Robert Laffont

  • «Le monde de Buzzati, comme celui de Kafka, est plein de détours, à la manière des labyrinthes: ce carrefour d´espace et de temps où l´homme est placé et qu´il déplace avec lui, sans pouvoir le laisser derrière lui, univers mobile dont les dimensions sont celles d´une cellule de prison dont on barbouille les murs aux couleurs de l´infini, c´est le bastion où l´on guette jour après jour l´invasion des Tartares, sans savoir s´il existe réellement des Tartares, ni s´il y en a eu autrefois, ni si le danger existe de les voir surgir, au galop, de ce désert où l´on use ses yeux et sa vie à scruter l´horizon.»Marcel Brion

  • Un amour

    Dino Buzzati

    En 1963, plus de vingt ans après la parution de son chef-d´oeuvre Le Désert des Tartares, paraît ce qui restera comme le dernier roman, probablement autobiographique, de Dino Buzzati : Un amour, ou le récit de l´intrusion de la passion, c´est-à-dire du désordre, dans la vie d´un honorable architecte milanais d´une cinquantaine d´années.
    Le jour où Laïde, jeune prostituée, danseuse et fieffée menteuse, entre dans la vie d´Antonio Dorigo, commence pour lui une descente en enfer, au cours de laquelle il nous est livré à nu, comme il s´offre aux coups de son bourreau : pitoyable et tragique, criant, pleurant et s´agitant, possédé d´une folie où il se vautre avec désespoir et délices.
    Pour dire la souffrance de Dorigo et son amour insensé pour Laïde, Buzzati invente une nouvelle écriture, un style à l´opposé de celui de ses oeuvres précédentes et d'une étonnante modernité, jetant à l´état brut les pensées délirantes de son héros : abandon de la ponctuation, redites, tâtonnements, le rythme se fait haletant pour dire le désir et la folie du désir, l´urgence de se délivrer soi-même.
    Il n´est question que d´absolu dans Un amour, et la violence de l´obsession, la marche pourtant auto-destructrice de Dorigo prennent de façon inattendue la mort en contre-pied, apportant du sens à une vie conventionnelle, bourgeoise, et incarnant, finalement, une incroyable force de vie.

  • Somerset Maugham peut être considéré comme le plus français des grands écrivains anglais du XXe siècle. Il s'est illustré dans tous les genres littéraires et particulièrement dans des nouvelles qui, au dire de Patricia Highsmith, « semblent englober toute l'expérience humaine en l'espace de quelques pages. » Les Trois Grosses Dames d'Antibesest le premier de quatre recueils à paraître dans la collection « Pavillons poche » qui rassemblent les nouvelles de Somerset Maugham. On y découvre l'univers de l'auteur : l'Empire britannique, cet ailleurs colonial que l'auteur chérit et qui le fait rêver ; l'Espagne, un autre ailleurs parfois idéalisé ; et la France, où il a passé son enfance. Abordant dans un anticonformisme avoué ses thèmes de prédilection littéralement amoraux, ces courts récits mettent notamment en scène des fils de bonne famille qui se mettent à jouer et fréquenter des femmes, un repris de justice qui part dans le Pacifique, devient bigame et goûte enfin au bonheur... Autant de personnages dépeints avec ironie et tendresse.
    Les nouvelles, parfois cruelles, dénoncent avec un esprit décapant le monde étriqué de la bourgeoisie et de ses préoccupations, et l'univers désuet de l'aristocratie. Souvent drôle, plein de fantaisie et empreint d'une certaine nostalgie, ce volume est celui d'un monde en train de disparaître, celui de la jeunesse de l'auteur.

