Publie.net

  • Inlands

    Jean-Yves Fick

    • Publie.net
    • 13 Juin 2014

    Elle a su voir et capter la profondeur bleue que les glaces donnent à l'Islande, et même l'été, la fraîcheur de ses verts, la densité de ses marrons ; elle a fixé la lumière et pourtant celle-ci semble encore vibrer et se jouer des paysages qu'elle éclaire ; ce sont des ciels, des lacs, des chemins, ce sont des montagnes, des déserts de roches, des chutes d'eau, des souffles de brume, c'est la nature multiple et nue ; et Louise Imagine révèle dans ses photographies que la nature a seulement besoin d'exister pour être belle.
    Entrelacée à ces fenêtres ouvertes sur les paysages islandais, la rêverie poétique et musicale de Jean-Yves Fick trace son sillon, une voix d'abord ténue compose le chant d'un ostinato qui passe de rivages lumineux à des ténèbres insondables. C'est le rythme d'une fugue, la mélodie d'un voyage, l'harmonie de la poésie mêlée à celle de la photographie, et c'est l'origine d'un nous, l'origine d'un monde que ce livre pose là comme un jeu de reflets dans l'eau. Subtil et beau.

    Une version EPUB3 fixed-layout est également disponible. Préférez donc lire celle-ci si votre appareil le permet, elle est faite pour ça et met les photographies et le texte encore plus en valeur !
    Retrouvez également sur la page-livre certains brouillons et notes de Jean-Yves Fick.

  • La croisée des marelles

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    • Publie.net
    • 15 Mars 2013


    NOTA : Plusieurs versions existent pour cet epub. L'une est exclusivement réservée aux appareils de lecture supportant iBooks (iPhone et iPad). Cet epub est assez lourd : pour ne pas rencontrer de problèmes lors de votre téléchargement, nous vous conseillons de télécharger ce livre depuis votre ordinateur, de le glisser dans votre iTunes et de le synchroniser avec votre iPad. L'autre version est interopérable et peut être lue sur tous les supports. Les morceaux audio sont en libre écoute à cette adresse.

    Marelle : ce jeu qui est performance physique, parcours aux règles précises, et qui reste comme un rêve d'enfance... Croisée : deux femmes qui ont chacune choisi Internet comme leur lieu premier de création artistique et de réflexion. Isabelle Pariente-Butterlin croise dans son site Aux bords des mondes ses approches philosophiques et ses explorations littérature, Louise Imagine diffuse un travail photographique tout entier tournée sur l'imaginaire, au travers des plus proches ou intimes rencontres du quotidien.
    Si "La croisée des marelles" a cette force et cette invention, c'est qu'il ne s'agit pas de textes écrits sur des images, ou le contraire: les images et les textes, pendant des mois, se sont échangés, se sont croisés dans les méandres d'Internet et des courriers électroniques. Ils sont passés par les dropbox, ont été au centre des conversations et des rires partagés, des conversations téléphoniques, et ils ont peu à peu commencé à prendre forme sur le blog ilpleuvrademain.com qui les a accueillis. Ce qui s'est scellé peu à peu était la proximité de deux regards portés sur le monde, présente dès les premiers échanges, et peu à peu déployée au travers des émotions, des impressions, des souvenirs.
    Isabelle Pariente-Butterlin: "Kafka pense que le bonheur est quelque chose de mousseux. Quand nous les avons conçues, chacune de ces croisées des marelles était une bulle à l'intérieur de la structure du monde. C'est très précisément une histoire d'amitié qui est racontée ici, entre l'image et le texte, qui se répondent, s'entendent, se tiennent et forment une bulle de rêverie à l'intérieur du monde. Les amitiés nous ramènent à l'enfance, souvent, dont il sera question beaucoup dans les textes et que les images évoqueront : il est vrai qu'elles entrouvrent dans le monde des parenthèses d'insouciance. Il est vrai aussi qu'elles demeurent la possibilité précieuse, le temps d'un dîner ou de brèves vacances, de l'insouciance même si le monde ne cesse pas de grincer. C'est ce que nous avons souhaité que ce livre soit."
    La conception et l'invention de l'eBook est de Roxane Lecomte, pour Chapal&Panoz

  • En taxi dans Jérusalem

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    • Publie.net
    • 3 Juillet 2013

