Karthala

  • Ce que l'Afrique en tant que notion met en crise, c'est la façon dont la théorie sociale a, jusqu'à présent, pensé le problème du basculement des mondes, de leurs oscillations et de leurs tremblements, de leurs retournements et de leurs déguisements. C'est aussi la façon dont cette théorie a échoué à rendre compte du temps vécu dans sa multiplicité et ses simultanéités, sa volatilité, sa présence et ses latences, au-delà des catégories paresseuses du permanent et du changeant qu'affectionnent tant d'historiens. Nouvelle édition.

  • Le 27 avril 1848, alors que la France abolit l'esclavage pour la seconde fois, le gouvernement accorde dans le même temps une indemnité aux colons « dépossédés » de leurs esclaves. Ils reçoivent, par la loi du 30 avril 1849 et son décret d'application du 24 novembre 1849, 126 millions de francs, en versement direct et en rentes.
    La France traverse alors une crise économique et cette indemnité représente 7 % des dépenses publiques. Les législateurs prennent pourtant la décision de la verser : c'est la condition que les anciens propriétaires d'esclaves posent à l'Émancipation générale. Tout en abolissant l'esclavage, la France ne veut ni perdre ses possessions ni supprimer l'ordre colonial.
    Cet ouvrage reproduit les discussions qui ont conduit à l'élaboration de cette loi. S'y trouvent les plaidoyers des planteurs, les positions de personnalités telles que Cyrille Bissette ou Victor Schoelcher, les échanges au sein de la commission instituée pour en préparer le règlement et les délibérations parlementaires qui ont suivi. Ces textes permettent de saisir les enjeux de cette indemnisation dont les conséquences sont dénoncées aujourd'hui.

  • Au début du XVIe siècle, le christianisme était en crise, en proie à des conflits qui donnèrent naissance à la Réforme protestante. Un peu plus tard, le mouvement de Martin Luther fut suivi par une période révolutionnaire dans les connaissances humaines. Ces évolutions historiques et scientifiques eurent pourtant peu d'impact sur l'adhésion des chrétiens à des doctrines élaborées durant les premiers temps de l'ère chrétienne. C'est la raison pour laquelle le christianisme est devenu « in-croyable » (Unbelievable).

    L'exégète biblique et évêque John Shelby Spong soutient l'idée que le déclin progressif des Églises nécessite d'élaborer un tout nouveau genre de christianisme : une foi profondément en phase avec l'expérience humaine plutôt qu'avec des dogmes dépassés. Pour la vitalité du christianisme, il lance un appel aux chrétiens à actualiser leur foi à la lumière des progrès dans nos connaissances, notamment bibliques, et à questionner les enseignements rigides qui se sont renforcés avec la Contre-Réforme catholique.

    Par sa résistance révolutionnaire à l'autorité de l'Église au XVIe siècle, le mouvement de Luther peut encore servir de modèle, selon Spong, pour les chrétiens insatisfaits d'aujourd'hui. Alors que les réponses des Réformateurs sont, elles aussi, devenues insuffisantes, leur démarche peut encore nous servir de guide. L'idée de Dieu a-t-elle encore un sens ? Pouvons-nous encore en toute honnêteté suivre les credo historiques ? Des prétentions telles que l'infaillibilité du pape ou l'inerrance de la Bible ne sont-elles pas irrecevables ?

    L'auteur expose ici douze « thèses » pour aider les croyants d'aujourd'hui à reformuler leur foi. Avec cet ouvrage qui conclut sa carrière d'écrivain, l'évêque Spong continue à conjuguer une tradition intellectuelle rigoureuse et la recherche d'une foi chrétienne innovante. Son approche incite les chrétiens et autres croyants à entrer dans des perspectives qui donnent sens.