  • L'Ibis, ancien transporteur d'esclaves reconverti en navire marchand, est au coeur de cette extraordinaire saga indienne. Parti de Baltimore, aux États-Unis, il rejoint Calcutta pour embarquer une cargaison de coolies attendue à l'île Maurice. Parmi eux Deeti, une paysanne ruinée par le commerce de l'opium tenu par les Anglais et qui accule les paysans indiens à la misère ; Kuala, son amoureux, qui l'a sauvée du bûcher funéraire sur lequel elle avait décidé de mourir ; Paulette Lambert, une jeune Française qui se fait passer pour indienne afin d'échapper au mariage sordide auquel l'a condamnée son tuteur ; enfin Jodu, son frère de lait, un jeune Indien, qui s'est engagé comme mousse sur l'Ibis, mais ignore la présence de Paulette parmi les coolies, à l'instar de Zachary Reid, le commandant en second, un Noir qui a tout l'air d'un Blanc et qui risquerait sa carrière si cela venait à se savoir. Dans les flancs de l'Ibis sont également enfermés deux prisonniers condamnés à l'exil : Neel Rattan, un raja trahi par son créditeur anglais, et Ah Fatt, un métis de Chinois et d'Indien, opiomane. Sur le pont, Baboo Nob Kissin est chargé de la surveillance générale. Convaincu que sa sainte tante, qu'il a aimée par-dessus tout, va se réincarner en lui, il se laisse envahir par la pitié et vient en aide aux prisonniers.
    Tous ces individus aux parcours et aux caractères si dissemblables, seront unis par le périple, un voyage au cours duquel chacun tentera de faire basculer son destin. Il leur faudra pour cela survivre à la rage de l'océan Indien, aux privations, aux maladies, aux révoltes et affronter la cruauté extrême du commandant en second et de son âme damnée.

  • La Sourcen´est pas seulement l´histoire passionnante de la Terre Sainte et de son peuple, mais aussi une saga qui retrace le développement des civilisations occidentales et des grands concepts religieux et culturels qui ont façonné le monde.« Ceci est un roman. Le roi David et Abisag la Sulamite, Hérode le Grand, le général Petrone, Vespasien et Titus, Flavius Josèphe et Maïmonidès ont vécu. Acre, Zefat et Tibériade sont toujours debout en Galilée. Les descriptions que nous en donnons sont exactes : mais Makor (la source en hébreu), son site, son histoire et ses fouilles sont purement imaginaires » (note de l´auteur). En 1964, grâce au financement d´un multimillionnaire américain, quatre archéologues entreprennent des fouilles sur le site de Makor en Israël. Ils mettent au jour des vestiges témoignant d´une présence humaine millénaire sur cette terre. Ces chercheurs sont les héros contemporains du roman, qui en compte bien davantage. En effet, à chacune de leurs découvertes, Michener nous entraîne à la suite des générations d´hommes et des femmes de Makor, depuis la préhistoire jusqu´à la création de l´État d´Israël, en 1948. Makor, ou « la source » en hébreu. Les fouilles nous rapprochent toujours plus de cette source d´origine et chaque strate du site mise au jour amène l´évocation des temps forts de l´histoire d´Israël : la vie des premiers Hébreux, l´émergence d´un sens de Dieu et l´apparition du monothéisme, la conquête de Canaan, la lutte contre les envahisseurs au temps du roi David, l'occupation romaine, l´avènement du christianisme, les croisades, l'arrivée des Arabes, la fondation de l´État juif...

    James A. Michener a conçu cette saga titanesque d´après ses minutieuses recherches sur le terrain. De cette somme considérable de connaissances, il tire un récit vivant, extrêmement réaliste et précis. Servi par une écriture poignante et exaltante, La Source est un roman haletant qui retrace dans un doux vertige un pan fondateur de l´histoire mondiale.

  • À l´aube de la première guerre de l´opium, sont réunis à Canton des personnalités aussi disparates qu´un marchand parsi, un raja déchu, un peintre en quête d´amour et une jeune botaniste française à la recherche d´une fleur extraordinaire.Canton, XIXe siècle. Un bouillonnement de langues, de peuples et de cultures. Commerçants chinois en robe de soie et longue natte dans le dos, Britanniques compassés de la Compagnie des Indes orientales, marchands américains aux manières décontractées, Indiens empesés sous leurs brocarts... tous n´adorent qu´un dieu : l´argent. Fanqui Town, enclave au coeur de Canton, réservée aux étrangers et interdite aux femmes, est gouvernée par deux lois principales : celle du libre échange et celle de l´opium. Pour le reste, ce microcosme cultive les amitiés particulières et s´amuse dans des bals exclusivement masculins. Mais, en cette année 1839, l´empereur de Chine décide d´éradiquer l´opium de son territoire. Il exige la destruction de tous les stocks de Canton.

    Que vont-ils devenir s´ils acceptent de se plier à d´autres règles que celles du commerce ? La ruine les guette. Et pour Bahram Modi, un marchand parsi originaire de Bombay, le déshonneur devrait s´ajouter à la ruine : il a hypothéqué tous ses biens et emprunté au-delà du raisonnable pour acheter une énorme quantité d´opium. Et quel sort attend son secrétaire particulier, Neel, un raja déchu après avoir été accusé à tort de faux en écriture ? Ou bien Robin, un peintre homosexuel qui croit avoir trouvé l´amour à Canton ? Paulette, une jeune orpheline française née en Inde, et son employeur, un célèbre botaniste anglais, vont-ils devoir renoncer à découvrir la plante inconnue dont ils possèdent une rare peinture ?

