Publie.net

  • Nous avons sollicité Lucien Suel dès le lancement de l´expérience publie.net, pour son positionnement d´auteur : sa présence de terrain, dans son territoire du Nord, ses performances de poète, le risque pris avec des musiciens.
    Mais aussi parce que ça l´a mené à une posture inédite pour l´oeuvre : une suite de textes brefs chacun provoquant une réalisation artisanale, parfois manuscrite, diffusée directement par l´auteur via sa Station Underground d´Émerveillement littéraire.
    Il était bien sûr logique que Lucien Suel ait été un des premiers à investir l´espace blog en tant que création littéraire, risquée, démultipliée, voir Silo, ou exemple dans tiers livre invite.
    Il existe un autre Lucien Suel : l´espace Internet A noir E blanc n´est pas d´abord le sien, mais celui d´une photographe, Josiane Suel. Une recherche texte et image ancrée dans le territoire rural de l´Artois, les objets quotidiens, le travail de mémoire, dans la permanente friction du monde contemporain. Et c´est bien le texte qui, en venant s´assembler près de la photographie, quitte du même coup l´instance de représentation pour devenir fiction, parfois fantastique vaguement menaçant, ou rêveur, ou politique.
    C´est eux-mêmes, Lucien et Josiane, qui ont défini la première limite de cet ensemble. Ensemble circulaire : le dernier mot de chaque poème donne son titre et son premier mot au suivant.
    Ainsi, le développement des textes trouve sa propre logique en dehors du mouvement narratif des images.
    Ils ont continué depuis lors, et nous sommes nombreux (moi c´est le dimanche matin), à venir rêver devant ce compagnonnage en libre dérive,mais où toujours c´est une sorte d´épiphanie qui commande - ce qu´on rencontre, c´est bien notre propre monde.
    Côté publie.net, en quelques mois nous avons beaucoup appris. Il était temps de reprendre cet ensemble, et lui donner une mise en page qui permette vraiment de lui faire honneur.
    Et puis Lucien Suel vient de publier une fiction, Mort d´un jardinier, texte qui participe de ce que Barthes nommait On écrit toujours avec de soi, puisque, sans être nullement autobiographique, les vecteurs d´intensité qu´on trouve dans Poussière, et notamment le rapport au territoire, à la terre en travail, aux éléments naturels et leur croisement avec nos destins minuscules, acception Michon du mot, s´y retrouvent...

    FB

  • Je m´applique à du papier l´artiste écrit le volume - aimer le poids qui fait que l´encre coule On m´attendrait travaillant à genoux à la transfusion de traviole comme la cribleuse de blé talons nus robe rouge au-dessus d´un grand drap blanc - nouveau monde très matinal Je porte à la peau les pays bas de l´écriture je tamise leur flux et leur flou au-dessus d´un grand drap blanc - lumière rare donc durable aux nerfs Les figures de l´écriture et du livre, composé, relié, ouvert, la relation de l´outil à la page, la symbolique de l´encre :
    Questions posées au défilement de l´écriture virtuelle.
    Décousures, de Régine Detambel, est inédit. Bienvenue ici à l´auteur des Graveurs d´enfance, dont on visitera le site. D´autres textes suivront.

  •   De la même façon que un est en deux, j´ai toujours considéré le poème comme un champ clos dans une géographie de champs ouverts.

    Il m´importe, en poésie, d´examiner la circulation, la déperdition des mots voués à toutes les aventures, d´ouvrir les espaces et de montrer autre chose que ce que le conformisme de l´époque exhibe à tout bout de champ.

    Chacun des poèmes de ce recueil est constitué de deux verticalités autonomes, l´une masculine et l´autre féminine, mais il autorise aussi une lecture classique (le fragment gauche rejoignant le fragment droit), ainsi que quelques variations. Le poème s´épanouit ainsi, dans l´échange des voix et le déséquilibre du sens.

    RB.
    Roseaux, de Raymond Bozier, est paru en 1986, et est épuisé. Raymond Bozier vit à La Rochelle. Son chemin a d´abord été exclusivement de poésie, avec comme repère Bords de mer chez Flammarion en 1998 et Abattoirs 26 chez Pauvert en 1999.
    Prendre de front les dérives ou les travers d´un monde qui se cherche, s´englue dans les fausses pistes de l´image, de la violence, est un trait permanent du travail de Raymond Bozier. On le retrouvera dans Roseaux, travail sur deux lignes verticales qui sans cesse entrecroisent la double lecture, presque un journal où le poème heurte directement aux soubresauts de son époque, comme, ici, la première guerre d´Irak.
    Raymond Bozier a ensuite doublé son travail de poésie d´un travail de prose, construisant sous le titre générique Paysages avant l´oubli cette même proximité âpre au réel, notamment via Rocade (Pauvert, 2000), l´étonnant Fenêtres sur le monde (Fayard, 2004), en passe de devenir un classique des ateliers d´écriture, enfin la reprise, ou la réécriture au même lieu, dans L´homme-ravin qui paraît ces jours-ci chez Fayard, du premier Paysages avant l´oubli, Lieu-dit (Calmann-Lévy, 1997) : travail sur les figures du temps qui me rend d´autant plus heureux d´insérer Roseaux dans l´ouverture de publie.net.
    Et petit salut, dans les longues soirées d´internat au lycée Camille-Guérin de Poitiers, dans l´immédiat après 68, à celui qui le mercredi rapportait de la ville Eluard ou Apollinaire et les faisait lire à quelques bec-jaunes de la terminale S...
    FB

