Presses Universitaires de Vincennes

  • Aux États-Unis, le Land Art se développe à partir de 1968 sous la forme de sculptures monumentales situées dans des espaces volontairement éloignés des centres d'art. Dès lors, comment montrer au sein d'un lieu d'exposition ce qui à l'évidence se tient ailleurs, et qui parfois n'existe plus sur le site original ?
    Les aspects de ce problème à la fois artistique et institutionnel déterminent en définitive l'expérience même des spectateurs. Cet ouvrage propose d'examiner les implications théoriques de cette nouvelle manière d'appréhender les oeuvres, en confrontant les divers discours sur le Land Art, du récit de voyage aux critiques d'art de l'époque, des textes philosophiques aux écrits d'artistes. Il offre ainsi une réflexion sur notre rapport aux oeuvres d'art aux prises avec leur effacement.

  • En 1969, dans un contexte de fortes revendications sociales, des artistes décident d'oeuvrer dans la rue, au risque de passer inaperçus : ce sont les « Street Works ». À cette occasion, Vito Acconci décide de suivre chaque jour, durant vingt-trois jours, une personne différente dans les rues de New York jusqu'à ce qu'elle entre dans un lieu privé. C'est peut-être la première fois dans l'histoire de l'art qu'une oeuvre se doit de ne pas être vue en tant que telle. Elle se dérobe à toute visibilité artistique par le spectateur pour n'acquérir une reconnaissance qu'a posteriori.
    Pour explorer ce paradoxe entre imperceptibilité du geste et visibilité de l'oeuvre, cet ouvrage convoque différents cadres d'analyses, de la tradition littéraire aux philosophies de la modernité en passant par la psychanalyse. Ce faisant, il relie ces actions furtives semble-t-il novatrices à une tradition plus ancienne, à même d'appréhender leurs enjeux politiques et sociaux.

  • Ce recueil de textes inédits ou introuvables de Claudine Eizykman, flamboyante cinéaste théoricienne, constitue une refondation radicale de la théorie du cinéma, élaborée et approfondie de 1970 à 2018. Renversant les doctrines fondées sur les standards de la narration-représentation, elle part du principe cinématographique comme mouvement paradoxal dont elle situe l'expérience originaire dans les avant-gardes et le cinéma expérimental, qui deviennent des lieux à partir desquels construire une pensée productive sur le cinéma.
    Sa méthode holistique, ses concepts ciselés, ses lectures éclairées de la quasi-exhaustivité des grands textes philosophiques, scientifiques, esthétiques à propos du cinéma, de Bergson à Warhol, ses analyses affutées des films d'Alexeïeff, Anger, Eggeling, Fihman, Kubelka, Len Lye, Man Ray, Mekas, O'Neil, Richter, Snow, Willoughby, jusqu'à Men in Black ou Mulholland Drive, constituent à la lecture autant d'expériences de pensée en cinéma stimulantes et émancipatrices : une forme prenante et surprenante de film-après-coup.

  • Depuis le début du XXIe siècle, on observe l'apparition régulière de films minimalistes manifestant une réticence marquée envers le scénario, le récit, la parole, la musique et la psychologie. Qu'ils relèvent de la fiction, du documentaire, ou des deux à la fois, les films de quinze cinéastes du monde entier (Lisandro Alonso, Wang Bing, Alain Cavalier, Pedro Costa, Darejan Omirbaev, Béla Tarr, entre autres) sont ici analysés d'un point de vue esthétique et dramaturgique pour mieux mettre en évidence un geste soustractif.
    Moins d'histoire, moins de dialogues, moins de décors, ces caractéristiques manifestent une belle foi en l'art du cinéma et en sa capacité de suggestion.

  • Au début des années 1910, une société de production américaine invitait expressément ses acteurs à tourner le dos à la caméra. Il s'agissait d'en finir avec les regards dans l'objectif et d'appliquer au cinéma les préconisations de Diderot pour le théâtre : jouer en faisant mine que le spectateur n'existe pas, proscrire l'adresse au public.
    Mais même alors, les dos devaient rester discrets, les vues de dos ne pas trop durer. À moins d'être la promesse d'un retournement. Les affiches des blockbusters en font aujourd'hui un tel usage : ce que l'affiche refuse, le film l'offrira, et plus rien ne se dérobera à la vue du spectateur. Les dos des personnages doivent se faire oublier, encore et toujours. Abbas Kiarostami raconta un jour qu'à sa grande déconvenue, son chef opérateur mettait fin aux prises dès qu'un acteur tournait le dos trop longtemps : alors que le cinéaste trouvait intéressant de continuer à tourner « malgré » le dos, son collaborateur ne voyait pas l'intérêt de s'attarder sur des profils perdus.
    Que se passe-t-il, au cinéma, lorsqu'un dos se fait pure présence, attire l'oeil, se donne, pour un instant, plus ou moins bref mais intense, comme le tout de l'image ? Des plans troublants ont suscité cette question lancinante. Surgis de films de Hitchcock, Mizoguchi, Antonioni, Bauer, Depardon, Preminger, Huillet et Straub, Claire Denis, Tarkovski, Ozu ou encore Pascale Ferran, ils ont été les moments de vacillement d'où sont nées les études réunies ici.