    C´est la révolution dans Fanqui Town. Les équilibres savamment entretenus volent en éclats. L´arrogance, la cupidité et le racisme enflamment la situation. La réponse des forces chinoises est radicale : une exécution en place publique, et l´armée partout dans la ville. Les tonnes d´opium sont saisies. Réduites en une boue noire, malodorante, elles sont déversées dans le fleuve. La Grande-Bretagne crie au scandale, les rumeurs sur une guerre prochaine se propagent.

  • Maddaddam

    Margaret Atwood

    Une peste créée par l'homme a ravagé la Terre. Les rares survivants forment une communauté avec une espèce inoffensive, fabriquée pour remplacer les humains, les Crakers. À sa tête, un couple au passé tumultueux, Toby, experte en champignons et abeilles, et Zeb, mangeur d'ours et fils d'un prêcheur maléfique. Dépositaire et garante de la mémoire, Toby transmet aux Crakers, curieux comme des enfants et avides de légendes, l'histoire des hommes. Au contact les uns des autres, humains et Crakers posent les fondements d'un nouveau monde...
    Avec une verve extraordinaire, une imagination et une inventivité d'écriture sans limites, un humour décapant, Margaret Atwood joue de la dystopie pour bâtir un conte d'un genre unique. Mêlant tout à la fois récit d'aventures et histoire d'amour, pamphlet politique et écologique, réflexion sur la science et la religion, la sexualité et le pouvoir, elle nous offre ici une oeuvre d'une grande maturité, un " roman total " qui conclut magnifiquement le cycle commencé avec Le Dernier Homme et Le Temple du déluge.

  • C'est dans ses innombrables et incessants déplacements que Graham Greene, voyageur, homme d'action et d'écriture, a puisé le matériau et l'atmosphère si souvent exotiques de ses romans. Dans Notre agent à La Havane (1958), Graham Greene plante son décor à Cuba juste avant la révolution castriste dont on peut voir la prémonition en filigrane dans son récit. Acuité du regard d'un ex-reporter et rédacteur au Times ! Quant à l'histoire, elle est ébouriffante : c'est celle d'un citoyen britannique ordinaire, marchand d'aspirateurs à La Havane, qu'un agent secret de l'Intelligence Service recrute sur sa seule bonne mine et son naïf patriotisme, pour lui confier la mission de créer un réseau d'espions imaginaires...
    Cette aventure tragique et burlesque à la fois, cruelle aussi dans son dénouement, inspira aussitôt à Carol Reed un classique du cinéma - occasion, pour Alec Guinness, d'un de ses inoubliables numéros d'acteur.

  • Portée par une prose électrique, cette grande fresque en 3D de la vie à Miami est un miroir de l´Amérique des années 2010, comme le fut pour les années 1990 le New York du Bûcher des vanités.
    Brillant, culotté, à l´humour corrosif : un Tom Wolfe très grand cru.« Une invasion armée, c´est une chose, évidemment. Mais Miami est la seule ville d´Amérique - et même du monde, à ma connaissance - où une population venue d´un pays étranger, dotée d´une langue et d´une culture étrangères, a immigré et établi sa domination en l´espace d´une génération à peine - par la voie des urnes. Je veux parler des Cubains de Miami. Dès que j´ai pris conscience de cette réalité, j´ai trépigné d´impatience : il fallait que j´y aille. C´est ainsi que j´ai passé deux ans et demi dans la mêlée, en plein coeur de l´immense foire d´empoigne qu´est Miami. Il faut le voir pour le croire ; ou bien (oserais-je le suggérer ?) le lire dans Bloody Miami. Dans ce livre - où il n´est pas question d´hémoglobine, mais de lignées -, Nestor, un policier cubain de vingt-six ans, se retrouve exilé par son propre peuple de la ville d´Hialeah, la véritable « Little Havana » de Miami, pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie de vingt-quatre ans, leur tourne le dos, à Hialeah et à lui, pour des horizons plus glamour en devenant la maîtresse d´abord d´un psychiatre, star des plateaux télé et spécialiste de l´addiction à la pornographie, puis d´un « oligarque » russe dont le plus grand titre de gloire est d´avoir donné son nom au Musée des beaux-arts de Miami (en lui vendant des faux pour soixante-dix millions de dollars...) ; un professeur haïtien risque la ruine pour que ses enfants mulâtres soient pris pour des Blancs ; un chef de la police noir décide qu´il en a assez de servir d´alibi à la politique raciale du maire cubain ; le rédacteur en chef WASP de l´unique quotidien anglophone encore publié à Miami, certes diplômé de Yale mais qui ne comprend rien aux contradictions intrinsèques et complètement cinglées de cette ville, meurt de peur de perdre sa place - et ses privilèges ; tandis que son jeune reporter vedette, également sorti de Yale - mais qui, lui, a tout compris -, s´échine (avec succès et avec l´aide de Nestor, notre jeune policier cubain) à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n´évoque là que neuf des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. J´espère qu´ils vous plairont. C´est un roman, mais je ne peux m´empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d´y contempler l´aurore de l´avenir de l´Amérique ? » Tom Wolfe

