Joëlle Losfeld

  • Milkman Nouv.

    Bien que Milkman soit un récit entièrement dénué de noms propres où les individus, les lieux, les pays, les religions... sont désignés par des périphrases, on comprend que l'intrigue se déroule en Irlande dans les années 1970, soit en plein conflit nord-irlandais. La narratrice, une jeune femme de 18 ans appelée « middle sister » (soeur cadette), évolue dans un environnement troublé et violent, où tous les aspects du quotidien sont envahis par l'opposition entre deux communautés : les nationalistes catholiques - dont elle fait partie - et les unionistes protestants. Malgré ses tentatives de fuir à travers ses lectures ce climat de conformité imposée et de délation, une rumeur la concernant voit le jour : elle aurait une relation avec « the milkman » (le laitier), de vingt-trois ans son aîné, qui, contrairement à ce que son nom indique, n'est pas un laitier mais un paramilitaire nationaliste. En réalité, le laitier la suit, l'espionne, la harcèle, et le véritable amant de la narratrice est un réparateur de voitures qu'elle appelle « maybe-boyfriend » (peut-être-petit-ami). Mais la rumeur enfle jusqu'à lui attirer les foudres de sa propre famille et le laitier en vient à la menacer de faire tuer peut-être-petit-ami dans un attentat à la voiture piégée si elle continue à le voir.
    L'entourage de soeur cadette ne lui est d'aucun secours : sa mère ne la croit pas et son amie de longue date la considère responsable de ce qui lui arrive. Seul le véritable laitier du quartier se montre bienveillant envers elle et lui conseille de demander de l'aide à un groupe féministe, mais sa proposition est écartée, les féministes étant elles-mêmes victimes de persécutions. La narratrice est libérée du poids du harcèlement quand elle apprend que le laitier a été tué. Le même jour, « Somebody McSomebody » (Machin McTruc), un prétendant furieux d'avoir été éconduit, braque une arme à feu sur elle dans les toilettes d'un club, avant d'être désarmé et battu par d'autres femmes. Soeur cadette retrouve alors une paix relative, dans un contexte politique toujours aussi perturbé.

  • 31 décembre 1962. Rollie Fletcher et Will Drake, agents de police corrompus au flair de chien de chasse, se lancent aux trousses de l'assassin d'un Marine. Au fur et à mesure de leur progression, émaillée de guerre du Viêtnam, d'assassinat de Kennedy, de Dexamyl et d'alcool, les protagonistes découvrent une affaire d'État qui ne les laisse pas indemnes. L'enquête devient pour eux quasiment métaphysique, une partie indissociable de leur être qui les pousse à chercher, revenir, passer par les portes dérobées, qui les hante et les obsède.Magnifiquement cru dans sa langue ponctuée de citations latines et bibliques et d'allusions cinématographiques, Richard Morgiève dresse le tableau des bas-fonds d'une frontière qui cristallise les tensions entre Mexique et États-Unis. Un roman hypnotisant et parfaitement maîtrisé, de bout en bout.

  • Jean Meckert raconte la tragédie des mains rouges, rouges de sang. Dans la montagne, le chef d'un maquis, M. d'Essartaut, ses deux jeunes filles, le pasteur Bertod et quelques camarades continuent, deux ans après la Libération, une épuration qu'ils pensent juste. Ils s'attaquent aux profiteurs, aux trafiquants, aux joueurs du double jeu. Jusqu'à ce que la mort de M. d'Essartaut, survenue au cours d'une expédition punitive, disperse le petit groupe, ces êtres assoiffés de pureté et de justice sont amenés à pratiquer le terrorisme et à commettre des meurtres, tout en se demandant amèrement si le monde contre lequel ils ont combattu n'était pas d'essence plus noble qu'une odieuse démocratie où le mythe de la Liberté ne sert que les puissants, les habiles et les crapules.

    Passionnant document sur un moment d'histoire trouble et peu visité, ce roman est dans le même mouvement profondément humain.

