Robert Laffont

  • «Le monde de Buzzati, comme celui de Kafka, est plein de détours, à la manière des labyrinthes: ce carrefour d´espace et de temps où l´homme est placé et qu´il déplace avec lui, sans pouvoir le laisser derrière lui, univers mobile dont les dimensions sont celles d´une cellule de prison dont on barbouille les murs aux couleurs de l´infini, c´est le bastion où l´on guette jour après jour l´invasion des Tartares, sans savoir s´il existe réellement des Tartares, ni s´il y en a eu autrefois, ni si le danger existe de les voir surgir, au galop, de ce désert où l´on use ses yeux et sa vie à scruter l´horizon.»Marcel Brion

  • Un amour

    Dino Buzzati

    En 1963, plus de vingt ans après la parution de son chef-d´oeuvre Le Désert des Tartares, paraît ce qui restera comme le dernier roman, probablement autobiographique, de Dino Buzzati : Un amour, ou le récit de l´intrusion de la passion, c´est-à-dire du désordre, dans la vie d´un honorable architecte milanais d´une cinquantaine d´années.
    Le jour où Laïde, jeune prostituée, danseuse et fieffée menteuse, entre dans la vie d´Antonio Dorigo, commence pour lui une descente en enfer, au cours de laquelle il nous est livré à nu, comme il s´offre aux coups de son bourreau : pitoyable et tragique, criant, pleurant et s´agitant, possédé d´une folie où il se vautre avec désespoir et délices.
    Pour dire la souffrance de Dorigo et son amour insensé pour Laïde, Buzzati invente une nouvelle écriture, un style à l´opposé de celui de ses oeuvres précédentes et d'une étonnante modernité, jetant à l´état brut les pensées délirantes de son héros : abandon de la ponctuation, redites, tâtonnements, le rythme se fait haletant pour dire le désir et la folie du désir, l´urgence de se délivrer soi-même.
    Il n´est question que d´absolu dans Un amour, et la violence de l´obsession, la marche pourtant auto-destructrice de Dorigo prennent de façon inattendue la mort en contre-pied, apportant du sens à une vie conventionnelle, bourgeoise, et incarnant, finalement, une incroyable force de vie.

  • Somerset Maugham peut être considéré comme le plus français des grands écrivains anglais du XXe siècle. Il s'est illustré dans tous les genres littéraires et particulièrement dans des nouvelles qui, au dire de Patricia Highsmith, « semblent englober toute l'expérience humaine en l'espace de quelques pages. » Les Trois Grosses Dames d'Antibesest le premier de quatre recueils à paraître dans la collection « Pavillons poche » qui rassemblent les nouvelles de Somerset Maugham. On y découvre l'univers de l'auteur : l'Empire britannique, cet ailleurs colonial que l'auteur chérit et qui le fait rêver ; l'Espagne, un autre ailleurs parfois idéalisé ; et la France, où il a passé son enfance. Abordant dans un anticonformisme avoué ses thèmes de prédilection littéralement amoraux, ces courts récits mettent notamment en scène des fils de bonne famille qui se mettent à jouer et fréquenter des femmes, un repris de justice qui part dans le Pacifique, devient bigame et goûte enfin au bonheur... Autant de personnages dépeints avec ironie et tendresse.
    Les nouvelles, parfois cruelles, dénoncent avec un esprit décapant le monde étriqué de la bourgeoisie et de ses préoccupations, et l'univers désuet de l'aristocratie. Souvent drôle, plein de fantaisie et empreint d'une certaine nostalgie, ce volume est celui d'un monde en train de disparaître, celui de la jeunesse de l'auteur.

  • Voilà trente-cinq ans que M. Hanta nourrit la presse d'une usine de recyclage où s'engloutissent jour après jour des tonnes de livres interdits par la censure, et jusqu'aux chefs-d'oeuvre de l'humanité. « Ce genre d'assassinat, ce massacre d'innocents, il faut bien quelqu'un pour le faire. » Hanta travaille, boit de la bière, déambule dans les rues de Prague, lit, et ressasse la mission dont il s'est investi : sauver la culture en arrachant à la mort des trésors si injustement condamnés. Il en sauve jusqu'à deux tonnes qu'il entasse au-dessus de son lit. Mais à ce jeu de cache-cache, son rendement baisse. Rejeté, abandonné de tous, il ne lui reste plus qu'à rejoindre ses livres bien-aimés.