  • Toutes les familles ont leur histoire. Celle des dos Santos est extraordinaire. Elle met en scène un père autoritaire, une fille milliardaire, un fils en prison, un général effrayant et de nombreux intrigants. Elle se déroule en Angola, champion pétrolier lusophone dont la majorité de la population vit avec moins de deux dollars par jour, et dans sa capitale Luanda, longtemps présentée comme la « Dubaï de l'Afrique ». Arrivé au pouvoir presque par hasard, le père distribue pendant trente-huit ans les ressources du pays à ses proches. Cela fait de lui le chef tout-puissant d'un clan devenu très vite très riche. Ils sont intouchables. Leur règne s'annonce éternel. Jusqu'au jour où le boss est contraint de passer la main. Le nouvel homme fort, pourtant membre de la bande, veut faire le ménage. Dans son viseur, le système dos Santos. Rebondissements, coups tordus et manipulations, tels sont les ingrédients de cette haletante saga familiale. Ce livre est le fruit d'une longue enquête nourrie de faits, d'observations de terrain et d'analyses d'experts. Il comporte néanmoins une part de fiction pour mieux plonger le lecteur dans l'ambiance du pays et l'intimité imaginée de la famille dos Santos.

  • Deuxième édition revue à l'occasion de la venue mi-juin 2015 de l'auteur John Shelby Spong à Paris pour la parution de Né d'une femme. Conception et naissance de Jésus dans les évangiles.
    John Shelby Spong, qui appartient à l'Église épiscopalienne des États-Unis (tradition anglicane), a été pendant vingt-cinq ans évêque de Newark dans le New Jersey. Dans son travail de terrain, il a très vite réalisé que le message sur Jésus était devenu confus, voire incompréhensible, pour beaucoup de femmes et d'hommes, rebutés par des textes enveloppés de mythes, de légendes et d'interprétations d'une autre époque. À partir d'une relecture des textes, il nous propose dans cet ouvrage un portrait du Jésus réel, à la fois prophète, porteur d'un message de fraternité et inventeur d'une voie dans laquelle le monde traditionnel du divin se trouve bouleversé. Il aborde avec la plus grande lucidité des sujets comme la naissance et l'enfance de Jésus, les miracles, la résurrection et l'ascension de Jésus. La version originale (Jesus for the Non- Religious, 1re éd. 2007 chez HarperCollins) s'est vendue à plus de cent mille exemplaires et a suscité un écho de grande ampleur dans le monde anglo-saxon.
    L'ouvrage de l'évêque J. S. Spong se situe dans la lignée des recherches qui, depuis le XIXe siècle surtout, ont entrepris de faire le tri, dans les quatre évangiles et les autres parties du Nouveau Testament, entre l'expérience faite en et avec Jésus et la culture alors disponible dont on s'est servi pour la dire. Cet énorme travail s'est encore accéléré dans la seconde moitié du XXe siècle, comme l'ont montré les livres de Jacques Giri, Les nouvelles hypothèses sur les origines du christianisme (Karthala, 5e éd. 2015), et de José Antonio Pagola, Jésus, approche historique (Le Cerf, 2012).
    Encore aujourd'hui, ce travail critique reste trop souvent entre les mains des exégètes et des spécialistes. Beaucoup de chrétiens, et de catholiques en particulier, n'y ont pas accès ou ne perçoivent pas les conséquences considérables que ces acquis devraient apporter dans les prédications et les homélies, dans la rédaction des catéchismes, dans les prises de parole des évêques et du pape et, tout simplement, dans la culture religieuse et les débats de société.
    En s'inscrivant dans ces traditions critiques, Jésus pour le XXIe siècle est un essai libre et franc pour donner sens et puissance à une vie de Jésus revisitée.

