous les esprits, flottait d'avance une vague pensée de crime. " Luttes intestines dans l'état, schisme dans l'église, dilapidations dans les finances, folie du roi, soulèvement des Parisiens accablés sous le poids des impôts, assassinat du duc d'Orléans, défaite d'Azincourt, tels sont les principaux épisodes du règne de Charles VI.

  • " Philippe-le-Bel avait été élevé par un dominicain. Il avait pour confesseur un dominicain. Longtemps ces moines avaient été amis des Templiers, au point même qu'ils s'étaient engagés à solliciter de chaque mourant qu'ils confesseraient un legs pour le Temple. Mais peu à peu les deux ordres étaient devenus rivaux. Les dominicains avaient un ordre militaire à eux, les Cavalieri Gaudenti, qui ne prit pas grand essor. A cette rivalité accidentelle il faut ajouter une cause fondamentale de haine.
    Les Templiers étaient nobles ; les dominicains, les Mendiants, étaient en grande partie roturiers (. ). Dans les Mendiants, comme dans les légistes conseillers de Philippe-le-Bel, il y avait contre les nobles, les hommes d'armes, les chevaliers, un fonds commun de malveillance, un levain de haine niveleuse. Les légistes devaient haïr les Templiers comme moines ; les dominicains les détestaient comme gens d'armes, comme moines mondains, qui réunissaient les profits de la sainteté et l'orgueil de la vie militaire. (. ) Le coup ne fut pas imprévu, comme on l'a dit. Les Templiers eurent le temps de le voir venir. Mais l'orgueil les perdit ; ils crurent toujours qu'on n'oserait. ".

  • " La puissance d'enfantement qu'eut la France à ce moment éclata par l'apparition subite des deux langues françaises, qui surgissent, adultes, mûres, tout armées, dans les deux écrivains capitaux du siècle : l'immense et fécond Rabelais, le fort, le lumineux Calvin.
    Cette France de Gargantua, principal organe de la Renais- sance, est-elle au niveau de son rôle ? Avec ce cerveau gigantesque, a-t-elle un corps ? a-t-elle un coeur ? a-t-elle cette vie générale, répandue partout, que l'Italie avait dans son bel âge ? La France étonne par d'effrayants contrastes. C'est un géant et c'est un nain. C'est la vie débordante, c'est la mort et c'est un squelette. Comme peuple, elle n'est pas encore.
    Donc, sur quoi porte la Renaissance française ? Faut-il le dire ? Sur un individu. (...) Ce roi parleur, ce roi brillant, qui dit si bien, agit si mal, mobile en ses résolutions encore plus que dans ses amours, cet imprudent, cet étourdi, ce Janus, cette girouette, François Ier, fut un Français. "

  • " Le duc de Bourgogne, né en 1682, n'avait rien de son père, Monseigneur, si lourdement matériel, rien de Louis XIV, si froidement équilibré, rien de la maison de Savoie dont il était par son aïeule et sa grand-mère ; il n'eut la ruse ni l'esprit politique de cette maison. [...] C'était un être tout factice, nerveux et cérébral, affiné, affaibli par sa grande précocité morale et sexuelle. Il n'était pas né mal fait ; sa taille resta droite, tant qu'il fut dans les mains des femmes. Mais, pendant ses études, de bonne heure elle tourna, et il devint un peu bossu. On l'attribua à l'assiduité avec laquelle il tenait la plume et le crayon. On essaya de tous les moyens connus alors, des plus durs même (la croix de fer). Mais rien n'y fit. Il en était fort triste, ayant besoin de plaire. Rien peut-être ne contribua plus à le contenir et à le jeter dans la grande dévotion. Il aima, mais uniquement dans le cercle du devoir, et n'eut d'Eucharis que la sienne, la duchesse de Bourgogne. " Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les OEuvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