    Le lecteur suit les pensées de Hanta à travers un long monologue obsessionnel et émaillé d'images singulières. Hanta revient sans cesse sur son travail, son passé et, sans le dire réellement, sur la solitude qui le mine. C'est le destin d?un homme, un ouvrier, rattrapé par une modernité assassine.

    Publié d'abord en 1976, traduit dans plus d'une dizaine de langues, ce soliloque, révélant l'absurdité tragicomique du quotidien, à propos duquel Hrabal disait : « Je ne suis venu au monde que pour écrire Une trop bruyante solitude», est un splendide apologue de la « normalisation », machine à broyer l'esprit, dont Hrabal fut lui-même la victime.
    Jusqu´alors inédit en France, Une trop bruyante solitude sort le 16 novembre 2011 dans de nombreuses salles. La réalisatrice sera en tournée à Paris et en Province pour rencontrer le public. Co-écrit par Bohumil Hrabal, le film de Véra Caïs bénéficie d´un casting prestigieux avec Philippe Noiret et Jean-Claude Dreyfus dans les rôles titre.

  • Sherwood Anderson déploie tout son talent de conteur dans ce recueil de vingt-neuf nouvelles sélectionnées dans ses oeuvres complètes et parfaitement représentatives de son univers. Observateur hors pair de la vie sociale, il pénètre avec clairvoyance et précision jusqu´aux tréfonds de l´âme de ses personnages. Ces courts récits racontent souvent, sans tabous ni détails superflus, le quotidien d´hommes et de femmes issus de milieux sociaux défavorisés. De petites gens, certes, mais à la psychologie complexe et torturée ; des personnages en quête d´accomplissement dont le désir n´est jamais assouvi. Les nouvelles possèdent également un côté plus lumineux : l´auteur évoque sa propre vie de vagabond, son désir d´ailleurs et de voyage, cette perception aiguisée que l'on développe quand on est étranger dans une ville ou un pays. La plupart des histoires ont d´ailleurs une forte dimension autobiographique, et sont le plus souvent écrites à la première personne. Bien que le recueil se caractérise par une forte unité stylistique, chaque nouvelle est différente des autres, et se déguste rêveusement, comme Telle une reine, qui parle d´une femme qui a connu beaucoup d´hommes mais a compté d´une manière particulière dans la vie de chacun, et Le triomphe du moderne, dont le protagoniste est un peintre raté qui écrit une lettre extraordinaire à sa vieille tante malade, et se retrouve désigné héritier de sa fortune par la simple puissance de ses mots...

  • L'Ibis, ancien transporteur d'esclaves reconverti en navire marchand, est au coeur de cette extraordinaire saga indienne. Parti de Baltimore, aux États-Unis, il rejoint Calcutta pour embarquer une cargaison de coolies attendue à l'île Maurice. Parmi eux Deeti, une paysanne ruinée par le commerce de l'opium tenu par les Anglais et qui accule les paysans indiens à la misère ; Kuala, son amoureux, qui l'a sauvée du bûcher funéraire sur lequel elle avait décidé de mourir ; Paulette Lambert, une jeune Française qui se fait passer pour indienne afin d'échapper au mariage sordide auquel l'a condamnée son tuteur ; enfin Jodu, son frère de lait, un jeune Indien, qui s'est engagé comme mousse sur l'Ibis, mais ignore la présence de Paulette parmi les coolies, à l'instar de Zachary Reid, le commandant en second, un Noir qui a tout l'air d'un Blanc et qui risquerait sa carrière si cela venait à se savoir. Dans les flancs de l'Ibis sont également enfermés deux prisonniers condamnés à l'exil : Neel Rattan, un raja trahi par son créditeur anglais, et Ah Fatt, un métis de Chinois et d'Indien, opiomane. Sur le pont, Baboo Nob Kissin est chargé de la surveillance générale. Convaincu que sa sainte tante, qu'il a aimée par-dessus tout, va se réincarner en lui, il se laisse envahir par la pitié et vient en aide aux prisonniers.
    Tous ces individus aux parcours et aux caractères si dissemblables, seront unis par le périple, un voyage au cours duquel chacun tentera de faire basculer son destin. Il leur faudra pour cela survivre à la rage de l'océan Indien, aux privations, aux maladies, aux révoltes et affronter la cruauté extrême du commandant en second et de son âme damnée.