  • Bastia, 1954 : Joseph, un garçon de douze ans, pense devenir fou quand des voix s'invitent dans sa tête... C'est le début d'un jeu de piste avec certains objets qui lui parlent et l'attirent. Secondé par Mammò, l'arrière-grand-mère sage et révérée qui prend son don comme une malédiction, Joseph se plonge corps et âme dans la résolution des mystères familiaux par l'entremise d'un anneau perdu, d'une vieille photo oubliée ou d'un disque remisé dans un grenier.

    Différents narrateurs, à différentes époques, prennent en charge le récit et éclairent l'histoire d'un jour nouveau. Les thèmes du roman sont multiples. Le don et la distance qu'il implique quand il vient toucher un enfant au hasard. L'amour bien sûr, et la force des femmes. Mères, soeurs, amantes, elles s'affirment au fur et à mesure comme les véritables héroïnes du roman. Des femmes fortes, aux histoires singulières, qui s'agrègent pour n'en faire qu'une. La véritable trame du livre. Parmi ces femmes, il y a Mammò. Mammò, qui a un secret. Joseph, pour le découvrir, devra arpenter des rues où plane encore l'ombre des deux guerres.

  • Après quarante ans d'exil, Maureen retourne à Cork, en Irlande, pour retrouver son fils, Jimmy, qu'elle a été forcée d'abandonner. Elle tue un inconnu par accident et déclenche une série d'événements, qui, comme des dominos, vont secouer toute la ville et révéler différents personnages en marge de la société :
    Ryan, 15 ans, deale et donnerait tout pour ne pas ressembler à son père alcoolique ; sa petite-amie Karine, magnifique et issue d'une classe aisée, avec laquelle il vit un amour pur et passionné jusqu'à ce que la réalité les rattrape ; Tony, dont l'obsession qu'il voue à sa voisine menace de les détruire, lui et sa famille ; Georgie, une prostituée qui feint une conversion religieuse aux répercussions désastreuses.
    Un livre puissant dont la force réside dans son amoralité.

  • John Smythe est venu s'installer avec ses enfants, Cathy et Daniel, dans la région d'origine de leur mère, le Yorkshire rural. Ils y mènent une vie ascétique mais profondément ancrée dans la matérialité poétique de la nature, dans une petite maison construite de leurs mains entre la lisière de la forêt et les rails du train Londres-Édimbourg. Dans les paysages tour à tour désolés et enchanteurs du Yorkshire, terre gothique par excellence des soeurs Brontë et des poèmes de Ted Hughes, ils vivent en marge des lois en chassant pour se nourrir et en recevant les leçons d'une voisine pour toute éducation.
    Menacé d'expulsion par Mr Price, un gros propriétaire terrien de la région qui essaye de le faire chanter pour qu'il passe à son service, John organise une résistance populaire. Il fédère peu à peu autour de lui les travailleurs journaliers et peu qualifiés qui sont au service de Price et de ses pairs. L'assassinat du fils de Mr Price déclenche alors un crescendo de violence ; les soupçons se portent immédiatement sur John qui en subit les conséquences sous les yeux de ses propres enfants...
    Ce conte sinistre et délicat culmine en une scène finale d'une intense brutalité qui contraste avec la beauté et le lyrisme discret de la prose de l'ensemble du roman.

  • Marcus a onze ans quand sa mère meurt dans un accident de voiture. Il emménage alors chez sa grand-tante Charlotte, une originale qui, après trois mariages, s'est installée dans une maison en bord de mer sur une petite île de Caroline du Sud, pour se consacrer à sa passion : la peinture.
    Une maison au nord de l'île fascine Marcus : surnommée la Villa Chagrin, on rapporte que la famille qui l'habitait aurait disparu soudainement lors d'une tempête, cinquante ans auparavant. Le jeune garçon va s'y rendre chaque jour, car il a aperçu le fils de la famille dans un reflet du soleil...