    Une femme monte dans une voiture et indique une destination. Et le chauffeur démarre. Parfois aimable, bavard, bougon ou indiscret, autoritaire ou émouvant... Avec lui, avec eux, c'est toute la ville qui se met à parler pendant qu'on la traverse de part en part. Ce serait banal si c'était... n'importe où qu'à Jérusalem, et simple s'il ne s'agissait pas d'une passagère voyageant seule, et simple si la situation même du pays n'était pas infiniment compliquée, et si souvent dans l'urgence. Sabine Huynh attrape ces conversations, limitées dans le temps, et en fait de petits capteurs qui prennent la température des lieux, le fil des pensées immédiates. Ce sont des instants flash, surprenants, éclairants, qui en disent peut-être plus long sur la ville et ses habitants que les discours. Anne Collongues, elle, saisit des images comme autant de coups d'oeil fugaces jetés à travers les vitres de la voiture. C'est un autre point de vue qu'elle propose, en passagère clandestine. Un dialogue bonus soudain prend forme entre la ville et la photographe. Un voyage, fait de 26 départs et de points d'arrivée multiples. Autant de héros que de chauffeurs chaque fois dessinés à cru, autant de vies qui surgissent. Alors, êtes-vous prêts à embarquer En taxi dans Jérusalem ?
    CJ
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    Lire la présentation des auteurs

  • L'instant T

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    • Publie.net
    • 30 Novembre 2011

    "Retards, courses, attentes, désespoirs, arrachements, départs, on sent, bien sûr, en arrière-fond, en arrière-monde, tous ces temps-morts, tous ces gouffres possibles au-dessus desquels le regard danse et trouve des éclats de lumière à retenir, qu'on n'aurait pas cru possibles, qu'on n'aurait pas imaginer. Nous ne sommes pas dans un décor. La vie est là, avec sa palpitation qu'on sait tragique dans les volutes sombres d'un nuage d'orage qui ne manquera pas d'éclater. Des fontaines citadines et urbaines lancent leur eau qui va retomber, qui ne retombe pas. Pas encore. Et cette suspension peut durer tant qu'on regardera l'espace de la représentation." (Isabelle Pariente-Butterlin, postface à "L'Instant T").
    Et si le livre numérique était une formidable opportunité pour les photographes ? Non pas comme simple constitution d'album, mais mise en perspective, organisation du voyage.
    La possibilité de respecter magnifiquement les images, mais bien plus qu'un album : ici, c'est la photographe elle-même qui propose de brefs textes qui sont une scénographie de l'imaginaire, villes, paysages, mers.
    Isabelle Pariente-Butterlin parle dans sa postface des techniques (usage de pellicules périmées, pour cet étonnant travail d'un surgissement de présence) et de la démarche : "Ce ne sont pas des images que nous donne à voir le regard de Louise. Les images entretiennent avec le monde une extériorité un peu froide. Et très distante. Louise imagine la palpitation même de la vie et parvient à l'entendre, dans les pas qui bercent un enfant. Ce ne sont pas des images : ce sont des instants, dans lesquels revenir."
    Très fiers d'inaugurer avec "L'Instant T" la collection photographies de publie.net, "Horizons", sous la direction de Louise Imagine. Création graphique originale : Gwen Català pour publie.net.
    FB

  • Sarajevo, lignes de fuite

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    • Publie.net
    • 21 Septembre 2009