  • Enfermé dans une prison pour jeunes délinquants située sur une île au large de Hambourg, Siggi Jepsen est puni pour avoir rendu une copie blanche lors d'une épreuve de rédaction. Ce n'est pas qu'il n'ait rien à dire sur le sujet " Les joies du devoir ", au contraire... Bientôt lui reviennent à la mémoire les événements qui ont fait basculer sa vie. Son père, officier de police, est contraint en 1943 de faire appliquer la loi du Reich et ses mesures antisémites à l'encontre de l'un de ses amis d'enfance, le peintre Max Nansen (derrière lequel on peut reconnaître le grand Emil Nolde). À l'insu de son père, Siggi devient le confident de l'artiste et va l'aider à mettre en sécurité ses toiles clandestines. Sa passion pour l'oeuvre le conduit ainsi au refus de l'autorité paternelle et à une transgression (un vol dans une galerie) qui lui vaudra d'être condamné. Mais aux yeux de Siggi, le châtiment porte l'empreinte du zèle coupable de son géniteur. Avec ce roman d'une grande puissance éthique et affective à la fois, qui fit le bruit que l'on imagine lors de sa publication, Siegfried Lenz a rejoint d'emblée les figures majeures du Groupe 47, ces écrivains allemands - parmi lesquels on comptait Günter Grass, Heinrich Böll et Ingeborg Bachmann - qui ont assuré le " redressement " intellectuel de leur pays.

  • Comme son adaptation au cinéma sous le titre Chambre avec vue l'a montré, le charme qui se dégage de ce roman d'apprentissage amoureux, écrit par le grand écrivain britannique E. M. Forster (1879 - 1970), n'a rien perdu de son intensité au fil du temps. C'est que l'initiation à l'amour est un thème éternel, et lorsqu'il est traité avec l'humour et la fine psychologie de l'auteur de Route des Indes, il n'est pas près de passer de mode. C'est ainsi qu'entre un baiser volé parmi les cataractes de violettes sur les ravins de Fiesole, un autre baiser raté par un fiancé au pince-nez d'or et un troisième arraché par un amoureux passionné sur un sentier étroit, la jeune Lucy va se libérer du carcan victorien de son milieu pour devenir une héroïne qui fait rêver aujourd'hui encore, comme elle a enchanté et enthousiasmé ses lecteurs voici un siècle.

  • À l´aube de la première guerre de l´opium, sont réunis à Canton des personnalités aussi disparates qu´un marchand parsi, un raja déchu, un peintre en quête d´amour et une jeune botaniste française à la recherche d´une fleur extraordinaire.Canton, XIXe siècle. Un bouillonnement de langues, de peuples et de cultures. Commerçants chinois en robe de soie et longue natte dans le dos, Britanniques compassés de la Compagnie des Indes orientales, marchands américains aux manières décontractées, Indiens empesés sous leurs brocarts... tous n´adorent qu´un dieu : l´argent. Fanqui Town, enclave au coeur de Canton, réservée aux étrangers et interdite aux femmes, est gouvernée par deux lois principales : celle du libre échange et celle de l´opium. Pour le reste, ce microcosme cultive les amitiés particulières et s´amuse dans des bals exclusivement masculins. Mais, en cette année 1839, l´empereur de Chine décide d´éradiquer l´opium de son territoire. Il exige la destruction de tous les stocks de Canton.

