JC Lattès

  • « Julie et Théo sont sortis avant nous, main dans la main, à se chuchoter des douceurs, petit couple que l'alcool rend tendres au mitan de la nuit. Ils rentrent directement chez eux, Place des Jacobins. Lucas ne tarde pas à nous lâcher à son tour. ``Je suis le témoin d'Antoine samedi, les gars. Si je me paye la murge du siècle cette nuit, je serai incapable de signer le registre.''
    On se retrouve dans la rue. Ali soutient tant bien que mal notre nouveau pote qui flageole. Masaki, dans sa béatitude d'ivrogne, clame sa joie aux étoiles et au monde entier dans des haïkus qu'il s'efforce de traduire en anglais. `` Chut ! supplie Ali, il est 3 heures, les gens dorment. On va se faire arrêter pour tapage nocturne.''
    C'est vrai qu'il n'y a pas un rat, sauf trois hommes adossés à une voiture, éclairés par le néon vert d'une banque, qui nous dévisagent longuement quand on arrive à leur hauteur. »
    Virgile, étudiant en lettres à Lyon, suit avec joie les préparatifs du mariage de son frère. Il accueille Masaki, un ami japonais convié à la noce, qui débarque en France les yeux émerveillés. Avec Ali et Irène, ils traînent dans les rues, s'amusent, passent de café en café. L'ambiance est au beau fixe. Cette nuit, pourtant, leur destin va basculer.

  • « On doit oublier qu'ils sont là et continuer à vivre normalement, oublier qu'ils nous prennent en photo, oublier la honte, le désarroi, oublier que pour eux, nous sommes des chiens, pire que des chiens crevés, pire que tout, oublier que pour eux, nous sommes des vacances, une attraction, une escale. »
    Juan habite un village de boue et d'ordures dans les montagnes mexicaines. Il a quinze, peut-être seize ans, et six frères qui s'appellent Juan eux aussi. Sept jours par an, lors de la Semaine sainte, les touristes débarquent dans de grands bus climatisés, bouleversant la vie du village. Les appareils photo crépitent. Forcent le silence des indigents.
    Juan refuse d'être un chien. Il a quinze, peut-être seize ans, et va partir. Là-bas, à Mexico, la ville où, croit-il, on peut tenter sa chance loin des flashs et de la misère.
    Portrait d'une errance, Argentique nous plonge sans fards dans l'effroi du tourisme moderne.

  • « Je me souviens fort bien, ce fut Athanase Jauffray qui, le premier, parla de régions. ``Nous sommes engoncés dans nos vieux réflexes jacobins !'', s'exclama-t-il un soir, après quelques bières au kiwi sirotées au K-Barré, un bar associatif du XIIIe arrondissement, sur la Butte-aux-cailles, où nous nous retrouvions en sortant de l'université. ``Nous avons devant nous une situation inédite. Le choix radical ne peut plus être jacobin. Regardez bien : la politique, maintenant, ça ne peut plus se faire ici, du côté du gouvernement, de l'Assemblée... Ça, on s'en rend bien compte. Et de l'autre côté, les portes des usines nous sont fermées... Tant pis pour le syndicalisme à l'ancienne, alors ! Laissons tomber les usines, les partis. Les bouquins, même. S'il faut s'établir, c'est évident, c'est en région ! Tout est région, maintenant ; dans dix ans, il n'y aura plus que des régions. On n'a plus le choix : la gauche sera girondine ou ne sera pas.'' »
    Un jeune militant de gauche, défenseur de toutes les causes contemporaines, voit ses certitudes s'effondrer lorsque l'une de ses amies socialistes se suicide. C'est le soir des législatives, et la vague rose vient de balayer la France. Commence alors pour lui un périple burlesque qui le mènera de Lyon à Châlons, puis de Châlons à Metz, où il ne cessera de recroiser ses anciens condisciples - autant de fantômes de lui-même. Mais arrivera-t-il jusqu'en Alsace, la dernière région française de droite ?

  • Jacques a 18 ans. Il habite en province, dans une ville de taille moyenne, là où le chômage parait une ligne d'horizon inévitable et les sorties du vendredi soir un défouloir, un temps volé à l'ennui. Ses parents sont séparés, il « végète sans trouver de boulot », sans même en chercher. Lors d'une soirée arrosée, il commet l'écart de conduite de trop, celui qui va décider de son changement d'existence.
    Jean-Christophe Millois saisit ce moment si fragile où s'opère le passage à l'âge adulte. Il a voulu aussi, à la manière des nouvellistes américains, des émules de Raymond Carver, composer une histoire dont la dimension sociale, voire politique, est essentielle.

  • Juste un lendemain

    Yves Hughes

                        « Nos voix sont en train de nous donner nos corps. »
    Il est dans l'hiver glacé du Québec, elle dans la chaleur d'une île, là-bas, en Océanie. C'est le matin pour lui, la nuit pour elle. Décalage. Celui des heures et celui d'une vie.
    Quand ils étaient jeunes et qu'ils vivaient à Paris, ces deux-là s'aimaient. Et puis chacun a repris son chemin.
    Ce soir, ou peut-être ce matin, un coup de fil les réunit. Leurs voix tracent des souvenirs comme le pinceau d'un peintre.
    Lequel des deux est la mémoire de l'autre ?
    Lequel des deux est l'avenir de l'autre ?

  • Proposition d'extraits :
    « J'ai toujours aimé la politique mais je ne connaissais rien à la politique. Je n'en maîtrisais pas les rouages, pas les filouteries, pas les flagorneries. Je n'avais personne à faire chanter ni à qui faire des promesses. Avant de me lancer dans la bataille, j'avais une vision trop simpliste de ce que pouvait être une campagne, je pensais que ce serait une course équitable entre plusieurs adversaires et Que le meilleur gagne ! Non je ne connaissais rien à la politique. Qu'elle soit nationale ou locale, la victoire se joue toujours au centre mais elle se gagne en coulisse, dans les caves et les souterrains, au plus profond des nappes phréatiques. Le programme n'y change rien. C'est ce qui relie le candidat aux puissants qui compte. »
     
    A Paris Théophane Tolbiac était un réalisateur prometteur, à Gueux où il s'est installé il y a deux ans, il n'est que le petit-fils d'une grand-mère fantasque. Lorsqu'il décide de se présenter aux élections municipales, il semble cumuler tous les handicaps. Il est le parachuté de la campagne, l'homme sans parti puissant, sans étiquette, le candidat le plus jeune dans une ville vieillissante. Mais Théophane Tolbiac aime les défis et se nourrit de ses contradictions : il est idéaliste et cynique, dévoré par l'ambition et le doute, certain de ne pouvoir l'emporter et espérant tout changer.

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