Raconter la Vie

  • Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table. Un parcours dans les coulisses d'un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d'un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue. Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l'apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. À la fois jeune chef en vogue et gardien d'une certaine idée de la cuisine, celle que l'on crée pour les autres, celle que l'on invente et que l'on partage. Maylis de Kerangal est écrivain. Ses romans et ses nouvelles sont publiés aux Éditions Verticales. Elle vit et travaille à Paris.

  • « Quelle horreur d'être jeune dans ce coin ! » Cette remarque, Cécile Coulon l'a entendue pendant toute son adolescence. Jolis mais invivables, ces petits villages du fin fond du Massif central, qui disparaissent de la carte une fois la nuit tombée ? L'auteure et ses amis d'enfance ont pourtant su en faire leurs terrains de jeux et d'apprentissage. Entre le stade, l'école, l'unique boutique, la salle polyvalente et l'église, il semble, à lire la romancière, qu'il soit possible de grandir heureux dans l'ignorance la plus totale des grandes villes. Ce portrait collectif d'une génération se veut aussi réhabilitation de la jeunesse à la campagne.Cécile Coulon est l'auteure de Le roi n'a pas sommeil (2012) et Le Rire du grand blessé (2013), Le Coeur du pélican (2015) publiés chez Viviane Hamy.

  • Cette enquête porte sur les esthéticiennes, dont le métier consiste à s'occuper du corps des autres, pour leur bien-être et leur agrément. Privilège de celles qui rendent belle ; abaissement de celles qu'on admet dans son intimité. On se confie, on s'accorde un moment à soi. Mais ces spécialistes du corps ne se contentent pas d'épiler ou de masser. Elles jouent aussi le rôle du psy, du coach, de l'infirmière, de l'assistante sociale, dans les instituts où elles travaillent - ces fabriques de la beauté moderne.Ivan Jablonka est historien et éditeur.

  • La Barbe

    Omar Benlaala

    Omar retrace dans ce livre un itinéraire précurseur, le sien : comment, jeune Français d'origine algérienne, il est devenu, au milieu des années 1990, l'un des premiers « barbus ». Il raconte les étapes successives de sa quête d'identité : décrochage scolaire, apprentissage accéléré de l'islam dans les mosquées de la région parisienne, voyages initiatiques à travers le monde, puis défonce sur les pistes de danse. Au terme de ces expériences, il trouve finalement son équilibre dans une pratique spirituelle apaisée. Il y a dix ans, alors qu'un nombre croissant de jeunes font le choix de l'islamisme, Omar coupe sa barbe et redevient invisible. Commence alors pour lui une nouvelle quête, ne visant plus ni l'absolu ni la distinction, celle du calme intérieur. Le parcours singulier d'Omar aide à comprendre celui d'autres jeunes qui, aujourd'hui, se cherchent dans la religion.Avec La Barbe, la collection accueille pour la première fois un auteur du site raconterlavie.fr.Omar Benlaala y a publié plusieurs récits. La Barbe est son premier livre. Sa trilogie romanesque sera bientôt accessible en ligne sur gabrielsanto.com.

  • Samira, Samuel, Philippe, Daniel et Étienne sont « commerciaux d'intérim ». Ils vendent aux entreprises du bâtiment une marchandise qui ne leur appartient pas : le travail des autres. Ils sont des intermédiaires, artisans d'un marché instable, où se redéfinissent sans cesse les tarifs et les conditions d'emploi. Ils ont un minimum de diplômes, certains étaient auparavant secrétaire, manoeuvre ou ferrailleur, mais ils s'assurent, grâce à leurs fichiers d'intérimaires et leur culot, de gros revenus. Ils aimeraient se voir en assistantes sociales ; ils contribuent pourtant à accroître l'insécurité et la précarité des ouvriers.Nicolas Jounin est sociologue ; il est l'auteur de Chantier interdit au public (La Découverte, 2009). Lucie Tourette est journaliste et documentariste ; elle est l'auteure du film On vient pour la visite (Vezfilm Ltd, 2013). Ils ont tous les deux participé à l'ouvrage collectif On bosse ici, on reste ici ! La grève des sans-papiers, une aventure inédite (La Découverte, 2011).