  • Publication des dernières nouvelles inédites en français de Dino Buzzati : la pièce qui manquait encore au puzzle...
    Après Nouvelles inquiètes, la collection « Pavillons » publie Nouvelles oubliées, un nouveau recueil de textes inédits en français. Avec cet ouvrage, le lecteur français a désormais accès à toute l´oeuvre narrative de Buzzati. Le choix a été fait de classer ces textes selon l´ordre chronologique de leur publication en Italie : la période couverte s´étend sur plus de vingt-cinq ans ; de 1942 («Élégance militaire ») à 1968 (« Le mausolée »). Le lecteur retrouvera dans les premières nouvelles l´Afrique que Buzzati connut durant la Seconde Guerre mondiale où, en tant que journaliste, il fut correspondant de guerre et envoyé spécial. À l´autre bout de l´échelle du temps, on trouvera des textes d´une tonalité très différente : citons « L´autre Venise », texte poétique qui nous fait découvrir une Venise inhabituelle que seul révèle le crépuscule. Mais le lecteur rencontrera aussi des thèmes qui ont hanté Buzzati tout au long de sa vie, de son oeuvre : le temps, la mort, le destin...

  • Élevé par sa grand-mère à la suite de tragédies familiales multiples, Grady Tripp grandit dans la fascination de son voisin, Albert Vetch, auteur de romans d´épouvante et inspirateur de sa future vocation.
    Devenu adulte et professeur de lettres à l´université de Pittsburg, Grady travaille, ou plutôt se débat depuis près d´une décennie avec son nouveau roman, un manuscrit proche de l´absurde et bourré d´inutiles digressions de plus de deux mille pages, intitulé Des garçons épatants. La vie de Grady est aussi peu linéaire que son roman. Tout juste quitté par sa femme, il vient d´apprendre que sa maîtresse Sara, la présidente de son université, la femme de son supérieur hiérarchique, est enceinte de lui. Et comme si cela ne suffisait pas, Grady se convainc qu´il est passionnément amoureux d´une de ses étudiantes, la jeune Hannah...
    Autour de Grady gravitent deux autres personnages principaux : Terry Grabtree, flamboyant et cynique explorateur de diverses drogues et autres plaisirs, qui vient de se faire virer de son poste d´éditeur, et James Leer, un des plus fervents disciples de Grady, jeune homme anxieux et fragile, mythomane avéré et atteint d´une attirance morbide pour les suicides de stars hollywoodiennes.
    Ces trois paumés magnifiques, pour ne pas dire ces trois garçons épatants, nous embarquent dans une aventure aussi noire qu´hilarante, une comédie rocambolesque, émouvante et cynique, qui a révélé Michael Chabon comme l´un des auteurs les plus talentueux de sa génération.

  • À Holt, bourgade des plaines arides du Colorado, voici les frères Harold et Raymond McPherson, vieux cow-boys célibataires aux mains calleuses et au coeur d'or. Avec leurs encouragements, leur protégée, Victoria, maman d'une petite Katie âgée de deux ans, part s'installer en ville pour reprendre ses études. Malgré la solitude, la vie suit son cours dans le bruissement des éoliennes et le piétinement des troupeaux. Jusqu'à ce que le malheur frappe, implacable.
    Au rythme lancinant d'une ballade folklorique traditionnelle, Kent Haruf explore avec sobriété et pudeur les passions et les tragédies humaines. Dans une prose d'une simplicité poétique, celui qui fut le chantre de son Colorado natal célèbre la force de l'espérance et l'élégance du coeur.