  • François Rannou propose et coordonne la collection poésie de publie.net : L´Inadvertance. A raison d´un livre numérique par mois (programme en cliquant sur le titre de la rubrique ci-contre en haut à droite), mais aussi en participant dans l´équipe publie.net à la réflexion et aux choix concernant le domaine poétique.
    Pour ouvrir cette collection, il est normal de jouer cartes sur table : sur un travail graphique de Hung Rannou, une suite de travaux en poésie, mais dont la poésie elle-même, son fonctionnement, ses enjeux, est la matière, le lieu du dire. On y croisera des noms (Mandelstam, Celan...), des phrases arrachées ou décollées, et qui ici deviennent les points de rebond, les lieux de glissement ou d´interrogation.
    Mais aussi une interrogation directe des auteurs et de leur dire : Max Jacob, André du Bouchet, Jean-Luc Steinmetz, Dominique Grandmont, Esther Tellerman...
    Et si le dernier mouvement du texte s´intitule Tenir là contre, peut-être le point de jonction, et l´amitié, par quoi ici on noue ensemble le chemin...
    FB

  • Un texte beau et dense. Une tradition, le chant poétique pour honorer les sans-voix, le tombeau.
    Et fascination supplémentaire, en terre de Bretagne, à ce que la frontière est toujours si poreuse.
    Trois blocs-textes dont chacun serait hommage, plus qu´au seul portrait dressé, à ce que chacun de nous porte de morts. Mais c´est concret, c´est la prose poussée jusqu´à charge d´homme :

    L´homme au pilon offre ses restes d´arthrose au soleil. Il fume debout près d´une faucheuse rouillée. Devant lui, il y a la maison éventrée où Eugène M., l´ancien terre-neuvas, s´est pendu.
    Depuis peu, poutres pourries et ardoises cassées s´emmêlent et s´émiettent sous les ronces.

    Entre deux taffes, il revoit l´encordé, poussant une brouette sur laquelle était posé un fût rempli de langues et de joues de morues conservées dans du gros sel. Il rentrait tard par les fossés.
    Finissait sa tournée en gueulant aux fenêtres que c´était sa part de pêche, son quota de fatigue et de travail pour rien qu´il se devait de distribuer aux gens du hameau.

    Jacques Josse est un de ceux à qui, dès l´ouverture de ce projet, il m´a semblé important de solliciter la présence. On sait qu´ici les cartes traditionnelles se rebrassent : il ne s´agit pas d´auto-édition, parce que nous passons - en équipe - beaucoup de temps à la relecture, accompagnement, corrections selon le processus habituel aux normes de l´édition graphique. D´autre part, il s´agit de défricher ensemble une pratique encore neuve :
    Comment utiliser nos écrans et nouveaux supports, sur lesquels, pour la vie professionnelle comme dans nos pratiques culturelles et les échanges privés, nous passons de plus en plus de temps, pour y dialoguer aussi avec la littérature ?
    Jacques Josse est de longtemps à ce carrefour. Auteur, il vient de faire paraître aux éditions Apogée Les lisières [1].
    Ses amis de Rennes savent qu´il travaille (et depuis bien longtemps) au tri postal : peut-être oublie-t-on aujourd´hui, dans la désaffection de l´ancien rôle des Postes, ce que ces lieux rassemblent d´histoire sociale et de luttes. Mais Jacques est aussi, avec quelques-uns, dont François Rannou aussi à bord de l´expérience publie.net, l´initiateur d´une vie poétique dans la ville : lectures, rencontres, invitations. Et c´est complété d´une expérience aussi originale que questionnant la nôtre : Wigwam propose, sur abonnement (à peine 20 euros pour 6 parutions/an) des textes brefs, édités dans la haute tradition typographique. Lire sur tierslivre.
    Trente pages, un triptyque : on devine que les morts des deux extrémités du rétable ne sont pas de celles et ceux dont on peut se séparer. Mais dans ce hameau des morts qui fait le coeur du dispositif, c´est un rapport au territoire, à la dureté des éléments (presque évoquant La légende de la mort d´Anatole Le Braz : traversées de village, la vie d´aujourd´hui dans ses métiers, ses échanges). Et les morts n´y sont pas détachés de ce qu´on en porte : ils sont l´absente, ou cohorte, ou dormeurs, ou dormants...

    FB Pour faire connaissance avec Jacques Josse, on propose de lire Emaz, Josse, de l´inquiétude, mais surtout de passer par remue.net, dont il est membre du comité de rédaction, où on pourra trouver réflexions ou inédits. A visiter aussi, les éditions Wigwam.

  • Présentation, par François Rannou Aujourd´hui de nouveau est de ces livres, rares, qui s´imposent comme l´aboutissement du « poème » parvenu à son point d´équilibre parfait. Après Ni même (préfacé par Jean Tortel), paru chez Ubacs (l´éditeur Yves Landrein a mené à bien une belle aventure !) et D´hier (premier livre de la Rivière échappée), il permet à Steinmetz de retrouver la pleine vigueur de sa voix. La présente édition reprend celle de l´automne 1990, avec en couverture le Paradigme bleu, jaune, rouge, d´Albert Ayme.
    Le texte de Steinmetz possède la courbure des grandes antennes dirigées vers l´antépénultième lumière de l´univers vaste « champ d´écoute » concentration telle que la syntaxe la plus juste et resserrée qui soit semble aussi la plus déliée _ toile tendue pour que vienne s´y prendre « le sigle antérieur au langage » cela implique que l´homme comprenne le pli profond du temps qu´il l´éprouve au lieu où s´écrivent ses initiales - « galet nu qui (...) échappe / - entier dans sa simplicité » qu´il reconnaisse que le langage l´engendre selon d´autres lois « De quel moment je suis ?

    En arrière ma naissance Touche aux âges mythologiques.

    Et que vaut à présent « l´heure de ma mort » ? » une sortie du temps s´opère un « accroc d´éternité » qui place le présent sous le signe d´un autre visage de lui-même le poème aurait pour tâche d´en reconnaître les traits (in l´inadvertance ) Je donne ici une bibliographie, ainsi qu´une liste de liens qui se rapportent à ce travail dont l´importance est à considérer à sa juste mesure. Enfin, on pourra entendre la voix du poète lisant quelques poèmes d´Aujourd´hui de nouveau.

