Humensis

  • Des âmes simples est le deuxième livre de Pierre Adrian, lauréat du prix des Deux Magots et du prix François Mauriac de l'Académie française pour son premier livre, La Piste Pasolini. Un récit bouleversant à l'écoute des vies minuscules, des ténèbres et de la désespérance d'une époque. " Ce qui repousse les caméras m'attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu'on ne voit pas. J'aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles. Au fond des vallées. Cette leçon, je l'apprendrai aux côtés de frère Pierre. En citant saint Paul, il me dira que la véritable sagesse n'est pas celle du monde : "Si quelqu'un pense être sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour être sage". " Au coeur d'une vallée, aux confins de la France, un homme tient là seul par sa foi. Au plus près des vies minuscules - les bergers et les bêtes, les paumés et les vagabonds célestes -, il accueille les histoires murmurées, les hommes en perdition. Les croyants et ceux qui ne croient pas. Parce qu'" on ne peut plus faire comme si les gens avaient la foi. " Pour lui, cela importe peu. Jour et nuit, son portable sonne. Il accourt. D'une plume taillée à la serpe, Pierre Adrian nous offre un récit éblouissant, à l'écoute des ténèbres et de la désespérance d'une époque. Pierre Adrian a obtenu le Prix des Deux-Magots et le prix François Mauriac de l'Académie française en 2016 pour son premier livre, La Piste Pasolini.

  • Pierre et Philibert sont deux amis d'enfance, majeurs mais pas tout à fait vaccinés. L'envie de décamper les pousse à mettre leurs pas dans ceux des héros du Tour de la France par deux enfants : ce bestseller mythique de la IIIè République, au parfum d'encre violette, de craie et de grandes vacances.
    "On en avait rêvé de ce voyage. C'était une sorte de pari, et le livre d'Augustine Fouillée, dite G. Bruno, traînait depuis longtemps sur nos chevets. Cap ou pas cap ? On avait sorti les cartes et retracé le voyage exact d'André et Julien Volden. On prendrait le chemin des écoliers. Départementales, nationales, et roule !"
    Voilà nos deux enfants partis pour un road trip drolatique à travers l'histoire et la géographie, la littérature et la mécanique, les métiers d'hier et d'aujourd'hui. La France change mais rien ne compte plus que l'instant présent, le bonheur buissonnier des paysages et des rencontres.
    À leurs côtés, nous embarquons à bord d'une Peugeot 204 ou d'un voilier, roulons à bicyclette, en autocar ou en TGV. On écoutant Brassens, Véronique Sanson et IAM. On fait escale dans la Bourgogne d'Henri Vincenot et le Marseille de Plus belle la vie, dans la Bretagne des phares et des îles. Des villes fortifiées aux matchs de football, des cathédrales aux bars PMU, c'est une valse à deux temps sur les routes de la France, de l'enfance et de l'amitié.

  • Eylau, c'est la rencontre paroxystique de l'Histoire et de la géographie. Une bataille napoléonienne qui a lieu le 8 février 1807 contre les Russes, en Prusse orientale, là où se trouvait autrefois la célèbre Knigsberg fondée par les chevaliers teutoniques. Aujourd'hui Eylau est située dans l'enclave de Kaliningrad, territoire russe séparé de la Russie par la Pologne et la Lituanie.
    Jean-Paul Kauffmann qui s'était rendu une première fois à Kaliningrad en 1991 voulait y revenir mais, cette fois, en famille. Un voyage de cohésion familiale en quelque sorte.
    Eylau est une bataille à part dans les faits d'armes napoléoniens. Une victoire à la Pyrrhus, à l'arrachée, dont Napoléon n'aimait pas évoquer le souvenir quand il fut exilé à Ste-Hélène. Une bataille particulièrement meurtrière qui se déroula dans le brouillard, l'obscurité, sous la neige.
    Eylau est restée célèbre dans l'histoire pour la fameuse cavalerie de Murat mais aussi dans la littérature grâce au Colonel Chabert de Balzac. Le colonel Chabert que l'on donnait mort est un fantôme d'Eylau. Quand il revient en France, il doit prouver son identité pour recouvrer son territoire, sa femme, ses droits. C'est l'un des romans les plus captivants de Balzac. Une sorte de roman noir sur le mariage.
    Jean-Paul Kauffmann est l'auteur, entre autres, de L'Arche des Kerguelen (1993), de La Chambre noire de Longwood (1997), de La Maison du retour (2007) et de Courlande (2009). Il vient de recevoir le prix Prince-Pierre-de-Monaco.

