Presses Universitaires de France

  • Depuis l'effondrement du mythe du Progrès au cours du XXe siècle, tous les champs de la culture se sont confrontés à une réflexion éthique. En tant que méthode thérapeutique, la psychanalyse ne pouvait échapper à l'éthique séculaire médicale, tout comme actuellement à l'éthique du soin. Mais en tant que méthode basée sur le transfert de motions pulsionnelles, c'est l'« homme de l'éthique », avec ses valeurs morales et esthétiques, qui l'interpelle et la contraint à préciser ses principes spécifiques. La révélation par la règle fondamentale des multiples transgressions possibles, qu'elles soient agies ou internes au fonctionnement psychique lui-même, leur pouvoir de contagion contre-transférentielle, exige de l'analyste qu'il les reconnaisse et les interprète en tant que telles. La formule de Freud, « sincérité totale contre discrétion absolue », soutient cette exigence d'avoir à côtoyer et penser le transgressif plutôt que de le bannir et le condamner.

  • En 1926 un petit groupe de neuf personnes fondait la Société psychanalytique de Paris avec le projet de diffuser en France la pensée freudienne. Quatre-vingts ans plus tard, nous pouvons constater le succès de leur ambition, malgré les scissions et les conflits intervenus dans le mouvement psychanalytique. Ce volume présente les "avancées" de la psychanalyse dans quatre champs principaux : le rapport vivant entre psychanalyse et psychiatrie, la valeur thérapeutique irremplaçable de la cure psychanalytique classique, le domaine du culte porté au corps et enfin celui des changements dans les conceptions actuelles de la maternité.

  • Freud considérait que le complexe d'OEdipe était au coeur de la clinique des névroses et y voyait un fondement décisif de la société. Mais aujourd'hui l'OEdipe se révèle-t-il toujours aussi scandaleux ou bien devient-il une référence banalisée dans notre culture ? Cette monographie se propose de réinterroger l'universalité et l'actualité du complexe d'OEdipe, à travers ses déclinaisons dans le fonctionnement psychique, dans la clinique contemporaine et dans la culture.

  • Ce volume tente de préciser les contours d'une notion, l'un des concepts fondamentaux de la psychanalyse, dont on pourrait aisément penser qu'elle va de soi, alors que les questions métapsychologiques sont nombreuses. Que dire de la relation entre pulsion et refoulement ? Que devient le refoulement dans la théorie freudienne après la mutation de 1920 et le relatif abandon de la perspective représentationnelle au profit de la réflexion sur les processus et le jeu des forces qui les engendre ? Quel statut épistémologique donner au concept de refoulement primaire ? Quelle est la place du refoulement dans la pratique analytique, notamment à côté du contre-transfert ? Comment penser sa place dans la cure analytique avec l'enfant ?

  • La compulsion de répétition se manifeste au cours de tout traitement psychique. Elle constitue la résistance la plus redoutable que puissent rencontrer l'analyste et son patient, mais elle contient aussi une potentialité de transformations en faveur du but des thérapies psychanalytiques. Ses raisons d'être ne cessent d'interroger les fondements de la métapsychologie.
    Ce volume réunit des contributions portant sur sa valeur, son intelligibilité et ses implications théoriques, ainsi que des études basées sur le travail de séance et les difficultés rencontrées par les différents cliniciens. Tous partagent le même souci technique et thérapeutique. Comment permettre aux diverses modalités de compulsions de servir les visées de la psyché, de porter la vie pulsionnelle vers des expressions issues d'un processus de mentalisation ?

  • L'interprétation est l'instrument technique par excellence des traitements psychanalytiques. Sa formulation, son objet, sa temporalité sont une préoccupation constante des analystes du fait que de nombreux facteurs s'opposent à son efficacité.
    Mais l'interprétation est d'abord une opération psychique qui relève de la pensée commune, de la causalité, du rêve, de la théorisation. Une telle présence au sein de la pensée humaine souligne sa fonction psychique essentielle et impose de faire un détour par l'herméneutique, la traduction, la musique, l'art. Du point de vue de la pulsion, il n'y a pas d'acte mental qui ne soit une interprétation. Dans tous les cas, il s'agit d'interpréter des motions inconscientes, de les dissimuler de façon à les faire entendre. La psychanalyse a pour visée de les formuler, d'où une déception qui s'élève contre l'interprétation psychanalytique.

