LARHRA

  • La Jeunesse étudiante chrétienne, mouvement d'action catholique fondé en 1929, a joué un rôle important dans le renouvellement des élites confessionnelles et la présence chrétienne dans la société française contemporaine. Les communications de Gérard Cholvy, Christophe Roucou, Bernard Giroux et Vincent Soulage et les témoignages de Yves-Marie Hilaire et Catherine Thieuw-Longevialle, donnés à la journée d'étude organisée par le Centre national des Archives de l'Église de France et la Société d'histoire religieuse de la France le 7 décembre 2009, éclairent un parcours jalonné de tensions et de crises. En complément, Bernard Giroux propose un « Dictionnaire biographique des responsables nationaux et des aumôniers de la JEC (1929-1975) » qui constitue un instrument de travail d'une grande richesse.

  • La compétition qui se met en place au xvie siècle en Occident entre protestants et catholiques pousse chaque camp à accorder une attention particulière à la formation des coeurs et des esprits, jugée stratégique par tous, ainsi qu'en atteste par exemple la réorientation rapide de l'activité des premiers jésuites. Avec d'autres facteurs (le renouvellement des paradigmes intellectuels au moment de l'humanisme, les nouvelles attentes de la monarchie et les nouveaux critères de sélection des élites sociales), cette compétition confessionnelle apparaît alors comme un puissant moteur de développement de l'offre éducative. Le lien privilégié entre protestantisme et éducation est devenu un lieu commun, ainsi que l'idée d'une meilleure alphabétisation protestante. Mais, curieusement, peu d'études récentes ont cherché à en démontrer la véracité. Les pratiques éducatives réformées réelles sous l'Ancien Régime sont en fait mal connues, d'autant qu'elles diffèrent beaucoup, depuis les débuts difficiles du xvie siècle, au temps plus calme de l'édit de Nantes puis à la clandestinité du xviiie. Ce volume cherche à les éclairer, depuis la première éducation à l'enseignement dispensé dans les académies, toujours en se demandant s'il est possible d'établir un lien entre une confession et une forme particulière d'éducation. Afin d'y parvenir, des spécialistes de l'histoire de l'éducation et de l'histoire du protestantisme se sont réunis lors d'un colloque tenu à Lyon les 11 et 12 octobre 2013. Ce sont les actes de cette rencontre qui sont reproduits ici.

  • La troisième journée d'études consacrée par l'équipe RESEA du LARHRA à l'antiromanisme catholique des temps post-tridentins s'est intéressée à l'expression de sentiments antiromains dans l'historiographie catholique. À l'époque moderne, le développement d'une historiographie ecclésiastique antiromaine au sein du catholicisme a d'emblée été tributaire de deux grands modèles élaborés dans la deuxième moitié du xvie siècle et qui s'inséraient dans le débat entre catholiques et protestants. De 1559 à 1574 paraissent à Bâle les treize centuries de l'Ecclesiastica historia, dites Centuries de Magdebourg. Très imposante, l'oeuvre propose une version luthérienne de l'histoire du christianisme. Après la conclusion du concile de Trente, la papauté s'est rapidement préoccupée de faire répondre aux centuriateurs de Magdebourg. En publiant ses Disputationes de controuersiis christianæ fidei (1586-1593), Robert Bellarmin s'est chargé de réfuter les arguments théologiques que les Centuries de Magdebourg avaient développés, tandis que son collègue Cesare Baronio, plus connu sous le nom latinisé de Baronius, faisait paraître à Rome, entre 1588 et 1607, les douze volumes de ses Annales ecclesiastici, qui se faisaient fort d'anéantir par leur érudition la validité des analyses historiques des protestants. À la fin du xvie siècle, l'historiographie ecclésiastique européenne est clairement le lieu d'affrontements confessionnels dont on va retrouver la trace proprement historiographique jusqu'au xixe siècle. L'écriture de l'histoire devient pour les catholiques un domaine de choix où manifester leur opposition à Rome et aux prétentions ecclésiales et temporelles du Saint-Siège. Les différentes contributions ici réunies permettent de mettre en lumière les racines gallicanes et plus largement régalistes du libéralisme contemporain, sourde transformation par laquelle l'historiographie de l'Église a longtemps été travaillée en France, en Italie et en Allemagne et dont la journée d'études organisée le 24 septembre 2010 a tenté de marquer les grandes étapes et d'illustrer le mouvement pluriséculaire.

