La Différence

  • Trop

    Jean-Louis Fournier

    Les murs de la salle d'exposition sont couverts de tableaux, ils sont tous tellement beaux qu'on ne sait plus où donner de la tête, devant lequel s'attarder. Alors, on ne s'attarde pas.
    Dans la pénombre, au fond d'une salle, est accroché un seul petit tableau, l'assistance est silencieuse, recueillie. Il s'agit d'un dessin de Raphaël, une vierge belle à se damner.
    Je m'arrête devant la devanture d'un kiosquier. Les étagères ploient sous le poids des journaux, des revues, souvent jamais lues. Le marchand de journaux est débordé, il n'a plus de place.
    Je viens d'acheter un nouveau poste, il me garantit 1 350 stations. Je ne peux plus entendre ma radio préférée, il y a trop de stations, elles se brouillent.
    Sur l'appareil qu'on m'a offert, je peux stocker plus de 1 000 chansons. Mon nouveau téléviseur me promet 500 chaînes. Je suis arrêté dans un embouteillage depuis plus d'une heure, il y a trop de voitures.
    J'ai voulu acheter les sonates pour piano de Mozart, il y a 50 interprétations. Comment choisir ?
    Au supermarché, j'ai compté 40 marques de gâteaux secs. Je n'en ai pas acheté.
    Le prince a 400 femmes dans son harem, il a l'embarras du choix. Chaque soir, il hésite, se morfond. Quand il choisit une brune, il pense aux blondes, quand il choisit une blonde, il pense aux brunes.
    J'ai le syndrome du harem. J'ai le choix, j'ai surtout l'embarras du choix.
    J'imagine une forêt hirsute, les arbres sont côte à côte, trop serrés, ils s'étouffent, la forêt va bientôt mourir.
    On va couper quelques arbres pour mon nouveau livre. Il sort une centaine de livres par jour, je pense à mon petit livre. Au bout d'une semaine, il va disparaitre, écrasé par 600 livres.
    Mon prochain livre, je vais l'appeler TROP.
    Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux livres à succès dont La Grammaire française et impertinente, Il a jamais tué personne mon papa, Où on va, papa ? (Prix Femina 2008), Veuf et La Servante du Seigneur.

  • Virginia Woolf a écrit tout au long de sa carrière de très nombreux articles littéraires, essentiellement pour le Times Literary Supplement, qui font d'elle un des plus importants et des plus brillants critiques du XXe siècle. Le choix des trente-quatre essais que nous proposons ici porte sur des écrivains anglais, américains et russes (James, Conrad, Hardy, Melville, Tourgueniev, Tchekhov, Tolstoï, Dostoïevski...) et s'y ajoutent des études générales sur les caractères nationaux de leurs littératures, sur l'art de la fiction, et, ce qui est sans doute encore plus symptomatique, sur l'art de la lecture, car, autant qu'une esthétique de la fiction, Virginia Woolf esquisse une esthétique de la lecture, selon laquelle une grande part de l'existence d'un livre tient à la capacité du lecteur de le faire sien, d'en faire « un livre à soi ».

  • La fermeture d'une usine, quelque part en France, dans une ville de province. Avec des mots simples, un rythme, un ton, Patricia Cottron-Daubigné peint, tel un chemin de croix où l'on inspire à chaque halte, la destruction, au jour le jour, d'un groupe d'hommes et de femmes et de leur lieu de travail.
    « Celle qui écrit, qui porte la parole des ouvriers d'ici, qui essaie, je, roule vers la ville, petite ville dans la plaine, une image de province, moderne un peu. Sur la droite, on sait qu'il y a les usines, la forme des bâtiments et les fumées ; les HLM aussi, à côté, hauts. À gauche les clochers. Cela a pu résumer les vies, longtemps, l'espace sa répartition, son temps croisé. Le temps nouveau, ils ont peur, ils, les ouvriers, ceux avec qui je parle, ceux que je vais raconter, ils ont peur, le temps nouveau qui vient sera peut-être un temps mort. »