  • C'est l'été à Paris. Une jeune fille revient à elle dans la cuisine du restaurant où elle travaille. Amnésie : elle ne se souvient plus de rien, et son accent irlandais est le seul indice qu'elle possède. Commence un jeu de piste dans lequel elle tente de retrouver son identité, lorsque tout à coup elle voit surgir un homme au visage familier à la sortie d'une boulangerie.
    Elle va alors essayer de retrouver cet homme mystérieux. Cessant de se rendre au travail, elle se met dans des situations absurdes, tantôt cocasses et tantôt plus délicates, pendant que sont révélées au lecteur des scènes de la vie qu'elle a oubliée. L'histoire est construite à la manière d'un puzzle, et l'intrigue se resserre à mesure que l'héroïne perd pied...

  • 'Ce texte de La Belgique a été établi d'après les films des spectacles qu'a réalisés Bernard Dartigues en 1994, lors de leurs dernières représentations au Théâtre de l'Athénée. Comme celui de L'âge d'or, première partie du Roman d'un acteur, il est très différent de ce qu'il était aux premières. Il n'a cessé d'évoluer au cours des multiples représentations. Ce que je livre aujourd'hui est le produit et le résultat de cette espèce d'expérimentation littéraire, cet atelier d'écriture naturel que ces dernières ont cnstitué, en dehors de leur aspect purement théâtral, éphémère et ludique. Je me suis appliqué à rester au plus près du texte filmé, c'est-à-dire "oral", en le nettoyant parfois, mais le moins possible. La seule liberté d' écriture que je me suis donnée est celle des didascalies ; je voulais vraiment que le lecteur "voie" ce que je voyais quand je jouais. Ce que je vois quand je joue. On dit souvent du théâtre que c'est un "art vivant" ; jamais peut-être cette définition n'aura été plus appropriée qu'ici.'
    Philippe Caubère.

  • Édimbourg, 1768 : Walter Grassie naît dans une famille de bourgeois écossais qui le destine à devenir avocat. Lors de son Grand Tour, il assiste à la Révolution française, qu'il ne voit pas d'un très bon oeil, puis continue par l'Italie, à Venise, où il découvre l'absinthe et les cabinets de curiosités les plus divers, l'opium et la franc-maçonnerie. De retour en Écosse, il rencontre l'amour : Fiona, qu'il épouse et promet de toujours aimer...
    Ce roman questionne l'inscription de l'histoire individuelle dans l'Histoire. Il souligne la rencontre de l'ordinaire et de l'historique, questionne la nature du monde et celle du réel, la place de l'homme en leur sein : voilà ce que sont les grands et les petits événements, l'Histoire et la vie de chacun.

  • Richard, jeune étudiant de dix-sept ans, est radié de l'université de Cambridge pour des raisons difficiles à avouer. C'est donc dans la demeure familiale qu'il décide de passer les fêtes de Noël, même s'il est loin d'être accueilli comme le fils prodigue. Sa mère et sa soeur n'ont qu'une seule envie, le voir disparaître. Une ambiance malsaine règne dans la maison, accentuée par le mystère qui entoure la mort du père survenue quelques mois auparavant. À cette atmosphère lugubre viennent s'ajouter des meurtres d'animaux et des lettres anonymes obscènes qui créent un climat de suspicion dans le village. Avec beaucoup de naïveté, Richard commence à mener une enquête et à consigner tous les événements dans son journal, sans se rendre compte qu'il attise les passions et que l'étau se resserre inexorablement autour de lui.

  • Un homme part en mer en kayak, dans le but de disperser les cendres de son père. Sa femme, enceinte, l'attend sur la plage. Un coup de foudre, du tonnerre, et le voici virant, se retrouvant seul au milieu de la mer, sans aucune terre en vue. Son réveil est douloureux, sa main blessée, son bras paralysé. Tout est désormais question de rythme : comment, doucement, retrouver force et courage afin de regagner la rive?
    Le récit s'écrit sous forme de flux de pensées continu. Ce sont elles que nous lisons, que nous suivons. C'est à elles que nous nous accrochons. Car si de prime abord, tout est question de survivre en ce milieu hostile, se dessinent en contre-champ des réflexions sur le rapport au père, à l'enfant qui arrive, à l'épouse qui attend.
    Vers la baie est un roman de survie : il raconte l'homme dans sa solitude, à la manière de Robinson Crusoé, de La route, et, surtout, du Vieil homme et la mer d'Hemingway.