  • Ce volume rassemble une vingtaine d'articles de Bernard Dompnier, professeur émérite à l'Université Blaise Pascal (Clermont-Ferrand), choisis parmi les plus représentatifs de son activité de recherche. Depuis une quarantaine d'années, Bernard Dompnier a édifié une oeuvre historique originale, héritière des méthodes de l'histoire sociale à la française appliquées au champ religieux. Situant son approche au niveau des pratiques, il reste l'un des pionniers de l'anthropologie historique du catholicisme moderne abordé sous l'angle des dévotions et du culte des saints, de la prédication et des missions, de la vocation et du recrutement des réguliers, de la liturgie et de la musique religieuse. Grâce à lui, des sujets souvent délaissés par les historiens, ont été réintroduits dans le champ de leurs investigations. Ses enquêtes reposent sur une description attentive et nuancée de leur objet, le souci d'évaluer le poids des phénomènes étudiés en recourant à la quantification et à la statistique, la prise en compte des acteurs selon des critères objectivables, la mise en perspective des pratiques par rapport aux discours. Les articles présentés ici, auxquels est jointe la liste de ses publications à ce jour, donnent un riche aperçu d'une oeuvre prolifique et innovante, et à travers chacun d'entre eux le lecteur trouvera non seulement un regard stimulant sur la vie religieuse à l'époque moderne, mais aussi une magistrale leçon de méthode.

  • L'Histoire religieuse est devenue, pour les périodes moderne et contemporaine, un secteur de recherche historique particulièrement active dans l'Université française. Colloques, thèses, éditions scientifiques de documents, se sont multipliés au cours des dernières décennies, permettant la reconnaissance des facteurs religieux dans l'histoire. Etienne Fouilloux a pu évoquer « une percée de l'histoire religieuse en France ». Il est important, d'un point de vue méthodologique, de ne pas réduire les recherches aux observations franco-françaises, particulièrement face aux phénomènes religieux qui ont une dimension universelle. Or les historiographies ont trop souvent tendance à s'ignorer et à n'évoluer que dans un cadre national. Dans les limites géographiques et thématiques qui sont les siennes (de nombreux espaces sont absents, et le propos se limite pour l'essentiel au christianisme), ce volume propose d'établir des ponts entre des universitaires confrontés à des questions semblables, mais qui restent séparés par les logiques nationales, voire par les langues. L'équipe Religions, Sociétés et Acculturation (RESEA) du Laboratoire de Recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA, UMR 5190) a donc organisé deux Journées d'Études en 2008 et 2009, afin de confronter les points de vue, à partir de cadres nationaux divers : pays où l'histoire religieuse occupe une place notable et quasiment traditionnelle dans le paysage universitaire (Belgique, Italie, Allemagne, Suisse, Pays-Bas), la France où elle s'insère dans la dimension laïque, des pays où elle a été confrontée au contrôle et à l'instrumentalisation de la dictature (Pologne, Espagne), l'Afrique où le poids de l'histoire missionnaire et de la colonisation reste grand, l'Amérique du Nord où elle s'est développée dans un contexte de grande diversité religieuse. Les approches, les thématiques, les évolutions sont différentes, les méthodes restent proches. Contributions de : Jan De Maeyer et Jo Deferme, Jean-Dominique Durand, Joris van Eijnatten, Piotr Kosicki, Thomas Kselman et Mark Noll, Catherine Maurer, Pablo Pérez López, Hugh Macloed, Claude Prudhomme, Francis Python, Magloire Somé, Stefano Trinchese.

  • Il y a eu un moment « sciences humaines » dans la France des années 1960, marqué par la publication des oeuvres de Louis Althusser, Roland Barthes, Michel Foucault, Jacques Lacan ou Claude Lévi-Strauss. Fondées sur la mise en évidence de systèmes de signes qui s'imposent au sujet sans qu'il en ait conscience, ces oeuvres constituent un défi de taille pour les croyants en l'existence d'un Dieu personnel accessible à la raison et à la liberté humaines. Peu nombreux ont été les intellectuels chrétiens capables de relever un tel défi. Parmi eux, en avant-garde comme souvent dans le passé, plusieurs jésuites, malgré la crise que leur ordre connaît en France au lendemain du concile Vatican II. Alors que la réception de la vision cosmique de Pierre Teilhard de Chardin, mort en 1955, connaît son développement maximal, Paul Beauchamp, Louis Beirnaert, Michel de Certeau, Joseph Moingt, Georges Morel, Éric de Rosny ou François Roustang prennent au sérieux le défi, à leurs risques et périls, et tentent d'y répondre, moins par souci apologétique que par volonté de faire entendre une voix chrétienne dans un concert qui lui est largement étranger. Sur cette saison de l'intelligence croyante confrontée au paradigme structural, ce livre réunit quelques pierres d'attente pour une synthèse à venir. Il participe d'une histoire du catholicisme français contemporain, et plus particulièrement de la Compagnie de Jésus en son sein. Il devrait intéresser aussi les curieux d'une histoire intellectuelle de la France des années 1960.