  • La psychanalyse, dès lors qu'elle s'est construite - d'abord à partir de la compréhension du symptôme hystérique, puis à travers l'interprétation des rêves - sur l'étude du conflit entre le désir inconscient et l'interdit, ne pouvait que rencontrer la question de la limite et de la transgression. Mais elle ne pouvait pas ne pas la rencontrer aussi au coeur même de son exercice : le transfert, rappelle Pontalis, est un « agir », le transfert est une passion, au point que, comme Freud l'a souligné dans ses Observations sur l'amour de transfert, « la scène a entièrement changé, tout se passe comme si quelque comédie eût été soudainement interrompue par un événement réel, par exemple comme lorsque le feu éclate pendant une représentation théâtrale ».
    L'idée de transgression n'est toutefois pas à proprement parler un concept psychanalytique, puisqu'elle concerne la normalité et la normativité sociale ; elle n'intéresse la psychanalyse que dans la mesure où la différenciation du psychisme en instances donne à l'interdit un statut psychique, interne, lié au développement du Surmoi.
    La transgression comprise ainsi concerne toutes les dimensions de la vie humaine : création, sublimation, sexualité, que le sujet soit pris isolément ou dans le réseau de ses appartenances groupales et institutionnelles.

  • Le conflit psychique est l'un des organisateurs majeurs de la psyché, il se présente le plus souvent comme une opposition entre deux termes, expression manifeste d'un conflit sous-jacent plus fondamental. La diversité des situations thérapeutiques abordées dans cet ouvrage (de la cure classique à la cure de l'enfant, en passant par des situations non-névrotiques) devrait aider à enrichir ce concept fondamental dans la théorisation de la pratique psychanalytique.

  • Entre interdit et tabou, la frontière est floue, ainsi retrouve-t-on dans la pensée freudienne une origine commune à ces deux concepts et une fonction identique, celle d'organiser le psychisme par rapport aux effets de la pulsion. Pourtant leur nécessité psychique n'a pas les mêmes racines et leur différence intéresse deux registres distincts de l'altérité. Ces questions sont traitées par les auteurs de ce volume.

  • Depuis la nuit des temps, les hommes racontent leurs rêves au réveil, les poètes et écrivains y puisent leur inspiration, les contes d'enfance en recèlent les frayeurs. La psychanalyse a hérité de cette tradition et le récit de rêve est devenu, à travers son interprétation, la voie royale de l'inconscient. Les auteurs confrontent diverses modalités du travail psychique nocturne et diurne, présentent les lois du travail de rêve, les modes spécifiques de pensée de la séance, en particulier la parole d'incidence.

  • Les nosographies n'ont pas bonne presse, et ceux qui s'y intéressent non plus. Mais la plus pernicieuse d'entre toutes n'est-elle pas justement celle qui risquerait d'être la nôtre si nous devions nous appuyer, sans le dire, sur une taxonomie floue et prétendument consensuelle ?
    Dans son ensemble, ce livre s'organise en deux mouvements. Le premier propose une nosographie psychanalytique fondée sur l'oeuvre de Freud. On verra l'éclairage singulier qu'elle offre sur la pratique quotidienne. Le second aborde différents registres de la pathologie (les psychoses, les états limite, les pathologies psychosomatiques, la pathologie de l'enfant) en y dégageant les principes organisateurs du champ. Pour conclure, l'un des auteurs revient sur ce que la nosographie représente comme enjeu de pensée dans le parcours d'une vie d'analyste au contact des réalités cliniques et institutionnelles.