    François rannou

  • écrire dans et avec la prison // de sas en sas et soudain confus dehors / les feux clignotent et les voitures / tout vite et disparaissent / masse de mots bruits forts / retour de tout ce loin / dehors se dilate et pas que dans la bouche / le dos part en

  • Des pratiques équestres en poésie contemporaine

  • Lucien Suel est un atypique.
    Et c´est bien pour cela qu´on s´est rejoint, c´est bien pour cela que ce site existe, c´est bien pour cela que je considère importante, ici, sa présence.
    Notre système de production et reproduction de littérature a des canons fixes. Qu´une forme naisse à côté, il ne sait pas l´intégrer. Alors des branches neuves poussent, sans repère prévu à l´avance. A nous de faire avec.
    Ainsi, Lucien Suel a toujours lié sa pratique de l´écriture a son goût de la musique punk, en a accompagné la naissance, en a suivi les formes dans ses modes mêmes de se saisir du texte.
    Ainsi pratique-t-il la lecture à haute voix, et sa pratique des groupes de rock.
    Ainsi, son amitié et sa complicité pour l´atypique et nécessaire Mauricette Beaussart.
    Lucien Suel est une sorte d´atelier vivant : voir sa Station Underground d´Expérimentation Littéraire. Commandez pour 20 euros de textes, et vous verrez l´enveloppe que vous recevrez. Le papier matière, l´écriture manuscrite à tirage ultra-limité, les supports parfois aux formats les plus incongrus : et alors ?
    C´est justement ce qui permet à l´écriture d´être ou de naître ailleurs.
    Voir ici sur tiers livre ce qu´on en pense, avec large extrait.
    C´est aussi avec Lucien qu´on a inauguré la section texte/images de publie.net : Poussière, texte LS, photographies Josiane Suel.
    Quant à William Burroughs. Ah, William Burroughs. Non, vous n´êtes pas d´accord sur Burroughs ?
    Voici donc, à l´interconnexion de Lucien Suel et de William Burroughs, il y a 36 ans exactement, en 1972, la première expérimentation d´un cut-up, et cela devient coupe carotte.
    Il n´est nul besoin que vous dépensiez 1,30 euros, dont la moitié reviendra à l´auteur, pour télécharger l´intégralité de Coupe Carotte.
    Lucien Suel et moi-même installons ici, dans les formes brèves de publie.net, ce Coupe Carotte parce que cela nous fait plaisir.
    Le texte contient d´ailleurs lui-même les notes de sa genèse.
    Voir ci-dessus l´extrait en lecture libre. La mise en page est aussi de l´auteur.

    FB

  • Rien de mieux encore, pour introduire à Philippe Rahmy, que ces mots de Jacques Dupin en préface à Mouvement par la fin :
    Mouvement à rebours de l´écriture qui commence à l´instant de la mort pour remonter le cours de l´éclat et de l´éclatement d´un corps harcelé par les attaques d´un mal inflexible. Mouvement par la fin, une fin de non-recevoir qui, s´écrivant, se donne et se projette, appréhendant l´issue que le mouvement appelle en la révoquant - et dont il procède par le par qui l´enjambe et qui la dénie [...] Journal anachronique, échardes arrachées au corps souffrant, étincelles dispersées dans l´air.
    En deux livres, Mouvement par la fin et Demeure le corps, Philippe Rahmy s´est installé à la place qui lui revient. A cet endroit du corps où l´écriture devient son propre sujet. Où le corps sollicité pour le dire n´est l´instrument que de la littérature.
    Il y a seulement que cette place du corps induit pour lui, l´auteur, place extrême. Ce que nous apprenons de ses textes ne nous enseigne pas sur lui, mais sur nous : notre rapport vie-corps, sans autre détermination.
    Ce mouvement centrifuge, depuis centre corps, a conduit Philippe Rahmy, ces deux ans, sur un autre chemin d´ambition : les outils que sont la vidéo ou la photo prennent aplomb derrière l´écriture pour la pousser à son front de travail, dans l´abîme neuf - le même chemin d´abîme, mais pris avec plus d´aplomb.
    Pour nous, ses amis, la temporalité propre de Philippe est un chemin aussi mystérieux que ce qu´il explore : notre route est plus linéaire. La sienne lui impose de longues phases de retrait. Elles sont souvent mises à distance de la possibilité même de l´écriture. On devine, aux deux livres publiés, ce que peut être alors ce tunnel de silence, cette route de la seule douleur, incapacitante, exclusivement requérante.
    C´est d´un de ces tunnels, l´an passé, que nous sont venus ces SMS de la cloison. Du terme cloison, on vous laisse analyser ou développer.
    Ce qui est ici impératif, c´est justement que la posture radicale de l´auteur, le écrire est intransitif de Maurice Blanchot, n´a plus à être démontré. Il l´est de fait, par les livres existants. Ce qui se dit, alors, peut requérir de très haut la seule liberté laissée : plus de carnets, plus d´ordinateur, et le temps sans limite de la douleur, la paralysie - il reste ce téléphone et l´écran où on grignote lettre à lettre. Et la littérature s´en satisfait, reste intégralement littérature.
    Les SMS de la cloison présentés ici sont en ligne, librement et intégralement, sur remue.net, dont Philippe est depuis la fondation une des principales chevilles ouvrières, et un des lieux d´accueils principaux de sa présence numérique.
    Il a accepté avec quelque réticence leur présence sur publie.net : c´est qu´à nous cette démarche semble radicalement importante. Savoir en quoi, à rebours, cette écriture questionne notre rapport à l´écran, à notre permanent échange numérique, puisque justement c´est via le numérique et l´écran que, lui dans le tunnel, on gardait contact avec Philippe Rahmy ?
    La tentative typographique et éditoriale se sépare alors de la version en ligne sur remue.net, et la complète, où s´y associe. Elle est due à Fred Griot.
    A lire aussi, de Philippe Rahmy, sur publie.net : Architecture Nuit.