  • Après une longue séparation, un père et sa fille se retrouvent pour emprunter la route du blues entre Memphis et La Nouvelle-Orléans en espérant renouer des relations jusqu'alors chaotiques. S'ils découvrent peu à peu l'envers du décor d'une musique devenue folklore pour touristes, ils apprennent la vérité vraie sur la mort énigmatique de Robert Johnson, figure tutélaire de la musique bleue. Mais le voyage est surtout l'occasion pour le père de s'interroger sur ses crises de migraine, ce douloureux symptôme d'aucune maladie formellement identifiée qui conduit les victimes à entretenir avec le monde un rapport d'observateur misanthrope. Difficile dans de telles conditions de se livrer à des confidences.

  • Kate, jeune fille de dix-neuf ans, vit un drame : la mort brutale de son amoureux dans un attentat. Tout pourrait s'arrêter là. Mais ce serait sans compter sa mère, les gens qui l'entourent et la manière dont ce drame résonne en eux, dont ils s'en emparent, dont ils décident que ce sera le leur - et le transforment en traumatisme.
    Voici des personnages qui sont comme des poupées russes : chaque membre de la famille de Kate semble en cacher un autre, ou se cacher derrière un autre, les histoires des autres venant hanter la mémoire des uns.
    Le roman explore les relations qui lient une famille où il fait bon se taire. La violence rôde mais on ne la voit pas. Si la violence est ici dangereuse, c'est qu'elle passe par le banal ; voilà son déguisement, sa petite excuse, la main tendue d'une mère affirmant porter secours tandis qu'elle étouffe. Kate va suivre les fantômes qui mènent à la possibilité de vivre encore. En affrontant l'emprise de sa mère, en la mettant
    au jour, elle parvient à faire sauter un à un, cran après cran, les rouages mécaniques de la violence. Pour cela il lui faut cesser d'attendre, pour prendre le risque d'exister.

  • Miracles du sang, sans être une suite des Hérésies glorieuses (The Glorious Heresies), reprend un de ses personnages, Ryan Cusack. Le jeune dealer amoureux est maintenant âgé de 20 ans. Il essaie de trouver sa place dans l'univers sans pitié de Cork, entre la violence de son père alcoolique, l'absence de sa mère, la douceur de sa petite-amie Karine, et la drogue omniprésente. Lorsque son meilleur ami Dan, le deuxième plus gros dealer de la ville, a l'idée de tirer profit des origines italiennes de Ryan pour développer ses entreprises illégales, le jeune homme se retrouve une fois de plus plongé dans les méandres inquiétants de sa ville. Progressivement, il s'impose comme l'interlocuteur de premier choix de la mafia napolitaine dans l'acheminement de l'ecstasy en Irlande et fait de nouvelles rencontres périlleuses. Abandonné par Karine, acculé, il prend des décisions aux répercussions dramatiques. Le fragile équilibre qu'il avait réussi à construire résistera-t-il à l'engrenage mortifère dans lequel il est pris ?

  • Mado et Virginie se retrouvent après quatre années de séparation. Commence alors une phase de séduction suivie de gestes sensuels, qui s'apparente à un jeu frivole et enfantin engagé par une Mado devenue plus provocante et plus libre. Mais peu à peu cette légèreté cédera la place à la convoitise amoureuse. Virginie, moins délurée que son amie, se laisse abuser par les apparences.
    Une histoire sombre et lumineuse entre deux jeunes filles qui, adolescentes encore, vont découvrir ce qui irrigue la passion : le plaisir, l'envie et la frustration.

