Le Bélial

  • Gotland

    Nicolas Fructus

    Il y a les terres de Gotland qui, par-delà les brumes d'un Haut Moyen Âge païen, recèlent un secret sans âge. Il y a la faille Maréchal, dans l'exultation d'un XIXe siècle conquérant, l'étrange Mémoire des mondes troubles et les portes qui s'y trouvent. Il y a enfin Forbach et son manoir Wallenberg, à l'orée du XXIe siècle, le mystère d'un homme, son passé, et ce qui se tapit dans la propriété familiale. Il y a le secret, le mystère, l'abîme, la révélation et ses terreurs. Trois lieux. Trois époques. Trois récits. Pour autant de traitements graphiques, Nicolas Fructus (auteur, illustrateur), Thomas Day (auteur) et Franck Achard (graphiste) conjuguent leur talent dans un livre d'art hommage à Howard Phillips Lovecraft, un objet d'une facture hors-norme à la démesure du projet : embrasser l'indicible.

  • C´est étrange comme les paysages les plus tristes, ternes, si pathétiquement humains, acquièrent dans leur déroulement, vus de la fenêtre du train qui nous emporte, un intérêt singulier. Les plans successifs s´animent sur le ciel immobile. Tout un décor de théâtre élisabéthain se met en branle, là, sous mes yeux. Et rien ne peut plus tout à fait être désigné comme laid ou vide, pas même les champs sans fin ou les banlieues en grisaille. Alors que la tête de mon horripilante filleule tangue contre ma cuisse - que, dans sa somnolence, elle a dû confondre avec l´accoudoir -, je songe aux précipitations de notre globe dans l´espace, à ses girations terribles, et je me dis que si nous en avions conscience, hurlant notre terreur comme la filleule hurlant à mon oreille à bord d´un wagonnet de montagnes russes, nous prêterions plus d´attention à ce monde et à nous même...

  • La première fois, ils venaient tout droit de la mine à ciel ouvert, Trager et les autres, les presqu'hommes plus âgés qui contrôlaient leurs cadavres à ses côtés. Cox était l'aîné et, en raison de son expérience, il avait déclaré, péremptoire, que Trager devait les accompagner, même s'il n'en éprouvait aucune envie. Un autre membre du groupe avait ri avant de faire remarquer que Trager ne saurait même pas comment s'y prendre. Mais Cox, le meneur, l'avait harcelé jusqu'à ce qu'il cède. Et, le jour de paie, Trager suivit les autres à la Maison des corps perdus, anxieux mais impatient, et, arrivé au bas de l'escalier, il remit son argent à un homme qui lui donna en échange la clé d'une chambre. Il entra dans la pièce obscure en tremblant, avec appréhension. Ses compagnons avaient gagné d'autres chambres, le laissant seul avec elle (non, ça, pas elle, ça, se rappela-t-il avant de l'oublier aussitôt) dans ce local gris et miteux avec une seule lampe fumeuse.

    George R. R. Martin Retour aux sources

  • Dans son souci, au fil des numéros et depuis plus de 15 années, de tisser un panorama le plus complet possible du large champ des littératures de genre, Bifrost à toujours veillé à porter son regard aussi bien sur les auteurs francophones qu´étrangers, contemporains que classiques. Ainsi, après avoir abordé une immense référence anglophone, l´auteur de Dune, Frank Herbert, dans notre numéro 63, puis un jeune auteur français résolument moderne dans notre 64e livraison, en la personne de Jérôme Noirez (et avant de retourner du côté des fondateurs américains avec Isaac Asimov dans le Bifrost 66), notre 65e opus consacrera un large dossier à un auteur lui aussi francophone mais plus ancien, un écrivain quelque peu oublié (il écrit peu, et oeuvre qui plus est depuis des années dans le domaine du roman jeunesse pour l´essentiel), et pourtant ô combien attachant, le romancier français Christian Léourier. Déjà, en 1979, l´universitaire et critique littéraire Roger Bozzetto disait à son propos dans la revue Fiction : « On parle peu de Leourier, on a tort (...), il fait partie des auteurs français qui ont non seulement beaucoup à dire, mais qui le disent d'une manière originale, où la poésie est au service d'une vision du monde bien peu banale. » Pour mémoire, on rappellera que notre auteur fit ses débuts en littérature en 1972 dans la très prestigieuse collection « Ailleurs & demain » des éditions Robert Laffont avec le roman Les Montagnes du soleil, collection qui le publiera une second fois en 1979 avec le très beau La Planète inquiète. Son cycle le plus connu, « Lanmeur » (7 volumes), fut publié entre 1984 et 1994 aux éditions J´ai Lu. Depuis, il apparaît régulièrement au catalogue d´éditeurs aussi divers qu´Actes Sud, Nathan, Mango ou encore Bayard, mais presque exclusivement dans des collections jeunesse.

  • Il n´est aucun paysage africain plus grandiose que le pic neigeux du formidable Kilimandjaro, le point culminant du continent. On a tué le plus massif des éléphants connus sur son versant méridional, et pour les miens, Enkaï, notre dieu, résidait à son sommet. Par temps clair, on aperçoit ce mont de cent kilomètres à la ronde. Jadis, il accueillait un million d´animaux en sus du peuple masaï. Sous les acacias se côtoyaient l´éléphant, le buffle et le rhinocéros, tandis que le lion et le léopard guettaient l´antilope sans méfiance près des points d´eau. Nos manyattas couvraient les méplats de ses pentes. Tout cela remonte au lointain passé. Il n´y a plus d´animaux sur la montagne, ni guère de gens. De nos jours, les Masaïs habitent l´autre Kilimandjaro, dont on m´a chargé de vous parler. Mike Resnick, Kilimandjaro

  • Mai 1939. De retour à Berlin après une expédition en Bolivie, l'officier SS Friedrich Saxhäuser est convoqué par Heinrich Himmler. Le Reichsführer confie à Saxhäuser une mission somme toute anodine : accompagner l'archéologue Joachim Schmundt en Irak, dans le but officieux de nouer des alliances avec les tribus locales. Mais d'où lui vient cette impression d'être sans cesse suivi ?
    -épisode gratuit-

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