République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Georges Bernanos. L'auteur de "Sous le soleil de Satan" nous fait pénétrer dans les cercles infernaux d'une famille de petite noblesse provinciale, dont la jeune fille, Chantal de Clergerie, illuminée par la grâce, rayonne de pureté, de fraîcheur et de joie. Partageant innocemment la foi trompeuse du prêtre Chevance, elle devient l'instrument privilégié de l'action de Dieu lui-même, le Grand Imposteur. À travers une galerie de personnages inoubliables - le père, aussi médiocre historien que carriériste; la mère, cramponnée à son trousseau de clés; le psychiatre, le prêtre, les domestiques sournois... - il nous plonge dans un univers de Chute et de Rédemption, de Ténèbres et de Lumière, de Bien et de Mal, de Joie et de Souffrance extatique dont nul ne ressort indemne. "Chaque être si misérable qu'on le suppose,a néanmoins sa vérité. Mais qu'importe la vérité des êtres à qui n'a jamais entrepris de chercher sa propre vérité ? " Troisième roman de Bernanos - mais qui devait à l'origine être le deuxième volet des "Ténèbres", dont le premier s'appela "L'Imposture" - "La Joie" a été récompensé par le Prix Femina en 1929.




  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Italo Svevo. À trente-cinq ans, Emilio Brentani, modeste employé de bureau et écrivain dilettante, s'est résigné à passer une existence grise et monotone aux côtés de sa soeur Amalia. Un jour, sa vie routinière est bouleversée par la rencontre avec la jeune et solaire Angiolina, qui n'est cependant en rien l'"Ange" qu'il idéalise. En proie à son amour fantasmatique, il se berce d'illusions et de faux semblants tandis qu'Amalia tombe secrètement amoureuse du sensuel Stefano Balli, meilleur ami d'Emilio. Sur la base de ce quatuor de personnages, l'auteur de "La Conscience de Zeno" brode les infinies variations de la jalousie, du mensonge, de la tromperie, de la frustration, de l'illusion, de la maladresse et de l'échec sentimental. Son anti-héros introspectif, résolument inapte à l'amour, finit par renoncer à toute cette mascarade et tombe dans une sorte de sénilité précoce. "L'aventure terminée, il ne retrouvait plus son équilibre. Longtemps il demeura insatisfait. L'amour et la douleur avaient traversé sa vie et, privé de ces éléments, il lui semblait avoir subi une amputation cruelle. A la fin, ce vide se combla. Il retrouva l'amour de sa tranquillité et le soin qu'il prit de lui-même lui ôta tout autre désir." Deuxième roman de Svevo après "Une Vie", "Senilità" a été salué comme un chef-d'oeuvre par James Joyce, Eugenio Montale et Valéry Larbaud.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Emmanuel Bove. En 1928, Emmanuel Bove est au faîte de sa gloire. "Mes amis", publié dans une collection dirigée par Colette, est vivement salué par la critique et couronné par le très recherché prix Figuière. C'est le début d'une période féconde où il rencontre entre autres Rainer Maria Rilke, Philippe Soupault, Max Jacob, Pierre Bost, Max-Pol Fouchet et publie pas moins de six romans et recueils de nouvelles en une année. Parmi eux, "L'Amour de Pierre Neuhart", qui synthétise selon lui tous les éléments contenus dans son oeuvre et où son style, par une absolue neutralité qui souligne d'autant l'opacité des mobiles et des situations, atteint sa forme la plus dépouillée. Se prévalant de l'exemple de Proust ou de Balzac qui ont bâti leur oeuvre autour des mêmes figures, Bove estime en effet qu'un "roman ne doit pas être une chose achevée, une chose réussie en soi: on ne devrait pas pouvoir isoler un roman de l'oeuvre de son auteur, pas plus qu'on ne peut détacher un beau vers d'un poème".


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Nathanaël West. Fresque ardente de la folie contemporaine, le tableau auquel travaille Tod Hackett représente Los Angeles sous les flammes dans une atmosphère de carnaval. Il joue au peintre de talent, comme Faye, dont il est épris, joue à la star d'Hollywood. Dans ce monde fabriqué de la Califiornie des années 30, rien n'est comme il est, les maisons sont mexicaines, méditerranéennes ou hawaïennes, les plantes sont en caoutchouc, la "vraie" bataille de Waterloo est une reconstitution... Il n'y a que le vieux clown détraqué, père de Faye, qui meurt en clown. Le roman s'achève sur une scène d'hystérie collective que ne renieraient ni Céline ni Kafka. Le gigantesque incendie que Tod Hackett se proposait de peindre, c'est sans doute celui qui dévastera tout sur son passage et ne laissera qu'un désert calciné, la "waste land" pressentie par T. S. Eliot quelques années plus tôt. Nathanaël West y appelle avec toute la foi des désespérés la nuée de sauterelles qui s'abattra sur Babylone.



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