    FB

  • La ville ne se définit pas d'abord par sa structure ou son architecture : elle se définit par la densité et la relation de ceux qu'elle rassemble.
    Communauté sans cesse en mouvement, elle est le lieu où s'applique évidemment le pouvoir (il ne se maintient que s'il contrôle la ville), et où se fomente son éventuel renversement. La ville, parce qu'elle est communauté agissante, est le lieu de ce qui se produit, de ce qui se vend.
    Paradoxe pourtant que le collectif ne peut s'y exprimer que par et dans la relation indiiduelle. De même, l'expérience des camps de concentration qui devient littérature, via Robert Antelme et David Rousset, qui s'en saisissent par les bords, là où le maître et l'esclave se regardent oeil pour oeil.
    La ville, dans sa contemporanéité, ses cinétiques, ses structures, est un élément récurrent du travail de Bozier, notamment dans Fenêtres sur le monde (Fayard, 2002) et {Rocade}. Ici, de la ville, on ne verra que les verbes. Travail rigoureux sur l'injonction, l'obéissance consentie, les pièges et mirages du discours, de la consommation. Bozier, qui nomme chacune de ses incises une fouille, comme en archéologie, ou comme on retourne ses poches, ou comme un policier qui vous a mis bras aux murs, avance avec une écriture double, voire triple : lecture vers à vers, mais lecture verticale de ce qui s'écrit à gauche et lecture verticale de ce qui s'écrit aligné à droite.
    La ville, pour chacun d'entre-nous, c'est le combat du dire. Et l'interrogation de comment les plus vieilles permanences du dire, la parole, le geste, l'ordre, le rêve, le corps, sont mises à nu - en tant que langue - par la relation neuve qu'inaugure la ville.
    Alors, dans sa pleine puissance heidegerrienne, c'est bien d'être qu'il s'agit : ce que l'urbain creuse dans le verbe qui nous fait être.
    Pour accompagner Abattoir 26, une nouvelle mise en page, et une édition révisée et augmentée. Merci à Hubert Saint-Eve pour le choix de cette toile d'accompagnement (voir son site).

    FB

  • Patrick Beurard-Valdoye est un de ceux à qui j´ai immédiatement pensé lorsque la collection est née. Avec Mathieu Brosseau, nous voulions rééditer cet ouvrage, Couleurre, qui était paru aux éditions du Limon en 1993, et qui aujourd´hui est introuvable.
    Alain Frontier dans ce texte de présentation définit bien les enjeux de ce livre où le poème tente de saisir le mouvement, toujours déjà échappé, qui se masque sous la perception de la couleur. Couleurre, comme si de la couleur infiniment perdue il fallait traverser le rayonnement, passer outre la sensation morte pour la faire advenir au recommencement vif d´une perception mise à nu.
    Patrick-Beurard-Valdoye est né à Belfort,il vit à Paris et à Anse, dans le Rhône. Le quatrième volume de son « cycle des exils », Le Narré des îles Schwitters, vient de paraître aux éditions Al Dante.
    F.R.

  • Il y a une énergie généreuse dans ces textes ! Infatigable, Alain Hélissen secoue nos paysages de mots cuits, raffûte nos esprits si souvent piégés par le conformisme. Depuis pas mal d´années déjà, il travaille bec et ongles à défaire le poétiquement correct avec une verve remarquable...et la malice faussement légère d´un Satie sans chapO...
    Alain Hélissen est né en 1954. Il a co-fondé la revue artistique et littéraire FAIX (1979/1982) avant de faire partie du comité de rédaction de la revue SAPRIPHAGE (disparu en 2000) Il a collaboré à une cinquantaine de revues et publié une dizaine d´ouvrages. Il est aussi chroniqueur dans différents périodiques littéraires (Le Mensuel littéraire et poétique (Bruxelles), La Polygraphe, Pris de Peur, Cahiers CCP (Marseille), Diérèse, La Grappe, Ici & Là ... Depuis début 2000, il dirige la collection de poésie Vents Contraires aux Editions VOIX . Il a écrit des chansons pour le groupe "Village Popol" avec lequel il s´est produit sur scène à l´occasion de performances. Participe régulièrement à des expositions de Mail Art.
    A réalisé, pour le magazine Ecrire & Editer, un dossier traitant de la création poétique française de 1970 à 2000 (N°44/45 ; juin-sep.2003).