    Que vont-ils devenir s´ils acceptent de se plier à d´autres règles que celles du commerce ? La ruine les guette. Et pour Bahram Modi, un marchand parsi originaire de Bombay, le déshonneur devrait s´ajouter à la ruine : il a hypothéqué tous ses biens et emprunté au-delà du raisonnable pour acheter une énorme quantité d´opium. Et quel sort attend son secrétaire particulier, Neel, un raja déchu après avoir été accusé à tort de faux en écriture ? Ou bien Robin, un peintre homosexuel qui croit avoir trouvé l´amour à Canton ? Paulette, une jeune orpheline française née en Inde, et son employeur, un célèbre botaniste anglais, vont-ils devoir renoncer à découvrir la plante inconnue dont ils possèdent une rare peinture ?

    C´est la révolution dans Fanqui Town. Les équilibres savamment entretenus volent en éclats. L´arrogance, la cupidité et le racisme enflamment la situation. La réponse des forces chinoises est radicale : une exécution en place publique, et l´armée partout dans la ville. Les tonnes d´opium sont saisies. Réduites en une boue noire, malodorante, elles sont déversées dans le fleuve. La Grande-Bretagne crie au scandale, les rumeurs sur une guerre prochaine se propagent.

  • La Sourcen´est pas seulement l´histoire passionnante de la Terre Sainte et de son peuple, mais aussi une saga qui retrace le développement des civilisations occidentales et des grands concepts religieux et culturels qui ont façonné le monde.« Ceci est un roman. Le roi David et Abisag la Sulamite, Hérode le Grand, le général Petrone, Vespasien et Titus, Flavius Josèphe et Maïmonidès ont vécu. Acre, Zefat et Tibériade sont toujours debout en Galilée. Les descriptions que nous en donnons sont exactes : mais Makor (la source en hébreu), son site, son histoire et ses fouilles sont purement imaginaires » (note de l´auteur). En 1964, grâce au financement d´un multimillionnaire américain, quatre archéologues entreprennent des fouilles sur le site de Makor en Israël. Ils mettent au jour des vestiges témoignant d´une présence humaine millénaire sur cette terre. Ces chercheurs sont les héros contemporains du roman, qui en compte bien davantage. En effet, à chacune de leurs découvertes, Michener nous entraîne à la suite des générations d´hommes et des femmes de Makor, depuis la préhistoire jusqu´à la création de l´État d´Israël, en 1948. Makor, ou « la source » en hébreu. Les fouilles nous rapprochent toujours plus de cette source d´origine et chaque strate du site mise au jour amène l´évocation des temps forts de l´histoire d´Israël : la vie des premiers Hébreux, l´émergence d´un sens de Dieu et l´apparition du monothéisme, la conquête de Canaan, la lutte contre les envahisseurs au temps du roi David, l'occupation romaine, l´avènement du christianisme, les croisades, l'arrivée des Arabes, la fondation de l´État juif...

    James A. Michener a conçu cette saga titanesque d´après ses minutieuses recherches sur le terrain. De cette somme considérable de connaissances, il tire un récit vivant, extrêmement réaliste et précis. Servi par une écriture poignante et exaltante, La Source est un roman haletant qui retrace dans un doux vertige un pan fondateur de l´histoire mondiale.

  • Maddaddam

    Margaret Atwood

    Une peste créée par l'homme a ravagé la Terre. Les rares survivants forment une communauté avec une espèce inoffensive, fabriquée pour remplacer les humains, les Crakers. À sa tête, un couple au passé tumultueux, Toby, experte en champignons et abeilles, et Zeb, mangeur d'ours et fils d'un prêcheur maléfique. Dépositaire et garante de la mémoire, Toby transmet aux Crakers, curieux comme des enfants et avides de légendes, l'histoire des hommes. Au contact les uns des autres, humains et Crakers posent les fondements d'un nouveau monde...
    Avec une verve extraordinaire, une imagination et une inventivité d'écriture sans limites, un humour décapant, Margaret Atwood joue de la dystopie pour bâtir un conte d'un genre unique. Mêlant tout à la fois récit d'aventures et histoire d'amour, pamphlet politique et écologique, réflexion sur la science et la religion, la sexualité et le pouvoir, elle nous offre ici une oeuvre d'une grande maturité, un " roman total " qui conclut magnifiquement le cycle commencé avec Le Dernier Homme et Le Temple du déluge.