  • De 1940 à 1944, le ghetto de Lódz est placé sous la direction de Mordechai Chaim Rumkowski, président du Conseil juif. Contrôlé strictement par l´administration allemande, le Conseil juif dirige tous les aspects de la vie quotidienne dans le ghetto : police, justice, santé, travail, alimentation. Convaincu que, si les juifs se rendent indispensables à l´effort de guerre allemand, ils seront épargnés, Rumkowski transforme le ghetto en un immense atelier super productif. Pris au piège de sa logique, il sacrifie les inadaptés et les indésirables. Il se mue ainsi, consciemment ou non, en un très efficace rouage de la machine d´extermination nazie. En septembre 1942, il prononce un discours insoutenable pour exhorter les parents à livrer leurs enfants de moins de neuf ans, incapables de travailler. Les trahisons et les efforts de Rumkowski furent vains : en 1944, Himmler donna l´ordre de « liquider » le ghetto. Il ne restera qu´un peu plus de 800 survivants sur une population ayant dépassé les 250 000 habitants. Traître pour certains, héros pour d´autres, le personnage très controversé de Rumkowski suscite de nombreuses interrogations sur la dignité, l´abjection et la survie.Pour écrire ce roman, Sem-Sandberg s´est inspiré des archives du ghetto de Lódz. Y étaient collectés quantité de faits officiels concernant le ghetto, mais aussi des informations interdites cachées par les résistants, comme des bulletins de guerre alliés, des cartes des fronts, des journaux intimes. Privilégiant une écriture sobre ponctuée de purs moments de poésie, tantôt vague de fond ressassant les événements de 1942, tantôt mélodie vibrante d´émotion, Sem-Sandberg fait le pari de la littérature. En montrant que le roman peut rendre compte de la Shoah, il se pose en héritier d´une autre manière d´accomplir le devoir de mémoire : il n´est pas témoin, mais il est passeur. Sans témoin l´Histoire perd son sens ; sans passeur, elle s´efface.

  • En Libye la révolte gronde. La guerre éclate. Dans un pays en proie à la violence, en pleine déroute, certains n´ont plus le choix. Il leur faut partir avant d´être tués, comme Omar, le mari de Jamila. La jeune femme part donc avec son petit garçon, Farid, trop jeune pour comprendre la violence des hommes. Farid ne connaît que le désert. La terre de ses ancêtres bédouins. Il n´a jamais vu la mer. Mais Jamila sait que le salut est là, que leur unique chance de survie est d´embarquer sur l´un de ces bateaux qui promettent de les mener en Sicile.

    Jamila a donné tout son argent au passeur, elle n´a plus rien, plus rien que cette dérisoire amulette qu´elle a nouée autour du cou de Farid, plus rien que son châle qui le protégera du soleil et du sel, plus rien qu´un peu d´eau qu´elle lui donne goutte à goutte, pour qu´il ne meure pas. Et cette force que le désespoir donne aux mères.

    De l´autre côté de la mer, vit un autre garçon, Vito, qui ne sait que faire de ses dix-huit ans. Vito est né en Sicile mais sa mère, Angelina, a vu le jour à Tripoli. Pendant onze ans, elle a été arabe. Avant qu´en 1970, Kadhafi, ayant pris le pouvoir, chasse les colons italiens de cette « quatrième rive » de l´Italie où la faim les avait poussés àémigrer. Elle est partie avec ses parents, qui n´ont jamais pu se sentir chez eux en Italie. Un jour, Angelina a su que les Italiens pouvaient revenir en Libye. Faire du tourisme. Kadhafi était l´ami de Berlusconi. Alors Angelina est retournée à Tripoli avec son fils, Vito, et sa mère, Santa. Angelina a marché sur les traces de son passé, de celui de tous ces Italiens qui ont travaillé la terre de Libye, de ses parents qui avaient repris une petite fabrique de bougies. Elle a même retrouvé Ali, son ami d´enfance. Mais la Libye n´est plus le pays de ses jeunes années, et Ali n´est plus le garçon d´autrefois.

    L´été n´en finit pas de s´achever. Vito traîne sur les plages son mal de vivre. Sur la grève, la mer dépose les débris d´un naufrage, les débris d´une histoire. Celle de tous ceux qui ont voulu fuir leur pays mais qui n´accosteront jamais aux rives de l´Italie. Vito ramasse ces vestiges sur la plage. Il sait, il sent qu´il lui faut préserver la mémoire de ces jours terribles. Il colle ses trouvailles sur un immense tableau bleu. Au centre, une de ces amulettes porte-bonheur que les mères arabes mettent au cou de leurs enfants pour les protéger du mauvais sort.