    Publications  Tangages, roulis et autres reflets,...Ed.de la Voix,1982, en collaboration avec le peintre Richard Meier.(épuisé)   Hygiène, roman-journal, Ed.de la Victoire, 1982.
     Le Peintre-chasseur et son tableau de chasse (Portraits immobiles de l´artiste à travers les champs), Ed. des deux voix, 1983, en collaboration avec Richard Meier.(épuisé)  La recette du pavé, collages, Tardigradéditions, 1998.
     Rhapsodie du JE, Rafael de Surtis Editions, 1998.
     La vie déraille, Editions 13/XIII, 1999.
     Je les ai vus, ils préparent une attaque, Editions 13/XIII, 1999.
     Pliez pour nous, tiré à part du N°35 de la revue Sapriphage, 1999.
     Point d´interrogation, en collaboration avec Serg Gicquel, livre d´artiste, Ed.CDPP, 1999.
     Les Poétrous, Voix Editions, Col.Vents Contraires, 2000.
     Rediffusion, Editions 13/XIII, 2001  Les aventuriers du roman perdu, Editions 13/XIII, 2002  Pour en finir avec le poétiquement correct, journal grand-format, exposé au CipM (Marseille) nov.
    2002. Exemplaire unique.
     Metz in Japan, journal grand-format réalisé en duo avec Jean-Pierre Verheggen, exposé à l´Ecole des Beaux-Arts de Metz, juin 2003. Exemplaire unique.
    .- Du lieu de l´origine, livre d´artiste réalisé par Martina Drinek ; Editions AZUL, décembre 2003.
     La Narration vous change la vie, éd.
    Comp´Act, septembre 2005.
     Metz in Japan, avec la collaboration de Jean-Pierre Verheggen ; VOIX éditions, novembre 2005.
     Bivouacs, illustré par Luis Da Rocha ; Ed. 13XIII, Col. Denkmal, décembre 2005.
     ABC d´R, Tarabuste éditeur, janvier 2006.
     La part des émotions, IDP/Les hors-série du 22, 2006.
     L´O de la vOie lactée, illustré par Luis Darocha ; éd. Denkmal, 2007  Le rappel des titres, éditions Les Deux Siciles, 2008  Une phrase quelconque, éd. L´âne qui butine, 2008.
    Performances/lectures (sélection)  Strasbourg, Musée d´art moderne, printemps 2000, avec le groupe Village Popol.
     Diane-Capelle, Foyer des jeunes, 2000, avec le groupe Village Popol.
     Roanne, Médiathèque municipale, 2000 ;
     Lyon, Librairie La Proue, 2000.
     Nancy, Forum Irts, 2001, avec le groupe Village Popol.
     Metz , Café littéraire, mars 2002.
     Périgueux, Festival Expoésie, juillet 2002  Marseille, CipM, octobre 2002  Metz, Arsenal, novembre 2002  Saint-Quentin-en-Yvelines, Maison de la poésie, avril 2003.
     Metz, Ecole des Beaux-Arts, duo avec Jean-Pierre Verheggen, juin 2003.
     Université de Cergy-Pontoise, participation au colloque « Poésie et jubilation », novembre 2003.
    (table ronde + lecture)  St-Quirin, concert et lecture, avec le groupe Village Popol, nov.2003  Lille, Biplan, cabaret littéraire, mars 2004.
     Rennes, Péniche/spectacle, mars 2006.
     Lyon, Bibliothèque de la Part Dieu, avril 2006.(annulé)  Paris, Librairie Laurence Mauguin, juin 2006.
     Metz, Médiathèque du Pontiffroy, mars 2007.
     Jurancon, poésie dans les chais, 15 sep.
    2007  Metz, Médiathèque de Borny, 13 octobre 2007.
     

  • Ce qui serait la preuve que publie.net rentre dans une phase adulte du site, c´est ce texte :
    Distances.
    Ecrit par un poète lyonnais, il suppose - parce que poésie en acte, en travail, renvoi des mots vers le monde, retour du monde sur la langue, qui se disloque, se recompose, assaille - une mise en page qui intègre l´écran, la tourne, qui interroge le temps où soi-même on est happé à ces mots, et par où ils vous emportent au travers même de l´interface technique (ce que le livre était aussi) : travail dans les deux sens, du texte vers l´intérieur de soi-même, et le silence, et le chuchotement ou le cri, travail de soi vers ce que le texte montre, le monde inatteint, inatteignable.
    Âge adulte pour publie.net, parce qu´il s´agit d´un auteur lui-même tenant sur Internet un blog : tessons, où la langue se risque au quotidien, aux images, à la lecture critique. Et qu´on peut sur le blog d´Armand Dupuy accéder directement à ses textes sur publie.net : le choix pour nous tous de travailler en équipe, de constituer avec chaque auteur un parcours.
    Âge neuf puisque la mise en page (est-ce que le mot est pertinent ? j´aurais presque dit l´activité lecture) est proposée pour publie.net par Fred Griot, non seulement ils ont travaillé en binôme, celui qui écrit et celui qui met en page, mais ont repris le premier texte en ligne d´Armand Dupuy, dehors / hors de / horde, qui nous faisait entrer dans les prisons de Lyon, où la langue qui s´y joue.
    Âge neuf, puisque le travail du poète et le travail des peintres ont toujours interféré. Et que l´outil numérique permet, en très grande simplicité, de porter ce même risque à la surface du texte - qui ici est accompagné, ou se rejoue, avec des peintures de Barbara Schroeder, Anne Slacik et Aurélie Noël. Avec des liens interactifs dans le PDF qui vous emmèneront du texte vers les univers des artistes.
    Un grand merci donc à Armand Dupuy et Fred Griot : on l´impression que l´importance de certains textes, en dehors de leur propre démarche et conquête de langue, c´est ce qu´ils déportent ou multiplient pour l´ensemble des autres, et le support par quoi ils nous adviennent...