  • C'est dans ses innombrables et incessants déplacements que Graham Greene, voyageur, homme d'action et d'écriture, a puisé le matériau et l'atmosphère si souvent exotiques de ses romans. Dans Notre agent à La Havane (1958), Graham Greene plante son décor à Cuba juste avant la révolution castriste dont on peut voir la prémonition en filigrane dans son récit. Acuité du regard d'un ex-reporter et rédacteur au Times ! Quant à l'histoire, elle est ébouriffante : c'est celle d'un citoyen britannique ordinaire, marchand d'aspirateurs à La Havane, qu'un agent secret de l'Intelligence Service recrute sur sa seule bonne mine et son naïf patriotisme, pour lui confier la mission de créer un réseau d'espions imaginaires...
    Cette aventure tragique et burlesque à la fois, cruelle aussi dans son dénouement, inspira aussitôt à Carol Reed un classique du cinéma - occasion, pour Alec Guinness, d'un de ses inoubliables numéros d'acteur.

  • En tout cas, c´est le projet d´Éric, comptable, marié et père de deux enfants. Alors qu´il fête son anniversaire au pub, entouré de ses amis, il prend soudain conscience que le camping sera pour lui la façon idéale de passer quinze jours de vacances en famille et de ré-flé-chir. Mais c´est en vacances que les problèmes sérieux commencent.
    Éric y croyait pourtant tellement à ce ressourcement... Il n´avait rien laissé au hasard. Il avait même commencé à rédiger un journal où les considérations météorologiques côtoyaient de profondes réflexions philosophiques. Mais rien ne se passe comme prévu, du moins comme il l´aurait souhaité : sa femme est prise de pulsions sexuelles irrépressibles, sa fille traverse une crise de mysticisme et son fils décide de retourner à l´état de nature. Sans parler des autres vacanciers plus étranges les uns que les autres.


    Geoff Nicholson manie avec talent l´art de la satire et du burlesque. Dans cette comédie grinçante et cruelle, il jongle subtilement avec le second degré en un tourbillon de situations cocasses, et parfois surréalistes.

  • Portée par une prose électrique, cette grande fresque en 3D de la vie à Miami est un miroir de l´Amérique des années 2010, comme le fut pour les années 1990 le New York du Bûcher des vanités.
    Brillant, culotté, à l´humour corrosif : un Tom Wolfe très grand cru.« Une invasion armée, c´est une chose, évidemment. Mais Miami est la seule ville d´Amérique - et même du monde, à ma connaissance - où une population venue d´un pays étranger, dotée d´une langue et d´une culture étrangères, a immigré et établi sa domination en l´espace d´une génération à peine - par la voie des urnes. Je veux parler des Cubains de Miami. Dès que j´ai pris conscience de cette réalité, j´ai trépigné d´impatience : il fallait que j´y aille. C´est ainsi que j´ai passé deux ans et demi dans la mêlée, en plein coeur de l´immense foire d´empoigne qu´est Miami. Il faut le voir pour le croire ; ou bien (oserais-je le suggérer ?) le lire dans Bloody Miami. Dans ce livre - où il n´est pas question d´hémoglobine, mais de lignées -, Nestor, un policier cubain de vingt-six ans, se retrouve exilé par son propre peuple de la ville d´Hialeah, la véritable « Little Havana » de Miami, pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie de vingt-quatre ans, leur tourne le dos, à Hialeah et à lui, pour des horizons plus glamour en devenant la maîtresse d´abord d´un psychiatre, star des plateaux télé et spécialiste de l´addiction à la pornographie, puis d´un « oligarque » russe dont le plus grand titre de gloire est d´avoir donné son nom au Musée des beaux-arts de Miami (en lui vendant des faux pour soixante-dix millions de dollars...) ; un professeur haïtien risque la ruine pour que ses enfants mulâtres soient pris pour des Blancs ; un chef de la police noir décide qu´il en a assez de servir d´alibi à la politique raciale du maire cubain ; le rédacteur en chef WASP de l´unique quotidien anglophone encore publié à Miami, certes diplômé de Yale mais qui ne comprend rien aux contradictions intrinsèques et complètement cinglées de cette ville, meurt de peur de perdre sa place - et ses privilèges ; tandis que son jeune reporter vedette, également sorti de Yale - mais qui, lui, a tout compris -, s´échine (avec succès et avec l´aide de Nestor, notre jeune policier cubain) à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n´évoque là que neuf des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. J´espère qu´ils vous plairont. C´est un roman, mais je ne peux m´empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d´y contempler l´aurore de l´avenir de l´Amérique ? » Tom Wolfe