  • Ce livre est un ouvrage de référence dans l'historiographie internationale de l'esclavage. De façon argumentée, il démontre l'importance de l'esclavage dans l'histoire de l'Afrique et met en exergue un phénomène historique central qui a eu ses propres déclinaisons régionales et sa propre périodisation. Il offre une synthèse des connaissances et un cadre structurel pour penser l'esclavage en Afrique.
    S'appuyant sur de nombreuses archives, Paul Lovejoy montre que l'esclavage s'est transformé dans le temps sous l'effet d'influences externes à l'Afrique - principalement par la demande de la traite européenne et la traite islamique, puis par l'abolition européenne - et sous l'effet de dynamiques internes, à travers l'usage d'esclaves comme mode de production.
    Comment l'Afrique et ses populations furent-elles pleinement impliquées dans le système global de l'esclavage qui s'étendit dans le monde entier? Quels furent les effets sur le continent? Comment quantifier la traite, selon les époques, selon les lieux? Quelles furent les conséquences sur les relations sociales et culturelles en Afrique?
    Ce livre ouvre aussi des pistes pour penser les diasporas des Africains en mettant en relation l'Atlantique et le continent. Briser le silence sur les implications de l'esclavage dans l'histoire de l'Afrique mais aussi dans l'histoire du monde : tel est l'objectif de cet ouvrage, indispensable.

  • Libres après les abolitions ? La question peut surprendre. Les abolitions du XIXe siècle ont été toujours considérées comme une rupture majeure dans l'histoire des esclavages atlantiques. L'émergence contemporaine de revendications mémorielles, souvent impulsées par les descendants des populations autrefois esclavisées, suggère, au contraire, l'existence d'un passé « qui ne passe pas ». Au-delà d'une définition juridique, l'esclavage a signifié dominations, violences extrêmes et déconsidérations multiformes. Après les abolitions, des processus ethnoculturels de racialisation comme les structures de travail ont perduré, voire se sont renforcés, et ont été complétés par d'autres facteurs d'exclusion socio-économique.

    Cet ouvrage tente d'explorer les barrières dressées pour empêcher la totale émancipation des nouveaux libres et de leurs descendants, ainsi que les stratégies complexes d'adaptation que ces derniers ont mises en oeuvre pour obtenir, sinon une assimilation, du moins une intégration économique et possiblement citoyenne, à égalité. La dizaine de contributions réunies s'inscrit dans une perspective comparative et porte à la fois sur les Amériques et l'Afrique, de la fin du XVIIIe au début du XXIe siècle. Elles sont issues d'une réflexion qui a été menée dans le cadre du programme européen EURESCL-FP7 (Slave Trade, Slavery Abolitions and their Legacies in European Histories and Identities) coordonné par le Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages (CIRESC), laboratoire du CNRS. L'ouvrage fait suite à Sortir de l'esclavage. Europe du Sud et Amériques (XIVe-XIXe siècle), précédent volume de cette collection.

  • Des religieux sur les routes de l'exil... L'épiscopat français reçu en corps au Vatican... Les documents de la couverture bornent le chemin d'histoire du catholicisme français que le livre propose, entre les crises qui opposent l'État et l'Église catholique à l'aube du XXe siècle et le concile Vatican II. Les vingt-quatre chapitres analysent des événements, des groupes, des personnalités, des débats pour revisiter soixante-dix années souvent agitées.
    Le premier ensemble est centré sur les crises et les ruptures des décennies 1900 et 1910, de l'offensive contre les congrégations religieuses à la Première Guerre mondiale en passant par la loi de séparation de 1905 qui entraîne des transformations décisives pour l'Église catholique en France.
    Le deuxième ensemble explore les voies du changement dont les formes sont très diverses dans le demi-siècle qui suit la «guerre des deux France»: mobilisations militantes, initiatives pastorales et missionnaires, pensée et action sociales, affrontements intellectuels.
    Le troisième ensemble aborde les années 1960 et 1970 marquées par l'événement Vatican II et ses conséquences durables en observant la participation française au concile, les changements diplomatiques et politiques, les tensions ecclésiales et sociales dans la France gaullienne confrontée à Mai-68.