  • Ce sont, pour l'essentiel, elles qui rendent justice aujourd'hui : des femmes d'une trentaine d'années, fraîchement sorties de l'École nationale de la magistrature.Céline Roux témoigne de son expérience et de celle de quatre collègues, toutes propulsées à des fonctions lourdes de responsabilité face à des justiciables le plus souvent masculins. Tiraillées par la peur de l'erreur - comment ne pas douter lorsque l'on peut provoquer l'irréparable ? -, elles veulent être infaillibles. Témoins de la détresse mais aussi des bassesses de l'humain, elles sont les gardiennes, pour notre société, de l'équilibre entre justice et répression. Ce récit, également plein d'humour, nous entraîne aussi hors du tribunal : la juge peut-elle encore rester exemplaire lorsqu'elle ne porte plus la robe ?Céline Roux est magistrate ; elle a notamment été juge aux affaires familiales.

  • Isabelle est infirmière au service de chirurgie du centre hospitalier de Figeac, après des débuts dans des hôpitaux d'Ile-de-France. Au plus près du geste médical, François Bégaudeau fait le portrait d'une femme animée par la passion du soin. Isabelle est affectée par la mutation profonde que connaît l'institution médicale - restructuration, multiplication des actes, compression du personnel. Sa solitude face aux malades s'accroît. Mais son besoin de les soulager reste inébranlable.François Bégaudeau publie des romans aux Éditions Verticales, dont Entre les murs, La Blessure la vraie, Deux singes ou ma vie politique. Il est aussi l'auteur de pièces de théâtre ( Le Problème, Un deux un deux, Non-réconciliés ). Son dernier livre est un abécédaire, D'Âne à Zèbre, paru chez Grasset. Site officiel : bégaudeau.info

  • Stéphane Geffroy est employé depuis 25 ans dans un abattoir breton, à la tuerie. C'est à cet endroit de la chaîne que le travail est le plus dur : il casse les hommes et, à cinquante ans, leur donne le sentiment d'être déjà vieux. Dans l'industrie agro-alimentaire, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes vivent encore aujourd'hui cette condition ouvrière d'autrefois, loin des projecteurs médiatiques.
    L'histoire de Stéphane est aussi celle d'un engagement syndical qui le fait tenir debout et d'une expérience de juré qui l'a profondément transformé.

  • Nous pensons tout savoir sur nos députés. Il y a pourtant de nombreux invisibles à l'Assemblée. Députée de la Drôme depuis 2012, maire d'une petite ville de 10 000 habitants, Nathalie Nieson est l'une d'entre eux. Extérieure au sérail, elle porte un regard lucide sur son travail au palais Bourbon, ses rapports avec son groupe et son parti. À travers ce récit, on prend la mesure de la marginalisation du Parlement, du déclin des partis, de la désaffection à l'égard du politique. Loin des ors de la République, Nathalie Nieson raconte, à rebours des clichés souvent associés au monde politique, le quotidien d'une femme qui tente de concilier les contraintes de la vie parlementaire parisienne avec un engagement à faire vivre la démocratie au plus près de ses concitoyens. Nathalie Nieson est députée, elle a 46 ans.

  • Anthony a 27 ans. Il habite la banlieue lyonnaise. Il raconte dans ce livre le choc qu'a été pour lui la découverte du monde du travail après avoir décroché du lycée à 16 ans. Son itinéraire est révélateur de l'actuel mouvement de reprolétarisation qui touche de nombreux jeunes qui lui ressemblent. Anthony est emblématique de ces ouvriers d'aujourd'hui, dont la vie professionnelle est marquée par le triple sceau de l'incertitude, de la précarité des statuts et de l'absence de recours à l'action collective. À travers lui, c'est donc une nouvelle classe ouvrière, travaillant ici dans le monde des entrepôts et de la logistique, que l'on découvre.Son histoire est aussi celle d'une personne qui a appris à garder la tête haute et à résister.