    Là-bas je suis allé là-bas, pour voir, ai vu : plein champ, hors champ, lignes et courbes, de bout en bout. J'ai vu Sarajevo, laquelle ? J'ai vu j'ai vérifié, la carte ne quittait pas mes mains, pliée dépliée sans cesse. J'ai vu Sarajevo, laquelle, Sarajevo, a vu [la guerre]. [la guerre] moi je ne sais pas, pas vu : ai cru lire, parfois, en braille, [la guerre] aveugle, ai cru déchiffrer tâtonnant, déduire de l'eczéma des murs. [la guerre] j'ai entendu tonner son assourdissant silence, d'après l'assaut et son bruit total, silence d'après qui va avec. Plein champ hors champ, le silence vit dans les photos, rampant parfois dans les marges - fait une traînée grasse dans l'espace, autour.
    La ville elle vue, en 2004, elle vit sa vie : quotidienne/fanfaronne/ quincaillière/bricoleuse, chamaillée. Selon son cours ordinaire d'avant neige imminente. La ville elle bouine, joue. S'en fout pas mal, moi et mon oeil notre, mouvant, biais (c'est la gêne). [la guerre] là-bas ça fait dix ans, là-bas on fête l'enfance : eux les seigneurs, enfants qui jouent, leur rire résonne, partout, limpide. Et moi nous on y marche mêlé, traces mêlées comme du sang échangé,marche à travers Sarajevo, qu'on croit lire qui sitôt s'efface. Allés y foutre quoi, Sarajevo 2004 : comprendre mais comprendre quoi : [la guerre] ? Quoi, alors. Sarajevo, avant-poste d'incertain réel, contamine contaminera (les ruines présagent) : allés peut-être apprendre, lire dans son passé marqué, un peu de quoi dira notre futur : ce que je vois je le revois, je marche ensemble dans l'informé, toutes extrémités tendues à se rompre, à battre l'air pour démasquer, démasquer qui : huit lettres.
    Derrière les signes, alors.
    Voir l'envers de l'image, tenter.
    Pour voir.
    GB

    Un travail important, parce qu'il ne s'agit pas d'aller photographier l'autre : c'est notre ville, c'est toutes les villes, c'est habiter la ville. Et la violence, là-bas déchaînée, atteignait le sol de vieille Europe, le nôtre, et d'ailleurs c'étaient nos avions, au-dessus, et c'est notre temps au présent. Rien d'une menace loin.
    La parole (à cause de cette incise, dans le texte : La guerre parle......... de Guénaël Boutouillet scrute ces parcelles d'espace et ces gestes d'homme, la photographie s'interroge en permanence sur sa légitimité à traquer le beau, à justifier de sa curiosité, si elle n'est pas d'abord sur nous-mêmes.
    Dans la démarche de publie.net, il s'agit d'ouvrir le site à ces réflexions en acte, et utiliser l'ordinateur pour s'y glisser, comme nous le faisons en permanence dans nos recherches et navigations. On donne ici la propre mise en page des auteurs, ce qu'ils ont voulu graphiquement du rapport texte/image.

    FB

    Guénaël Boutouillet vit à Nantes, il est membre actif de l'équipe remue.net, qui a accueilli de premières mises en ligne de ce travail.
    Et fiers d'accueillir dans cette collection Alexandre Chevallier, dont le travail et le site sont comme un indicateur sismique des fissures du monde...

  • Shanghai Double

    Pierre Vinclair

    • Publie.net
    • 20 Janvier 2014


    La ville et son double



    Villes dressées aussi loin que possible. Il suffit, en fermant les yeux, d'imaginer l'autre côté de la Terre où l'on se trouve, et c'est là-bas, ces villes qui se réveillent quand ici la nuit vient de tomber - l'imaginaire d'un monde au travail dès la première aurore de la Terre, d'un monde né d'avant et plus ancien que nous, et plus nombreux, d'un monde plus rapide aussi, d'un monde qui mêle ces images, l'antiquité la plus haute et les modernités les plus féroces, des villes comme des précipités de tous les temps. Et nous de l'autre côté, on ne possède que des noms qui claquent comme des cris - comment se défaire de ces images ?



    Les tours de verre et les marchés d'épices, les carrioles tirées à bras au milieu des taxis, les vieillards qui ont connu l'Histoire et les traders en veste brune qui hurlent dans l'accélération insensée des nombres qu'on n'a pas le temps de compter et qu'on s'échange - au milieu de cela, la ville, cet amas de corps, de ferrailles, de vitrines qui reflètent des immeubles que reflètent d'autres vitrines traversées par des corps marchés dans son ventre, cette masse immobile qui fait mouvement en elle possède peut-être plus d'habitants qu'un seul pays, et tout ce ciel qu'elle repousse à mesure d'immeubles érigés pour mieux compter, dénombrer, vendre tout ce qui sera possible.



    Comment la voir ?



    De la photographie comme arme de poing - intercepter les lumières, inventer un cadre pour, non pas mettre la ville dedans, mais un regard. Jean-François Devillers est photographe, il vit à Shanghai : ce regard de la ville quand on l'habite devient l'usage même du temps, de l'espace quand il est saisi en travers soi pour mieux l'habiter.



