Littérature générale

  • [Deux versions disponibles, l'une interopérable (nommée "liseuse/tablette") et l'autre en fixed-layout (nommée "iphone/ipad")].

    Dans sa série Double Exposure, Tina Kazakhishvili construit un assemblage photographique de la rencontre. Deux visages ou plus, d´une même personne, s´ajoutent, se recouvrent, forment introspections et décalages, angles de vue renouvelés par les regards, les expressions, les glissements du décor.
    À cette double rencontre (la première entre la photographe et les visages, la seconde entre les visages eux-même et leurs reflets) se joint une voix supplémentaire : celle de Maryse Hache, voix englobante, réunificatrice, attentive à saisir jusqu´à la plus petite réfraction de l´autre, à en extraire le sens, le beau, l´intense, à s'engouffrer dans ces petits détails humains, sensibles, qu'elle perçoit, et auxquels elle donne/offre, la teinte si singulière de son écriture.
    Elle a choisi ici des titres botaniques et des vers justifiés pour entrer en contact avec chacune des photos de Tina Kazakhishvili, et ces contraintes, pourtant précises, accentuent la force et la liberté des images, soulignent leur fugacité et l´impression durable qu´elles laissent, comme ces ronds de lumière qui restent, longtemps après qu'on ait fermé les yeux.
    Qu´ajouter de plus : peut-être que c´est un texte posthume de Maryse Hache ? Et puis non : cette dernière phrase n´a aucun sens, le mot « posthume », bien laid, ne convient pas à cette publication. Il faudrait reprendre/garder ses mots et penser qu´il est ici question d´éternités enfouies.
    Ces photos, ces plantes, ces visages, ces mondes, des songes une fleur, allons maintenant les regarder et les rencontrer, à notre tour.

    Christine Jeanney Double Exposure est né de la rencontre de Maryse Hache de Tina Kazakhishvili.
    La force des images de Tina Kazakhishvili.
    Il y a la profondeur des regards captés par la photographe. Regards lointains, perdus se dérobant à notre approche. Ou parfois regards intenses, immenses déployant leurs pensées pour mieux capter les nôtres. Tant d´émotions furtives, fragiles affleurent des noirs denses et des gris changeants. Richesse de ces expositions multiples, où les visages se dédoublent, se répondent et s´entrecroisent. Où la peau nue se pare de végétal, devient elle-même végétale, où les corps s´effacent lentement sous les reflets denses des lieux qui les accueillent. Multiplicité de l´instant, de ces sensations imprégnant la pellicule et pourtant libres de se déployer et de rayonner.
    La délicatesse des textes de Maryse.
    Il y a sa musique, mouvante et généreuse. Son écoute. Attentive.
    Il y a ses poèmes-fleurs, posés contre les photographies de Tina, posés tout contre, en vers justifiés comme si elle ne souhaitait pas prendre trop de place, laissant les images se déployer. C´est à nous de nous pencher, près, si près, pour en apprécier le parfum délicat, la vivacité des couleurs, la finesse de chaque nervure, pour nous laisser submerger par la texture si particulière et vivante de ses phrases. À nous d´approcher pour admirer la richesse des mondes qu'elle déploie et qui s'accordent merveilleusement aux photographies de Tina.
    Il y a dans cet ouvrage une alchimie précieuse et délicate. Textes et photographies se mêlent et résonnent d'un même coeur.
    Double Exposure est un livre foisonnant que l´on traverse émerveillé. On s'y laisse guider avec bonheur et abandon, s´imprégnant de la sensibilité vive des deux auteurs.

    Louise Imagine Retrouvez également leur autre livre, Asile, publié en 2013.

  • Nous avons le plaisir de vous présenter une nouvelle - et fructueuse - collaboration entre Louise Imagine et Jean-Yves Fick, un magnifique volume alliant poésie et photographie, et qui vient enrichir la collection Horizons.
    À l'injonction constante du sens, on peut sans doute encore risquer l'hypothèse que « l'essentiel est dans les marges »(Reverdy), voire dans les blancs, les espaces muets que signe la page. On a aussi laissé l'écriture aller aux blancs de la toile brute, ou apprêtée, sur lesquels les peintres laissent leurs gestes déployer ce qui, avant leur faire, l'inconnu de leur geste, ne se pouvait ni connaître ni espérer. La poésie, la peinture : que disent-­elles, en somme ? Et qu'est toute parole, sinon « une hérésie du silence » ? Espaces, intervalles, interstices et silences. Autant d'énigmes, et parfois douloureuses. Puis des voix, pour un temps nu. Leurs mémoires. Questions auxquelles viennent ici répondre et les blancs et les récits instantanés des photographies déposées par Louise Imagine. Leurs dons. Et la même énigme recommencée : que disent de nous, juste là, sous nos yeux, ces eaux, ce fragment d'un rivage, le silence et l'intervalle, et toute la marche, toute la danse des formes ? Et quelle, leur lumière, là, juste là, sous nos yeux ? Dans nos mains, la pierre blanche du temps, et le vol songeur d'un oiseau de mer, juste où nous levons les yeux.

  • Mondeling

    Guillaume Vissac

    Fruit du travail du photographe Junku Nishimura et de l'écrivain Guillaume Vissac, Mondeling nous immerge dans un univers nocturne, à la fois fascinant, inquiétant, désespérément sombre, et follement humain.
    Les deux auteurs, dans ce dialogue où mots et images s'entrechoquent, nous invitent à pousser la porte d'un petit bar obscur à l'atmosphère confinée. Pousser la porte de cet établissement quelconque, un peu miteux et à peine accueillant mais chargé de sueur et de chaleur humaine, perdu dans les bas fonds de la ville, et s'y installer le pas traînant, à côté d'autres que l'on ne connaît pas, que l'on ne reverra plus, silhouettes incertaines et monologuantes. Pousser la porte de cet établissement MONDE, comme l'on pose lourdement ses fesses sur le bord d'un tabouret, les coudes sur le comptoir, la tête entre les paumes. Pousser la porte et s'installer derrière un verre, derrière la fumée de cigarette, pousser la porte une fois la nuit tombée, une fois la fatigue pressante de la journée bien instillée dans nos crânes sur nos épaules. Pousser la porte et écouter les grands éclats de rire et les détresses sourdes, les déclamations tonitruantes et les murmures délirants.
    Pousser la porte donc et goûter à ces âmes noires et pures, à ces âmes folles et mouvantes, comme l'on trempe ses lèvres dans un alcool fort.
    Parce que la nuit colle à nos peaux et à nos âmes.
    Parce que les mots se diluent et flambent dans l'alcool.
    Parce que nous sommes humains.
    -
    Louise Imagine

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