  • Dans le royaume de France à l'écrasante majorité catholique et gouverné par un roi « très chrétien » que le sacre, en en faisant le lieutenant de Dieu sur terre, rend comptable du salut de ses sujets, la question des rapports entre protestantisme et justice est particulièrement cruciale. Du xvie au xviiie siècle la justice royale a évolué : au xvie, l'hérésie, prise en main par la justice royale, apparaît comme un crime abominable et doit être réprimée ; mais il faut aussi rétablir la paix dans le royaume déchiré par les premières guerres de religion et la justice est un des instruments qui y contribuent. Au xviie siècle, alors que la paix religieuse règne en principe depuis l'édit de Nantes, le pouvoir n'a pas perdu l'espoir de convertir les réformés, rétablissant ainsi l'unité spirituelle du royaume. Les moyens pour atteindre ce but sont divers, la législation en fait partie et les procès se multiplient à l'encontre des réformés. Après la Révocation, la justice royale pour laquelle il n'existe plus de protestants mais seulement des « sujets rebelles », s'active à les poursuivre de toutes les manières possibles. Mais ce volume ne se contente pas de faire la chronique de la répression judiciaire au service de la paix ou de l'unification religieuse du royaume. Il explore également le regard particulier sur la justice que peuvent avoir les protestants ; c'est ainsi que les récits de martyres et de massacres remettent en quelque sorte en cause le pouvoir royal, et que la littérature, en dressant un tableau de la situation des protestants et donc de la justice qui s'applique à eux, produit une « justice fictionnelle » au service de la cause réformée. Il s'interroge également sur le rôle des gens de justice nombreux dans certaines Églises réformées et qui ont pu jouer un rôle important de défense des droits de leurs coreligionnaires. Il importe enfin de replacer la question dans l'histoire plus globale de l'histoire de la justice, se demander si les protestants constituent des justiciables comme les autres, si la justice fait preuve envers eux de la souplesse qui la caractérise, si l'opinion publique ne compte pas plus que les raisons politiques dans l'évolution de la pratique judiciaire. Au-delà du constat, indéniable, d'une répression souvent très forte, l'ouvrage invite à s'interroger sur le rôle régulateur de la justice, dont l'objectif est d'abord de retisser le lien social, détruit ou menacé par telle ou telle déviance, ce qui passe quelquefois par le châtiment, mais aussi beaucoup plus souvent par le pardon ou par l'oubli. Ce livre rassemble les communications faites lors de la journée d'étude qui s'est déroulée à Angers le 28 mai 2010. Elle a été organisée par Didier Boisson, professeur à l'université d'Angers, membre du CERHIO et Yves Krumenacker, professeur à l'université Lyon 3, membre de l'Institut Universitaire de France et de l'UMR 5190 LARHRA.

  • Au fil des différentes sessions d'un cycle de journées d'études consacrées par le Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes à l'antiromanisme catholique - Antiromanisme doctrinal et romanité ecclésiale dans le catholicisme posttridentin, Anti-infaillibilisme catholique et romanité ecclésiale aux temps posttridentins, Antiromanisme et critique dans l'historiographie catholique (xvie-xxe siècles) et L'antiromanisme dans l'historiographie ecclésiastique catholique (xvie-xxe siècles) -, le constat s'est imposé d'une présence massive de la culture juridique dans le discours porté par les tenants d'un catholicisme antiromain, qu'ils soient juristes ou non. Le fait n'a rien d'étonnant dans la mesure où l'ecclésiologie catholique s'est toujours placée à l'intersection du droit et de la théologie. Nombre d'auteurs qui ont illustré la tradition de l'antiromanisme catholique et juridictionaliste étaient à la fois juristes et théologiens compétents - ainsi de Paolo Sarpi ou de Marc'Antonio De Dominis, ainsi des grands noms qui ont illustré le fébronianisme et le joséphisme. Ce volume qui rassemble les communications de la cinquième session du cycle propose d'aborder frontalement la question des rapports entretenus entre le droit et l'opposition catholique à la romanité ecclésiale en évoquant les grandes figures de la tradition du catholicisme antiromain qui ont fait au droit une grande place dans leur argumentation, en relevant le rôle des canonistes catholiques qui ont pu faire parfois le choix de s'opposer aux prétentions romaines et en étudiant les grands thèmes où se mêlent étroitement arguments juridico-canoniques et hostilité catholique aux revendications du Saint-Siège - ainsi du conciliarisme, des compétences de l'autorité civile en matières ecclésiastiques, de l'infaillibilité pontificale ou encore du mariage et des empêchements dirimants.