    FB

  • Quel plaisir d´accueillir sur publie.net André Markowicz.
    Quiconque l´a entendu sait ce dont il est dépositaire. Une énigme, évidemment et c´est ce qui rend ceux-là si rares. Et beaucoup de travail, évidemment aussi : une vie à traduire.
    André a toujours refusé de s´expliquer par écrit sur son métier de traducteur, rien qui corresponde chez lui aux conférences de Claro que nous diffusons. Mystère aussi, malgré son bilinguisme russe, c´est par le grec et le latin qu´il commence ses traductions. Et puis il y a cette curieuse vie, où on va jusqu´au bout d´un continent sauvage de prose, Dostoiekski qui n´est jamais fini, qu´il remanie et aiguise à mesure des rééditions, nous réapprenant un Dostoievski glissant, tranchant, rapide, avec des fulgurations mystiques que les traductions d´autrefois ne laissaient pas prévoir. Mais, dans ses journées de travail, il y a ces moments où il s´éclipse, et oublie la traduction... en s´affrontant aux poètes.
    Il a mis des années avant d´oser publier cson Eugène Onéguine de Pouchkine, oeuvre que tous les Russes savent par coeur. Il a publié des traductions de Mandesltam, Lermontov, il a retraduit Tchekhov avec sa compagne, Françoise Morvan, mais c´était toujours comme la partie émergée d´un affrontement souterrain plus vaste.
    Et, pour lui, cela passe, depuis des années, par des séances orales. André est là devant vous, assis, un texte sur les genoux qu´il ne regarde même pas, parce qu´il le sait par coeur. Et il vous embarque pendant une heure, deux heures, dans le fond d´un vers, et tout ce qui lui il y entend. Les rythmes, prosodies, l´héritage, les allusions, le paratexte, et puis qui était celui qui écrit, quelles conditions biographiques. Alors, tout au bout, qu´importe le texte français, qui n´aura duré que le temps de cette séance, et n´aura pas laissé de trace : la lecture est avant tout du temps, et ce temps où Markowicz nous a promenés dans la langue, c´est la poésie elle-même, la poésie comme expérience.
    Dans le grand respect d´André pour les poètes qu´il nous rend proches, il y acette part d´incommensurable due à l´histoire. La mort atroce de Mandesltam ou celle de Daniil Harms.
    C´est dans ce contexte qu´il faut appréhender l´oeuvre d´André Markowicz écrivain. La tâche du traducteur ne saurait être une finalité : il y a écrire. Et pas possible de transmettre ceux-ci sans se porter soi-même à cette frontière devant le vide.
    Alors, à cette frontière, il y a cette mise en travail de soi-même, et cela s´appelle encore poème. Nous sommes mus, à cet endroit où cela tremble, par ces lectures que nous portons. Mais, justement, nous avons appris à reconnaître, dans ce texte de Kafka, ce poème de Pasternak, à ce qu´eux-mêmes, en ce même lieu, devaient à telle autre lecture.
    Et André Markowicz présente ici ce double travail. Voici les poèmes : travail de langue à la frontière. Mais voici, en seconde partie du livre, ce qui est bien plus qu´un appareil de notes : et l´histoire russe, et l´histoire des Juifs dite par un vers de Guennadi Aïgui, et Virgile ou Sophocle en amont de Shakespeare, et, pour l´air et les ciels où on travaille, les mots de la langue bretonne, le pays où il vit.
    Mais, avant tout, les grandes ombres de Paul Celan, d´André Mandelstam (ou Agamben commentant Mandelstam, André s´inscrivant dans toute une suite de ces prismes où nous-mêmes nous sommes...).
    La question de la folie, souvent tangente sous les phrases.
    Merci à André de nous confier ce travail à vif, son devant de langue.
    Merci à François Rannou et Mathieu Brosseau d´avoir travaillé à cette mise en page pour lecture numérique (version eBook incluse).
    Internet, par de tels textes, s´affirme comme un média majeur : capable d´affronter les plus hautes ombres, et que c´est encore pays de langue.

    FB Les Gens de cendre est le second ouvrage de « poésie non traduite » d´André Markowicz. Ses poèmes sont datés, ils évoquent un disparu qui lui est cher (proche, écrivain lu et/ou traduit), ils disent le nécessaire lien de vie entre le réel, la lecture, la traduction, l´écriture. Pour chaque texte, une note en fin de livr

  • Vous souvenez-vous de Dire I/II de Danielle Collobert ? Ou peut-être ne connaissez-vous pas ce texte paru fin des années 70, et les plus de 20 ans qu´il a fallu attendre après la mort qu´elle s´est donnée, le jour de ses 40 ans, en 1978 donc, Collobert, pour être rééditée en 2 tomes chez POL...
    Dire I/II c´est l´alternance de 2 voix, homme, femme, peu importe, les paragraphes passent de l´un à l´autre, et superposent une déambulation dans Venise et ses ruines, son eau morte, à un retour, et pareille déambulation, dans un village de Bretagne, à bout de mer. Le chemin, les images, les intérieurs aperçus, l´histoire même, tout cela suffit à en faire une expérience majeure : la littérature se joue dans notre rapport au monde, et peut se dire tout entière dans la simple façon d´appréhender les choses extérieures - il suffit de cela, une précision, un tu, un appel.... Pour Collobert, l´appel n´a pas été entendu, pas assez tôt.
    De Bretagne aussi, une route qui s´en va de Saint-Brévin à la Turballe, mais dans cette même déambulation, ici fondée sur le Domaine d´Arnheim d´Edgar Poe, nous est venue La Presqu´île de Julien Gracq...
    C´est dans la magie propre à ses deux textes qu´immédiatement m´a pris ce Les Sédiments de Virginie Gautier.
    Ce qu´il y a de bien, à mesure que se développe un site comme celui-ci, c´est qu´on peut ne rien savoir plus, d´un auteur, que le CV standard joint à l´envoi. On apprend qu´il y a eu l´école des Beaux-Arts de Rennes, qu´il y a toujours une intervention de plasticienne, incluant des performances et des sculptures, mais aussi une réflexion sur le paysage, avec des sculptures in situ, à Morlaix, ou sur le littoral des Côtes d´Armor.
    On y apprend aussi que Virgine Gautier est depuis 5 ans enseignante d´Arts Plastiques dans un collège de Seine Saint-Denis : je sais ce que je dois moi-même à cette confrontation, et comment cela peut démultiplier ce qu´on demande à la langue.
    Dans ces Sédiments, le lieu est prégnant, mais toujours pris dans une cinétique, une approche, une relation. On traverse, on longe, on cherche, on contourne : extraordinaire travail sur les verbes de mouvements. Et c´est ainsi qu´on extorque aux choses, aux murs, maisons, rues, perspectives, leur empreinte rilkéenne : ce qui en fait poésie.
    C´est une réflexion sur ville, périphérie, solitude, avec des phrases nominales, un poids énorme demandé à la grammaire, et la totalité de ses outils, pour qu´elle devienne invisible.

    FB Merci à Sarah Cillaire et Fred Griot pour le travail d´édition et maquette.