  • " Louis XIV enterre un monde. Comme son palais de Versailles, il regarde le couchant. Après un court moment d'espoir (1661-1666), les cinquante ans qui suivent ont l'effet général du grand parc tristement doré en octobre et novembre, à la tombée des feuilles. Les vrais génies d'alors, même en naissant, ne sont pas jeunes, et, quoi qu'ils fassent, ils souffrent de l'impuissance générale. La tristesse est partout, dans les monuments, dans les caractères ; âpre dans Pascal, dans Colbert, suave en Madame Henriette, en La Fontaine, Racine et Fénelon. [...] Cet attribut divin (commun au XVIe siècle), à pas un n'est resté

  • " C'est là le sérieux de la Fronde. Elle ne laisse nul résultat visible, palpable, matériel. Elle laisse un esprit, et cet esprit, logé dans un véhicule invincible, ira, pénétrera partout. Elle a fait, pour l'y mettre, une étrange machine, la nouvelle langue française. (...) La Fronde a fait cette langue. Cette langue a fait Voltaire, le gigantesque journaliste. Voltaire a fait la presse et le journalisme moderne.(...) Ce terrible engin d'analyse éclaire tout, dissout tout et peut tout mettre en poudre, broyer tout, formalisme, lois, dogmes et trônes. Son nom, c'est : La raison parlée. "

  • Les premières victimes de Hitler est le récit d'une enquête tirée du dossier d'instruction constitué par le substitut du procureur de Munich, Josef Hartinger, cité comme pièce à conviction par le commandant Warren F. Farr pendant le Procès de Nuremberg pour démontrer la responsabilité collective des SS dans l'Holocauste. Comme l'a indiqué le commandant, juriste formé à Harvard, pendant le procès : "Ce n'étaient pas des crimes sporadiques commis par des individus irresponsables, mais une politique calculée et bien définie, politique qui découlait nécessairement de la philosophie SS et qui fut appliquée dès la création des camps."
    L'enquête de Josef Hartinger montre précisément que dès l'ouverture de Dachau, en 1933, alors que l'Allemagne était encore officiellement un république, les nazis mettaient déjà en place une politique d'extermination systématique des ressortissants juifs.
    Le 13 avril 1933, un peu après 9 h, le substitut Josef Hartinger apprend que quatre hommes - Rudolf Benario, Ernst Goldmann, Arthur Kahn et Edwin Kahn - ont été abattus au cours d'une tentative d'évasion au camp de concentration de Dachau, récemment érigé au nord de Munich. Dès son arrivée sur place, Hartinger suspecte une exécution pure et simple. Ces quatre prisonniers politiques ont été sortis des rangs et exécutés parce que juifs.
    Les morts suspectes de détenus vont ensuite s'accumuler.  Elles sont (très mal) maquillées en suicide ou en tentative d'évasion. À chaque fois, Hartinger se rend sur les lieux avec un médecin légiste, qui procède à une autopsie (ce dernier subira de nombreuses tentatives d'intimidation et mourra quelques années plus tard dans d'obscures circonstances). Après plusieurs mois d'enquête, le jeune procureur de 39 ans finit par réunir des preuves accablantes contre la direction du camp. Mais alors qu'il est sur le point de soumettre son dossier, son supérieur, qui l'a pourtant soutenu depuis le début, prend peur et refuse de signer, préférant en référer dans un premier temps à la chancellerie, qui étouffe bien entendu l'affaire.
    Si le dossier avait été instruit, l'administration du camp aurait été condamnée, Dachau fermé, et le scandale engendré aurait considérablement affaibli le parti nazi, qui avait encore besoin du soutien de la communauté internationale. Ce n'est qu'à la fin de la guerre que le dossier sera enfin réouvert. Josef Hartinger a longtemps refusé de témoigner sur son combat juridique contre les nazis. Mais en 1984, à 91 ans, il accepte de se faire enregistrer pour un projet d'archives du gouvernement allemand.