  • 1856... Les fils de saint Dominique s'installent à Lyon, une quinzaine d'années après la restauration de l'ordre en France avec pour objectif de vivre selon la « stricte observance ». 1863, le cardinal de Bonald consacre la chapelle conventuelle, qui fait l'objet d'un programme iconographique original dans les décennies suivantes. La journée d'études organisée par le couvent et la paroisse du Saint-Nom de Jésus et l'équipe Religions, Sociétés Et Acculturation du Laboratoire de Recherche. Historique Rhône-Alpes pour le 150e anniversaire de la consécration de l'édifice a permis de mieux comprendre, dans le contexte lyonnais (Christian Sorrel), un lieu et une histoire en étudiant le groupe des fondateurs du couvent (Tangi Cavalin et Nathalie Viet-Depaule, Isabelle Parizet) et le contrecoup des événements de 1870 (Bruno Carra de Vaux), en analysant l'architecture et les vitraux (Philippe Dufieux, Catherine Guillot) et tentant de ressaisir les lignes de force du projet (Jean-Marie Gueullette).

  • La coexistence confessionnelle qui naît en Europe de la diffusion de la réforme luthérienne a été un thème extrêmement fécond pour les réflexions théologiques mais aussi pour la démarche historiographique, et cela dès l'origine. Elle continue à nourrir une recherche très active pour la période moderne mais est moins souvent sollicitée pour d'autres périodes. Rares sont les études diachroniques qui s'efforcent de mettre le phénomène en perspective en privilégiant le temps long et en abordant des relations qui ne sont pas uniquement inter-chrétiennes. Organisée par la Société d'Histoire Religieuse de la France et l'Université de Strasbourg, la rencontre qui a donné lieu à ce volume a souhaité au contraire s'inscrire dans cette dimension, en mettant l'accent sur la différenciation des cultures générées par l'appartenance confessionnelle, mais aussi sur le degré de leur interpénétration, et en insistant sur les conflits, mais aussi sur le « vivre ensemble malgré et dans la séparation », pour reprendre la formule célèbre du chancelier Willy Brandt. Chercheurs allemands, suisses et français se sont interrogés sur les débats théologiques, l'approche juridique et institutionnelle, la confrontation entre l'attitude des autorités politiques et religieuses et celle des populations. Ils se sont aussi intéressés à l'évolution des attitudes dans le temps, à la cristallisation sociale et culturelle des différences ou encore au rôle de la durée dans la constitution d'identités confessionnelles concurrentes. Ils ont enfin examiné les différents degrés de la confrontation, la question de l'exclusion et de la tolérance ainsi que les réalités de la frontière confessionnelle. Partie de l'oeil du cyclone, le Saint-Empire, l'analyse s'est étendue à la France et aux marges orientales de l'Europe. Son horizon est resté constamment celui d'établir des ponts entre France, Suisse et outre-Rhin, entre historiographies, entre générations d'historiens, entre confessions aussi.

  • De nouveaux chantiers s'ouvrent aujourd'hui pour une histoire revisitée des rapports entre femmes et catholicisme avec la perspective du genre. Dans le cadre d'une journée d'études, il n'était pas possible de baliser tous les chemins à emprunter. Quatre seulement ont été retenus : le politique, la spiritualité, le genre et le féminisme. Un cinquième a été joint dans cette publication avec un point de vue décentré sur la « mission au féminin », celui d'une historienne américaine et d'une historienne chilienne. Cet ouvrage a donc pour but de croiser les approches historiographiques, en faisant appel à des spécialistes d'horizons différents, venus de l'histoire religieuse, de l'histoire sociale, de l'histoire des femmes et du genre mais également d'autres disciplines comme la sociologie. Il est aussi le fruit d'une collaboration étroite entre deux équipes de recherches au sein du LARHRA : « Genre et Sociétés » (Pascale Barthélémy) et « Pouvoirs, Villes et Sociétés » (Bruno Dumons). L'histoire du catholicisme est devenue à ce jour un objet d'études à part entière, délesté de l'histoire de l'Église de tradition apologétique, qui peut désormais s'approprier les nouvelles recherches menées sur les femmes et le genre. En retenant quelques-unes d'entre elles à partir de l'exemple français, cette publication constitue aussi un appel à confronter la réflexion avec d'autres historiographies nationales mais aussi bien au-delà de celles qui caractérisent l'espace européen.