  • Rome, 1975. Les vacances d'été s'achèvent. Trois garçons des beaux quartiers rencontrent deux jeunes filles du peuple. Ils flirtent en voiture et dans les cafés. Ils ne vivent que dans l'attente de la prochaine soirée. Jusqu'à ce que les garçons invitent les filles dans une somptueuse villa du Circeo, rocher qui surplombe la mer Méditerranée.

    « Là-bas, racontait-on, les bateaux d'Ulysse et de ses compagnons avaient débarqué non loin du palais de Circé. Au cours d'un banquet de fête, la magicienne avait ensorcelé les marins. Et les hommes s'étaient transformés en porcs. »

    Pierre Adrian fait renaître dans ce roman noir et envoûtant l'Italie des années 1970, la fin de l'enfance et le temps des dernières insouciances, la sensualité, la séduction quand elle bascule dans la violence et les lieux frappés de forces qui nous dépassent.

  • Petite

    Sarah Gysler

    "Je suis née au milieu des années nonante dans une famille décomposée. On était de ces enfants qui grandissent avec une clef autour du cou, connaissent les numéros d'urgence par coeur et savent faire cuire des pâtes avant même d'être en mesure d'atteindre les casseroles. Petite, on a tenté de m'expliquer que j'avais des « origines » par ma mère et un père qui ne peut plus courir parce qu'il a trop travaillé. En classe, j'écoutais des professeurs désabusés me raconter comment réussir ma vie. Plus tard, on m'a dit que je travaillerai dans un bureau parce que c'est ce qu'il y avait de mieux pour moi, qu'assez vite j'aurai un mari, une maison, puis des enfants, qui verront le jour presque par nécessité. À vingt ans, j'ai arrêté d'écouter les gens et je suis partie. Seule, en stop et sans un sou en poche. J'ai traversé l'Europe jusqu'au Cap Nord, sans autre but que de ne pas pourrir chez moi. On peut dire que j'ai fui. C'était mon premier grand voyage. Dans ce livre, j'ai voulu raconter mes errances, mes chutes et comment la route m'a sauvée." S. G.
    Ce livre est un roman d'apprentissage foudroyant, celui d'une petite fille qui transforme sa colère en odyssée. Avec humour et tendresse, la jeune globe-trotteuse raconte les tourments de l'enfance, son dégoût d'une société uniformisée, mais aussi son irrésistible soif d'être libre qui la pousse à dépasser ses peurs.

  • Après avoir lu ce livre, vous ne verrez plus le monde de la même manière. L'Opticien de Lampedusa : Le livre événement de la rentrée littéraire déjà vendu aux USA (OR Books), en Grande-Bretagne (Penguin), en Allemagne (Berlin Verlag) et en Italie (Salani Editore) ! Une paraobole sur l'éveil d'une conscience, un récit qui nous réconcilie avec les hommes. " Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s'ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n'ai qu'une question en tête : comment les sauver tous ? " La cinquantaine, l'opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l'unique magasin d'optique de l'île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque. Il nous ressemble. Il est consciencieux, s'inquiète pour l'avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n'est pas un héros. Et son histoire n'est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d'hommes, de femmes, d'enfants se débattant dans l'eau, les visages happés par les vagues, parce qu'ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie. L'Opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l'éveil d'une conscience. Au plus près de la réalité, d'une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l'humanité. Prix Bayeux-Calvados des reporters de guerre 2015.