  • " C'est dans son palais d'Aix qu'il fallait voir Charlemagne. Ce restaurateur de l'Empire d'Occident avait dépouillé Ravenne de ses marbres les plus précieux pour orner sa Rome barbare. Actif dans son repos même, il y étudiait, sous Pierre de Pise, sous le Saxon Alcuin, la grammaire, la rhétorique, l'astronomie ; il apprenait à écrire, chose fort rare alors. Il se piquait de bien chanter au lutrin, et remarquait impitoyablement les clercs qui s'acquittaient mal de cet office. Il trouvait encore du temps pour observer ceux qui entraient ou sortaient de la demeure impériale. Des jalousies avaient été pratiquées à cet effet dans les galeries élevées du palais d'Aix-la-Chapelle. La nuit il se levait fort régulièrement pour les matines. Haute taille, tête ronde, gros col, nez long, ventre un peu fort, petite voix, tel est le portrait de Charles dans l'historien contemporain. Au contraire, sa femme Hildegarde avait une voix forte ; Fastrade qu'il épousa ensuite exerçait sur lui une domination virile. Il eut pourtant bien des maîtresses, et fut marié cinq fois ; mais à la mort de sa cinquième femme, il ne se remaria plus, et se choisit quatre concubines dont il se contenta désormais. " L'Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Michelet (1798-1874).

  • " L'originalité de la Pucelle, ce qui fit son succès, ce ne fut pas tant sa vaillance ou ses visions ; ce fut son bon sens. À travers son enthousiasme, cette fille du peuple vit la question et sut la résoudre.
    Le noeud que les politiques et les incrédules ne pouvaient délier, elle le trancha. Elle déclara au nom de Dieu, que Charles VII était l'héritier ; elle le rassura sur sa légitimité, dont il doutait lui-même. Cette légitimité, elle le sanctifia, menant son roi droit à Reims, et gagnant de vitesse sur les Anglais l'avantage décisif du sacre. " L'Histoire de France est le chef d'oeuvre de Michelet (1798-1874) Édition présentée par Paul Viallaneix et Paule Petitier.
    Paul Viallaneix, éditeur notamment du Journal et des OEuvres complètes de Michelet, est l'auteur de La Voie royale. Essai sur l'idée de peuple dans l'oeuvre de Michelet (Flammarion), et Michelet, les travaux et les jours (Gallimard). Paule Petitier est professeur à l'Université de Paris Diderot-Paris 7. Elle est l'auteur de La Géographie de Michelet (L'Harmattan) et Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset)

  • " Un événement immense s'était accompli. Le monde était changé. Pas un État européen, même des plus immobiles, qui ne se trouvât lancé dans un mouvement tout nouveau [...].
    Rare et singulier phénomène ! la France arriérée en tout (sauf un point, le matériel de la guerre), la France était moins avancée pour les arts de la paix qu'au quatorzième siècle. L'Italie, au contraire, profondément mûrie par ses souffrances mêmes, ses factions, ses révolutions, était déjà en plein seizième siècle, même au-delà, par ses prophètes (Vinci et Michel-Ange). Cette barbarie étourdiment heurte un matin cette haute civilisation ; c'est le choc de deux mondes, mais bien plus, de deux âges qui semblaient si loin l'un de l'autre

  • " Il vous regarde du fond de son mystère, Le sphinx à robe rouge. Je n'ose dire du fond de sa fourberie. Car, au rebours du sphinx antique, qui meurt si on le devine, celui-ci semble dire : " Quiconque me devine en mourra. " (...) Richelieu est Espagnol jusqu'à quarante ans, et, depuis, anti-Espagnol. Faut-il croire que, dans la première période, il ait obstinément menti ? Ou bien qu'ayant été sincère il changea tout à coup si tard et fut décidément Français ? Sa mauvaise fortune le força de bonne heure d'avoir du mérite. Il était le dernier de trois frères. Sa famille n'était pas riche, et elle s'allia en roture. Le frère aîné, qui était à la cour, dépensait tout. Le second, qui avait l'évêché de Luçon, se fit chartreux. Et, pour que cet évêché ne sortît pas de la famille, il fallut que le troisième, notre Richelieu, se fît homme d'Église, malgré ses goûts d'homme d'épée. (...) Il n'était peut-être pas né enragé, mais le devint. La contradiction de son caractère et de sa robe lui donna ce riche fond de mauvaise humeur d'où sort le grand effort, " l'âcreté dans le sang, qui seule fait gagner les batailles. ""