  • Inédit en français, ce volume rassemble une sélection des articles écrits par Dino Buzzati, au cours d'une collaboration longue de plus de quarante ans au Corriere della Sera. Correspondant de guerre, envoyé spécial, chroniqueur, journaliste sportif, critique d'art... Buzzati y a occupé des postes très différents, dessinant un parcours singulier, et ces textes témoignent de la richesse de cet éclectisme. De l'Italie au Japon jusqu'à l'Afrique, de Jean XXIII à Marilyn Monroe et Albert Camus, des batailles navales de la Seconde Guerre mondiale aux premières missions spatiales en passant par la biennale de Venise, des faits divers les plus terriblement réels à des récits laissant place aux fantaisies de l'imagination, Buzzati nous convie à revisiter ce siècle qui fut le sien.

  • La mer

    John Banville

    Peu de temps après la mort de sa femme Anna, Max revient dans le village où enfant, il a passé l´été qui a façonné sa vie.
    Ce retour dans la petite station balnéaire de Ballyless, c´est une retraite contre le chagrin, la colère et la douleur de la vie sans Anna.
    Mais c´est aussi un retour sur les lieux où, cinquante ans plus tôt, Max rencontra la famille Grace : cette riche famille bourgeoise qui, cet été-là, avait loué la villa des Cèdres qui subjuguait le garçon pauvre qu´il était alors ; cette riche famille bourgeoise dont il se rapprocha et avec laquelle il expérimenta, pour la première fois, l´étrange soudaineté de l´amour et de la mort mêlés...
    /> Constance, la mère séductrice ; Carlo, le père autocrate ; Rose, la gouvernante ; et puis les mystérieux jumeaux, Chloé et Myles, le garçon muet... Chacun d´eux est l´un des acteurs des souvenirs d´enfance de Max. Et tandis qu´il revient, parce qu´il a perdu son dernier amour, sur les traces du premier (Chloé), ces souvenirs remontent à vif, à peine supportables. Car cet été-là s´est terminé sur une tragédie...
    Entremêlés à l´histoire de cet été dont il va peu à peu comprendre, un demi-siècle après ce qui s´y est passé, l´influence déterminante qu´il a eu sur son existence d´homme, il y a ses souvenirs de sa femme, de leur vie ensemble, de sa maladie et de la longue année de souffrance qui a fini par l´emporter. Il y a aussi les liens de sa vie présente : avec sa fille Claire, âgée de vingt ans, qui s´inquiète pour lui ; avec les autres locataires des Cèdres qui ont eux aussi leurs secrets.
    De même que le mouvement de la mer sans cesse se renouvelle, ce flux et ce reflux de souvenirs mêlés au présent du narrateur ouvrent chez le lecteur des échos infinis... Magistralement composé et écrit, La Mer est un roman d´une beauté envoûtante, mélancolique et sensuelle, sur l´amour, la perte et le pouvoir de la mémoire.

  • " Dis-le.
    -; Quoi ?
    -; Dis que tu ne m'aimes plus. Dis-le maintenant que nous avons fait la paix... Comme ça je pourrai le digérer.
    Elle lui sourit avec ces dents qui ont avalé le paradis.
    -; Je ne t'aime plus, Gaetano. Il acquiesce et rit avec elle... puis ses yeux se ferment et se gonflent tout entiers, comme ceux des enfants.
    -; Dis-le, toi aussi.
    -; Je ne peux pas le dire.
    -; Dis-le.
    -; Je ne t'aime plus, Delia.
    -; Tu vois... On peut le dire. " Dans la veine d'Écoute-moi, Margaret Mazzantini renoue avec le roman sentimental. Elle nous offre ici l'autobiographie d'une génération : l'histoire des cendres et des flammes d'un couple contemporain. Sans la peur du lyrisme, sans l'écueil du pathos.

  • Que peuvent avoir en commun un jeune Afro-Américain tout juste sorti de prison et un intellectuel juif en pleine crise existentielle ? Épique et intime, incroyablement émouvante, une peinture magistrale du pouvoir de la mémoire sur nos vies.Il est des vies tellement éloignées de la nôtre que jamais on n´aurait imaginé les croiser, des liens dont on n´aurait jamais pensé qu´on les tisserait. Et puis, un jour, on croise ces vies, on tisse ces liens, l´histoire se transmet qu´on ne peut plus oublier et l´on en est transforméà jamais...