  • « Ce meurtre est mon compagnon secret. Il me leste, m'encombre parfois comme ces vieilles lettres qu'on se refuse de jeter même si leurs expéditeurs ont disparu de votre mémoire. Il m'arrime à la ville alors que je n'y habite plus depuis longtemps. Il s'insinue dans ma vie. Une vraie fuite d'eau. Parfois deux ou trois mois se passent sans que j'y pense, puis il revient me hanter. Je n'y peux rien. »

    Histoire d'un meurtre et d'une piscine, ce roman entremêle amours, victoires et défaites du narrateur. Un couloir de natation suffit à séparer la mort des passions brèves et ensoleillées. La piscine, miroir de nos vies, de nos comédies estivales et de nos premières blessures sociales.
    L'été 1974, elle fut le théâtre d'une tragédie. Une étudiante fit feu sur un maître nageur trop séducteur. Ce meurtre devint l'Affaire du narrateur. Sa trace a transformé et aiguillé son destin. Ce crime est à moi est une confession sidérante sur les conséquences d'un fait divers dans une petite ville de province et un tableau de la décennie d'or des années 1970.

  • " Longtemps je n'avais pas compris que le fait d'être une femme était comme on dit un handicap ; je ne m'étais nullement attardée sur l'évidence qu'il était difficile d'envisager un destin à la Lawrence d'Arabie en étant de sexe féminin. Je n'avais d'ailleurs eu aucune alerte à ce sujet. Mes parents ayant oublié de m'interdire quoi que ce soit, je n'avais jamais de ma vie entendu dire que je ne pouvais pas entreprendre quelque chose parce que j'étais une fille. " La Triomphante est le portrait d'une aventurière : l'odyssée, réussie ou ratée, ne compte que pour elle-même.
    La Triomphante est l'histoire d'une enfant d'Orient rêvant à l'Europe : adaptation, dissimulation, transformation ; drôles de batailles, inévitables défaites.
    La Triomphante est un personnage qui a une conception primitive de l'amour : possible ou impossible, glorieux ou tragique.
    La Triomphante est un traité de survie, quand il faut traverser l'exil, tous les exils, dans un monde au bord du gouffre.
    La Triomphante est la cavalcade d'une étrangère dont la seule patrie est la littérature, l'humour, l'ironie.
    La Triomphante est aussi un bateau, une belle corvette, qui ne demande qu'à larguer les amarres.

  • Mauvais juif

    Piotr Smolar

    À vingt-six ans, j'ai découvert que mon grand-père était un héros en lisant son livre sur le ghetto de Minsk, où il avait fondé le principal réseau de résistance. Après être rentré en Pologne, une fois la guerre achevée, il finit par émigrer en Israël : il y est mort. La passion de sa vie était le communisme.
    Mon père aussi a quitté la Pologne après les répressions contre les étudiants en mars 1968 et la vague d'antisémitisme. Il devint une figure majeure du mouvement démocratique à l'étranger. La passion de sa vie est son pays.
    Je suis arrivé en Israël comme correspondant du journal Le Monde en 2014. J'ai assisté à la mise sous tension identitaire de la démocratie, à la montée de l'intolérance et à la polarisation du débat public. Au moment de quitter le pays, j'écris ce récit qui est un voyage au bout de la loyauté : à quoi devons- nous être fidèles ?
    Ce livre croise nos trois parcours, marqués par l'effacement commun de nos origines. En ces temps d'assignation identitaire, nous sommes de mauvais Juifs.
    P.S.
    Né en 1974, Piotr Smolar est grand reporter. Il a notamment publié Gloubinka, promenades au coeur de la Russie