  • Au IXe siècle, sous le règne de la grande dynastie abbasside, un mouvement de contestation radicale, sociale, politique et religieuse, s'est déclenché, et a abouti, en Arabie orientale et dans le sud de l'Irak, à la fondation d'un État aux principes égalitaristes étonnants, notamment entre hommes et femmes. Considéré comme hérétique par un islam orthodoxe qui a cherché à en effacer toutes les traces dans la conscience collective, cet État a duré plus d'un siècle et menacé de renverser l'Empire...
    Jocelyne Laâbi nous raconte l'histoire passionnante de ce mouvement - appelé Qarmates, du nom du premier propagandiste, Hamdan Qarmat -, en l'incarnant dans des personnages imaginaires sur un fond historique très documenté qui demanda à l'auteur des années de recherche.
    Malgré l'amnésie entretenue, les idées des Qarmates n'ont cessé d'inspirer par la suite les intellectuels arabes engagés, ainsi que les mouvements politiques de gauche qui ont âprement lutté contre les dictatures.
    Dans le sillage d'un Amin Maalouf ou d'un Gilbert Sinoué, Jocelyne Laâbi lève la malédiction ayant longtemps entouré cette aventure dont l'objectif n'était rien de moins que de changer l'homme, la société et le monde.

  • La première publication de Habel date de 1977. Mohammed Dib, un des plus grands écrivains algériens de langue française, entreprend, dans ce livre, de dresser le portrait intemporel de l'étranger. Le choix du prénom Habel n'est pas innocent. Caïn, aujourd'hui, ne tuerait pas son frère, il le pousserait sur les chemins de l'émigration. C'est par le regard que Habel appréhende le monde sans repères au sein duquel il est jeté - voitures, carrefour, silhouettes qui cheminent et se croisent telles des ombres. On y reconnaît Paris au fleuve, à la cathédrale, un Paris à peine nommé. Pour affronter la mort de son être que signifie l'exil, il doit devenir autre. Les passants qu'il rencontre, les femmes qui l'attirent, sont-ils des masques ou de vrais visages ? Pour le savoir, il doit se délivrer, renoncer à son ancienne peau, l'abandonner à son frère, redevenir vivant. Caïn avait-il prévu cela ?
    Merveilleux roman métaphorique et poétique qui prend appui sur l'histoire biblique et lui donne un sens actuel.

  • Un homme du Sud, une femme du Nord. Entre les deux, les forêts, les ciels, les neiges septentrionaux. Entre eux, surtout, leur enfant, la petite Lyyl. Comment un père se fait voler sa fille, l'affection de celle-ci, et comment il lui devient doublement étranger. Histoire d'un enracinement puis d'un arrachement dans la vie d'un couple séparé - mixte - que l'auteur retrace d'une écriture superbe, émouvante et pudique.
    Dernier volet de la trilogie "nordique" de Mohammed Dib, qui comprend Les Terrasses d'Orsol et Le Sommeil d'Eve, déjà parus à La Différence dans la collection Minos.

  • La France a été une référence majeure pour Henry James durant toute sa carrière. Il y fait son premier voyage hors des États- Unis, avec ses parents, à l'âge de deux ans. Il y retourne à treize ans, acquérant ainsi une parfaite connaissance du français. Puis il séjourne un an à Paris, en 1875, avant de s'installer définitivement à Londres. La France, pour lui, est le territoire des moeurs libres entre hommes et femmes, qui le séduisent tout en choquant sa nature puritaine.Sa toute première nouvelle, Une tragédie de l'erreur, est une sorte de comédie noire, se déroulant au Havre, autour d'une femme adultère et criminelle. Même s'il s'est souvent irrité que le sujet romanesque français par excellence soit l'adultère, la position de James à l'égard de l'« immoralité » des Français a changé au cours de sa vie, et il a fini par voir plus de dureté et même de cruauté dans la rigidité moraliste américaine.
    Intégrale thématique des nouvelles en 12 volumes. Volume 1
    Ce volume contient : Une tragédie de l'erreur, Gabrielle de Bergerac, La Maîtresse de M. Briseux, Madame de Mauves, Quatre rencontres, Rose-Agathe, Mrs Temperly, Collaboration.
    Traduit de l'anglais, organisé et présenté par Jean Pavans.