  • Et si, au regard de l'histoire, le Japon et la Grande-Bretagne n'étaient pas véritablement des îles ? Les innombrables lieux communs colportés sur les cultures et les mentalités prétendument insulaires des habitants de ces deux archipels posés à l'Occident et à l'Orient du vaste continent eurasiatique méritent d'être interrogés.
    Dans cet ouvrage, deux historiens débattent à partir de leur terrain d'élection - le Royaume-Uni pour l'un, le Japon pour l'autre - de la pertinence de la notion d'insularité en histoire.
    Dans ce dialogue où chaque archipel tend à l'autre un miroir, il est question d'identités, d'échanges, de cosmogonies, de littératures.
    Insularité subie, insularité proclamée, insularité dépassée : d'où vient la puissance des représentations et des fantasmes que recèle l'expérience insulaire ? Quel est, en somme, l'empire des îles sur l'histoire des mondes britannique et japonais ?
    Évoquant tout autant Robinson Crusoé que le mythe shintô de la création des îles japonaises, la colonisation romaine de l'île de Bretagne et les incursions mongoles au pays du Soleil levant, les pirates du Japon médiéval ou les ressorts du Brexit contemporain, cet ouvrage foisonnant, érudit et stimulant s'adresse à tous ceux qui ont en partage le goût de « la différence historique ».

  • Des visages épuisés sur des canots en perdition. Des mains fébriles agrippant des gilets de sauvetage. Des corps lourds hissés sur des navires de secours. Nous sommes tous tombés un jour ou l'autre sur ces images de migrants repêchés à bout de force au coeur de la Méditerranée. Mais que savons-nous des circonstances qui les ont conduits à risquer leur vie en mer, des raisons de leurs départs, parfois des années plus tôt, et du déroulement de leur périple, entre mille difficultés ?

    Les naufragés réunit les témoignages de plusieurs dizaines d'hommes, de femmes et d'enfants originaires d'Afrique de l'Ouest, arrivés en Europe après la chute de Mouammar Kadhafi en Libye. Des confessions qui racontent les espoirs et les rêves d'une jeune génération victime de la misère, de la mal-gouvernance et de traditions oppressantes. Des récits qui révèlent les terribles pièges du chemin, entre policiers véreux et passeurs sans scrupule, mais aussi l'exceptionnelle résilience de ceux qui les ont surmontés.

  • La résurrection de Jésus se trouve au fondement même du christianisme. C'est cette expérience appelée « Pâques » qui a propulsé le mouvement chrétien dans l'histoire. John S. Spong tente donc, dans ce livre, de reconstruire le moment de cette expérience qui a transformé des disciples effondrés en intrépides témoins.

  • La grande préoccupation de l'évêque John Shelby Spong a toujours été de sauver la Bible d'une lecture littéraliste. Tranchant sur la pratique de nombre de ses pairs, anglicans et catholiques, sa démarche est de relire l'Ancien Testament et le Nouveau, en tenant compte de la recherche exégétique des deux derniers siècles. Il est l'un des pionniers de l'initiation du grand public à une lecture de la Bible selon la méthode critique.
    Aujourd'hui encore, les courants fondamentalistes (évangéliques, pentecôtistes...), mais pour une part aussi les Églises établies s'en tiennent à une reprise mot à mot de textes écrits il y a deux millénaires, et bien plus pour la Bible juive, dans le cadre de pensée de l'époque. Beaucoup de croyants n'ont simplement pas été tenus au courant des études entreprises depuis le XIXe siècle. Le jour où les Églises catholiques et protestantes offriront au monde une alternative au fondamentalisme biblique reste donc à venir.
    J. Spong a jugé indispensable de faire entendre une autre voix dans l'arène publique. Son but dans ce livre est d'abord de libérer la Bible de l'emprise de ceux qui en font une vérité littérale, puis d'embrasser toute l'histoire sacrée à un niveau intellectuel auquel le littéralisme n'est jamais parvenu. Aux chercheurs, cet ouvrage paraîtra élémentaire. Pour les lecteurs qui n'ont qu'un souvenir imprécis des récits bibliques, il pourra être éclairant et stimulant. Son espoir est que, grâce à sa lecture, les fidèles des Églises chrétiennes autoriseront leurs esprits du XXIe siècle à découvrir une vérité de la Bible qui offre toujours un message de vie et de lumière.
    John Shelby Spong a été évêque de Newark (1976-2000) dans l'Église épiscopalienne des États-Unis (tradition anglicane). Il est l'un des rares intellectuels chrétiens à ouvrir les portes d'un christianisme pour notre temps. On lui doit notamment Jésus pour le XXIe siècle (Karthala, 2e éd. revue, 2015).

