P.O.L

  • Yoga

    Emmanuel Carrère

    C'est l'histoire d'un livre sur le yoga et la dépression. La méditation et le terrorisme. L'aspiration à l'unité et le trouble bipolaire. Des choses qui n'ont pas l'air d'aller ensemble, et pourtant : elles vont ensemble.

  • «Le Centre hospitalier holistique de Tourmens est un hôpital public. On y reçoit et on y soigne tout le monde, sans discrimination et avec bienveillance. Mais les préjugés envers son approche féministe et inclusive des soins et de l'enseignement sont tenaces.
    Depuis sa création, en 2024, les hommes qui s'enrôlent à l'École des soignantes du CHHT n'ont jamais été nombreux : l'année où j'ai commencé ma formation, j'étais l'un des rares inscrits. J'espère que nous ne serons pas les derniers.
    Je m'appelle Hannah Mitzvah. Aujourd'hui, 12 janvier 2039, je commence ma résidence. L'officiante de l'unité à laquelle je suis affecté se nomme Jean ("Djinn") Atwood. C'est une figure légendaire de la santé des femmes.
    Je me demande ce qu'elle fait chez les folles.»

  • Arcadie

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Prix Inter 2019
    "Si on n'aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse."
    Farah et ses parents ont trouvé refuge en zone blanche, dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au monde extérieur tel que le façonnent les nouvelles technologies, la mondialisation et les réseaux sociaux. Tendrement aimée mais livrée à elle-même, Farah grandit au milieu des arbres, des fleurs et des bêtes. Mais cet Éden est établi à la frontière franco-italienne, dans une zone sillonnée par les migrants : les portes du paradis vont-elles s'ouvrir pour les accueillir ?

  • L'adversaire

    Emmanuel Carrère

    'Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand a tué sa femme, ses enfants, ses parents, puis tenté, mais en vain, de se tuer lui-même. L´enquête a révélé qu´il n´était pas médecin comme il le prétendait et, chose plus difficile encore à croire, qu´il n´était rien d´autre. Il mentait depuis dix-huit ans, et ce mensonge ne recouvrait rien. Près d´être découvert, il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard. Il a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
    Je suis entré en relation avec lui, j´ai assisté à son procès. J´ai essayé de raconter précisément, jour après jour, cette vie de solitude, d´imposture et d´absence. D´imaginer ce qui tournait dans sa tête au long des heures vides, sans projet ni témoin, qu´il était supposé passer à son travail et passait en réalité sur des parkings d´autoroute ou dans les forêts du Jura. De comprendre, enfin, ce qui dans une expérience humaine aussi extrême m´a touché de si près et touche, je crois, chacun d´entre nous.'

  • Le royaume

    Emmanuel Carrère

    Le Royaume raconte l'histoire des débuts de la chrétienté, vers la fin du Ier siècle après Jésus Christ. Il raconte comment deux hommes, essentiellement, Paul et Luc, ont transformé une petite secte juive refermée autour de son prédicateur crucifié sous l'empereur Tibère et qu'elle affirmait être le messie, en une religion qui en trois siècles a miné l'Empire romain puis conquis le monde et concerne aujourd'hui encore le quart de l'humanité.
    Cette histoire, portée par Emmanuel Carrère, devient une fresque où se recrée le monde méditerranéen d'alors, agité de soubresauts politiques et religieux intenses sous le couvercle trompeur de la pax romana. C'est une évocation tumultueuse, pleine de rebondissements et de péripéties, de personnages hauts en couleur.
    Mais Le Royaume c'est aussi, habilement tissée dans la trame historique, une méditation sur ce que c'est que le christianisme, en quoi il nous interroge encore aujourd'hui, en quoi il nous concerne, croyants ou incroyants, comment l'invraisemblable renversement des valeurs qu'il propose (les premiers seront les derniers, etc.) a pu connaître ce succès puis cette postérité. Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que cette réflexion est constamment menée dans le respect et une certaine forme d'amitié pour les acteurs de cette étonnante histoire, acteurs passés, acteurs présents, et que cela lui donne une dimension profondément humaine.
    Respect, amitié qu'Emmanuel Carrère dit aussi éprouver pour celui qu'il a été, lui, il y a quelque temps. Car, comme toujours dans chacun de ses livres, depuis L'Adversaire, l'engagement de l'auteur dans ce qu'il raconte est entier. Pendant trois ans, il y a 25 ans, Emmanuel Carrère a été un chrétien fervent, catholique pratiquant, on pourrait presque dire : avec excès. Il raconte aussi, en arrière-plan de la grande Histoire, son histoire à lui, les tourments qu'il traversait alors et comment la religion fut un temps un havre, ou une fuite. Et si, aujourd'hui, il n'est plus croyant, il garde la volonté d'interroger cette croyance, d'enquêter sur ce qu'il fut, ne s'épargnant pas, ne cachant rien de qui il est, avec cette brutale franchise, cette totale absence d'autocensure qu'on lui connaît.
    Il faut aussi évoquer la manière si particulière qu'a Emmanuel Carrère d'écrire cette histoire. D'abord l'abondance et la qualité de la documentation qui en font un livre où on apprend des choses, beaucoup de choses. Ensuite, cette tonalité si particulière qui, s'appuyant sur la fluidité d'une écriture certaine, passe dans un même mouvement de la familiarité à la gravité, ne se prive d'aucun ressort ni d'aucun registre, pouvant ainsi mêler la réflexion sur le point de vue de Luc au souvenir d'une vidéo porno, l'évocation de la crise mystique qu'a connu l'auteur et les problèmes de gardes de ses enfants (avec, il faut dire, une baby-sitter américaine familière de Philip K. Dick...).
    Le Royaume est un livre ample, drôle et grave, mouvementé et intérieur, érudit et trivial, total.