  • En janvier 2014, Thomas Coville tente pour la 4e fois de battre le record du tour du monde à la voile en solitaire sur son trimaran de 30 mètres. L'anticyclone de Sainte-Hélène s'installe. L'aventure tourne court. Pendant trente jours, Jacques Gamblin écrit quotidiennement à son ami pour lui dire son admiration, le soutenir, l'encourager, le hisser vers le haut et l'humilité à la fois. Un homme sur terre écrit à un homme en mer, un point jaune se déplaçant sur la carte du monde. 
    Au fil des jours, des mois, des années, la correspondance se poursuit et se déploie. L'intimité, la complicité, l'amitié, l'amour ne cessent de croître, laissant entrevoir une relation d'une force et d'une sincérité stupéfiantes entre ces deux aventuriers. 
    En 2016, Thomas Coville fait une 5èmetentative. Jacques Gamblin l'accompagne toujours, épistolairement, comme un frère d'armes, un compagnon de vie. 
    Le 25 décembre 2016, le navigateur pulvérise le record.
    Ce livre n'est pas une correspondance ordinaire. C'est la rencontre de deux hommes, de deux destins extraordinaires. C'est un voyage physique, géographique et mental. L'un parcourt la France et joue ses textes d'un plateau à l'autre. L'autre soliste joue contre le temps autour de la planète. Il travaille la mer au corps à corps, sa survie en bandoulière. Des hommes de courage, de doute, de passion, de quête et de conquêtes qui ont en commun l'humour comme élégance et l'audace comme raison de vivre.

  • A 20 ans, Jon Swain débarque à Phnom Penh pour couvrir la guerre du Vietnam en tant que reporter pour l'AFP. Très vite, il se laisse envoûté par le Mékong, ses paysages, ses odeurs, ses couleurs, ses manguiers, ses fumeries d'opiums, ses femmes exquises et ses populations, en proie à la guerre froide et à l'interventionnisme américain. Il s'attache à cette « génération maudite » de Vietnamiens qui n'ont connu que la guerre et pour qui les victoires communistes ont été une épouvantable désillusion. Il réalise que l'Indochine n'est pas ce coin paisible d'Asie peuplé de paysans dociles et souriants que l'on dépeint communément mais, au contraire, une terre de despotisme, de sauvagerie primitive et de souffrance.

    En avril 1975, il est l'unique journaliste présent à Phnom Penh quand la ville tombe aux mains des Khmers Rouges. Ses articles lui permettent d'obtenir le prix de journaliste de l'année par le British Press Award. Son histoire est la base de ce livre culte, River of Time, et l'objet d'un film célèbre de Roland Joffé, The Killing Fields (La Déchirure, 1984), Julian Sands jouant le rôle de Swain.

    Au-delà d'un témoignage nostalgique ou romantique sur cette période sanglante, au-delà d'un rapport de guerre militaire, Jon Swain nous raconte dans une prose somptueuse la beauté du Mékong, les collines de la jungle laotienne, et surtout comment ces pays ont imprégné son expérience de la vie et de la mort comme aucun autre, comment ils ont façonné son imaginaire, ses sens et sa sensibilité pour le reste de sa vie.

  • Mathilde collectionne les amants jusqu'au jour où elle rencontre Armando. De cet amour naît une petite fille, Annie. La narratrice a décidé d'enquêter sur Mathilde et Annie pour reconstituer leur vie à l'aide de photos et de lettres. La narratrice savait que sa grand-mère et sa mère avaient mauvaise réputation pour des raisons différentes. Mais elle va découvrir qu'elles ont été des héroïnes. Un grand roman des faux-semblants où la comédie tient le bras à la tragédie. Une femme qui ensorcelle les hommes. Mathilde collectionne les amants tous plus riches les uns que les autres, se fait entretenir sur un grand pied jusqu'au jour où elle rencontre Armando, un italien, agent maritime qui l'installe dans un hôtel particulier. Elle a 30 ans, lui 40. Il est ferré. Nous sommes dans les années vingt, à Bruxelles. De cet amour naît une petite fille, Annie. Armando étant déjà marié, Mathilde élève sa fille seule. Toutes les deux forment un drôle d'attelage dans le Bruxelles mondain de l'entre-deux guerres. Mathilde n'a qu'une obsession : légitimer sa fille car le très strict Armando ne l'a pas reconnue. Tous les deux ont une folle allure, vont vite, trop vite. Elles font sensation, mènent une vie fantasque mais partagent un certain silence, parfois jusqu'au mutisme. Mais apparaît une troisième femme, la narratrice. Un jour, elle a décidé de partir sur les traces de sa grand-mère, Mathilde, et de sa mère, Annie, de reconstituer leur vie à l'aide de photos et de lettres. Mieux, elle mène l'enquête et de façon encore plus précise et haletante que la police ne l'a déjà faite. La vie est un tour de passe-passe. La narratrice savait que sa grand-mère et sa mère avaient mauvaise réputation pour des raisons différentes. Mais qui sommes-nous pour juger ? Elle va découvrir qu'elles ont été des héroïnes jusqu'à un point inconcevable. En écrivant ce grand livre des faux-semblants, la narratrice leur redonne vie. Voici un roman qui est une affaire de femmes qui ne parlent que d'hommes et où la comédie tient le bras à la tragédie.