  • Dès 1905, et jusqu'en 1938, Freud a tenté de comprendre la nature des mécanismes psychiques inconscients qui sous-tendent les conduites sexuelles fétichistes et en a construit des versions successives marquées par l'évolution de ses théorisations métapsychologiques. Après avoir mis en évidence les liens des perversions avec les avatars du développement sexuel de « l'enfant pervers polymorphe » puis proposé, en 1909, d'aborder la dynamique spécifique du fétichisme en termes de « dissociation » d'un complexe refoulé, il en arrive 1927, dans « Le fétichisme », à une théorie radicalement nouvelle centrée sue l'idée d'une modification de la topique du moi chez certains petits garçons confrontés, à la phase phallique, à la perception de l'altérité sexuée de leur mère : un déni de celle-ci aurait lieu sous l'effet de l'angoisse de castration insurmontable, entraînant un clivage du moi et la construction d'un fétiche afin de soutenir le déni. En 1938 (« Le clivage du moi dans le processus de défense »), Freud revient sur une singularité du clivage du moi fétichiste, lequel « oscille en va-et-vient entre déni et reconnaissance ».
    Par la suite, beaucoup d'auteurs postfreudiens ont élargi et complexifié la causalité freudienne de la terreur de la castration en introduisant l'existence simultanée d'importantes angoisses de séparation, de fixations à certains plaisirs prégénitaux (en particulier anaux), ou d'angoisses archaïques concernant la mère toute-puissante, tout en restant centrés sur les conduites sexuelles fétichistes.
    Cette monographie se proopose de réinterroger la fonction des formations fétichiques dans l'économie psychique globale, au-delà des pratiques sexuelles et au-delà du masculin, selon une approche extensive et dans une conception non structurale reflétant les courants de pensée contemporains issus des problèmes posés par les cliniques actuelles.

  • Dans la vie quotidienne, l'inquiétante étrangeté advient quand soudain le sujet ne se reconnaît plus dans ce que pourtant il perçoit. Est étrangement inquiétant tout fragment de réalité qui revient comme symptôme. Mais qu'est-ce alors qui fait retour ? Est-ce une représentation refoulée ? Un mode de pensée censément dépassé (témoignant de l'échec de son surmontement) ? Ou s'agit-il d'une répétition qui trahit un au-delà du principe de plaisir ?
    De manière générale, l'inquiétante étrangeté se laisse aisément définir comme affect. Mais elle se dérobe souvent lorsqu'on tente de la rapporter à un processus défini. Aussi, pour la penser au plus près, faut-il partir de la clinique.
    Dans cet ouvrage, certains auteurs se sont astreints à confronter leur interprétation des textes fondateurs de l'oeuvre freudienne à des moments particuliers de cures marqués par l'émergence de cet affect singulier, tant dans le transfert que dans le contre-transfert.
    Toutefois, la cure n'est pas le seul registre clinique où s'observe l'inquiétante étrangeté. Elle se manifeste également dans la création artistique et dans la vie quotidienne à certains moments décisifs où le sujet se réorganise (l'adolescence, notamment).
    Le lecteur verra comment la réflexion sur une expérience souvent déroutante vient éclairer après coup la notion, et découvrir la diversité des perspectives ouvertes par ce concept freudien dont la richesse et la fécondité n'ont pas fini de surprendre.

  • Première approche globale et cohérente du psychisme humain, la psychanalyse se trouve aujourd'hui confrontée à des approches concurrentes. Peut-elle pour autant ignorer les apports des neurosciences et des cognitivismes ? Face à ceux qui prétendent nier l'inconscient et les acquis de la théorie freudienne, les auteurs de cet essai témoignent de la capacité de la psychanalyse à s'ouvrir et à se renouveler.

  • Les 29 et 30 mars 2008, se tenait au musée du quai Branly un colloque réunissant des anthropologues et des psychanalystes autour du thème de l'animisme.
    L'originalité de ce colloque a reposé en grande partie sur sa méthodologie. Si les rencontres que psychanalystes et anthropologues avaient tenues par le passé ont été fortement marquées par des discussions épistémologiques, par exemple autour de l'opposition entre structure et histoire, cette rencontre-ci s'est constituée autour d'une méthode de travail nouvelle dans ce type d'échanges : il s'est agi, aussi bien pour les anthropologues que pour les psychanalystes, de discuter à partir du « matériau » de leurs pratiques respectives - clinique analytique pour les psychanalystes, matériel de terrain pour les anthropologues. Ainsi, il n'était pas dans notre préoccupation de trouver à tout prix un consensus, nécessairement trompeur, mais bien plutôt de se laisser surprendre et interroger par nos modes de pensée et d'approche différents. Nous souhaitons faire partager au lecteur la surprise et le bonheur de cette heureuse rencontre.

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