  • Succédant au Ministère des ombres où Pierre Lepère traçait de Nicolas Fouquet le disgracié, un portrait attachant, Un prince doit venir évoque un autre mythe souterrain de notre Histoire, celui du duc d'Enghien. Après plusieurs tentatives d'assassinat perpétrées depuis le début du Consulat par les Jacobins et les royalistes, Bonaparte est averti au début de 1804 de la présence à Paris de Georges Cadoudal, le rebelle chouan. Tout prouve qu'il fomente un nouveau complot avec la complicité des généraux Pichegru et Moreau. On annonce aussi l'arrivée imminente d'un prince venu d'outre-Manche mais c'est en vain que le Premier consul fait surveiller les côtes normandes. Ce n'est donc pas des Bourbons restés en Angleterre que viendra le péril. Talleyrand suggère alors le nom du duc d'Enghien, le seul prince du sang qui soit demeuré sur le continent. Bonaparte a entendu parler des actions militaires passées du prince, saluées jusque dans le camp républicain, et il doute que ce jeune homme puisse être l'âme d'une conspiration aussi lâche. Finalement, il se laisse convaincre par Talleyrand et la suite de cette ténébreuse affaire constitue l'un des épisodes les moins glorieux de sa trajectoire légendaire. Peut-être fallait-il donner cette victime innocente en gage aux nostalgiques de la révolution et en exemple aux jusqu'au-boutistes royalistes pour parvenir plus haut ? En tout cas, deux mois plus tard, le 18 mai 1804, et sans rencontrer la moindre résistance, Bonaparte devenait Napoléon Ier.
    Pierre Lepère est poète, romancier et essayiste. Il a publié plusieurs romans ancrés dans l'Histoire dont le dernier, Le Ministère des ombres (La Différence, 2010), a remporté un vif succès.

  • Géopolitique de l'homme juif interroge les mutations de la conscience juive, israélienne et diasporique, en relisant l'histoire du sionisme herzlien et bubérien dans la perspective de la sécularisation. Mais celle-ci désigne avant tout une époque de la chrétienté et du christianisme. On essaie ici de la penser, par anachronisme méthodique, du sein même de la tradition juive. Dans les conditions qui furent les siennes entre l'assimilation (les Lumières) et la dissimilation (antisémitisme et Shoah), la sécularisation a exigé de la tradition juive, à contretemps, une réflexion qui se poursuit et qu'on analyse ici avec les outils légués par la théologie politique spinozienne. Israël ne fut jamais ni une nation ni un empire, mais un mouvement de traversée de ces deux institutions romano-chrétiennes. De même, Israël s'est toujours situé dans un mouvement d'aller-retour entre l'Orient et l'Occident. En quoi ces deux dimensions spécifiques de l'histoire des Juifs commandent-elles leur situation actuelle, en Israël et en diaspora ?
    Né en 1949, Jean-Luc Evard signe régulièrement des traductions d'auteurs philosophiques du vingtième siècle allemand et publie des essais de sociologie politique. Depuis une douzaine d'années, il enquête sur les formes contemporaines de la panique de l'autorité. Autre thème de ses recherches : l'histoire du judaïsme weimarien et l'écriture de l'histoire de la Shoah.

  • « Le Sommeil d'Ève touche à l'épure puisque le livre pourrait se résumer en une formule : la rencontre d'une femme avec son destin. Et cela à travers le récit minimal d'une passion proche de l'envoûtement, sur fond d'union légitime et de nourrisson incontournable. Une histoire banale, touchée ici par la grâce d'un authentique art d'écrire, qui la restitue à la vertigineuse singularité de toute expérience intérieure. On s'en doute, une telle intensité ne peut passer que par un travail sur le langage, dont la réussite tient d'abord à ce qu'il ne se fasse nulle part ressentir. Pas une phrase inutile, pas un mot de trop dans ces deux cents pages proprement poétiques. Mais un souffle au bord du halètement, une prose à deux doigts de l'évanouissement, un chant très pur en équilibre sur la margelle d'un immense puits de silence. »
    Philip Tirard, Le Vif/L'Express.