    Récemment libéré de prison, Lamont Wiiliams entame une période probatoire au service d´entretien du Memorial Sloan-Kettering Cancer Center à New York. Le succès de cette réinsertion est crucial pour lui : c´est son unique espoir de retrouver un jour sa petite fille, dont sa malchance récurrente avec la justice lui a fait perdre la trace.

    Quelques kilomètres plus loin, uptown, Adam Ziguelik, professeur d´histoire à Columbia, subit simultanément l´effondrement de sa carrière (il est sur le point d´être renvoyé de l´Université) et de son couple (Diana, l´amour de sa vie, le quitte). Alors qu´il est en pleine dépression, il découvre, oubliés dans la poussière d´un sous-sol depuis des décennies, des enregistrements inconnus, d'une portée historique considérable : les tout premiers témoignages sonores de survivants de l'Holocauste ; ces voix que le monde entier doit entendre pourraient à la fois sauver sa carrière et son couple...

    Pendant ce temps, à l´hôpital, Lamont noue une improbable amitié avec un vieux patient juif polonais, lui-même rescapé des camps...

    Entremêlée au destin personnel de Lamont et d'Adam et de la myriade de personnages qui les entoure dans le New York d´aujourd´hui, c´est l´histoire du XXe siècle, de la Shoah au Mouvement pour les droits civiques, du fin fond des ghettos d´Europe de l´Est à ceux du Bronx, qu´Elliot Perlman interroge avec autant d´humanité que d´acuité et dans une construction narrative d´une virtuositéépoustouflante.

  • Indonésie, 1964 : « l´année de tous les dangers ». La vie d´Adam, un jeune Indonésien de 16 ans, bascule le jour où son père adoptif, Karl, peintre d´origine hollandaise, est enlevé par les hommes du président Sukarno. Adam, déjà hanté par le souvenir de son frère Johan, dont il a été séparéà l´orphelinat, quitte alors son île idyllique et se rend à Jakarta pour retrouver celui qu´il considère comme son vrai père. Il est aidé dans sa quête par une universitaire américaine, Margaret, le grand amour de jeunesse de Karl, qui, à l´instar de ce dernier, se sent aussi chez elle dans ce pays, que Sukarno veut pourtant purger par le feu et le sang de toutes traces du passé colonial.

    L´auteur nous emmène dans les rues de Jakarta de plus en plus gagné par le chaos, en compagnie de personnages hantés par cette question lancinante, « Où est ma maison ? ». Passé et présent s´entremêlent dans ce roman, épique lorsqu´il retrace l´histoire de l´Indonésie, et intime lorsqu´il révèle avec sensibilité le passé des protagonistes. Si La Carte du monde invisible est un grand roman de la littérature postcoloniale, les thèmes qu´il aborde - l´identité, la mémoire - sont universels.

  • Magistralement orchestrées, les aventures jazz, funk, blues et soul des habitants de Telegraph Avenue forment l'épopée réjouissante, unique en son genre, d'un demi-siècle de l'histoire californienne.

    Sur Telegraph Avenue, à Oakland, Californie, subsiste un petit paradis des vinyles de collection, Brokeland. Refuge de toute une faune d'habitués et de cinglés de rythmes afro-américains, il est tenu par Archy Stallings et Nat Jaffe, deux amis de longue date. Mais le projet d'implantation d'un gigantesque magasin de disques menace son existence.
    Et les imbroglios commencent, avec leur effet domino. Car c'est bien plus que la disparition de Brokeland qui est en jeu. C'est une histoire d'amitiés, de fidélité au passé et d'identité culturelle pour laquelle se mobilisent, s'opposent ou s'allient les voyous et les musiciens du quartier, les hommes de la municipalité, mais aussi les femmes de Nat et d'Archy, deux ados fans de Tarantino, une vieille star de la blaxploitation et une aïeule chinoise ceinture noire de kung-fu.
    De livre en livre, Michael Chabon joue des divers genres littéraires pour mieux évoquer les multiples facettes d'une Amérique de légende. Calé sur le tempo funky des classiques du soul-jazz, rythmé par un style pyrotechnique éblouissant, Telegraph Avenue est le grand roman de la Californie d'hier et d'aujourd'hui.

