La Découverte (réédition numérique FeniXX)

  • Plutôt que d'opposer telle ou telle expérience d'État ouvrier au « marxisme », au « léninisme », au « trotskysme », Jean-Luc Dallemagne préfère dégager, de l'élaboration théorique et de la pratique du marxisme révolutionnaire, la problématique permettant de comprendre l'ensemble d'expériences - moments de la révolution mondiale dont procédera le socialisme. Son livre s'attache donc à dégager théoriquement la problématique de la transition chez Marx et Engels pour comprendre comment Lénine l'a enrichie par sa pratique de la Révolution russe, et ce afin de disposer d'un corps de concepts permettant d'expliciter les expériences diversifiées et différentes des États ouvriers aujourd'hui. Ainsi la théorie de la révolution peut-elle être enrichie des premières expériences de dictature du prolétariat, sous quelque forme qu'elle soit instaurée. La révolution n'a pu triompher localement que selon des modalités porteuses de déformation bureaucratique. Il ne s'agit pas de le regretter au nom de la pureté programmatique. Il s'agit de comprendre le rapport des forces mondiales qui en est l'origine. Et c'est en modifiant celui-ci par nombre de victoires locales que la révolution prolétarienne est en train de créer les conditions propres à l'abolition de toute bureaucratie et à la construction du socialisme. Le problème n'est pas de se garantir contre toute déformation bureaucratique future, mais de faire en sorte que cette déformation ne dégénère ni en restauration du capitalisme, ni en écrasement bureaucratique du mouvement ouvrier.

  • Les alliances de classes ont été étudiées par les marxistes, au moins en Europe, exclusivement au niveau politique. Leur fondement économique, dans les rapports de production, n'a pas été abordé depuis Marx. Les deux textes de ce volume : « Sur l'articulation des modes de production » et « Matérialisme historique et luttes de classes », veulent combler cette lacune du marxisme (pour le premier) et en chercher les raisons (pour le second). Pourquoi une alliance entre classes et couches exploitées de modes de production différents doit-elle être une alliance définitive ? Pourquoi l'extension d'une alliance tactique entre une classe exploitée et une classe (ou une couche) exploiteuse au niveau stratégique se retourne-t-elle toujours contre la classe exploitée ? Quelles sont, au sein d'une classe exploitée, les couches qui sont naturellement porteuses de l'intérêt commun de classe ? C'est à tous ces problèmes que ce livre tente d'apporter une première réponse. Dans un monde où le prolétariat n'est jamais seul (même dans les métropoles) pour construire le socialisme et où il est, la plupart du temps, très minoritaire (dans les pays dominés), une analyse des alliances de classes, fondée sur la structure même des formations sociales et sur la lutte des classes qui révèle cette structure et non sur l'idéologie de telle ou telle organisation parlant au nom des exploités, est une arme pour les combats à venir.

  • Les paysans marchent vers le prolétariat un à un au cours de « l'exode rural » ; ils marchent aussi vers le prolétariat, en un autre sens, collectivement. Et ces deux marches sont interdépendantes, car la convergence des nouveaux prolétaires vers les pôles de développement capitaliste permet le rapprochement entre les diverses paysanneries dont ils sont issus - et auxquelles ils retournent souvent au bout de quelques années - et l'ensemble du prolétariat. Un tel rapprochement peut être la base de l'alliance révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie travailleuse, construite sous la direction des fractions les plus exploitées de ces classes : paysanneries pauvres d'un côté, prolétariat déqualifié de l'autre (issu en général depuis peu de ces paysanneries pauvres). Au sein de la zone dominée par l'impérialisme français (France et anciennes colonies), c'est en Afrique Noire que se trouve la plus grande masse de paysans pauvres ; et cette paysannerie pauvre fournit aussi des contingents de plus en plus importants de prolétaires déqualifiés que l'impérialisme français asservit aussi bien en France qu'en Afrique. Pour lutter sérieusement contre cet impérialisme, il est donc indispensable de connaître dans le détail les mécanismes qui amènent cette prolétarisation des paysans africains et les relations complexes et contradictoires qui lient la paysannerie à sa migration ; seule une telle étude permet d'éviter les deux écueils - sous-estimation et idéalisation - qui menacent constamment les militants politiques ou syndicaux en ce domaine ; seule une telle étude permet de situer à leur juste place les luttes des paysans et des ouvriers africains (émigrés ou non) dans la lutte d'ensemble contre la bourgeoisie française et pour la construction du socialisme partout où cette bourgeoisie et ses relais locaux sont aujourd'hui dominants. Le présent ouvrage tente, à travers quelques enquêtes de terrain et quelques analyses théoriques, de faire progresser cette étude. Cet ouvrage est écrit en collaboration avec Émile Le Bris et Michel Samuel.

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