  • Les porteurs d'eau

    Atiq Rahimi

    11 mars 2001 : les Talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan.
    Le même jour basculent la vie d'un porteur d'eau à Kaboul et la vie d'un exilé afghan entre Paris et Amsterdam.

  • «Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.»

  • «À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari.
    Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire?
    C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère);
    Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai.» Emmanuel Carrère.

  • La douleur

    Marguerite Duras

    La dernière guerre, Marguerite Duras l'a vécue tout à la fois comme femme dont le mari avait été déporté, comme résistante, mais aussi, comme écrivain. Lucide, étonnée, désespérée parfois, elle a, pendant ces années, tenu un journal, écrit des textes que

  • Hervelino

    Mathieu Lindon

    "Vous êtes puni, Hervé Guibert ?" l'abordai-je alors qu'il se tenait à l'écart lors d'une petite réception, et nous devînmes amis.
    À la fin de sa vie, nous nous sommes retrouvés ensemble un an durant, en fait deux, à la Villa Médicis, à Rome.
    Je n'ai pas l'ambition de raconter toute notre amitié - mais ces années romaines, soudain, oui.

  • L'applatissement de la terre ; le monde et son contraire Nouv.

    Certains des textes regroupés dans L'Aplatissement de la Terre ont été écrits pendant la pandémie et le premier confinement en France, d'autres non, tous donnent des nouvelles du monde, monde souvent réduit, divisé, meurtri, mais où une parole peut toujours se déployer, raconter une histoire, et chercher à sa façon la rencontre.

  • Crac

    Jean Rolin

    "Entre Lawrence et moi, il y a au moins ceci de commun qu'à un peu plus d'un demi-siècle de distance, nous avons passé l'un et l'autre une partie de notre enfance à Dinard."
    De là à vouloir partager avec le futur Lawrence d'Arabie quelque chose de plus, et à partir sur ses traces, aujourd'hui, parmi les forteresses croisées du Moyen-Orient...

  • La robe blanche

    Nathalie Léger

    Il y a quelques années, Nathalie Léger découvre une histoire qui l'intrigue et la bouleverse : une jeune artiste, Pippa Bacca, qui avait décidé de se rendre en autostop de Milan à Jérusalem en robe de mariée, pour porter un message de paix dans les pays en conflit ou en guerre, est violée et assassinée par un homme qui l'avait prise en voiture au sud d'Istanbul. La narratrice découvre que cette histoire vraie qui la touche tant en accompagne ou en révèle une autre, la sienne. Elle comprend que sa mère lui demande la même chose : réparer sa propre histoire blessée en racontant son mariage, l'ordinaire de ce qui s'est passé, l'échec, l'abandon, les larmes, en exposant l'injustice de son divorce.
    Mais si une robe de mariée ne Suffit pas à racheter les souffrances de l'humanité, les mots pourront-ils suffire à rendre justice aux larmes d'une mère ?

  • Limonov

    Emmanuel Carrère

    « Limonov n'est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l'underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l'immense bordel de l'après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d'un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement.

    C'est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d'aventures. C'est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

  • L'espérance de vie de l'amour, c'est huit ans. Pour la haine, comptez plutôt vingt. La seule chose qui dure toujours, c'est l'enfance, quand elle s'est mal passée.

  • Le jour baisse, dixième volume de mon journal, couvre quatre années, de 2009 à 2012. Dans les volumes précédents, je veillais à peu parler de moi. Ici, je m'exposedavantage, parle de ce que j'ai longtemps tu : mon épouse, sa famille, mes rapports avec celle-ci. Je relate ce que fut mon année préparatoire aux études de médecine, ma seconde session à cet examen. Une angoisse indicible. Échouer aurait été pour moi une tragédie. Arrêt des études et engagement dans l'armée.
    Pendant cette année, à mon école d'enfants de troupe, j'ai eu des rapports difficiles avec un capitaine. Plus le rugby, plus une ardente faim de vivre, plus des tentations, plus un grand désordre dans la tête et dans le coeur.

