L'Arbre vengeur

  • Publiés dans la presse à un rythme soutenu, les contes de Mirbeau ont souvent été négligés par leur auteur qui les prétendait alimentaires... Ressortis après sa mort par sa veuve, on a découvert à quel point ils étaient subversifs et drôles. Composés pour une presse bourgeoise, ils s'en prennent à la bonne conscience, au confort moral et intellectuel de lecteurs qu'il espère bousculer. Les hommes vivent dans un troupeau voué à l'abattoir sinon aux urnes... Les thèmes en sont tragiques ou grinçants, les ressorts en sont comiques, élaborés dans le cadre d'une véritable volonté de démystification : du cynisme, du cléricalisme, de l'hypocrisie... Polémiques, radicaux, ils témoignent de la vigueur de l'un des auteurs les plus saisissants et les plus inspirés de la supposée "Belle Époque"...

    Octave Mirbeau (1848-1917) toujours très lu, est considéré comme une des grandes plumes fin-de-siècle. Journaliste, pamphlétaire, critique d'art, romancier et auteur dramatique il a imposé avec Le Jardin des Supplices, Le journal d'une femme de chambre, Les Vingt-et-un jours d'un neurasthénique, son théâtre (Les Affaires sont les Affaires), sa voix d'écrivain engagé, libertaire et individualiste. Curieux inlassable, il a découvert nombre de peintres et d'écrivains devenus incontournables.

  • Ce n'est pas la moindre qualité des Anglais que de savoir se moquer d'eux-mêmes. Cette disposition à l'humour qui les caractérise engendre parfois l'apparition d'un objet insolite dont la démesure comique sidère. Avec Augustus Carp, écrit sous couvert d'anonymat par un digne médecin de la cour, on tient une de ces exceptions qui provoquent l'hilarité universelle. Le héros et narrateur de ce livre, outre son profil de goinfre, possède les plus remarquables qualités qu'on espère d'un hypocrite complet : ignorance colossale, avarice, puritanisme, paranoïa procédurière, délation instinctive et on en passe. Parodiant avec génie le genre autobiographique, ce roman peint le portrait d'une famille où l'imbécillité est un étendard dans lequel on ne cesse de se prendre les pieds.

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    Sir Henry Howarth Bashford (1880-1961) était d'abord le médecin de la couronne britannique, anobli par George VI. On lui doit quelques livres spécialisés et des recueils de poésie. Ce n'est qu'après sa mort que sa fille reconnut qu'il était l'auteur d'un livre parfaitement excentrique paru en 1924 : Augustus Carp, Esq., by Himself: Being the Autobiography of a Really Good Man. Il a fallu attendre quatre-vingts ans pour le lire en français grâce à son traducteur Éric Wessberge.

  • On s'amuse beaucoup avec cette histoire racontée par un savant qui a mis au point un procédé pour diminuer l'humain dont va faire les frais le jeune Fléchembeau soucieux de perdre quelques centimètres pour rassurer ses futurs beaux-parents... et qui se retrouve dans le monde de l'infiniment petit dont il reviendra pour témoigner. C'est dans un véritable pays que le voyageur malgré lui a plongé, un monde microbien où vivent trois espèces désespérement semblables aux Hommes en ce qu'elles détruisent leur environnement, pratiquent la sélection et se font la guerre. Amusé, amusant, Maurice Renard, parodiant le roman bourgeois en le trempant d'anticipation, ne cesse jamais d'interroger la place dans l'univers de l'être humain, cet être formidablement vaniteux qui s'en croit le centre.

    L'activité littéraire de Maurice Renard né à Reims (1875-1939), à l'origine du « merveilleux scientifique » français, le place parmi les très rares à avoir une postérité dans le domaine du fantastique et de l'anticipation, entre Jules Verne et Rosny Aîné d'un côté et Spitz, Messac ou Barjavel de l'autre. C'est pourtant de Poe et de Wells dont il s'est senti le plus proche. Nouvelliste, conteur, romancier, il est l'auteur de L'Invitation à la peur, du Docteur Lerne, sous-dieu et du Péril bleu.

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