  • ««Depuis l´époque où, jeune recrue, il était entré dans la "Boîte", il y avait de cela plus de trente ans, Castle prenait son déjeuner dans un pub situé derrière Saint James´s Street, non loin du bureau. Si on lui avait demandé pourquoi, il eût répondu que c´était à cause de l´excellence des saucisses; peut-être aurait-il préféré à la Watney une autre marque de bière amère, mais la qualité des saucisses l´emportait sur la bière. Il était toujours prêt à rendre compte de ses actes, même les plus innocents; il était toujours aussi d´une grande ponctualité.»Une fuite est découverte dans un sous-département des services secrets britanniques, entraînant une opération de contrôle. Dans l´atmosphère lourde de suspicion qui en découle, les personnages sortent peu à peu de l´ombre... Graham Greene retourne ici à ce monde des services secrets qu´il a bien connu et pour lequel il a certainement gardé une fascination ironique. Mais l´espionnage et ses péripéties sont aussi le moyen d´illustrer de façon aiguë et parfois tragique que la rigidité obtuse des raisons d´État est souvent trop oublieuse du facteur humain...

  • Chez un auteur de l'importance de Hrabal, l'intérêt des premiers textes est grand. Anarchisme spontané, obsession des choses et des gens de la rue, triomphe de l'imagination flirtant avec le fantastique, et surtout révolte contre la banalité du quotidien

  • Publication des dernières nouvelles inédites en français de Dino Buzzati : la pièce qui manquait encore au puzzle...
    Après Nouvelles inquiètes, la collection « Pavillons » publie Nouvelles oubliées, un nouveau recueil de textes inédits en français. Avec cet ouvrage, le lecteur français a désormais accès à toute l´oeuvre narrative de Buzzati. Le choix a été fait de classer ces textes selon l´ordre chronologique de leur publication en Italie : la période couverte s´étend sur plus de vingt-cinq ans ; de 1942 («Élégance militaire ») à 1968 (« Le mausolée »). Le lecteur retrouvera dans les premières nouvelles l´Afrique que Buzzati connut durant la Seconde Guerre mondiale où, en tant que journaliste, il fut correspondant de guerre et envoyé spécial. À l´autre bout de l´échelle du temps, on trouvera des textes d´une tonalité très différente : citons « L´autre Venise », texte poétique qui nous fait découvrir une Venise inhabituelle que seul révèle le crépuscule. Mais le lecteur rencontrera aussi des thèmes qui ont hanté Buzzati tout au long de sa vie, de son oeuvre : le temps, la mort, le destin...

  • Dino Buzzati s´est toujours rangé du côté de l´imaginaire, du merveilleux, du fantastique. Ses textes nous font pénétrer dans un monde en tous points semblable au nôtre mais où pourtant il y a comme une fêlure, infime et dérangeante. C´est par cette fissure que l´auteur nous fait accéder à la dimension mystérieuse du réel, à une méditation sur la fuite du temps, sur la fatalité du destin et sur l´absurdité de la condition humaine.

    Et, si au centre de l´oeuvre de Dino Buzzati se trouve l´Homme, ses angoisses, ses incertitudes, ses peurs, son univers n´en est pas moins peuplé d´animaux qui peuvent l´aider, l´éclairer, le dissuader, mais aussi lui mener la vie dure. Dans ce recueil d´articles parus dans la presse et de nouvelles sur la thématique du bestiaire, les animaux sont devenus les principaux personnages. Un chien devient un homme ("L´arriviste"), un invisible crapaud se transforme en un monstrueux géant ("Le Falstaff de la faune"), un « Tyrannosaurus Rex » s´apprête àécraser une ville...