  • Entre 1938 et 1942, Alexandra en URSS et Thomas en Allemagne collaborent avec les régimes de Staline et d'Hitler. Pourtant, ce ne sont ni des monstres ni des pervers. Ce sont même des jeunes gens bien sous tous rapports.
    À Leningrad, Alexandra dénonce ses parents à la police politique, dans l'espoir de sauver ses petits frères. Mais très vite elle se prend au jeu et devient une employée zélée du régime stalinien. Peu à peu, cependant, elle découvre qu'elle n'est qu'une machine à survivre construite autour d'un désespérant vide intérieur.
    À Berlin, Thomas, hanté par la crise de 1929 qui a mené son père à la déchéance, ne pense qu'à réussir, comme si de son ascension professionnelle dépendait tout son être. Quand il est licencié de l'entreprise pour laquelle il travaillait, il se met au service des nazis. Mais tout au fond de lui il se laisse lentement effacer du monde des vivants et devient un pur instrument à rédiger des rapports.
    Encensé par les plus grands romanciers israéliens, tels Amos Oz et A. B. Yehoshua, héritier de Dostoïevski et de Vassili Grossman, Nir Baram a créé l'événement avec ce livre exigeant et singulier. Jamais un roman n'avait illustré avec une telle acuité les questions du mensonge, de la trahison et du déni de réalité soulevées par la vie quotidienne sous un régime d'oppression.

  • Le premier réveil à Madna fut atroce ("J´étais baisé, comme Adam déchu", écrivit-il plus tard à son amie Neera de Calcutta). Il ouvrit les yeux avec difficulté avant de comprendre que les moustiques s´en étaient même pris à ses paupières. Il regarda le plafond de bois tout en se disant qu´une journée qui commençait par un sentiment de dégoût s´annonçait plutôt mal! Il se regarda dans la glace: deux points rouges et gonflés s´étalaient sur sa joue droite, à la naissance de la barbe, et un autre au-dessus de l´oreille gauche. "Les moustiques de Calcutta sont plus civilisés, ils ne vous piquent jamais au visage." Madna avait prélevé sur lui sa première dîme de sang.
    À travers les tribulations d´Agastya, un jeune Bengali lettré, parachuté dans l´administration d´une province rurale, Upamanyu Chatterjee évoque avec une cocasserie irrésistible les difficultés de l´Inde d´aujourd´hui : son identité, mais aussi les tabous sexuels, les contradictions entre tradition et modernité, le choc entre Orient et Occident... Un livre dont l´ironie fantasque nous offre la meilleure des satires...

  • Le jour de son douzième anniversaire, Victor Baxter est enlevé dans la cour de son école par un étrange personnage surnommé le Capitaine. Il était en effet l´enjeu d´une partie de Backgammon que son père a perdue. Le Capitaine, un aventurier au passé mystérieux, confie l´enfant à Liza, une femme dont il est follement amoureux. Pendant que le Capitaine parcourt le monde à la recherche d´improbables fortunes, envoyant de temps à autre des lettres d´amour accompagnées d´argent, Victor - rebaptisé Jim - grandit aux côtés de Liza. Ce n´est qu´à l´âge adulte, alors qu´il est devenu journaliste, que Jim pourra affronter le Capitaine et découvrir la vérité sur cet homme. Décidé à éclaircir les relations qui unissaient le Capitaine à Liza, il part le retrouver au Panamá, sans se douter qu´un monde dangereux d´intrigues politiques l´y attend... Si l´on retrouve dans ce vingt-troisième et ultime roman de Graham Greene tout l´univers de son oeuvre, un thème se distingue et touche particulièrement : la solitude de l´enfance.La compagne de Graham Greene (à qui est dédicacé le livre) retrouva dans ce texte des traces d´une de leurs conversations privées, traces d´autant plus précieuses qu´elles donnent une des clés de l´oeuvre : « Aimer, et aimer bien : enfant, ce fut sans doute difficile pour moi de faire la distinction entre les deux. »

  • Bruno, le perroquet chantant qui récite des séries de chiffres mystérieux, a disparu. Au grand désespoir de Linus Steiman, petit garçon juif qui a fui l'Allemagne nazie avec ce seul compagnon. À quoi correspondent ces chiffres ? Clefs d'un code ultrasecret de l'armée allemande ? Numéros des comptes bancaires suisses de la famille de l'enfant déportée dans les camps d'extermination ? C'est à un vieux détective émule de Sherlock Holmes, Mr Parkins, que revient la tâche de résoudre cette énigme aussi originale que délicate. Il fallait tout le talent de l'auteur des Mystères de Pittsburgh et Des garçons épatants pour créer, sur la trame de fond de la grande tragédie du XXe siècle, ce joli conte en forme d'enquête policière.
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