  • Les historiens se sont intéressés tardivement à la question de la gouvernance ecclésiale. La journée d'étude organisée par le LARHRA à Lyon en 2013 avait pour but d'envisager les e jeux d'échelles structurant le gouvernement de l'Église catholique au xxe siècle. L'examen de plusieurs niveaux (romain, national, diocésain, congréganiste) dans l'espace de la catholicité européenne est apparu comme un moyen d'ouvrir la voie vers une histoire plus large, transnationale, du catholicisme contemporain au sein duquel circulent des modèles de gouvernance et de nouvelles figures de pouvoir fondant leur légitimité sur le savoir et l'expertise.

  • « Y-a-t-il une spiritualité jésuite ? » Telle est la question posée aux journées d'études organisées en octobre 2015, par le Conseil scientifique de la Collection jésuite des Fontaines, avec le concours du Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes. Elle peut paraître inutilement provocante. En effet, les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola ont acquis depuis le xvie siècle une réputation universelle : en plus de cinq siècles, ils ont nourri la foi d'innombrables générations de religieux comme de religieuses, de prêtres comme de laïcs. Ils sont la marque de fabrique des jésuites en matière de spiritualité. Cela ne dispense pas de chercher à prendre la mesure de cette matrice ignatienne et du rôle qu'elle a joué, et qu'elle continue de jouer, dans la formation et la vie religieuse des jésuites eux-mêmes. Ces fondements posés, nous pouvons appréhender les lieux où s'exprime la spiritualité jésuite. C'est en premier le livre qui, depuis le xvie siècle, est un vecteur pastoral essentiel pour la Compagnie. Enfin, le volume s'interroge aussi sur la manière dont les jésuites ont conçu l'accompagnement spirituel des laïcs. Ainsi, en partant d'une question qui peut apparaître inopportune, l'ouvrage se veut un outil pour pénétrer la mouvance spirituelle, riche et variée, de la Compagnie de Jésus du xvie siècle à nos jours. Il s'agit de la cinquième manifestation du même type depuis l'arrivée de la Collection à la Bibliothèque municipale de Lyon. La dernière en date, de juin 2012, « Jésuites français et sciences humaines (années 1960) », a vu ses actes publiés par le Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes dans sa collection Chrétiens et Sociétés. Documents et mémoires.

  • La publication en 2011 du dernier volume des « Matériaux pour l'histoire religieuse du peuple français », plus connus sous le nom de « Matériaux Boulard », et la journée d'étude organisée à cette occasion à l'Université de Lyon ont permis de mettre en lumière la figure trop ignorée du chanoine Fernand Boulard (1898-1977), pionnier de la sociologie religieuse pastorale. Il s'agissait dans le même temps de réfléchir à l'usage que les historiens ont fait des données qu'il avait collectées et pourront encore en faire à l'avenir, alors que les paradigmes historiographiques ont changé depuis la décennie 1970 qui vit le projet des « Matériaux Boulard » prendre forme.

  • « Intrus », « apostats », « schismatiques »... Les qualificatifs dépréciatifs n'ont guère manqué sous la plume des historiens catholiques du xixe siècle pour décrire l'action des évêques constitutionnels, institués par l'Assemblée nationale constituante en 1790 pour prendre la tête de l'Église de France « régénérée ». Catholiques révolutionnaires, fervents républicains pour certains, cet engagement politique leur a été sévèrement reproché après la signature du Concordat de 1801, donnant naissance à une véritable légende noire. Dans le même temps, l'historiographie républicaine a longtemps occulté leur rôle politique en raison de leur état ecclésiastique, jugé incompatible avec la défense des idéaux révolutionnaires. Seule la figure du célèbre évêque de Blois, Henri Grégoire, panthéonisé en 1989, réussit à émerger et retient régulièrement l'attention des chercheurs depuis ces trois dernières décennies. Ce volume, qui rassemble les contributions du colloque organisé à Lyon en juin 2012, propose de nouvelles pistes de recherche sur les évêques « patriotes », afin de replacer leur action dans la longue histoire de l'épiscopat français aux xviiie-xixe siècles : ont-ils « révolutionné » leur diocèse ou, au contraire, maintenu, voire réactivé, d'antiques traditions au nom du primitivisme cher aux Lumières chrétiennes ? Quels ont été leurs échecs et leurs réussites ? Que leur doit l'Église concordataire ? Leur pensée théologique, leurs engagements politiques et leur action pastorale sont ici étudiés à travers une série d'études synthétiques, régionales ou biographiques, au plus près de sources d'époque, loin de l'anathème ou de l'apologie.