    Au fil des textes se dessine ainsi une sorte d´humanité intermédiaire, inférieure par certains côtés et privilégiée par d´autres. Car les animaux enseignent la rédemption à l´homme, en le protégeant contre quelque chose qui pourrait le submerger.

  • Un dragon qui terrorise un village de montagnards, un grand chef d'orchestre aux prises avec un groupe terroriste, une étrange peste qui décime des automobiles... Dans ces vingt quatre nouvelles, Dino Buzzati mêle l'étrange au quotidien, l'humour à l'angoisse et, avec la subtile causticité dont il a le secret, nous offre une peinture délicieusement acerbe de la nature humaine. On y trouvera la panoplie des rêveries, spéculations, obsessions et autres chimères qui ont hanté l'existence du génial auteur du Désert des Tartares et de Un amour, et qui donnent à son oeuvre un caractère si particulier.

  • Pendant près de vingt ans, de 1944 à 1962, Dino Buzzati a tenu un journal. Un étrange journal en réalité, qui loin de se borner à l´évocation d´anecdotes concrètes et quotidiennes, se saisit de la réalité pour en donner une version fantastique, la transformer en réflexion ou en dénonciation, en conte ou en parabole. En prenant bien souvent pour point de départ une situation banale, vue ou vécue, comme la file d´attente d´un guichet, une soirée mondaine ou une halte dans les toilettes d´un hôtel, Buzzati l´inscrit dans son monde intérieur, l´associe à ses thèmes fondamentaux, à ses obsessions et à ses angoisses. On retrouve les vieux démons de l´écrivain : la mort, le mensonge et l´inutile comédie humaine, la peur, le rêve et le questionnement inlassable de l´univers par l´homme, qui reste sans réponse. En 1950, Buzzati fait paraître ces carnets sous le titre En ce moment précis. L´aspect en est singulier, les formes variées (dialogues, chroniques, petits récits, réflexions, choses vues), mais on redécouvre au fil des pages le style incisif et ironique de l´auteur, sa plume marquée par le travail de chroniqueur, la profondeur spirituelle et l´inquiétude inhérentes à son oeuvre. Entre la célébration des choses insignifiantes et le regard désabusé sur les objets, Buzzati exprime sous un mode symbolique sa vision angoissée du monde contemporain, domaine des occasions perdues où règne le sentiment d´un quiproquo irrémédiable, celui qu´entretient l´homme avec la vie.

  • Élevé par sa grand-mère à la suite de tragédies familiales multiples, Grady Tripp grandit dans la fascination de son voisin, Albert Vetch, auteur de romans d´épouvante et inspirateur de sa future vocation.
    Devenu adulte et professeur de lettres à l´université de Pittsburg, Grady travaille, ou plutôt se débat depuis près d´une décennie avec son nouveau roman, un manuscrit proche de l´absurde et bourré d´inutiles digressions de plus de deux mille pages, intitulé Des garçons épatants. La vie de Grady est aussi peu linéaire que son roman. Tout juste quitté par sa femme, il vient d´apprendre que sa maîtresse Sara, la présidente de son université, la femme de son supérieur hiérarchique, est enceinte de lui. Et comme si cela ne suffisait pas, Grady se convainc qu´il est passionnément amoureux d´une de ses étudiantes, la jeune Hannah...
    Autour de Grady gravitent deux autres personnages principaux : Terry Grabtree, flamboyant et cynique explorateur de diverses drogues et autres plaisirs, qui vient de se faire virer de son poste d´éditeur, et James Leer, un des plus fervents disciples de Grady, jeune homme anxieux et fragile, mythomane avéré et atteint d´une attirance morbide pour les suicides de stars hollywoodiennes.
    Ces trois paumés magnifiques, pour ne pas dire ces trois garçons épatants, nous embarquent dans une aventure aussi noire qu´hilarante, une comédie rocambolesque, émouvante et cynique, qui a révélé Michael Chabon comme l´un des auteurs les plus talentueux de sa génération.