  • L'affranchissement individuel au sein d'une société à esclaves ou esclavagiste informe sur des situations singulières ou exceptionnelles. Dans une perspective comparatiste, cet ouvrage examine les parcours originaux de ces affranchis entre le XIVe siècle et le début du XIXe siècle, et dans un vaste espace méditerranéen et atlantique - entre la péninsule Ibérique médiévale, les Antilles et l'Europe moderne.
    Il retrace la vie et le destin de ces individus, majoritairement d'origine africaine, et pose des questions importantes. Quelles ont pu être les stratégies et l'agentivité développées par ces femmes et ces hommes pour gagner leur liberté ? Quel était ce rapport paradoxal entre dispositifs juridiques ouvrant vers l'affranchissement et représentations sociales et culturelles persistantes déconsidérant les individus affranchis ? Quelles ont été leurs possibilités d'intégration ? Comment et pourquoi la « macule servile » s'est-elle maintenue dans le temps alors que les nouveaux Libres et leurs descendants ont pu occuper des situations économiques importantes ?

  • Coédition Karthala - IRMC Tunis.

    L'Algérie n'est pas l'exception autoritaire illisible que l'on présente parfois. En combinant les apports de l'observation sociologique et de la théorie critique, ce livre s'efforce de dépasser les fictions qui suggèrent l'existence d'un « Système » omnipotent, impersonnel et corrupteur, en décortiquant les transformations de l'ordre politique algérien au cours des trois premiers mandats d'Abdelaziz Bouteflika. Rendue à la fois possible et nécessaire par la crise qui a touché le pays à partir de la fin des années 1980, cette mise à jour s'est faite en accord avec des tendances globalisées qu'elle imite ou précède, avec en arrière-fond le spectre d'une catastrophe qui menacerait de replonger le pays dans la guerre civile.

    Cet ouvrage part du postulat que l'Algérie est confrontée à une crise toujours latente. Le souvenir de la décennie noire (1992-1999) nourrit ainsi l'idée d'une menace existentielle pesant sur le pays, orientant les politiques gouvernementales et les stratégies des acteurs. Cette situation a une dimension objective, puisqu'elle fait écho à une contestation fragmentée mais néanmoins permanente ainsi qu'aux contradictions internes du cartel qui tient l'État algérien. Elle a aussi une dimension subjective dans la mesure où les discours catastrophistes irriguent l'espace public, annonçant un bouleversement sans cesse repoussé. La crise latente est donc devenue une ressource qui justifie les dispositifs sécuritaires, mais aussi les réformes politiques et économiques.

    Par ailleurs, ce livre étudie aussi la violence symbolique qui accompagne la suspension de la catastrophe. L'incertitude brouille les cartes, questionne le passé et hypothèque l'avenir ; elle touche de plein fouet l'image de la communauté imaginaire, sans invalider totalement l'idéal de sainteté politique sur lequel l'ordre politique algérien a été bâti après 1962. La recherche de sens conduit néanmoins à des discours imputant la responsabilité des problèmes du pays à la population. Les déséquilibres structurels et les choix politiques s'effacent devant l'image d'une société prétendument malade et/ou pré-moderne. Dès lors, le « Système », aussi corrompu et violent qu'il puisse paraître, est naturalisé. Les dirigeants, mais aussi certains de leurs opposants les plus critiques, endossent alors un rôle disciplinaire pour contrôler une masse anarchique et manipulable.

  • Qui peut comprendre au mieux le monde d'aujourd'hui, métissé, multiculturel, qu'un anthropologue ? Encore faut-il préciser ce qu'est un anthropologue au XXIe siècle.

    Pierre-Joseph Laurent y répond en articulant les notions de familiarité, d'engagement, de subjectivité et de réflexivité. En anthropologie, slow science avant l'heure, il convient d'abord d'apprendre à cheminer entre intuition, interférence et moment opportun à saisir. L'auteur nous invite ainsi à repenser l'observation participante chère aux anthropologues.