  • L'objectif de cet ouvrage, en ce quarantième anniversaire de la mort de Jacques Maritain, n'est pas de revenir sur son oeuvre, mais à partir de Maritain, d'aller au-delà de Maritain, de scruter notre temps à partir d'une pensée qui n'a guère vieilli, alors que les problématiques auxquelles nous sommes confrontés ne sont évidemment plus celles de son temps. Lui, a été confronté au monde des totalitarismes, de la négation radicale de la personne humaine, de la Shoah. Il a vécu le temps des grandes mutations des années 1950-1960, y compris pour l'Église avec le concile de Vatican II. Confronté à tant d'événements souvent dramatiques, il les a abordés en plaçant toujours la personne humaine au coeur de sa réflexion. Dans la société d'aujourd'hui, face aux mutations et aux angoisses de nos contemporains, certains ont des réactions populistes ou prônent le repli sur soi, sur une identité exacerbée. La pensée de Maritain se trouve à l'opposé. Elle parle de l'ouverture aux autres, de l'accueil de l'Altérité, de la démocratie. C'est un corpus de pensée qui permet d'affronter sans peur le monde actuel. Face aux nouvelles barbaries qui ont en commun avec les anciennes de récuser la personne, réaffirmer la centralité de cette dernière est un objectif majeur pour un idéal de civilisation. Jacques Maritain a constamment appelé, face aux douleurs de l'histoire, au prophétisme pour récuser des évolutions ou des choix qui seraient antihumains. Dans L'Homme et l'État, il aborde l'une des questions les plus difficiles aujourd'hui : le vivre ensemble. « Vivre ensemble ne signifie pas occuper le même lieu dans l'espace. Cela ne signifie pas non plus être soumis aux mêmes conditions physiques ou extérieures, aux mêmes pressions, ou au même genre de vie [...]. Vivre ensemble signifie participer comme des hommes, non comme un bétail, c'est-à-dire en vertu d'une libre acceptation fondamentale, à certaines souffrances communes et à une certaine tâche commune. [...] Étant donné la condition humaine, le meilleur synonyme de vivre ensemble est souffrir ensemble. Quand les hommes forment une société politique, ils ne veulent pas participer à de communes souffrances par amour les uns des autres. Ils veulent accepter de communes souffrances par amour de la tâche commune et du bien commun. La volonté d'accomplir une tâche commune à l'échelle du monde doit donc être assez forte pour entraîner la volonté de participer à certaines souffrances communes rendues inévitables par cette tâche et par le bien commun d'une société à l'échelle du monde. Quelles souffrances en vérité ? Des souffrances dues à la solidarité ».

  • Par le réseau de leurs collèges à travers le monde, les jésuites ont largement contribué à la fortune de la littérature classique, celle de l'Antiquité grecque et latine notamment. Mais qu'en est-il de leur attitude vis-à-vis de la littérature moderne, celle de leur temps ? Surtout quand elle ne les ménage pas et prend de plus en plus de liberté par rapport aux canons éprouvés ? Les premières réponses esquissées dans ce livre sont nuancées. Au xxe siècle en France, l'antijésuitisme ne disparaît pas de la production littéraire, mais il laisse peu à peu la place à une vision moins polémique de la Compagnie de Jésus et de son rôle au sein de la société ou de l'Église. Les jésuites de leur côté, d'abord très réservés envers les audaces littéraires du xxe siècle, comme en témoignent leurs revues, les apprivoisent peu à peu, voire laissent certains des leurs s'en inspirer dans des oeuvres originales. L'approche par la littérature apporte ainsi sa pierre à la révision de la légende noire des fils de Loyola.

  • L'antiromanisme catholique s'est tôt préoccupé de fonder historiquement ses revendications politiques et ecclésiologiques et de justifier les critiques qu'il pouvait adresser à l'autorité ecclésiale par l'élaboration d'une historiographie ecclésiastique qui correspondît à ses engagements. Organisée à Lyon le 24 septembre 2010, une journée d'études avait commencé à explorer la question des rapports entre le catholicisme antiromain et la genèse de la tradition historiographique européenne. Le présent ouvrage, qui regroupe les actes d'une seconde journée d'études - la quatrième du cycle consacré par l'équipe RESEA du LARHRA à l'antiromanisme catholique des temps posttridentins - qui s'est déroulée à Munich le 13 septembre 2012, se place dans le prolongement de la précédente session : il était apparu que la question des sources méritait des investigations plus précises, ainsi que le problème du style et celui de l'exploitation des acquis méthodologiques de l'érudition moderne. En particulier, le divorce est devenu de plus en plus visible, à partir de l'âge libéral, entre une historiographie antiromaine soucieuse de méthode critique et sa concurrente romaniste mais, disait-on, méthodologiquement attardée. Les discussions ont montré, au cours du second xixe siècle, avec quelle difficulté l'histoire ecclésiastique, de tradition vénérable, s'est progressivement extraite d'un modèle apologétique pour se plier progressivement aux impératifs d'une méthodologie historiographique critique en voie de définitive consécration. Il semble que les historiens catholiques antiromains aient contribué plus que leurs concurrents respectueux du Saint-Siège, et avant eux, à éloigner l'histoire de l'Église des excès à quoi la conduisait le modèle d'une dissertation édifiante qui finissait par être entrave au récit scientifiquement établi de la geste chrétienne. Les contributeurs de la rencontre munichoise de septembre 2012 ont souhaité éclairer un questionnement dont les alternatives épistémologiques ont sans nul doute contribué à façonner l'historiographie religieuse contemporaine.