    Des images de J.-F Devillers, la double perspective (son éthique nue, à l'os) : les prises de vue à hauteur d'épaule, corps qui passent, contemporains d'une présence, regardent à même distance que soi les paysages que la ville invente pour qu'on prenne mesure de sa hauteur, l'étagement du monde en érections puissantes, et qu'à la saleté vivante et joyeuse d'une ville à échelle humaine réponde la propreté nette, d'acier, lointaine, des tours où là-haut quelque chose nous regarde ; et d'autres prises de vue, en hauteur cette fois, pour rendre gorge à la distance, regarder ce qui regarde, et voir de là-haut le sol qui ressemble à du ciel quand en bas on était.



    Texte de Pierre Vinclair qui tient du poème, de l'ekphrasis secrète, du récit aussi, ou du carnet de voyage, de cette forme libre que fabriquent les villes inconnues quand il s'agit de les dire tout en allant auprès d'elle, et comme un trajet, une trajectoire en compagnie, le partage de la ville qu'on rompt en deux, mais la part du poète, celle du photographe, ne sont pas celles que l'on croit.



    Lyrisme urbain, de la fièvre des passages se ressaisir et trouver langue : ici, c'est ce geste même, le nerf d'une parole rapide qui s'enroule autour et dedans les images en une même forme successivement reprise - distique, quatrain, tercet -, qui tiendrait à la fois de la ruine du sonnet, et de l'invention d'un haïku agrandi, ou quasi-doublé. En chacune ces formes, chapitres du récit, le débordement - qu'accentue un usage décentré de la parenthèse ouverte sur le vide, qu'exige une plongée sans cesse rejouée, l'épreuve d'un vertige. Chaque séquence serait comme une ville en elle-même conçue sur un terrain trop dense pour elle, et qu'enjamberait tours et quartiers, cherchant dans la verticalité de l'image et l'horizontalité du vers de quoi s'épandre et se bâtir tout entier, d'emportement et de vitesse, charriée d'antiques mémoires et en-allée dans le désir d'être au présent sa propre forme absolument moderne.



    AM


  • Double Exposure

    Maryse Hache

    • Publie.net
    • 7 Février 2014


    [Deux versions disponibles, l'une interopérable (nommée "liseuse/tablette") et l'autre en fixed-layout (nommée "iphone/ipad")].

    Dans sa série Double Exposure, Tina Kazakhishvili construit un assemblage photographique de la rencontre. Deux visages ou plus, d'une même personne, s'ajoutent, se recouvrent, forment introspections et décalages, angles de vue renouvelés par les regards, les expressions, les glissements du décor.
    À cette double rencontre (la première entre la photographe et les visages, la seconde entre les visages eux-même et leurs reflets) se joint une voix supplémentaire : celle de Maryse Hache, voix englobante, réunificatrice, attentive à saisir jusqu'à la plus petite réfraction de l'autre, à en extraire le sens, le beau, l'intense, à s'engouffrer dans ces petits détails humains, sensibles, qu'elle perçoit, et auxquels elle donne/offre, la teinte si singulière de son écriture.
    Elle a choisi ici des titres botaniques et des vers justifiés pour entrer en contact avec chacune des photos de Tina Kazakhishvili, et ces contraintes, pourtant précises, accentuent la force et la liberté des images, soulignent leur fugacité et l'impression durable qu'elles laissent, comme ces ronds de lumière qui restent, longtemps après qu'on ait fermé les yeux.
    Qu'ajouter de plus : peut-être que c'est un texte posthume de Maryse Hache ? Et puis non : cette dernière phrase n'a aucun sens, le mot « posthume », bien laid, ne convient pas à cette publication. Il faudrait reprendre/garder ses mots et penser qu'il est ici question d'éternités enfouies.
    Ces photos, ces plantes, ces visages, ces mondes, des songes une fleur, allons maintenant les regarder et les rencontrer, à notre tour.