  • Le carton d'invitation fait rêver : le 16 octobre 1963, Romain Gary épouse Jean Seberg dans le petit village de Sarrola, en Corse. Un écrivain de quarante-neuf ans, héros de la France Libre, prix Goncourt pour Les Racines du ciel. Une actrice de vingt-quatre ans à la beauté moderne, si pure, qui illumine À bout de souffle. À ces noces de la littérature et du cinéma, ni Hollywood ni la famille, encore moins les paparazzis, ne sont conviés. C'est une opération commando menée par le Renseignement militaire français : personne ne doit être informé de l'événement confidentiel défense organisé avec la bénédiction du général de Gaulle.
    Aucun biographe, français ou américain, n'était remonté au jour de la cérémonie. Ariane Chemin est partie sur les traces de cet amour mythique né à l'aube des tumultueuses sixties. Pourquoi tant de mystères ? Au terme d'un sacré jeu de piste, elle a retrouvé dans un dancing, au sud de l'île, le dernier témoin de ces noces de maquisards. Le temps d'un tango, l'ancien agent secret lui a raconté les dessous du mariage en douce qui révèle la vie brûlante et barzingue de ces deux exilés.

  • Récit de voyage insolite, drolatique, Via Appia est une exploration de l'Italie d'autrefois et d'aujourd'hui, un livre passionné sur la beauté, l'amour et la liberté de penser. En descendant la Via Appia, cette route mythique qu'empruntaient les légionnaires romains, les éléphants d'Hannibal, les esclaves de Spartacus et les chars de Césars, Jacques de Saint Victor nous invite à un voyage peu commun. Outre le fait qu'il déteste la marche et ne se départit jamais d'un décapant sens de l'humour, l'auteur est l'un des plus fins connaisseurs de l'Italie. Au volant de sa vieille Fiat, il nous introduit dans l'Italie profonde. Loin des tours opérateurs, des exploits sportifs et de l'égotisme gratuit, c'est une plongée au coeur des mythes, au croisement des grandes cités antiques et de l'ultra-violence des mafias d'aujourd'hui. Suivre l'Appia, la plus ancienne route de l'Occident unissant le christianisme et le paganisme, l'Antiquité et le Moyen Âge, l'Occident et l'Orient, c'est retourner au berceau de la civilisation et de la vie publique. La Philosophie, la Démocratie, la Tragédie et la Comédie, Dieu et le Droit n'ont-ils pas trouvé leur source au creux de cette via publica ? Emprunter l'Appia, c'est aussi se frotter à la rudesse des " Sibéries du sud " et du populino, le petit peuple qui échappe aux statistiques et se reconnaît à son esprit " baroque ", ses rites insolites et ses superstitions. D'ailleurs, la Regina Viarum, la Reine des Voies, n'a rien perdu de son antique vocation de lieu de perdition. L'auteur nous révèle certaines anecdotes inédites et troublantes sur ce Far-west fasciste, sur l'épisode des Marocchinate, sur les " nouveaux Guépards ", la Camorra et la Casa Nostra, ces organisations secrètes et criminelles qui terrorisent et pillent le pays. Jacques de Saint Victor est un érudit passionnant qui a fait de cette traversée géographique un voyage heuristique, une remontée dans le temps et un petit traité du libéralisme intellectuel, ce qui n'est pas sans susciter de vifs débats avec sa femme. Naturellement, Michela, l'Italienne des Pouilles à l'irrésistible franc-parlé, est une députée féministe de gauche et professeur de philosophie morale tandis que son historien de mari ne jure que par Montesquieu et Tocqueville. Toujours dans un avion entre Rome et Paris, elle donne des conférences sur le couple pendant que lui développe " un cas préoccupant de régression touristique " en s'enfonçant dans les méandres de l'Appia. Mais n'est-ce pas aussi pour retrouver un peu de ce temps perdu de l'enfance, de cet état d'équilibre originel ? Prix de l'essai de l'Académie française 2013 pour Un pouvoir invisible. Les mafias et la société démocratique (Gallimard).