  • " Il était temps, grand temps, que le protestantisme prît l'épée et avisât à sa défense. Il périssait certainement, s'il ne devenait un parti armé (...). La question suprême du temps éclatait dans sa vérité. Elle s'était révélée en Angleterre sous le terrorisme de Marie la Sanglante. En France, des ténèbres, elle jaillit par un jet de flammes comme un incendie souterrain. En face de ces grands signes, les rois allaient se reconnaître, cesser une lutte qui n'avait point de sens, s'avouer qu'ils étaient d'accord, qu'ils n'avaient d'ennemi que la liberté protestante, et tourner leurs efforts contre elle. Aux Pays-Bas, en Angleterre, en Italie, en Espagne et en France, au nord comme au midi, tout s'accorde pour l'étouffer. La Réforme française peut dire à ses enfants, comme le loup de la fable aux siens : Montez sur une montagne, et regardez aux quatre vents, aussi loin que vous pouvez voir, vous ne verrez qu'ennemis. "

  • Le lendemain de la Saint Barthélemy voit l'avènement du roi Charles IX, fils cadet de Catherine de Médicis et d'Henri II. Un règne de 14 ans marqué encore par la lutte contre les protestants et le siège de la Rochelle.
    C'est aussi la montée de la Ligue, cette conspiration des catholiques absolutistes qui menace l'unité de la France.
    À la mort de Charles XI, lui succède son frère Henri II qui sera assassiné par un moine de la Ligue. Leur soeur, Marguerite de Valois, épousera Henri de Navarre, futur Henri IV dont l'arrivée sur le trône marque la fin de ce volume qui clôt le XVIe siècle et se termine par l'échec de la Renaissance. Et un profond scepticisme de la part de Michelet.

  • " Louis XVI n'eut rien de la France, ne la soupçonna même pas. De race et par sa mère, il était un pur Allemand, de la molle Saxe des Augustes, obèse et alourdie de sang, charnelle et souvent colérique. Mais, à la différence des Augustes, son honnêteté naturelle, sa dévotion, le rendirent régulier dans ses moeurs, sa vie domestique. En pleine cour il était solitaire, ne vivant qu'à la chasse, dans les bois de Versailles, à Compiègne ou à Rambouillet. C'est uniquement pour la chasse, pour conserver ses habitudes, qu'il tint les États généraux à Versailles (si près de Paris) !
    S'il n'eût vécu ainsi, il serait devenu énorme, comme les Augustes, un monstre de graisse, comme son père le Dauphin, qui dit lui-même, à dix-sept ans, " ne pouvoir traîner la masse de son corps '. Mais ce violent exercice est comme une sorte d'ivresse. [...] Il n'était nullement crapuleux comme Louis XV. Mais c'était un barbare, un homme tout de chair et de sang. De là sa dépendance de la reine. [...] Nul roi ne montra mieux une loi de l'histoire, qui a bien peu d'exceptions : " Le roi, c'est l'étranger. ' " Histoire de France est le chef-d'oeuvre de Jules Michelet (1798-1874).
    Édition présentée par Paul Viallaneix, qui a notamment édité le Journal et les OEuvres complètes de Michelet, et Paule Petitier, professeur à l'université de Paris Diderot-Paris 7, auteur de Jules Michelet, l'homme histoire (Grasset).

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