    Christine Jeanney




    Double Exposure est né de la rencontre de Maryse Hache de Tina Kazakhishvili.
    La force des images de Tina Kazakhishvili.
    Il y a la profondeur des regards captés par la photographe. Regards lointains, perdus se dérobant à notre approche. Ou parfois regards intenses, immenses déployant leurs pensées pour mieux capter les nôtres. Tant d'émotions furtives, fragiles affleurent des noirs denses et des gris changeants. Richesse de ces expositions multiples, où les visages se dédoublent, se répondent et s'entrecroisent. Où la peau nue se pare de végétal, devient elle-même végétale, où les corps s'effacent lentement sous les reflets denses des lieux qui les accueillent. Multiplicité de l'instant, de ces sensations imprégnant la pellicule et pourtant libres de se déployer et de rayonner.
    La délicatesse des textes de Maryse.
    Il y a sa musique, mouvante et généreuse. Son écoute. Attentive.
    Il y a ses poèmes-fleurs, posés contre les photographies de Tina, posés tout contre, en vers justifiés comme si elle ne souhaitait pas prendre trop de place, laissant les images se déployer. C'est à nous de nous pencher, près, si près, pour en apprécier le parfum délicat, la vivacité des couleurs, la finesse de chaque nervure, pour nous laisser submerger par la texture si particulière et vivante de ses phrases. À nous d'approcher pour admirer la richesse des mondes qu'elle déploie et qui s'accordent merveilleusement aux photographies de Tina.
    Il y a dans cet ouvrage une alchimie précieuse et délicate. Textes et photographies se mêlent et résonnent d'un même coeur.
    Double Exposure est un livre foisonnant que l'on traverse émerveillé. On s'y laisse guider avec bonheur et abandon, s'imprégnant de la sensibilité vive des deux auteurs.

    Louise Imagine




    Retrouvez également leur autre livre, Asile, publié en 2013.

  • Asile

    ,

    • Publie.net
    • 2 Septembre 2013

    Tina Kazakhishvili est photographe. Avec la série Asile (Mental Hospital) elle avance dans des couloirs saisissants et elle attrape au vol les formes humaines qui s'y trouvent. Le noir & blanc renforce les expressions et l'intensité des regards élude les détails parasites. Ne restent que les bras, les visages, les postures et ce qu'ils semblent articuler, discours solitaires et fragiles. Maryse Hache se fait porteuse de paroles et réverbération. Avec les photos de Tina Kazakhishvili qu'elle reçoit (au sens de réception, prendre, et faire toute la place pour accueillir), elle construit un fondu enchaîné de dialogues, d'appels, bribes de sensations venues des corps énonciateurs. Elle donne à lire - comme Tina Kazakhishvili donne à voir - ces paroles oubliées de tous, parquées dans des couloirs perdus, muselées de murs, de grilles, de chambres closes. Elle avance son chemin, parallèle à celui de la photographe, non pas assujettie au pouvoir des photos, mais découvreuse et accompagnatrice. D'autres chambres surgissent et d'autres murs coulissent, qu'elle explore, dont elle témoigne. Témoignage : donner à lire ce qui ne peut se dire, car les paroles sont condamnées (trop de douleurs rend muet). Et faire entendre les voix cachées des profondeurs, celles qui n'ont pas de place ou si peu, celles qui n'ont pas de forces ou les ont toutes perdues, car la vie brise. Et elle brandit ce témoignage, réparatrice. Toutes les deux marchent dans un lieu hors des normes et des hommes, un Asile, lieu de repos, de soulagement ? Peut-être simplement lieu à l'écart de tout, de tous. Et toutes les deux déplacent, remettent au centre de l'attention ce qui se trouvait relégué à la marge. En tirent leçon d'humanité, sans pitié, ni misérabilisme, mais toutes entières mues par un « Tu es. Je te vois. J'entends ce que tu ne dis pas, ce que personne n'écoute ». Travail d'acceptation de ceux-là, et invitation qui nous est faite de les voir, enfin, portés par elles. Tina Kazakhishvili continue son travail de photographe, et va capter d'autres visages dans d'autres mondes obscurs. Maryse Hache continue, en nous, pour nous, son travail du dire et du lirécrire, même si la mort l'atteint, le 25 octobre 2012. Finalement, que ce soit dans les corps, les lieux, les images ou les mots, il n'est question que de toucher, malgré tous les obstacles, ce qui ne pouvait pas s'atteindre.
    Christine Jeanney