  • Dans ce récit, plein de suspens, d'une découverte scientifique, Sébastien Balibar nous ouvre grand les portes de son laboratoire. Il y observe les propriétés déconcertantes des cristaux d'hélium, formidable exemple des bizarreries de la science. À ses côtés, nous découvrons la vie quotidienne d'un chercheur, au plus près de la matière, ponctuée par des moments de doute et d'euphorie. Plus fondamentalement, c'est le processus créateur de la science que le chercheur nous invite à comprendre, tension permanente entre bricolage et production de connaissances nouvelles auxquelles il associera son nom.Sébastien Balibar est directeur de recherche au Laboratoire de physique statistique de l'ENS. Membre de l'Académie des sciences, il est l'auteur de Je casse de l'eau et autres rêveries scientifiques (Le Pommier, 2008), La Pomme et l'Atome (Odile Jacob, 2005), et Demain la physique (Odile Jacob, 2004, avec Édouard Brézin).

  • Sans eux, les magasins seraient vides. Qui se soucie pourtant des chauffeurs-livreurs qui nous approvisionnent ? Aux yeux des citadins, ils apparaissent comme des gêneurs : déclencheurs d'embouteillages, pollueurs... À eux de concilier l'inconciliable : le stress des automobilistes et les exigences du client, l'impatience des consommateurs et l'aspiration à la tranquillité des riverains. Mission impossible ? Contrôlés à distance par leur patron, pris en tenailles entre les impératifs de la gestion en flux tendus et les contraintes de la circulation urbaine, Léon, Sami, Mohamed et les autres opposent chaque jour à l'agressivité ambiante leur débrouillardise et leur patience.Eve Charrin est journaliste. Elle est l'auteur de La voiture du peuple et le sac Vuitton. L'imaginaire des objets (Fayard, 2013) et de L'Inde à l'assaut du monde (Grasset, 2007).

  • Ce sont des hommes qui font un métier de femmes ; dans le monde de la petite enfance, ils sont l'exception. Régulièrement, il leur faut justifier leur présence au milieu des bébés, convaincre leurs collègues de leur compétence, gagner la confiance de parents soupçonneux. Ils n'ont pas l'ambition de repousser les barrières de genre ou de transformer la vision que la société autour d'eux peut avoir de la masculinité. Mais leur quotidien les a forcés à se servir de cette identité masculine comme d'une arme, ou à s'en excuser comme d'un défaut.À travers les yeux d'un père de jeunes enfants, qui a voulu franchir la barrière séparant parents et professionnels, on découvre la lutte discrète de ces hommes pour échapper au poids des préjugés et des non-dits. Une lutte dont l'enjeu est autant de se faire accepter que de se comprendre soi-même.Thomas Grillot est écrivain. Historien spécialiste des États-Unis, il a publié Après la Grande Guerre : Comment les Amérindiens des États-Unis sont devenus patriotes, aux éditions de l'EHESS (2014).

  • Fils d'ouvrier, Franck dirige la filiale française d'un des principaux groupes pétroliers internationaux. Grâce à son talent mais aussi à une forme de hasard heureux, il a échappé à son milieu : il est devenu un très grand patron. Dans cette ascension sociale fulgurante, Franck est resté étranger à la honte des origines. Il n'a pas non plus adopté les codes du monde auquel il appartient désormais. Son itinéraire offre un autre modèle : celui de la survalorisation des origines populaires comme arme de pouvoir. Charismatique et meneur d'hommes, il peut être un patron d'une extrême dureté.Franck a laissé le sociologue pénétrer dans son univers de travail et son intimité, mais n'a pas souhaité que son nom soit imprimé.Jules Naudet est sociologue. Il est l'auteur de Entrer dans l'élite (PUF, 2012) et a dirigé Justifier l'ordre social (avec Christophe Jaffrelot, PUF/La Vie des idées, 2013).