  • 1890, Vincent Van Gogh est assassiné à Auvers-sur-Oise par un mystérieux dealer de bleu

  • "Antoine est un jeune homme de bonne famille. Il a tout pour lui, des parents aimants, un appartement dans le Marais, une belle carrière de comédien en perspective, son portrait en papier glacé dans les magazines de mode. Il a vu les ravages de la drogue autour de lui et s'est juré de ne jamais y toucher. Lui ne fume que des joints.
    Pourtant, c'est arrivé. La descente aux enfers progressive, la dépendance, la honte, le chaos. Sept années de chutes et de rechutes, sept années de guerre. Jusqu'à la révélation. À force de ténacité et d'accompagnement, grâce à la découverte du yoga et du bouddhisme, Antoine retrouve confiance en lui, réapprivoise son corps, ses sens, son rapport au monde. Petit à petit, il apprend à transformer sa souffrance, à dépasser les schémas d'autrefois.
    Ce livre est un voyage initiatique d'une sidérante sincérité, l'histoire d'un corps meurtri qui renaît à la vie, et une réflexion saisissante sur la dépendance qui peut tous nous toucher et notre capacité de résilience."

  • Pourquoi l'auteur s'est-il un jour intéressé aux natures mortes, ces peintures, d'un genre longtemps qualifié de mineur, qui, de Pompéi à Picasso, rythment l'histoire de l'art ? Peut-être parce qu'elles ressemblaient à sa vie : depuis des lustres, hormis l'écriture, il avait cessé toute activité publique, et, avec une jubilation paradoxale, se comparait volontiers à une cruche, une pomme, une chaise. Mais pourquoi écrit-on, alors qu'on a tout quitté ? Pourquoi, quand on a choisi les catacombes, reste-t-on toujours sensible aux critiques éventuelles ?
    C'est à travers le parcours chaotique de l'histoire de la peinture et de l'histoire de sa vie, que l'auteur s'arrête sur toutes ces questions : il ne cherche pas tant à y répondre qu'à les ouvrir, à les laisser ouvertes, peut-être enrichies par une si curieuse attention. Ni récit ni essai (et tout cela à la fois), cet ouvrage pour le moins singulier, ne défend aucune thèse, n'interprète rien, c'est un cheminement solitaire qui parfois, par sa construction même, ressemble à un labyrinthe.
    On y croise aussi bien Mallarmé et Van Gogh, que Bernard Frank et Goya, Samuel Beckett et Zurbaran, Mme de Sévigné et Picasso, Proust et Morandi, saint Augustin et Matisse, Michel Leiris et Cézanne, Freud et Manet, Musil et Soutine, Talleyrand et Hammershoi, Kafka et la dynastie Tcheou, Borges et les dinosaures, et peut-être surtout l'auteur lui-même, ses fantômes, ses hantises, ses attentions, ses négligences et son grand amour depuis longtemps perdu.

  • Roman de la réparation, d'une incroyable force littéraire, ce premier livre marque avant tout la naissance d'un écrivain. " Le pistolet était placé à côté du frein à main. Quand le conducteur fut assuré que personne ne pouvait voir la scène sur le point de se dérouler, la scène imaginée, fantasmée, celle qui marquerait son entrée hors du champ de la norme, de la loi, de la vie sociale, quand il fut tout à fait sûr que la longue et morne rue longeant le mur d'enceinte du lycée était déserte, il prit l'arme, la pointa sur ma tête, m'ordonna d'ouvrir la portière et de monter à l'avant, à côté de lui, à la place du mort. " David a douze ans et attend la belle Nina devant l'aumônerie jouxtant le lycée. Elle ne viendra jamais au rendez-vous. À la place, une Peugeot bleue et un homme armé. Il ne relâchera l'enfant que trois heures plus tard. Trois heures, le temps pour le bourreau de commettre son crime. Trois heures dans la tête de l'enfant qui fera tout pour survivre. Entremêlés à ces heures obscures, les fragments de sa vie d'adulte et d'une enfance à l'ombre d'un frère absent : une banlieue tranquille au mitan des années 1980, quelques échappées sur la Côte d'Azur, des voyages lointains et des amours lumineuses pour tromper le vertige. Femmes et paysages dessinent une géographie intime secouée de tremblements. Nulle vallée de larmes, juste l'urgence de trouver la liberté, l'amour, la poésie. L'écriture somptueuse nous plonge au coeur de ce combat pour conjurer la tragédie et rester du côté de ceux qui sont " un peu plus vivants que morts ". Un premier roman à bout portant.