  • Blancs

    Jean-Yves Fick

    • Publie.net
    • 22 Décembre 2014

    Nous avons le plaisir de vous présenter une nouvelle - et fructueuse - collaboration entre Louise Imagine et Jean-Yves Fick, un magnifique volume alliant poésie et photographie, et qui vient enrichir la collection Horizons.
    À l'injonction constante du sens, on peut sans doute encore risquer l'hypothèse que « l'essentiel est dans les marges »(Reverdy), voire dans les blancs, les espaces muets que signe la page. On a aussi laissé l'écriture aller aux blancs de la toile brute, ou apprêtée, sur lesquels les peintres laissent leurs gestes déployer ce qui, avant leur faire, l'inconnu de leur geste, ne se pouvait ni connaître ni espérer. La poésie, la peinture : que disent-­elles, en somme ? Et qu'est toute parole, sinon « une hérésie du silence » ? Espaces, intervalles, interstices et silences. Autant d'énigmes, et parfois douloureuses. Puis des voix, pour un temps nu. Leurs mémoires. Questions auxquelles viennent ici répondre et les blancs et les récits instantanés des photographies déposées par Louise Imagine. Leurs dons. Et la même énigme recommencée : que disent de nous, juste là, sous nos yeux, ces eaux, ce fragment d'un rivage, le silence et l'intervalle, et toute la marche, toute la danse des formes ? Et quelle, leur lumière, là, juste là, sous nos yeux ? Dans nos mains, la pierre blanche du temps, et le vol songeur d'un oiseau de mer, juste où nous levons les yeux.

  • Kalces

    ,

    • Publie.net
    • 18 Novembre 2016

    Kalces est un road movie poétique, qui a trouvé origine autour d'une performance sonore, réalisée par le collectif ConstelleR.
    À la voix et au texte : Florence Jou.
    Margaux Meurisse et Samuel Jan sont venus y mêler leurs photographies et leurs typographies.
    Leurs mouvements et leurs arrêts.
    Ainsi Kalces est né.
    Kalces a tissé ses images autour d'ombres et de prose coup de poin(g)t, autour de traits abrupts taillés à même le flou. Autour de murmures répétés et de chants tus.
    Kalces, e(s)t la mélodie qui le porte et le déploie.
    Kalces, e(s)t le rythme de mots soufflés, murmurés à bord de lèvres, à bout de phrases.
    Kalces se tait. Parfois. Puis se déploie.
    Kalces nous tient à bout de souffle, nous suspend aux parenthèses, nous contient entre crochets.
    Kalces quadrille raye éparpille
    Kalces retient.
    Kalces rayonne et nous transporte
    en pointillés pulsatiles
    et lignes tremblantes
    en géométries saillantes
    et figures étoilées.
    Kalces se murmure
    se scande
    se psalmodie.
    Kalces e(s)t l'image taillée en dents de scie, l'émotion retenue à son point de tension, suspendue aux noirs profonds et éclaboussures de blancs.
    Kalces effleure à grain de peau, affleure le tangible et vibre d'émotions.
    Kalces e(s)t Poësie multiple et éclatée.
    Projetée là où sa couleur porte et se répand, l'emporte puis reprend tout.

    Louise Imagine

    En plus de la version papier, une version web, un epub lisible sur tous supports ainsi qu'un epub en fixed-layout dédiée à iBooks et Readium (Chrome) sont proposées.
    Rendez-vous sur publie.net/weblivres/kalces/ pour la version web et publie.net/livre/kalces pour vous procurer la version papier.

  • Le cercle du rivage

    Laure Morali

    • Publie.net
    • 25 Novembre 2015

    Il y a dans ces paysages maritimes une force qui nous dépasse.
    Comment en nier la beauté primitive, envoûtante, qui nous submerge calmement ?

    C'est ainsi.
    Le soleil se lève, dans toute sa splendeur juvénile, encore pudique.
    C'est ainsi, le soleil se couche dans ses amples teintes extravagantes et chaleureuses.

    Nous marchons sur le rivage. Pieds nus. L'eau transparente glisse devant nous, entre nos orteils, puis se retire avec sa dentelle de bulles et d'écumes, avec ses habits d'algues, de coquillages et de sable dégringolant.