  • Une impression d'abandon exaspère aujourd'hui de nombreux Français. Ils se trouvent oubliés, incompris, pas écoutés. Le pays, en un mot, ne se sent pas représenté. Le projet « Raconter la vie », dont cet essai constitue le manifeste, a l'ambition de contribuer à le sortir de cet état inquiétant, qui mine la démocratie et décourage les individus. Pour remédier à cette mal-représentation, il veut former, par le biais d'une collection de livres et d'un site internet participatif, l'équivalent d'un Parlement des invisibles. Il répond au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, la réalité quotidienne prise en compte.« Raconter la vie » ouvre un espace original d'expérimentation sociale et politique, autant qu'intellectuelle et littéraire.Pierre Rosanvallon est professeur au Collège de France. Il a publié de nombreux ouvrages sur l'histoire de la démocratie et ses métamorphoses contemporaines, dont le plus récent est La Société des égaux (Seuil, 2011 et « Points », 2013). Il contribue aussi à animer un débat public informé, en dirigeant notamment la République des idées et le site La Vie des idées.

  • Dans une cité HLM du nord de Paris en pleine rénovation, des gardiens sont au travail : ils surveillent, réparent, tempèrent. À travers leur regard, on entrevoit ce qui n'est pas montré d'habitude : des résidents qui s'observent, les plaintes quotidiennes, les vrais problèmes. On redécouvre aussi un métier de nouveau convoité : le gardien n'est plus l'homme à tout faire d'hier, il est devenu le médiateur de la cité.Jean-François Laé est sociologue, enseignant à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Il a notamment publié Les Nuits de la main courante (Stock, 2008) et, avec Numa Murard, Deux générations dans la débine (Bayard, 2011).

  • À Bamako, Fatimata était une lycéenne éprise de liberté dans un milieu familier et protégé. Elle rêvait d'une vie étudiante à Paris. Ce rêve, elle le réalise avec une facilité déconcertante. Mais elle doit aussi accepter d'y renoncer partiellement lorsqu'elle décide, un mois après son arrivée en France, de porter le voile, première étape de sa transformation en la musulmane exemplaire qu'elle veut être. La recherche d'une forme de sécurité par l'adoption de règles va transformer son expérience en créant des obstacles à l'accomplissement de ses ambitions. À l'hostilité et la mise à l'écart qu'elle ressent face à son choix, Fatimata répond par l'incompréhension à l'égard d'une société qui l'attirait pourtant et la volonté de la quitter.
    Fatimata a vingt ans. Elle est née à Bamako et vit depuis deux ans dans la région parisienne.

  • Jean-Marie est marin pêcheur sur le bassin d'Arcachon. Mais un marin d'un genre particulier. Avec ses tatouages noirs et sa carrure de baroudeur, il ne ressemble guère à ses collègues. Il est l'un des seuls à jeter ses filets dans la zone la plus dangereuse, celle des passes, entre le bassin et l'océan.Pour Jean-Marie, aventurier, complexe, cherchant toujours un ailleurs, le bassin aux eaux apparemment si calmes est comme un étau. Le monde commence à sa limite, quand on rencontre l'océan qui, seul, lui permet de se sentir vivre, en prenant tous les risques.Sylvie Caster est née à Arcachon. Elle a fait partie de l'équipe du premier Charlie Hebdo, avant de tenir une chronique au Canard enchaîné. Elle est l'auteur de plusieurs romans, dont Les Chênes verts (1980, rééd. LGF, 1982), Bel-Air (1991, rééd. LGF, 1993, prix Populiste et prix des Bouquinistes), Dormir (Pauvert, 2002, prix Jean-Freustié), et écrit dans la revue XXI depuis sa création.

  • À Bobigny, deux immeubles sont récemment sortis de terre sur l'emplacement du premier foyer Sonacotra de la région parisienne. Il s'agissait de favoriser la mixité sociale et l'individualisation des modes de vie. Là où seuls des ouvriers immigrés partageaient hier encore leur quotidien, vivent désormais aussi des Français, des femmes, des jeunes, des réfugiés. Pour les anciens, qui ont gagné le confort en perdant l'entre soi, il a fallu faire le deuil de la vie collective. Pour les autres, cassés par l'existence, la nouvelle résidence offre un premier logement, une pause dans un itinéraire d'abandon et de rupture. À travers le portrait de ces habitants, le lecteur découvre des solitudes cohabitant les unes à côté des autres. Sylvia Zappi est journaliste au quotidien Le Monde.