  • Je ne connaissais pas Virginie Poitrasson, avant de découvrir son travail par son blog.
    Écrivain, traductrice de poésie contemporaine américaine (Michael Palmer, Lyn Hejinian, Charles Bernstein...), éditrice, plasticienne, tout cela associé à de fréquentes publications en revues et la réalisation de non moins nombreuses performances, souvent avec danse et vidéo.
    J´ai d´abord découvert tout de suite un équilibre, d´espace blanc et de signaux noirs... un subtil jeu trait-texte... et équilibre d´une phrase "sur la ligne"... entre transparence de la voix et insistance d´une langue...

    « Les lignes, les lignes, comme des rayures sur la peau, des mots distendus relançant la blancheur des propos. Une fonte des neiges en bouche (...) » Et puis ce texte la pluie, qui m´a touché, impacté, tout en douceur, avec interactions de ces quelques traits, comme écriture eux aussi, signes et signaux, aériens. Qui sont comme une équivalence d´une langue écrite, en légèreté, poèmes en soi.

    Est dit d´ailleurs « l´ombre a achevé son travail de dissolution, le frôlement reprend, le velouté réagit à nouveau aux ondes de lumière, il émane de l´air, les fuseaux passant au travers constamment et c´est cette insécurité quotidienne de l´éclaircie, une part du ciel qui s´empare de la main, un certain déliement de la langue en vertu des actes prismatiques. Dans cette trouée irisée, une force grandit : y demeurer plus longtemps. Vers les miroitements. » Et puis, avant : « Comme la pluie, comme la pluie.
    Être dans les courbes de la langue. » Me rappelle cette phrase de Duras « comme on marche dans la ville, sous la pluie, écrire sans s´arrêter, sans trop penser. » Il s´est imposé alors que cette série Tendre les liens devait être donnée à lire, sous une forme plus rassemblée, moins parcellaire peut-être que sous la forme de blog. D´où sans doute la pertinence de ce travail d´édition numérique, qui permet de rassembler un corpus poétique en un immatériel objet.

    Fred griot

  • Jean-Claude Schneider, poète du dépouillement et de l´effacement Jean-Pierre Chevais nous propose ici la première étude d´ensemble sur un poète dont le parcours est fait d´exigence, de discrétion, de retrait. Chevais nous fait rentrer à l´intérieur d´une poésie qui cherche à faire du nom propre un nom commun qui permette de rejoindre la matérialité du réel, qui toujours nous manque. Il y aurait une tentative de laisser à travers la voix du poème entendre la "différance" des éléments : pierre, herbe, eau, vent, qu´on en arrive presque à « parler caillou » comme l´énonce un poème. C´est un cheminement incessant, une marche vers le « dehors » qui nous constitue et fonde une parole juste et possible.
    Jean-Claude Schneider est poète et traducteur. Il est né à Paris en 1936. Il a fait des études d´allemand. Puis il a été secrétaire de rédaction de la revue Argile. Parmi ses traductions de l´allemand, on peut citer Kleist, Hölderlin, Hofmannsthal, Trakl, Walser, etc. Il a également traduit à partir du russe (Mandelstam).
    Il a publié une quinzaine d´ouvrages, recueils de poésie et textes sur la peinture contemporaine (Bazaine, Nicolas de Staël, Giacometti, Sima).
    Bibliographie : Le papier, la distance, Fata Morgana, 1969 A travers la durée , Fata Morgana, 1975 Lamento, Flammarion, 1987 Là, respirant, sur le chemin qui nous reste, Atelier La Feugraie, 1987 Un jour, énervement, Atelier La Feugraie, 1989 L´effacement du nom, Hôtel continental, 1990 Dans le tremblement, Flammarion, 1992 Bruit d´eau , Deyrolle, 1993 Dans le désert, des voix, Séquences, 1993 Paroles sous l´océan, Atelier La Feugraie, 1993 Habiter la lumière (regards sur la peinture de Jean Bazaine), Deyrolle, 1994 Ici : sous leurs pas, Hôtel continental, 1995 Les chemins de la vue, Deyrolle, 1996 Membres luisant dans l´ombre, Fourbis, 1997 Courants, Atelier La Feugraie, 1997 Ce qui bruit d´entre les mots, La lettre volée, 1998 Eux, l´horizon, La lettre volée, 1998 Sentes dans le temps, Apogée, 2001 Entretien sur Celan , Apogée, 2002 Si je t´oublie, la terre, La Lettre volée, 2005 Leçons de lumière, Atelier de la Feugraie, 2006 quelques sites...
    [http://poezibao.typepad.com/poeziba...] [http://www.marelle.cafewiki.org/ind...] [http://www.artpointfrance.org/Diffu...]

  • Présentation sous forme de cut-up d´échanges de mails avec l´auteur :
    Ecrit en 2 jours (16 / 17 novembre 2008) Pollock est debout.

    Obsession terrible. Notes notes notes notes pendant deux jours. Au final j´étais minable. La loco : pollock, pollock, pollock.

    Fallu aller au bout pour taire.

    Alors voilà j´ai essayé froidement, et à peine déjà au bout de 2, 3 pages, j´étais ému à nouveau, comme lors de la première lecture. Quelque chose du geste magique, un geste lâché ?

    Bien sûr c´est Pollock, et pour moi ça cause, mais je ne cherche pas à comprendre : ça me touche, pas grand chose d´autres à en dire.

    Rares sont les livres que je lis d´une traite, mais là j´y suis allé jusqu´au bout, facilement, porté.

    Par exemple, la page, centrale, Et c´est versant sa grolle que Pollock se révèle. C´est stupide. Le geste de verser verse Pollock. En versant sa grolle, toute l´usure de sa grolle, Pollock se verse dans mes yeux, c´est simple.

    C´est Pollock et ce n´est pas tout à fait Pollock...

    C´est au-delà ou en deçà, dans un dedans de langue qui s´ivre.

    "Pollock", et ce mot se remplit, puis se vide, se pollock encore et bien plus, perd substance comme mot infiniment répété en se remplissant.