  • Cécile est toujours en mouvement. Quand elle ne parcourt pas Paris en métro pour passer la soirée dans des bars ou pour rentrer chez elle de l'autre côté du périphérique, elle est en maraude nocturne avec le Samu social. Son travail est une réelle vocation. Elle s'occupe, souvent à leur corps défendant, d'une population de SDF, de démunis, de gens qui vivent en marge et s'aventure dans les recoins de Paris qui sont les leurs.

    Cette vie entièrement dédiée aux déshérités finit par lui peser : pas de temps pour se consacrer à ses passions, pas de temps pour vivre une histoire d'amour. Alors elle décide de changer d'association et de s'occuper des "biffins", ces vendeurs en tout genre qui étalent leurs marchandises aux franges des puces de Saint-Ouen. Cette reconversion qui devait lui offrir une vie plus calme et plus sédentaire est pourtant obscurcie par le meurtre d'un SDF que Cécile ne parvient pas à ignorer, elle qui a pourtant souvent croisé la mort dans son travail contre le froid et la nuit.

    Grâce à un langage vigoureux, juste et sans détails superflus, Les biffins se lit comme un roman, mais aussi comme un document d'un réalisme qui jamais ne déshumanise ni ne tombe dans le misérabilisme.

  • Quelque part en France, deux femmes qui ne se connaissent pas vont se rencontrer le temps d'une nuit. Ensemble, elles vont lutter pour résister à l'assaut d'un commando terroriste. La première endure depuis plusieurs mois le deuil de la plus jeune de ses filles. Elle raconte la douleur, les nuits sans sommeil et les mille gestes du quotidien. La seconde est une tireuse d'élite chargée d'éliminer des criminels de guerre. Entrée dans les services secrets en 1981, elle raconte la fièvre et l'enthousiasme des premiers jours de l'alternance politique puis la lente et cruelle perte des idéaux de sa jeunesse. Sa mission la ramène sur les terres de son enfance à la poursuite de l'auteur d'un attentat.

    Dans ce roman, Denis Soula poursuit le travail entrepris avec Mektoub et Les frangines. Il continue d'écouter des femmes raconter comment elles ont grandi, aimé, souffert, tenu bon et comment elles survivent au chagrin et au malheur sans s'abandonner au désespoir. Une fois l'obscurité dissipée, c'est un livre empreint d'un grand optimisme.

  • Nico vit en Moldavie. Quelques semaines avant ses treize ans, son père la retire de l'école et la vend à des trafiquants sexuels. Sammy vit à Dublin, elle a quinze ans et est pleine d'énergie. Sa relation avec sa mère alcoolique est si conflictuelle qu'elle finit par fuguer. Elle se retrouve alors dans une résidence où elle rencontre Nico. Là sont logées d'autres jeunes fiIles que l'on force à se prostituer. Les scènes de violence sont dépeintes avec une crudité qui n'a rien d'érotique. Abattage documente l'inhumanité du trafic sexuel sans jamais dévier de son objectif premier, celui de raconter une histoire.

  • Dans un futur anticipé, Alice Weiss, une jeune auteure qui a connu un certain succès lors de la parution de son premier roman, est en voyage vers la presqu'île de Pondara dans l'espoir de raviver sa créativité. À son arrivée à l'aéroport, pour éviter la compagnie d'un voyageur collant, elle prétend être Celia Black, une auteure de best-sellers, sachant que la supercherie ne durera que le temps d'échapper à cet intrus. Mais arrivée à la villa de Celia Black, elle est accueillie comme si elle était réellement l'écrivain...

    En parallèle, une femme est retrouvée sur la jetée, apparemment noyée. Ce prétendu accident intrigue Fritz Kobus, l'lntervenant-chef de la brigade de Pondara, qui a déjà des doutes sur la véritable identité de la personne installée dans la villa de Celia Black.

    Sur cette Riviera réinventée, l'auteure arrive à créer un univers étonnant, plein de mystère et de duplicité, qui propose à l'éternelle question "qui suis-je ?" une réponse qui n'est pas toujours rassurante. Sans être un roman de genre mais tout en lui empruntant ses codes, Roman noir nous offre une belle digression sur la légitimité, l'imposture et la création.