    Il nous initie à l'anthropologie comme une entrée dans un rythme lent et exigeant, un artisanat, un savoir-faire à acquérir qui débouche par l'écriture sur un savoir scientifique ancré, impliqué, robuste, précis, rigoureux et durable.

    En épistémologue rompu au terrain, il revisite les questions ayant trait à l'interprétation et à l'écriture qui en résulte. Comprendre et décrire les processus mobilisés pour devenir anthropologue dans ce monde du XXIe siècle, constitue l'ambition de ce livre.

  • Les problématiques de santé en Afrique connaissent un tournant majeur depuis les années 2000. La Global Health et son objectif d'inscrire les chocs épidémiologiques dans les agendas internationaux s'illustrent par l'intervention inédite d'une constellation d'acteurs sur les terrains de la santé. Ces nouveaux faisceaux de partenariats public-privé, de réseaux transnationaux, de programmes internationaux, sur lesquels se redéploient de manière inégale des trajectoires de politiques nationales, renouvellent la pensée politique de la santé en Afrique.
    Ce dossier soumet à l'épreuve des faits cette reconfiguration des politiques de santé, dissèque les déterminants des progrès et des inégalités, ainsi que les apories qui fondent les rapports entre l'économie de marché et les impératifs de santé publique. Les textes de ce dossier montrent, sur des politiques spécifiques, des césures et des continuums dans la manière de penser la santé tout en mettant en lumière des angles morts de la Global Health.

  • Notre époque assiste à une montée des fondamentalismes religieux. Dans des milieux en crise d'identité profonde, ce type de conviction peut sécuriser en donnant des repères considérés comme sûrs, immuables, véridiques. Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et la proclamation de l'État islamique d'Irak et du Levant, la nébuleuse fondamentaliste islamique, dans sa forme djihadiste, inquiète par sa capacité croissante à attirer des musulmans et à recruter des non-musulmans fraîchement convertis, jusqu'en Europe. Or l'extrémisme d'inspiration musulmane, perçu à travers une actualité dramatique, ne se réduit pas à des conjonctures sociales et internationales. Il s'inscrit dans un fondamentalisme religieux particulier ou, plus exactement, dans un faisceau d'idéologies politico-religieuses qui, depuis plus d'un siècle, ont circulé dans les sociétés du monde musulman, surtout dans sa partie arabe, en réponse à une série de crises internes et externes. Malgré sa pertinence, l'analyse sociopolitique n'est donc pas en mesure, à elle seule, de rendre compte de la dérive fondamentaliste. La nature religieuse du phénomène ne peut être éludée. Elle implique une prise en compte des logiques inhérentes à la réflexion théologique. C'est ce que les spécialistes de l'islam réunis autour de Michel Younès ont entrepris d'expliquer. Ils vont au-delà d'une représentation superficielle de ce courant de pensée et des mobilisations qu'il inspire. Ils nous aident à comprendre plus profondément un phénomène religieux et politique devenu crucial en ce début du xxie siècle. Michel Younès, professeur de théologie et d'islamologie à l'Université catholique de Lyon, dirige le Centre d'études des cultures et des religions (CECR). Ont contribué à cet ouvrage : Samir Amghar, Maurice Borrmans, Malek Chaieb, Bénédicte du Chaffaut, Philippe Dockwiller, Ali Mostfa, Emmanuel Pisani, Haoues Seniguer, Bertrand Souchard et Michel Younès. Préface de Ghaleb Bencheikh