    Des sortes de petites "fictions" : soixante-sept.

    "Fictions" car Pollock c´est aussi la somme de toutes les figures qu´il laisse passer par sa figure. Aussi parce que fiction, c´est ce qu´on a de plus vrai, de plus intime et qui nous échappe tout à fait. Pollock est venu foutre un coup de pied dans ce tas-là.

    La fiction, nous n´avons que ça de vie. Nous vivons dans un tissu de scénarios complexes. Des histoires qu´on se raconte, projets, fantasmes, etc. De toute façon, dès qu´on ouvre la bouche, on passe dans la fiction. Voilà, je crois que j´ai pigé pourquoi pendant très très longtemps je n´ai pas parlé. Je ne pouvais pas supporter ce passage.

    Armand Dupuy, une langue souvent dans la peinture, compagnonnage qui semble dater, voir par exemples son dehors / hors de / horde et son Distances.
    A rapprocher d´ailleurs, même époque et même mouvement peut-être, du Robert Franck de De Jonckheere ?

    9´32 c´est la durée du film de Namuth en 1951 dans lequel on voit Pollock peindre avec les gestes, et l´énergie, courbé, la tension sur les grands formats au sol, dehors, ou dans les autres films, dans la grange.

    Mais sans tout révéler, c´est aussi le film dans lequel on voit Pollock qui verse sa grolle et de laquelle grolle tombe un truc.
    Grosse pièce de monnaie ? Ou bout de ferraille ronde qui tourne au sol ou peut-être une toupie, un tournevis, une clé de 12, sa montre à gousset, le capuchon de la caméra de Namuth (on n´arrivait pas à remettre la main dessus), un bouchon d´un petit pot de confiture... un petit bouchon d´un petit pot d´acrylique bon marché pour peintre en bâtiment du dimanche ?

    Pollock, 1947 : On the floor I am more at ease, I feel nearer, more a part of the painting, since this way I can walk around in it, work from the four sides and be literally in the painting.

    Armand Dupuy ne l´a pas inventé.

    Juste ce truc obsédant. C´est là que Pollock est venu faire le boulot.

    Là le noeud minuscule, l´impulse qui a emmené sur le glissoir d´écrire. Deux jours non stop...

    Allez on écoute, on laisse couler, on prend le temps de laisser "écouler" ce mouvement là. Celui de Pollock ?


    Fred griot

  • Coups portés en plus d´être un lieu de mémoire et d´archéologie familiale c´est aussi la rencontre avec Ian Monk au festival midi-minuit poésie à Nantes. Puis la lecture de son livre Plouk town : parlé franc, dire les gens comme ils sont. Mais c´est surtout Ian qui m´a incitée à tenter une forme d´écriture sous contrainte. J´ai opté pour l´écriture sous forme de bloc et à ma grande surprise les mots sont venus se chauffer entre eux, la langue s´est déliée en une somme de petites coups portés.
    C.G.

    Pauline Paulette Louise Lucien Totor Aimé Ferdinand... de ces noms et de ces petits blocs de leur langue, légèrement râpeuse comme un patois de campagne, avec mots gros et collection de détails constituant peu à peu mosaïque criante de vérité de cet ici (au hasard : "café calva canard, et lunettes rafistolées bouts de gros scotch"...), qui resurgissent là, dans cette écriture de la langue parlée.
    Une croisière pas de tout repos dans les zones accidentées des liens familiaux, "où sang veines familiales renversent coulent de mains en mains où ne pas étouffer ni taire", "un siècle ou deux de générations" et la guerre, et puis au moment du deuil : noeuds affectifs, cristallisation lors des héritages, émergence des enjeux toujours exagérés ("bout de terre ne vaut pas grand kopek inculte juste un petit bout de lande"), "des vertes et pas mûres" pour se partager "la part de la galette", le magot, qui dort là, c´est sûr...
    De ce qui se joue au fond des cuisines de nos campagnes, lieu de la discussion, du café, sur la nappe à carreaux que l´on imagine là.
    Bref, une langue avec ce goût de poésie brute, cet écho des sagesses et bêtises paysannes (rappelant en bien des tonalités celle de Claude Favre), une très belle langue, et pas seulement pour qui sait et a vu ces scènes-là... de ces langues-là de campagne, mais repassées ici au contemporain.

    Fred Griot l´auteur Née en1976 en Normandie près de Rouen et vit depuis quelques années à Nantes. Ne cotise pas à la sécurité sociale des poètes, travaille dans un bureau non climatisé.

    Heureuse d´enrichir de temps à autre le site terreaciel.free.fr qui maintenant est devenu un espace à multiples regards.
    Auteur de :
    Terre à ciels, carnets du dessert de lune, 2006 planche en bois, contre-allées, 2007 te visite le monde, carnets du dessert de lune, à venir 2009 Publications en revue : N4728, décharge, contre-allées, infusion, verso, microbe et à venir : gare maritime

  • La plus grande difficulté de la poésie est de se risquer dans les zones très simples de notre contact au monde - et que la tension des mots, le sentiment de présence du réel, de la ville même dans ses signes les plus contemporains, recréent au lieu même de cette présence une respiration, un écart. On l´entend, étrangement, dans les poèmes que Rilke a écrit directement en français.
    « J´ai écrit ces textes pendant l´hiver 2008-2009 les yeux à la fois sur l´écran de mon ordinateur et sur ce que ma fenêtre donnait à voir ou à sentir : pluie, gel, neige, brume, froid, humidité, chaleur du cocon, arbres décharnés, incertitude des sentiments, rigidité des comportements, fuite du temps, mélancolie, attente, désespoir, état dépressif.. Et j´ai préféré la forme du distique mais à la syntaxe brisée pour une lecture plus lente et plus attentive. » Ces distiques donnent l´élan, l´immobilité nécessaire à cette lecture où il nous semble tout reconnaître.

    FB

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