  • « Je pris la décision de foutre le camp un lundi de mars, alors que je flânais au cimetière de Vaugirard. Je circulais entre les tombes, mains en poche, lorsque je lus une épitaphe épargnée par l'usure : « Si tu ne peux plus prier, marche ».

    Prier, ça faisait des années que je n'en étais plus capable. J'avais perdu la foi. Dieu avait enchanté mon enfance, puis déserté, sans donner ses raisons.

    Vingt ans, pensais-je, c'est l'âge des grandes aventures et des exploits physiques ! Je bouillonnais entre les murs de ma chambre de bonne, sentant mourir en moi le feu sacré de l'adolescence. Du haut de la montagne Sainte-Geneviève, je convoitais des sommets lointains. Partir à Jérusalem. Traverser l'Europe. Ce rêve était né dans le remugle d'une salle de classe. Il jaillissait à nouveau entre les murs d'un cimetière. Une pierre tombale m'avait soufflé l'idée. Il fallait partir. » S. A.

  • À 23 ans, Pierre Adrian part pour l'Italie sur les traces d'un écrivain insaisissable et fascinant : Pier Paolo Pasolini. Du « Frioul vide et infini » aux errances dans Rome et ses "nuits sans frein", il hume, palpe cette vie à fleur de peau, à rebours de tous les clichés.
    Magnifique quand il provoque la société, Pasolini n'a cessé de bousculer les idées reçues. Quarante ans après son assassinat, il reste vivant au point de nous brûler. Premier détracteur des téléviseurs et de la vie quotidienne, il s'attaque à la société de consommation, loue les joies du football et de la vie pastorale, s'insurge contre la tiédeur bourgeoise, les sentiments institués, et s'acharne à tout désacraliser. Pour s'approcher davantage du sacré.
    Un récit de voyage au plus près de Pasolini, une enquête incarnée, mais aussi la quête d'un frère, d'un maître, d'un "meneur d'âmes, meneur de nos petites âmes paumées du nouveau siècle".

  • C'est un couple iconique : Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Amour, glamour, érotisme, poésie, provocation. Et pourtant, tout avait si mal commencé. Ils s'étaient rencontrés sur le tournage du film Slogan. Elle, l'aristocrate anglaise, plaquée par le compositeur John Barry, débarquait à Paris avec, dans son panier d'osier, le swinging London. Lui, le fils d'émigrés russes, l'auteur du Poinçonneur des Lilas et de La Javanaise, était anéanti après sa liaison avec Brigitte Bardot. Dix-huit ans et un Channel séparaient Jane et Serge.
    Au printemps 1968, leur histoire d'amour mettra le feu aux sixties, rendra incandescente et plus libre la France gaullienne, celle des play-boys, de Saint-Tropez, de la jet-set, des nuits parisiennes. Leur amour aurait pu se noyer au fond de La Piscine, où Jane Birkin tourne avec Alain Delon et Maurice Ronet, se brûler quand elle se retrouve nue dans Don Juan 73 aux côtés de Brigitte Bardot, ou se fracasser dans Je t'aime moi non plus.
    Le duo formé par Jane et Serge est un jeu de miroirs : ils s'attirent comme des aimants amants, font éclater les frontières du genre féminin et masculin, s'enlacent telles des créatures androgynes. Au bout du compte, entre Paris et Normandie, ce double je parviendra à former une famille, épatante et frondeuse. Véronique Mortaigne révèle ici des facettes totalement inédites, souvent extravagantes ou sombres, de ce couple de légende. Elle a rencontré les témoins et arpenté les lieux de leur vie commune. Son enquête est un cocktail de vodka et champagne. L'antidote pour conjurer notre époque si lisse.