  • Film d'un retour impossible, cette histoire est celle de l'errance ouverte à toutes les dispersions. L'on y voit une guerre terminée dans les sables, et deux hommes les traverser : l'un, le potentat Hagg-Bar, à la recherche des traces du campement de jadis, et l'autre, le fidèle Siklist, pour avoir voulu le suivre. Un bivouac est sujet à déplacements, et le désert lieu de mirages...
    Une magnifique évocation du désert par l'un des plus grands auteurs algériens du XXe siècle.

  • La Djouille

    Jean Pérol

    Un homme âgé, retiré du monde au bord du massif des Cévennes, accepte un jour, pour quelques travaux chez lui, l'aide d'un jeune lycéen de la ville voisine.
    En son temps, pour échapper à sa vie, il s'était retrouvé exilé vers les déserts afghans, au début d'une révolution qui venait d'y éclater. Trente ans plus tard, dans les derniers soubresauts d'une guerre qui s'éternise, c'est ce qui va arriver aussi au jeune Fabien.
    Deux amours traversent leurs vies. Justine pour l'ancien professeur trop clairvoyant endolori par l'époque, Clara pour l'impétueux Fabien qui s'y heurte.
    Au coeur de ce livre, les deux récits vont s'entrecroiser et se dérouler, à la fois dans une France provinciale méprisée et un Afghanistan brisé, dans la jeunesse et dans l'âge avancé, dans les cruautés de l'amour et dans celles de nos pesanteurs sociales, si dures aux oubliés du monde contemporain.
    Vies, amours, cultures, pays, dans leurs guerres fatales, sont emportés comme l'eau qui coule dans les « djouilles » afghanes rougies par l'Histoire, vers l'évaporation et la nuit, implacablement.
    Après Un été mémorable et Le soleil se couche à Nippori, salués avec force par la critique, Jean Pérol présente avec La Djouille son troisième roman où le lecteur retrouvera son goût si personnel de la colère désespérée, de la lucidité ironique, du fraternel et de la beauté.

  • Cette anthologie d'essais de Virginia Woolf, écrits entre 1905 et 1929 et pour la plupart inédits en français, propose d'éclairer une facette méconnue de cette grande figure de la littérature britannique. Derrière l'icône du féminisme, l'écrivain moderniste et la critique littéraire, apparaît une femme qui se plaît à croquer son époque d'une plume alerte, tantôt féroce, tantôt poétique. Ces essais nous plongent dans la vie d'une Angleterre chamboulée par la modernité et dans l'imaginaire d'un quotidien vécu intensément à travers des expériences insolites, des trajectoires fantasques ou des livres oubliés. À s'intéresser ainsi au mineur et au marginal ou à satiriser ses contemporains, Virginia Woolf bouleverse les hiérarchies sociales et littéraires. Véritable élan vital, rempart contre un esprit de sérieux mortifère, son rire subversif emporte avec lui toutes les rigidités d'un ordre qui s'effrite.

  • Penser à ne pas voir réunit les principaux textes consacrés par Jacques Derrida à la question des arts depuis la parution, en 1978, de La Vérité en peinture.
    À travers ces interventions de facture diverse (études, conférences, entretiens) s'échelonnant sur vingt-cinq ans et portant autant sur le dessin et la peinture, la photographie, que le cinéma, la vidéo et le théâtre, le lecteur pourra suivre les concepts issus de la déconstruction, mieux saisir toute la cohérence de la critique de la représentation et de la visibilité à l'oeuvre dans le travail de Derrida et, surtout, prendre la mesure de ses axiomes les plus inventifs en ce qui concerne l'oeuvre d'art et son commentaire.
    /> Une bibliographie détaillée et une filmographie complètent l'ouvrage.