  • Après Les Trois Grosses Dames d'Antibes, on retrouve avec bonheur dans ces vingt-quatre histoires très différentes les unes des autres l´univers singulier de Somerset Maugham.
    Écriture, fragilité du pouvoir, tragédie de l´existence, haine des conventions sont quelques-uns des thèmes qui baignent ces nouvelles, et que Maugham décline dans un style à la fois incisif et empreint d´une grande tendresse. L'Angleterre, bien sûr, l'Europe, mais surtout les voyages et les colonies ont la part belle dans ce recueil, et sont évoqués au travers de portraits au scalpel de ceux qui ont fait le choix des îles.
    On découvre ou redécouvre au fil de ces histoires la morale immoraliste de l´auteur, pour qui les mariages légitimes sont souvent boiteux, tandis que les couples socialement mal assemblés sont parfaitement heureux. Ainsi cette nouvelle où une veuve vieillissante épouse, au grand dam de son milieu, un jeune homme de vingt-sept ans son cadet, et qui lui brisera le coeur quand elle décidera de divorcer : ce texte comme tant d'autres est ancré dans un anticonformisme radical, que Maugham affiche comme sien avec insolence et légéreté.
    Souvent drôles, pleines de fantaisie et empreintes d´une certaine nostalgie, ces nouvelles parlent aussi de ce monde ancien qui est celui de Maugham, et qui est sur le point de basculer et de disparaître.

  • À Holt, bourgade des plaines arides du Colorado, voici les frères Harold et Raymond McPherson, vieux cow-boys célibataires aux mains calleuses et au coeur d'or. Avec leurs encouragements, leur protégée, Victoria, maman d'une petite Katie âgée de deux ans, part s'installer en ville pour reprendre ses études. Malgré la solitude, la vie suit son cours dans le bruissement des éoliennes et le piétinement des troupeaux. Jusqu'à ce que le malheur frappe, implacable.
    Au rythme lancinant d'une ballade folklorique traditionnelle, Kent Haruf explore avec sobriété et pudeur les passions et les tragédies humaines. Dans une prose d'une simplicité poétique, celui qui fut le chantre de son Colorado natal célèbre la force de l'espérance et l'élégance du coeur.

  • De 1940 à 1944, le ghetto de Lódz est placé sous la direction de Mordechai Chaim Rumkowski, président du Conseil juif. Contrôlé strictement par l´administration allemande, le Conseil juif dirige tous les aspects de la vie quotidienne dans le ghetto : police, justice, santé, travail, alimentation. Convaincu que, si les juifs se rendent indispensables à l´effort de guerre allemand, ils seront épargnés, Rumkowski transforme le ghetto en un immense atelier super productif. Pris au piège de sa logique, il sacrifie les inadaptés et les indésirables. Il se mue ainsi, consciemment ou non, en un très efficace rouage de la machine d´extermination nazie. En septembre 1942, il prononce un discours insoutenable pour exhorter les parents à livrer leurs enfants de moins de neuf ans, incapables de travailler. Les trahisons et les efforts de Rumkowski furent vains : en 1944, Himmler donna l´ordre de « liquider » le ghetto. Il ne restera qu´un peu plus de 800 survivants sur une population ayant dépassé les 250 000 habitants. Traître pour certains, héros pour d´autres, le personnage très controversé de Rumkowski suscite de nombreuses interrogations sur la dignité, l´abjection et la survie.Pour écrire ce roman, Sem-Sandberg s´est inspiré des archives du ghetto de Lódz. Y étaient collectés quantité de faits officiels concernant le ghetto, mais aussi des informations interdites cachées par les résistants, comme des bulletins de guerre alliés, des cartes des fronts, des journaux intimes. Privilégiant une écriture sobre ponctuée de purs moments de poésie, tantôt vague de fond ressassant les événements de 1942, tantôt mélodie vibrante d´émotion, Sem-Sandberg fait le pari de la littérature. En montrant que le roman peut rendre compte de la Shoah, il se pose en héritier d´une autre manière d´accomplir le devoir de mémoire : il n´est pas témoin, mais il est passeur. Sans témoin l´Histoire perd son sens ; sans passeur, elle s´efface.

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