  • Peter Kilburn est un adolescent dont la mère est morte et dont le père, star du cinéma muet, éprouvé par la crise de 1929, vit désormais d'expédients. Quand il arrive dans un pensionnat dans le New Hampshire, le directeur, protestant puritain, prend aussitôt en haine cet adolescent californien au père "catholique et divorcé", pour lui symbole de la "décadence de Hollywood". Quand Peter choisit comme meilleur ami Jordan Legier, le directeur ne sait pas qu'en essayant de les éloigner il met en place un terrible engrenage.

    Ce roman pionnier a été comparé à L'attrape-coeurs de J. D. Salinger pour le ton drôle et grave du narrateur et à Une paix séparée de John Knowles pour le thème des amitiés de pensionnat. Il en diffère cependant par sa précision dans l'analyse des situations et des caractères et par sa construction mi-classique mi-thriller.

  • Un premier regard échangé derrière une haie, un premier baiser volé parmi les fleurs d'une clairière, une première étreinte maladroite dans un lit trop petit. Dans un recueil de nouvelles porté par une langue précise et évocatrice, Marc Villemain met en scène la naissance du sentiment amoureux, l'hésitation initiale de jeunes gens qui, en découvrant l'autre, se révèlent à eux-mêmes. Les détails - un morceau de chocolat pour le goûter, une chanson dans une salle de fête communale, une balade à vélo sous le soleil d'été, la sensualité d'un sein aperçu - nous emportent dans un voyage tendre et bienveillant, brutal parfois, celui d'un homme qui explore les vertiges et vestiges de ses amours passées.

    On pense à Dominique Mainard, à son art d'aborder avec délicatesse les sujets les plus intimes, passant de la noirceur à la légèreté avec une élégance infinie.

  • 1960 : André Leguidel est un jeune officier promis, en raison de sa formation linguistique, à un travail peu excitant en Allemagne dans les bureaux du renseignement militaire. Contre toute attente, il se voit envoyé en Algérie en tant que simple soldat pour confirmer la fidélité à la France du chef de section de son commando de chasse, Mohamed Guellab. Ce dernier, d'origine musulmane, est en effet suspecté d'avoir tué l'officier français qui l'avait remplacé et d'être en passe de rejoindre les rebelles avec sa section et ses armes. C'est donc comme espion déguisé en radio qu'André Leguidel part au combat, sans trop savoir où il met les pieds. Il se retrouve sous les ordres d'un homme qui se révèle un guerrier infatigable, doué d'une autorité naturelle, admiré de ses hommes mais inspirant de la défiance à ses supérieurs. La traque engagée par l'armée française d'un détachement du FLN à travers le djebel se trouve ainsi doublée d'une enquête qui expose les enjeux politiques de la guerre.
    La guerre du Vietnam a inspiré des films comme Platoon, Apocalypse Now et Full Metal Jacket. François Muratet propose pour sa part un texte aussi haletant que bien documenté sur la guerre d'Algérie, en mettant l'accent sur ce qu'elle a réellement été : une guerre civile dans laquelle les concepts de défaite et de victoire finissent par perdre leur sens.

  • "De 1953 (elle a alors quarante ans) à 1960, Taos Amrouche est à une période de sa vie où des phases de bonheur et d'épanouissement amoureux alternent avec des moments de désespoir et de profonde solitude. Elle a alors le sentiment que tout se précipite, car après l'extase de sa liaison passionnée avec Jean Giono, elle est en proie à des doutes, à l'angoisse de la rupture, à la douleur de la disparition et la perte d'êtres chers. Taos Amrouche est à un moment charnière de sa vie, qu'elle ressent elle-même comme particulièrement important, et l'écriture de son journal va agir tel un exutoire, lui permettant de se raconter, de se comprendre et d'essayer de comprendre également le comportement et la psychologie de personnes appréciées et aimées, ou exécrées, qui l'ont accompagnée à différents moments de sa vie." Yamina Mokaddem.

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