  • Pourquoi revenir une fois encore sur l'affaire Seznec qui, depuis près de cent ans, accumule à son sujet des milliers d'articles de presse, d'émissions de radio, de télévision, quantité de films et de livres ? En 1924, la cour d'assises de Quimper condamne sur des présomptions Guillaume Seznec au bagne à perpétuité pour le meurtre du conseiller général Pierre Quémeneur. Le cadavre de Quémeneur n'a jamais été retrouvé et Seznec n'avouera jamais le crime. Considérée comme la plus importante affaire criminelle du XXe siècle, le symbole même de l'erreur judiciaire, elle demeure sur de nombreux points une énigme. Aujourd'hui, pour la justice, le dossier est clos. L'ultime demande en révision a été rejetée. Pour Denis Langlois qui a été pendant quatorze ans, de 1976 à 1990, l'avocat de la famille Seznec, le premier défenseur à consulter l'ensemble du dossier et qui a été empêché d'aller jusqu'au bout, le moment est arrivé de révéler ce qu'il sait : les secrets de la famille Seznec, les tabous, les témoignages troublants. Selon ses propres termes « le temps lui semble venu de démystifier la légende bâtie autour de cette énigme et de proposer une solution pour essayer d'en finir avec cette interminable affaire qui trouble à juste titre les consciences. Cela est nécessaire pour l'idée qu'on se fait de la justice »

  • Après un séjour à New York où triomphe l'expressionnisme abstrait, Jean Clair regagne Paris où le climat intellectuel depuis mai 68 est propice à s'ouvrir à « l'avant-garde ». Temps des premières « installations », des premiers « concepts » et des premiers « happenings »...

    Jean Clair est de ceux qui écrivent, avant les autres, sur la nouvelle génération d'artistes, les Buren, Boltanski, Sarkis, Le Gac, Viallat, dans une revue que venait de fonder Aimé Maeght, Les Chroniques de l'art vivant, et qu'il dirigea de 1969 à 1975. Cette revue, qui vit le jour avant Art Press (1972) était un lieu d'observation privilégié pour rendre compte des mutations qui agitaient le milieu de l'art, tant dans les arts plastiques, que dans la musique, le cinéma et la danse.Parallèlement, il écrit dans la NRF à propos des grandes manifestations internationales, Biennale de Venise et Documenta et, à mesure, prend de plus en plus ses distances par rapport à cette avant-garde qui s'institutionnalise avant de devenir, à ses yeux, sous le nom d'« art contemporain » ce qu'avait été l'art pompier pour les amateurs fortunés du XIXe siècle.

    Les chroniques consignées dans ce livre témoignent d'une époque où, sous l'influence des États-Unis qui promeuvent et vendent un art autochtone qui balaie l'art ancien, essentiellement européen, un nouveau marché se crée, de plus en plus spéculatif, qui ne cessera de s'étendre de New York à Moscou et de Venise à Pékin, destiné à une riche oligarchie internationale.

  • Qu'en est-il du temps dans l'oeuvre de Michel Butor ? Carlo Ossola le questionne à partir de quatre axes : le premier, la forme d'écriture qu'il a choisie dans L'Emploi du temps qui prend en compte le « croisement », la « superposition », les « glissements temporels » que chacun expérimente dans sa propre vie ; le deuxième, l'héritage de Fourier, à savoir comment peut-on penser l'univers sans l'humanité qui compte le temps ; le troisième, peut-on pallier l'insuffisance de temps par l'espace et comment Butor crée une véritable philosophie du « chronotope », c'est-à-dire de l'alliance du temps-espace. Enfin, le quatrième, les instants de jaillissement que constituent les Improvisations, terme emprunté au langage musical.

  • En dénonçant le capitalisme financier comme un terrorisme planétaire, Claude Mineraud désigne un système qui engendre la terreur politique - définition du terrorisme attestée depuis 1794, d'après le Robert.
    Le capitalisme financier, nous dit-il, est né des faramineux besoins de financement de la haute technologie. Les capitaux colossaux nécessaires à celle-ci ont entraîné la création d'un marché mondialisé et dérégulé qui a lui-même engendré un mouvement de concentration et de spéculation autour des entreprises car de telles masses d'argent ne semblaient pouvoir prendre appui que sur des « géants » justifiant d'énormes chiffres d'affaire.
    En pratiquant le rachat ou l'absorption des entreprises de même type, les grands groupes, constitués en multinationales, et les investisseurs institutionnels, tels les fonds de pension, créent le cadre légal indispensable à une mécanique de fuite en avant exponentielle, tuant ainsi l'économie réelle et capturant les ressources vitales de la planète : l'eau, le pétrole, l'électricité, les terres des pays pauvres qu'ils affament, les condamnant à la misère et aux dictatures les plus abjectes.

