Presses Universitaires de France

  • La violence des tensions liées à la situation, malcommode pour le médecin et sidérante pour le patient, d'une annonce de maladie, marque bien souvent le véritable début de la maladie pour le patient et fragilise la relation médicale. Elle est d'autant plus choquante que ce sont ici les mots, qu'on oppose habituellement à la violence, qui ont des effets délétères. Cela explique que la maladie puisse être mal annoncée, ajoutant au mal déjà présent. Il s'agit alors de rappeler que le langage a bien une origine éthique : on parle à autrui dans la perspective d'une sollicitude pour lui. Annoncer demande de renouer sans cesse avec cette origine et exige un engagement à chaque fois renouvelé du médecin, qui doit lui-même être soutenu dans cette épreuve.

  • Est-ce une sombre dialectique que de vouloir penser le soin à l'ombre de la mort ? La question est médicale, elle est aussi métaphysique. Elle instille au coeur du soin le plus technique, précis et rigoureux, des enjeux éthiques, mais aussi existentiels. Ils lestent la décision médicale et l'agir soignant d'une densité nouvelle : une méditation sur la condition mortelle de l'homme souffrant. Autour d'une analyse de Vladimir Jankélévitch, qui n'a pas connu ce que nous appelons aujourd'hui les soins palliatifs, mais qui a longuement médité sur la mort, médecins, oncologues, sociologues, bénévoles d'accompagnement et philosophes dialoguent et font résonner ses analyses, en leur donnant une nouvelle actualité. En effet, si pour tout homme « mors certa, hora incerta » - la mort est certaine, mais l'heure incertaine -, c'est encore plus vrai lors d'une maladie évolutive et incurable. Entre la certitude du fait et l'incertitude de la date s'engouffre l'espérance indéterminée, avec laquelle l'agir soignant et l'existant malade composent. N'est-ce pas alors le sens du soin que d'être une clinique de l'incertitude ?

  • Symboles par excellence d'une médecine qui sauve des vies, les unités hospitalières de réanimation et de soins intensifs portent également à leur paroxysme le danger d'une déshumanisation des soins. Dans l'imaginaire collectif, cette médecine démiurge apparaît sous un double visage : elle redonne la vie, mais est aussi le possible lieu de l'acharnement thérapeutique, de pratiques froides et impersonnelles. Les patients se retrouvent dépendants de machines, observés et soumis à des procédures multiples, objets de soins dont la finalité avouée est la prise de contrôle de l'organisme. Ici plus qu'ailleurs, l'opposition entre technique et relation apparaît éclatante. Pourtant, à regarder de plus près le travail d'une unité de soins intensifs, les choses ne sont pas si simples. Cet ouvrage nous invite à réinterroger les liens entre technique et relation dans les pratiques soignantes.

  • Le lien entre soin et politique est primordial aujourd'hui. Mais il ne faut pas s'y tromper. Il ne s'agit pas de réduire le politique à un aspect minimal du soin, ni de lui confier tout le soin, maximal, de nos vies ! En réalité, le soin a plusieurs dimensions - secours, mais aussi soutien, travail (social), solidarité (juste), souci (du monde) - et chacune appelle une politique. Ainsi, non seulement le soin ne peut se penser sans le politique, mais ses différents aspects redonnent tout leur sens aux différentes tâches de la politique aujourd'hui.
    Ce livre, bref et synthétique, vise à ouvrir un nouvel espace de travail théorique et pratique pour le moment présent.

  • Notre médecine, bien qu'ultra-performante, échoue trop souvent à soutenir les patients et leur entourage. Devenir médecin exige non seulement d'apprendre le fonctionnement de l'organisme et les mécanismes des maladies, mais aussi de s'interroger sur l'expérience des malades et l'art de soigner.
    L'analyse philosophique du chef-d'oeuvre d'Akira Kurosawa, Barberousse (1965), qui conte la formation clinique d'un jeune médecin, révèle précisément que l'essence de la médecine réside dans le soin, celui-ci incluant tout autant la compréhension et l'accompagnement des malades que la lutte contre les maladies. Plus largement, c'est l'apport de la narration et de la fiction cinémato­graphiques à la formation à l'éthique du soin que démontre cet ouvrage de philosophie destiné aux soignants, et aux soignés que nous sommes ou serons tous un jour.

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