  • Plongée dans l'univers des parkings aux côtés de ces fous de voitures capables de ne compter ni le temps ni l'argent pour transformer leur bolide.Donné pour mort, le tuning a de beaux jours devant lui. Dans le Nord, ce loisir populaire bat son plein au rythme de meetings attirant toutes sortes de passionnés qui cherchent la distinction et la classe par la personnalisation de leur véhicule. Le rêve automobile fait tenir quand la crise frappe.Stéphanie Maurice est journaliste. Elle est notamment correspondante de Libération dans la région Nord-Pas-de-Calais.

  • Karine est la femme aux chats, à la fois contrôleuse des impôts et éleveuse de sacrés de Birmanie. Mal à l'aise dans le monde de la fiscalité, elle a choisi d'aménager sa vie pour assouvir sa passion des félins. L'élevage des chats est pour elle un art plutôt qu'un commerce ; elle a donc fait de ce second métier un lieu de réalisation de sa philosophie du soin mutuel. Cette existence entre deux mondes montre la voie d'un rééquilibrage possible entre vie au travail et vie hors travail. Son histoire est aussi l'occasion de s'interroger sur la place que les animaux domestiques occupent dans nos vies.Guillaume le Blanc est professeur de philosophie à l'université Michel de Montaigne-Bordeaux III. Il est notamment l'auteur de Courir : méditation physique (Flammarion, 2012), L'Invisibilité sociale (PUF, 2009) et Vies ordinaires, vies précaires (Seuil, 2007).

  • Lou a 22 ans lorsque la maladie entre brutalement dans sa vie. Pour survivre, elle s'engage dans un combat qu'elle n'a pas choisi et qui va bouleverser son existence. Dans ce livre, elle témoigne, avec une grande lucidité parfois teintée de révolte, sur ce parcours chaotique qui l'a menée de la dialyse à la greffe. Elle raconte les espoirs, les galères médicales, l'implacabilité d'un système de soins souvent en mal d'humanité, l'intolérance du monde du travail et de la société face à la maladie chronique et à la vulnérabilité. L'histoire de Lou est aussi celle d'une femme libre qui refuse de renoncer à ce qu'elle est et à ses rêves.Lou Kapikian a 33 ans ; elle est secrétaire administrative dans un établissement de travail social. Pour écrire son histoire, elle a reçu l'aide du sociologue Christian Baudelot et d'Yvanie Caillé, fondatrice de l'association de patients Renaloo.

  • Pour ceux qui sont à l'étroit chez eux, ont des loisirs envahissants, ou sont entre deux vies ou deux maisons, un box loué dans un entrepôt peut faire l'affaire, à défaut d'une cave ou d'un grenier. Derrière les portes numérotées des centres de self-stockage, ces garde-meubles à la carte qui fleurissent aujourd'hui à la périphérie des villes, se cachent des histoires de déménagement, de trop-plein, mais aussi de mal-logement et de précarité. Lieux de stockage provisoire, les box peuvent devenir consignes, bureaux, ou entrepôts de contrebande. Ils disent, en creux, le besoin de garder ou d'accumuler et, derrière l'apparence de boîtes identiques, la diversité des passions et des conditions.
    Catherine Rollot est journaliste au quotidien Le Monde.

  • À l'ancien Mont-de-Piété, le besoin n'a plus le visage de la pauvreté, mais celui de la débrouillardise, le plus souvent féminine, immigrée. Leurs bijoux sont, pour les clientes, source du desserrement des contraintes qui pèsent sur elles, un ressort de leur émancipation. Le Crédit municipal de Paris est en effet un lieu où l'or octroie un type de pouvoir qui vient relativiser celui de l'argent. Dans la mise en gage, se jouent l'affirmation d'une indépendance - financière, affective, communautaire -, le dévoilement d'une ingéniosité, l'utilisation d'une institution à des fins propres.Pauline Peretz est historienne et maître de conférences à l'université de Nantes. Elle a notamment publié Le Dossier secret de l'Affaire Dreyfus (Alma, 2012 avec P. Gervais et P. Stutin) et dirigé New York. Histoires, promenades, anthologie, dictionnaire (Bouquins, Laffont, 2009).

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