  • Ce livre analyse des images réunies selon des associations libres, que provoque la vision de certains films. Au delà de l'observation et de la mémoire d'images déjà vues autrement et ailleurs, le spectateur devenu analyste repère tout un réseau de figures, mises au travail par le cinéma et qui forment la trame de l'ouvrage : le palimpseste, l'absence, le vide. Orson Welles et Béla Tarr, Leos Carax, Dziga Vertov et Raul Ruiz, les frères Larrieu et François Leterrier, Nuri Bige Ceylan, Olivier Assayas, Jonathan Glazer et Lasse Hallström, Billy Wilder, Jean-Luc Godard et André Téchiné ont tissé ces figures qui se saisissent comme des empreintes, se laissent décrypter comme des pensées de rêve. Maxime Scheinfeigel est professeure en esthétique et histoire du cinéma à l'Université Paul-Valéry-Montpellier 3. Elle a notamment publié Les Âges du cinéma. Trois parcours dans l'évolution des représentations filmiques (L'Harmattan, 2002), Visions de nuit (Cinergon, 2003), Jean Rouch (CNRS, 2008), Magie et cinéma (Armand Colin, 2008), Rêves et cauchemars au cinéma (Armand Colin, 2012).

  • Et si, du socle vide des places municipales, les statues disparues sous l'Occupation ressurgissaient du néant dans lequel l'histoire les a plongées ? Et si « des archives mortes, on pouvait tirer du sang chaud », pour reprendre les termes de Lucien Febvre évoquant la puissance des documents ? Les lieux et fonds d'archives sont, depuis Jules Michelet, irrigués par le pouvoir de résurrection du passé. Historiens, historiens de l'art, sociologues, conservateurs du patrimoine et artistes s'en saisissent et livrent ici leur pratique et interprétation du replay dans les arts - plastiques, chorégraphiques et de performance. La question de la recréation des oeuvres perdues ou immatérielles se situe à la rencontre des mondes de la création et du patrimoine. L'art contemporain, dans notre époque post-moderne, est d'autant plus créatif et inventif qu'il est moins amnésique.

  • Empreinte ou écran, évidence et opacité, la duplicité caractérise l'image : doublant l'objet, elle se dédouble elle-même, faisant jouer l'écart à soi de la visibilité sans pour autant admettre quelque recours de l'invisible. C'est ce paradoxe de l'image, omniprésente et sans être propre, qu'on s'attache à cerner ici, de Giacometti à Proust, de Giorgione à Godard, ou de Beckett à Balzac. En reliant le texte au tableau, et le tableau au film, on mesure l'amplitude esthétique d'une même hypothèse : visuel ou langagier, l'effet d'image libère la part de l'ombre dans les figures comme dans les signes, les amenant au regard en dérobant leurs traits et brisant les représentations en contribuant à les former. Jamais présente à soi, l'image est imaginaire. Echappant ainsi au concept, peut-être nous parle-t-elle de l'idée : tel serait le tour ultime d'une dissimulation que l'on a voulu rendre ici constitutive de l'idée même d'image.

  • Qu'est-ce que raconter aujourd'hui en littérature et dans les arts, avec les moyens et matériaux de l'art ? Et quel est le statut de ce qui est ainsi raconté : histoire, récit, énoncé, dispositif, agencement, installation ?

  • L'ouvrage propose une explication du terme baroque souvent utilisé pour qualifier le cinéma de Raoul Ruiz. Ce faisant, il livre aussi une étude esthétique de la sensibilité baroque.
    Le cinéma de Raoul Ruiz est souvent qualifié de baroque sans que soit expliqué en quoi consiste le "baroque cinématographique".
    Récits labyrinthiques, décors en trompe-l'oeil, personnages excentriques, les films de Raoul Ruiz abondent en thèmes et figures dites baroques. On y découvre aussi un processus spéculaire et ludique spécifiquement cinématographique. L'analyse est ainsi entraînée au-delà de la simple recension générique. Des Trois couronnes du matelot à Trois vies et une seule mort en passant par Généalogies d'un crime, elle met au jour les symptômes d'une expressivité trans-historique et intermédiatique.

  • Cet essai propose une étude des grandes peintures de nus réalisées par le peintre depuis les Demoiselles d'Avignon (1907) jusqu'aux derniers nus de 1972.
    Pour Picasso, il n'y avait que deux sortes de femmes, déesse ou paillasson. Au-delà de la misogynie et de la provocation, le propos renvoie à une tension qui s'instaure dans la représentation du corps féminin. Le conflit se noue à différents niveaux : celui d'une confrontation avec quelques mythes structurants (Vénus, Méduse, Baubô), celui d'une rencontre avec l'Histoire de l'Art (Rembrandt, Goya, Ingres, Manet, Courbet, etc.), celui d'un corps à corps avec l'image peinte. Ici, au risque de s'y perdre, l'auteur choisit de rester au plus près de la toile, d'en explorer les détails, d'en chercher les moindres craquelures pour observer comment le corps féminin devient peinture.

  • Approches philosophique, littéraire et esthétique autour de l'interrogation innovante et audacieuse de la notion fondamentale qu'est le sujet dans l'art.
    « Il n'y a pas de sujets. Il n'y a qu'un sujet : celui qui écrit. » Envisagées tant du point de vue de l'oeuvre que du point de vue de l'artiste, ces questions nous rejettent aux limites de la pensée esthétique, sur ces marges où se font et se défont aussi bien la stabilité de l'oeuvre que l'individuation du créateur. Or il est remarquable que ces marges soient les lieux qu'explorent par prédilection les artistes (Proust entre autres) et les philosophes (Kant, Deleuze... ).
    Ce volume emprunte les cheminements croisés de la littérature, de la philosophie et de l'esthétique pour mettre à l'épreuve l'idée d'un art sans sujet. Façons de cerner mieux la place et la nature de ce concept central et incertain, massif et fuyant, nécessaire et hasardeux?: le sujet de l'art.

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