    Nous marchons sur le rivage, attentifs à l'eau fraîche qui lèche nos pieds, à la lumière qui joue de ses couleurs jusqu'au plus intime de sa symphonie.

    C'est ainsi.
    C'est beau et intense.


    C'est ici que Chris Friel nous entraîne. Sur ces rivages sauvages et magnifiques. Sur ces plages inconnues et pourtant familières.

    Comme des tableaux à la mouvance lumineuse, les photographies de Chris Friel nous donnent à voir/toucher/ressentir la rémanence de paysages immuables. Par la profondeur de ses clichés, il nous offre l'empreinte unique - chargée de force, de couleurs et de textures - et sans cesse renouvelée de ces plages que nous avons tous un jour parcourues.


    Cela pourrait être n'importe où sur cette planète. Une plage quelconque d'un quelconque pays. Nous sommes de toute façon chez nous.

    Là où nous n'avons jamais cessé d'être.

    Nous marchons sur ce bord de plage. L'eau glisse, se pose puis repart, joue de sa transparence sur le relief de nos jours fatigués.

    Nous marchons, pensées perdues, égarées entre air eau et sable, quelque part dans cette interface fragile et éphémère, sur la ligne scintillante des éléments qui se fondent et se confondent. Pensées en vagues folles, violentes et intrusives, ou encore timides, à peine un voile nacré et elles ne sont déjà plus.

    Nous marchons aux côtés de Laure Morali, empruntons la trace de ses pas sur le sable humide, sur ce rivage inondé de lumière, dans cette clairvoyance des instants incisifs. Acuité des émotions qui filent se diluer et renaitre dans les vagues. Entre l'écume rose et le miroitement de l'eau.

    Nous suivons Laure Morali, au coeur même du voyage, dans son flot émouvant. Et écoutons. Percevons. La force des marées, de ce qu'elles remuent en nous. Au tréfonds. Là où cela brûle, et consume. Là où cela palpite. En dedans. Cela joue sur nos ancres enfantines, contracte nos amarres. Et nous tenons tant bien que mal, fragiles et ballotés.

    Nous tenons, en partie dilués par l'iode et le vent.

    Cela pourrait être n'importe quelle année en arrière, après tout. N'importe quel jour, mois ou même saison. Cela pourrait être aujourd'hui. Ou même demain.

    Quelle importance ?



    Le Cercle du rivage est un voyage, une marche lente et aiguisée sur le fil de nos sens et de nos perceptions intimes. Un voyage vers notre renaissance.

    Un grain d'éternité, précieux, battu par les marées et le vent du large.
    Et que nous protégeons précieusement dans l'alcôve de nos mains.

    Louise Imagine

  • Mondeling

    Guillaume Vissac

    • Publie.net
    • 25 Novembre 2015

    Fruit du travail du photographe Junku Nishimura et de l'écrivain Guillaume Vissac, Mondeling nous immerge dans un univers nocturne, à la fois fascinant, inquiétant, désespérément sombre, et follement humain.
    Les deux auteurs, dans ce dialogue où mots et images s'entrechoquent, nous invitent à pousser la porte d'un petit bar obscur à l'atmosphère confinée. Pousser la porte de cet établissement quelconque, un peu miteux et à peine accueillant mais chargé de sueur et de chaleur humaine, perdu dans les bas fonds de la ville, et s'y installer le pas traînant, à côté d'autres que l'on ne connaît pas, que l'on ne reverra plus, silhouettes incertaines et monologuantes. Pousser la porte de cet établissement MONDE, comme l'on pose lourdement ses fesses sur le bord d'un tabouret, les coudes sur le comptoir, la tête entre les paumes. Pousser la porte et s'installer derrière un verre, derrière la fumée de cigarette, pousser la porte une fois la nuit tombée, une fois la fatigue pressante de la journée bien instillée dans nos crânes sur nos épaules. Pousser la porte et écouter les grands éclats de rire et les détresses sourdes, les déclamations tonitruantes et les murmures délirants.
    Pousser la porte donc et goûter à ces âmes noires et pures, à ces âmes folles et mouvantes, comme l'on trempe ses lèvres dans un alcool fort.
    Parce que la nuit colle à nos peaux et à nos âmes.
    Parce que les mots se diluent et flambent dans l'alcool.
    Parce que nous sommes humains.
    -
    Louise Imagine

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