  • Adonis, le grand poète arabe, plusieurs fois nominé pour le Prix Nobel de Littérature, donne des articles sur les conflits du Proche-Orient dans la presse internationale, aussi bien dans le monde arabe qu'en Europe occidentale et en Chine. Il nous est apparu indispensable d'entendre la voix d'Adonis sur les révolutions arabes et sur la situation actuelle en Syrie en donnant à lire au public français un ensemble de ses interventions parues à l'étranger. Il nous explique le leurre total, partout répandu, qu'il puisse y avoir une révolution progressiste en terre arabe sans une rupture radicale avec la religion. Que la religion musulmane, dans son interprétation prégnante, est intrinsèquement incompatible avec les droits de l'homme et les libertés de la femme, parce qu'elle nie l'autre et la différence. Il nous montre, à travers l'histoire, le pourquoi et le comment de cette incompatibilité fondamentale et nous met en garde devant les discours fallacieux qui nient cette évidence.
    Adonis est né en 1930 dans le nord de la Syrie. Il est initié très tôt, par son père paysan et fin lettré, à la langue du Coran et à la culture arabe. Il publie ses premiers poèmes à dix-sept ans. Après des études de philosophie à l'université de Damas, il s'exile à Beyrouth, où il fonde avec Yûsuf al-Khâl le groupe Chi'r (Poésie) et la revue du même nom qui aura une forte influence sur la littérature arabe contemporaine. Il a publié une douzaine de recueils de poèmes et plusieurs essais.

    Tratuit de l'arabe par Ali Ibrahim et préfacé par Philippe Sergeant.

  • La disgrâce de Nicolas Fouquet, surintendant des Finances de Louis XIV, a fasciné les écrivains, d'Alexandre Dumas à Paul Morand. Que nous dit Pierre Lepère en s'attachant à son tour au flamboyant ministre déchu ? Qu'il n'y a qu'un pas entre le sommet de la gloire et le fond du gouffre. Que le pouvoir - sa quête et son exercice - a beaucoup à voir avec le donjuanisme et que les perdants, tel Napoléon à Sainte-Hélène, sont magnifiques surtout quand ils ont connu des victoires éclatantes. Dans ce roman construit en cinq actes, Pierre Lepère met en scène un héros contradictoire, égaré, dépassé par le monde nouveau qui surgit, un aventurier de l'esprit, un mystique qui rêve d'être ermite et qui le lendemain se fait démon. « Nicolas » n'était-il pas le nom que le peuple donnait couramment au diable ?
    Poète, romancier et essayiste, Pierre Lepère renoue ici avec la veine de ses romans ancrés dans l'Histoire : L'Héritage de la nuit, Monsieur d'ailleurs, Le Petit Anarchiste (La Différence) et La Jeunesse de Molière (Folio junior).

  • « La poésie baigne l'oeuvre de Mohammed Dib, dont la langue et les thèmes ne cessent de tendre à une sorte de plénitude. Des Terrasses d'Orsol on voit très bien se déployer, avec les ressources d'un lyrisme très sûr, cet horizon captivant à force d'incertitude, troublant par sa beauté et qui est le sien depuis toujours. On peut songer au Rivage des Syrtes. Mais le roman de Dib recèle plus de folie, et plus d'inquiétude aussi que la grande fable de Gracq. On y est pris par un charme, par le pouvoir d'évocations radieuses, par le tragique éclatant d'une disparition : identité, mémoire. Il serait temps, enfin, de consacrer la permanence d'un talent. »
    Claude Michel Cluny, Le Quotidien de Paris.