  • Symbole et miroir de l'histoire de l'Indochine, l'hôtel Continental fut le point d'ancrage de tous les aventuriers, les rêveurs et les ambitieux. Son salon, sa terrasse bruissaient des intrigues et des illusions tissées par ces hommes qui ont cédé aux charmes de l'Extrême-Orient, ses promesses de fortune, le parfum du pastis et des tamaris, la fumée brune de l'opium puis celle des canons.
    À travers l'histoire de la famille Franchini - un père corse propriétaire du fameux hôtel et une mère vietnamienne - c'est tout le Saigon des années 1930 à 1970 qui ressurgit : la vie quotidienne des Vietnamiens, la tragédie du métissage, le crépuscule du "règne des Blancs", la prospérité et les désillusions, la corruption et le sang.
    Poste d'observation des personnalités militaires et politiques, journalistes, écrivains et cinéastes, le Continental est un lieu d'envoûtement par lequel sont passés Segalen, Dorgelès, Malraux, Mayréna, Bodard, Graham Greene, Schoendoerffer ou encore Chancel.
    Récit poignant d'un témoin privilégié de l'Histoire et de ses coulisses, de l'Indochine française à la guerre du Vietnam, Continental Saigon est un livre devenu mythique. Depuis sa première publication en 1976, il incarne autant les fantasmes de cette luxuriante et mystérieuse Indochine que le rêve colonial brisé.

  • Le narrateur, atteint d'un trouble bipolaire, décrit sa pathologie et décide de se confronter à sa folie, à ses ombres, comme Antonin Artaud a pu le faire à une autre époque. Voulant échapper à l'enfermement, à sa condition inhumaine, il part pour la Sibérie dans une longue errance, pendant lequel il va croiser l'ombre maléfique du baron Ungern, ce Russe Blanc qui combattit avec une violence extrême les communistes, ce personnage historique qui fascina tant Hugo Pratt et qui apparaît à plusieurs reprises dans Corto Maltese. Ce voyage intérieur se transformera alors en un périple dans les confins de la Mongolie.Le Carrousel des Ombres est un récit au coeur des ténèbres où apparaissent aussi comme des compagnons secrets le musicien Monk ou l'écrivain Conrad.

  • Clara, Jérémie, Bertrand, Vanessa, Sébastien, Antoine, Alison appartiennent à la première génération élevée par les marques, la télévision et l'algorithme de Google. Ces bons petits de la méritocratie se sont connus bébés requins à HEC. À 40 ans, ils se trouvent aux portes du pouvoir de la finance, la politique, la communication, la presse et du hacking. Ils représentent la relève, le Club Mickey des affaires. Ils se croient surpuissants, redoutent le déclassement. Ne pas devenir totalement fou est leur unique objectif.
    De petit accommodement en grand renoncement, ils participent à la collusion entre finance mondiale et dirigeants politiques européens qui ruinent le Vieux Continent. Jusqu'au jour où l'un des sept amis est retrouvé mort. Suicide ? Assassinat ? Aujourd'hui, tout est suspect.


    En bande organisée s'inspire de faits réels. Il est le fruit d'une enquête menée par l'auteur sur les manipulations de certains pays de la zone euro pour accéder à la monnaie unique. Sommes nous toujours en démocratie ? Qui nous gouverne ? Que vaut la réussite dans un monde condamné à sa perte ?
    Il faut lire de toute urgence ce thriller économique et politique qui nous embarque dans un train fantôme, dévale les montagnes russes et nous promet le grand huit à chaque page. Si vous n'avez pas peur, plongez dans ce roman hallucinant. Sinon, continuez à regarder la télévision.


    Flore Vasseur est l'auteur remarqué d'Une fille dans la ville et de Comment j'ai liquidé le siècle.

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