  • 10 pages de Hors-texte couleur.
    Cet ouvrage se propose de revisiter la mémoire nationale algérienne pour montrer combien celle-ci participe à fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d'indépendance, comme l'illustre le rôle majeur de l'armée encore aujourd'hui. L'auteur développe une perspective critique du nationalisme mémoriel algérien et met à jour la pluralité des points de vue, reflet de la diversité en Algérie.
    Il contribue ce faisant à éclairer les fondements de la crise identitaire que traverse la société algérienne, qui peine à élaborer un projet de « vivre ensemble » et à faire émerger une citoyenneté faisant consensus. Cette question se pose avec acuité après les « printemps arabes », et l'affaiblissement de la légitimité révolutionnaire des dirigeants algériens.
    En étudiant « l'histoire vue de l'autre côté », à travers des sources d'une grande amplitude (enquêtes de terrain en Algérie réalisées de 2006 à 2017, étude des musées et des monuments commémoratifs, archives militaires et judiciaires), l'auteur se positionne de manière originale par rapport au contentieux mémoriel franco-algérien. Il propose une histoire connectée des mémoires, faisant la part belle à une analyse critique des usages algériens du passé et des imaginaires sociaux que ces mémoires construisent. « L'histoire à parts égales » n'est-elle pas un devoir pour parvenir à une «juste mémoire» ?

  • La mer entourant les colonies insulaires de la Caraïbe n'a jamais été une barrière et encore moins un obstacle insurmontable, mais au contraire une véritable voie vers les autres colonies. En 1833, alors que la France maintient l'esclavage, l'Angleterre l'abolit et cette dé­cision qui ouvre l'ère des abolitions européennes ultérieures pro­voque des évasions d'esclaves à partir des colonies françaises de la Guadeloupe et de la Martinique.
    Georges Bernard Mauvois (1949-2011), dans cet ouvrage qu'il n'a pas eu le temps de parfaire avant sa disparition, traite de cette question peu documentée par la recherche historique. Patiemment, il a traqué les traces archivistiques qui permettent de retrouver ces figures d'esclaves de la Martinique qui risquèrent leur vie pour re­joindre les colonies anglaises de Sainte-Lucie ou de la Dominique. Bravant les interdictions, les menaces et surmontant leurs peurs, ces hommes et ces femmes ont rejoint, par la mer, ces terres étrangères qui étaient, pour eux, promesse de liberté.
    Cette étude, bien qu'inachevée, est un document pour l'histoire car elle jette les bases pour de nouvelles recherches à venir. Sa publica­tion est aussi un hommage à un historien et érudit dont les travaux originaux ont toujours cherché à reconstruire un sujet esclave ou affranchi agissant pour établir ou défendre sa liberté.
    Honneur et respect.

  • La BD est avant tout assimilée à un objet de distraction et de plaisir. Elle peut toutefois être aussi considérée comme une source par les historiens. Les récits en cases témoignent en effet de la culture ou des convictions des éditeurs et des auteurs. En outre, la BD transmet d'autant plus efficacement des clichés ou des valeurs qu'elle combine dessins, enchaînements visuels et textes.

    Ce petit livre entend montrer, à partir de cas précis, analysés de manière poussée, comment l'historien peut s'emparer de la « littérature dessinée » et quels défis se posent à lui à cette occasion. Est-ce que les premiers exploits de Tintin sont marqués au fer du catholicisme conservateur teinté de maurrassisme qui fleurit alors autour d'Hergé ? Quels fruits naissent après-guerre de la collaboration entre la maison Dupuis et les jésuites, ou encore quels liens entretiennent les créations wallonnes, flamandes et américaines ?

    À chaque fois, l'auteur part des cases et des bulles, et propose en guise de conclusion, une analyse historienne méthodique et approfondie d'une planche de Tintin au Congo.

  • Les expulsions massives de sans-papiers montrent le principe de commandement - l'art d'ordonner et de se faire obéir - à l'épreuve du faible et de l'Autre. En même temps, elles sont un moment de l'histoire des démocraties libérales qui invite à repenser la sociologie historique du gouvernement autoritaire de l'immigration clandestine au sein de l'Union européenne (UE).
    Cet essai est une analyse radicale de la construction de l'État, cette réalité politique qui s'est au cours du temps imposée à l'ensemble des sociétés modernes. De la subjectivation de ce dispositif de contrôle de la société ont émergé des figures spécifiques d'étirement et de rétrécissement, d'expansion coloniale et de nationalismes xénophobes. Des études de cas (Belgique, France, Allemagne, Royaume-Uni) montrent dans ce livre que l'évolution en crise du pouvoir territorialisé a partout conduit au retrait de la politique. Si bien que ce qui sature désormais la scène de la gestion de l'immigration « irrégulière », c'est une dangereuse montée en charge des populismes et du commandement autoritaire qui, pour imposer le panoptikon national, s'appuie presque exclusivement sur des archipels techno-bureaucratiques qui quadrillent l'administration européenne.
    Cet ouvrage repense l'hospitalité inconditionnelle et les conditions nécessaires pour le maintien en démocratie des États européens qui font face aux nouvelles migrations.