  • En décrivant la société contemporaine, Balzac transforme la vision que le jeune français en a ; il lui révèle l'étendue de la maladie dont elle est atteinte. Dans les Études philosophiques, il essaie d'aller plus loin, de donner des figures très fortes qui montrent, et fassent comprendre, les causes de cette maladie. Balzac considère qu'il a lui-même du génie et qu'il réussit cependant, malgré toutes les difficultés, à agir sur son époque. Il parvient à composer son oeuvre et à la publier. Mais un génie supérieur risquerait d'avoir des difficultés tellement grandes qu'il ne pourrait même pas publier ses oeuvres, voire "à la limite" les écrire. Cet ensemble de récits qui poussent "à la limite" un certain nombre d'expériences fondamentales pour en faire des mythes, sont des fictions au second degré qui constituent la réflexion de Balzac sur sa propre oeuvre.
    Improvisations sur Balzac I, Le Marchand et le Génie s'inscrit dans une série de six volumes consacrés à une forme inédite de critique littéraire mettant en avant la liberté d'interprétation de la lecture. Liberté d'autant plus remarquable que les oeuvres étudiées sont notoires : Flaubert, Rimbaud, Balzac. Et Butor lui-même en « autre ». Tous ces livres ont la particularité d'être issus de cours dispensés à l'Université de Genève, enregistrés, transcrits puis entièrement réécrits.
    Les Improvisations sur Balzac de Michel Butor se déclinent elle-même en trois tomes qui constituent trois temps articulés de la lecture : Improvisations sur Balzac I - Le Marchand et le Génie, consacré aux récits philosophiques ; Improvisations sur Balzac II - Paris à vol d'archange, consacré à la ville de Paris dans les romans de Balzac et Improvisations sur Balzac III - Scènes de la vie féminine, consacré aux femmes de La Comédie humaine.

  • Improvisations sur Michel Butor constitue la plus intelligente introduction à l'oeuvre de Butor. À l'invitation des professeurs de l'Université de Genève qui lui demandent, en 1990-91, pour sa dernière année de cours avant la retraite, de clore le cycle des Improvisations (Flaubert, Balzac, Rimbaud ) en traitant des problèmes rencontrés par les écrivains français depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale en prenant pour exemple son propre parcours, Michel Butor y dévoile la naissance et le cheminement de son oeuvre.
    Il révèle ce qui a sous-tendu chacun de ses livres et quels en furent les soubassements. Écrits avec une grande simplicité, les textes qui composent ce volume sont passionnants et permettent de mesurer l'envergure du champ intellectuel qu'ils traversent. Véritable essai sur la littérature et sur Butor-écrivain, ces Improvisations sur Michel Butor permettent de le découvrir, lui qui se nomme, non sans humour, « L'illustre inconnu ».
    Improvisations sur Michel Butor s'inscrit dans une série de six volumes consacrés à une forme inédite de critique littéraire mettant en avant la liberté d'interprétation de la lecture. Liberté d'autant plus remarquable que les oeuvres étudiées sont notoires : Flaubert, Rimbaud, Balzac. Et Butor lui-même en « autre ». Tous ces livres ont la particularité d'être issus de cours dispensés à l'Université de Genève, enregistrés, transcrits puis entièrement réécrits.

  • « Il faut lire Le Crime du Padre Amaro. On aura vite fait de voir que le propos en dépasse celui de La Faute de l'abbé Mouret, de Zola : c'est que la question du célibat des prêtres est à la mode, comme celle de la vocation religieuse au sein d'une société où le prolétariat ainsi que la bourgeoisie se détournent de l'absolu, de la foi, de la méditation. Le "padre" d'Eça de Queiroz est un pauvre homme perdu entre sa croyance, les besoins charnels, la culpabilité, l'impossibilité de s'élever au-dessus de lui-même. Là où Zola - à la suite de Flaubert - est un prosélyte inspiré ou un dogmatique halluciné, le romancier portugais sait se montrer infiniment plus tragique, avec des accents qui annoncent Bernanos. »
    Alain Bosquet, Le Magazine littéraire
    Né à Póvoa de Varzim, petite ville du Nord du Portugal, en 1845, Eça de Queiroz fut consul à Paris de 1888 jusqu'à sa mort, en 1900, à Neuilly. L'oeuvre de cet immense écrivain (« un des plus grands de tous les temps », d'après Jorge Luis Borges) a petit à petit conquis un vaste public en France
    Roman traduit du portugais, présenté et annoté par Jean Girodon.

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