  • Aux temps posttridentins, l'infaillibilité pontificale a fait l'objet de nombreuses mises en cause de la part des catholiques antiromains. On sait que la question a été vivement agitée au temps du centenaire houleux de la Constitution Pastor Æternus. Après la publication de l'ouvrage célèbre de Hans Küng intitulé Infaillible ? Une interpellation (1970), l'historien Brian Tierney a fait paraître en 1972 une étude consacrée aux origines de l'infaillibilité pontificale. Il tentait d'y montrer, preuve à l'appui, que lorsqu'elle était apparue, la thèse comportait une limitation, et non pas une extension, de l'autorité romaine. Les deux concepts de souveraineté et d'infaillibilité, que Mauro Cappellari et Joseph de Maistre avaient étroitement liés au tournant des xviiie et xixe siècles, étaient en réalité antagonistes aux xiiie et xive siècles. Conception que ne reconnaissent plus les époques moderne et contemporaine, ainsi que le montre sans ambiguïté l'acharnement anti-infaillibiliste du catholicisme antiromain.L'objectif de la journée d'études organisée à Lyon le 7 mai 2009 par l'équipe RESEA du LARHRA, UMR-CNRS 5190, la seconde d'une série consacrée au catholicisme antiromain et à son opposition à la romanitas, consistait à évaluer la fécondité d'une démarche historienne qui tente de préciser, touchant spécifiquement la question de l'infaillibilité, ou de l'indéfectibilité, pontificale ratione fidei, le concept de romanité dans ses rapports avec l'antiromanisme doctrinal développé par certaines tendances centrifuges du catholicisme, le gallicanisme au premier rang, mais aussi les grands courants régalistes, comme le joséphisme, le fébronianisme, ou les juridictionalismes italiens. Une longue périodisation a été retenue afin de favoriser les échanges entre modernistes et contemporanéistes, mais aussi afin de respecter la cohérence d'une période de l'histoire de l'Église catholique qui court du concile de Trente à Vatican II.

  • Dans le prolongement des démarches scientifiques suscitées par le cinquantenaire du Concile Vatican II, un colloque international réuni à Lyon en mai 2016 s'est intéressé à un dossier inédit, celui des réactions à la lettre adressée le 24 juillet 1966 par le cardinal Ottaviani, pro-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, aux présidents des conférences épiscopales sur les « abus grandissants dans l'interprétation de la doctrine du Concile » et les « opinions étranges et audacieuses apparaissant ici ou là ». L'abondance des commentaires, la tonalité des réponses nationales et les suites romaines confèrent à ce document une dimension de révélateur face à la crise naissante, que les acteurs ont du mal à nommer et à identifier. Les thèmes abordés sont nombreux (instances de la société, évaluation du Concile, déplacements des modalités du croire, exercice de la collégialité, réforme de la Curie, responsabilités des évêques et des théologiens) et constituent autant de perspectives pour l'historicisation du moment conciliaire dans le temps court qui sépare la clôture de l'assemblée et la bourrasque de Mai-68 et, plus généralement, dans le mouvement des décennies 1950-1970. Avec les contributions de Christian Sorrel, Alessandro Santagata, Étienne Fouilloux, Philippe Chenaux, Gianni La Bella, Philippe Roy-Lysencourt, Marialuisa Lucia Sergio, Leo Declerck, Mathijs Lamberigts, Franz Xaver Bischof, Lorenzo Planzi, Feliciano Montero, András Fejérdy, Gilles Routhier, Miranda Lida et Denis Pelletier.