  • Le pont de Bezons

    Jean Rolin

    Il soufflait un léger vent, des joggers couraient, torse nu pour certains, des trottinettes et des vélos s'efforçaient de les éviter, et deux filles assez belles, me sembla-t-il, se partageaient sur le quai une pizza, l'une d'elles assise de telle sorte que je la crus tout d'abord unijambiste, éprouvant de ce fait un élan de pitié dont je me retrouvai embarrassé par la suite.
    Bientôt un fin croissant de lune s'éleva au-dessus de Bezons, dans un ciel où se diluaient les teintes excessives du couchant.

  • Médecine générale

    Olivier Cadiot

    Tu te rends compte ce qu'on a dû encaisser pour te suivre : rêver de hold-up, bâtir une nouvelle abbaye, transformer le paysage, fonder une religion, faire du théâtre, réparer une maison, écrire un livre avec la vraie vie des gens, etc. C'est délirant. Comme si tout ça allait nous guérir. Alors qu'on n'est pas malade.

  • Paula Modersohn-Becker voulait peindre et c'est tout. Elle était amie avec Rilke. Elle n'aimait pas tellement être mariée. Elle aimait le riz au lait, la compote de pommes, marcher dans la lande, Gauguin, Cézanne, les bains de mer, être nue au soleil, lire plutôt que gagner sa vie, et Paris. Elle voulait peut-être un enfant - sur ce point ses journaux et ses lettres sont ambigus. Elle a existé en vrai, de 1876 à 1907.

  • Syngué sabour, n.f. (du perse syngue «pierre», et sabour «patiente»). Pierre de patience. Dans la mythologie perse, il s'agit d'une pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... On lui confie tout ce que l'on n'ose pas révéler aux autres... Et la pierre écoute, absorbe comme une éponge tous les mots, tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate... Et ce jour-là on est délivré.

  • Doggerland

    Elisabeth Filhol

    Il y a huit mille ans, une grande île s'étendait au milieu de la mer du Nord, le Doggerland. Margaret en a fait son objet d'étude. Marc aurait pu la suivre sur cette voie, mais c'est le pétrole qu'il a choisi. Il a quitté le département de géologie de St Andrews, pour une vie d'aventure sur les plateformes offshore. Vingt ans plus tard, une occasion se présente. Ils pourraient la saisir, faire le choix de se revoir. On dit que l'histoire ne se répète pas. Mais les géologues le savent, sur des temps très longs, des forces agissent à distance, capables de réveiller d'anciens volcans, de rouvrir de vieilles failles, ou de les refermer.

  • Une femme écrit au fond d'une forêt. Son corps et le monde partent en morceaux. Avant, elle était psychologue. Elle se souvient qu'elle rendait visite à une femme qui lui ressemblait trait pour trait, et qu'elle tentait de soigner un homme.

  • «La folie et l'horreur ont obsédé ma vie. Les livres que j'ai écrits ne parlent de rien d'autre.
    Après L'Adversaire, je n'en pouvais plus. J'ai voulu y échapper.
    J'ai cru y échapper en aimant une femme et en menant une enquête.
    L'enquête portait sur mon grand-père maternel, qui après une vie tragique a disparu à l'automne 1944 et, très probablement, été exécuté pour faits de collaboration. C'est le secret de ma mère, le fantôme qui hante notre famille.
    Pour exorciser ce fantôme, j'ai suivi des chemins hasardeux. Ils m'ont entraîné jusqu'à une petite ville perdue de la province russe où je suis resté longtemps, aux aguets, à attendre qu'il arrive quelque chose. Et quelque chose est arrivé : un crime atroce.
    La folie et l'horreur me rattrapaient.
    Elles m'ont rattrapé, en même temps, dans ma vie amoureuse. J'ai écrit pour la femme que j'aimais une histoire érotique qui devait faire effraction dans le réel, et le réel a déjoué mes plans. Il nous a précipités dans un cauchemar qui ressemblait aux pires de mes livres et qui a dévasté nos vies et nos amours.
    C'est de cela qu'il est question ici : des scénarios que nous élaborons pour maîtriser le réel et de la façon terrible dont le réel s'y prend pour nous répondre.»

  • Ellis island

    Georges Perec

    «Ce que moi, Georges Perec, je suis venu questionner ici,
    c'est l'errance, la dispersion, la diaspora.
    Ellis Island est pour moi le lieu même de l'exil,
    c'est-à-dire
    le lieu de l'absence de lieu, le non-lieu, le nulle part.
    c'est en ce sens que ces images me concernent, me
    fascinent, m'impliquent,
    comme si la recherche de mon identité
    passait par l'appropriation de ce lieu-dépotoir
    où des fonctionnaires harassés baptisaient des
    Américains à la pelle.
    ce qui pour moi se trouve ici
    ce ne sont en rien des repères, des racines ou des
    traces,
    mais le contraire : quelque chose d'informe, à la
    limite du dicible,
    /> quelque chose que je peux nommer clôture, ou scission,
    ou coupure,
    et qui est pour moi très intimement et très confusément
    lié au fait même d'être juif»

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