  • L'investissement pour le développement durable relève de stratégies multiples, aux enjeux complexes. En son coeur, l'aide au développement reste une politique publique insuffisamment connue, tout en étant perçue comme indispensable pour compenser les inégalités.
    Avec l'implication d'un nombre croissant d'acteurs, l'émergence d'une nouvelle civilité internationale oblige à penser des politiques multidimensionnelles à l'échelle de la planète. L'aide déborde désormais du seul cadre des États et des institutions multilatérales, étendant sa toile à des acteurs qui se diversifient : États fédéraux comme collectivités territoriales, ONG ou entreprises, etc.
    En suivant le fil rouge des financements internationaux, ce livre révèle les tensions et les forces qui traversent le monde du développement. Pour saisir ses mutations, il déploie une approche interdisciplinaire, donnant aux savoirs et concepts qui le composent une profondeur historique aussi bien qu'un champ prospectif.

  • L'histoire des prêtres-ouvriers (en abrégé les PO) commence, dans les années 1940, comme une tentative pour l'Église de renouer le contact avec un monde ouvrier, alors largement éloigné d'elle, malgré les efforts des mouvements d'action catholique tels l'ACO et la JOC. L'expérience est mise en route avec l'accord de la hiérarchie catholique. Individuellement ou par petites équipes, dans le cadre de la Mission de France, de la Mission de Paris ou bien rattachés à l'évêque d'un diocèse ou à une société religieuse (dominicains, jésuites), des prêtres vont s'engager sur les grands barrages en construction ou dans les usines. Leur identité de prêtres va progressivement s'en trouver questionnée et transformée. Ils se disent « devenus prêtres autrement ».
    Très vite, ils se sentent en porte-à-faux par rapport à la conception traditionnelle du prêtre et ils réalisent que leur engagement les amène à une solidarité de vie et de lutte avec leurs camarades de travail. Au contraire, les évêques et Rome s'imaginent que ces prêtres doivent vivre selon le modèle et la définition classique du concile de Trente : l'homme du sacré, mis à part, l'homme du religieux, l'homme qui n'a pas à se compromettre dans les affaires du monde.
    Construit à partir d'une sélection de documents d'archives - ce qui en fait son originalité - cet ouvrage de référence nous fait revivre l'histoire tumultueuse des relations entre les évêques et les PO, de l'année 1950 au 31 mars 1954, date à laquelle entrera en vigueur la condamnation des prêtres ouvriers.
    Un affrontement et un tragique malentendu entre deux manières de penser le monde, Dieu, Jésus, de vivre l'Évangile et la pratique chrétienne, et même tout simplement de comprendre et de penser la réalité.

  • C'est une saga politique qui est dessinée dans ce livre, au travers du destin d'une famille tenue en esclavage dans l'océan Indien. Il s'agit de Madeleine, jeune Bengalie esclave, vendue en Inde à une femme célibataire, puis à une famille qu'elle accompagne depuis la France jusqu'à La Réunion. Pour elle et pour ses enfants, surtout pour Furcy, son fils benjamin, la question de l'affranchissement est centrale. Après le décès de sa mère, Furcy se lance dans un combat pour la liberté devant les cours françaises et britanniques qui va durer plusieurs décennies. Cette lutte de toute une famille d'esclaves a permis de redéfinir l'esclavage et la liberté au XIXe siècle.
    Cet ouvrage d'histoire a obtenu en 2017 le prix Pinkney de la Society for French Historical Studies, en tant que meilleur livre américain en histoire française.

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