  • À relire l'ensemble des articles ici rassemblés, il apparaît, qu'outre son importante contribution à l'histoire de la santé, Dominique Dessertine a privilégié l'histoire de la famille et, en son sein, celle de l'enfance et de l'adolescence au tournant des xixe et xxe siècles. Dans cet ensemble, elle a mis l'accent sur les initiatives qui visent à protéger les enfants et les jeunes en danger ou en danger de l'être. Déjà arrachés aux prisons ordinaires pour être détenus dans des colonies pénitentiaires, les enfants coupables peuvent être de plus en plus - et sont de plus en plus - confiés à l'Assistance publique et surtout à des institutions privées agréées, essentiellement laïques, chargées de les éduquer. Celles-ci reçoivent aussi les enfants victimes de mauvais traitements ou d'une éducation familiale jugée trop déficiente. Derrière cette convergence entre ces deux jeunesses, se lit la hantise de voir les enfants sombrer dans la délinquance et la marginalité. Cette obsession est si forte qu'elle va jusqu'à passer outre la sacrosainte autorité parentale. Par ailleurs, avec son époux Bernard Maradan (1946-2000), elle a mis à jour un moteur fondamental du dynamisme des patronages, la rivalité entre laïcs et catholiques. Au-delà de leurs différences, - les patronages catholiques sont plus sportifs, les laïques plus tournés vers les activités culturelles - les deux visent à civiliser les enfants et à les protéger des dangers de l'errance et du vagabondage. Parmi les activités de ces patronages, l'auteur donne une place particulière aux défilés et fêtes de la jeunesse. Enfin les études pionnières sur les écoles de plein air de l'entre-deux-guerres et les centres sociaux d'après-guerre (même s'ils ne sont pas spécialement destinés à l'enfance, ils sont amenés à lui accorder une grande place), complètent un tableau décidément riche et varié des initiatives en faveur de l'enfance et de la jeunesse.

  • L'historiographie du Concile Vatican II accorde une place limitée au monde des religieux. Ce constat a guidé le projet du colloque international réuni à Rome en 2014 à l'initiative du LARHRA pour proposer une approche globale et évaluer les variables liées à la diversité des familles religieuses, des contextes sociaux ou ecclésiaux et des réalités nationales ou transnationales. En se centrant sur l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord et en croisant les études de cas, il a permis de mieux saisir la place de l'événement conciliaire dans les dynamiques de changement à l'oeuvre dans les décennies 1950, 1960 et 1970.

  • Alexandre Glasberg (1902-1981) est une figure étonnante. Né dans l'Empire des tsars, converti du judaïsme, ordonné prêtre catholique après son arrivée en France en 1932, il est l'une des figures du sauvetage des Juifs et de la Résistance entre 1940 et 1944 à Lyon, puis dans le Tarn-et-Garonne. Après la guerre, il poursuit son action dans le cadre du Centre d'orientation sociale des étrangers et soutient le jeune État d'Israël avant de critiquer l'évolution qui l'éloigne de l'utopie fondatrice. Novateur social, de sensibilité progressiste, il renouvelle son engagement dans les années 1960 au profit des réfugiés politiques et est l'un des fondateurs de France Terre d'Asile au début de la décennie suivante. Prêtre sans ministère, homme de l'ombre, acteur des politiques publiques, il s'est peu exprimé sur ses convictions et n'a guère laissé d'archives. La journée d'études organisée à l'Université de Lyon le 24 mai 2012 a néanmoins permis, grâce à des documents inédits, de relire son itinéraire et de dessiner son portrait avec plus de précision, même si demeure une part irréductible de mystère.

  • À partir de la seconde moitié du XVIe siècle, les ordres religieux, créations nouvelles ou réformes d'ordres anciens, se multiplient dans les villes de l'Europe catholique où ils bâtissent églises, collèges et monastères. Si l'apport des architectes laïcs à ces entreprises est bien connu, celui des religieux, et plus encore des religieuses, est resté au second plan de la production architecturale. Pourtant, ces hommes et ces femmes ont été les chevilles ouvrières de ces chantiers, concevant des projets, des plans ou des croquis d'architecture, surveillant les travaux et expertisant les édifices. Mettant leurs connaissances et leurs compétences au service de leur ordre - et parfois d'autres - ils et elles ont pleinement pris part à l'intense activité constructive qui caractérise les XVIIe et XVIIIe siècles. Afin de réhabiliter les oeuvres de ces hommes et de ces femmes, une journée d'étude s'est tenue en avril 2017 à l'Université de Lyon 3 dans le cadre de l'atelier « Nouvelles recherches sur le catholicisme moderne » du LARHRA. Richement illustrées, les contributions de ce volume interrogent le métier des religieux et religieuses architectes en France, dans les Pays-Bas méridionaux et la principauté de Liège. Si leurs formations restent pour la plupart méconnues, leurs talents sont attestés par l'étude de leurs carrières et de leurs réalisations (malheureusement fréquemment démolies ou transformées), mais aussi et surtout par les archives et les sources iconographiques. Éclairage complémentaire, la dernière contribution analyse le rôle des marguilliers dans la construction des églises paroissiales de Paris pour lesquelles les compétences des membres de la communauté ont également été mobilisées et mises à profit.

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