Rue des Promenades

  • C'est le chemin qui compte est un journal de voyage drolatique et spirituel. Ce que Marie Surgers écrit est intelligent, plein de justesse et de vitalité. Captivant. Réjouissant. Elle transmet quelque chose qui la traverse, elle restitue des ambiances, des paysages, des portraits, et quelque chose de très personnel, la façon dont elle reçoit et filtre tout cela. On y apprend les subtilités de la langue arabe et les plaisirs du backgammon, on y circule en microbus, on y contemple les étoiles du désert et, une fois le livre fermé, on aspire à y retourner.

    J'ai vécu à Damas au premier semestre 2010. Je tenais un blog destiné à mes proches. J'ai écrit ces textes dans une Syrie où l'idée même d'une révolution n'avait aucun sens. À l'époque, là-bas, on avait des ombres sur la langue, et certains sujets ne s'abordaient qu'ivre, tard dans la nuit et à mi-voix.
    Impossible, même pour une étrangère, d'évoquer sur un réseau surveillé la visite hebdomadaire des mukhabarat, la corruption et les rumeurs de prisons secrètes.
    Ce Chemin est sincère, honnête mais fragmentaire.
    Marie Surgers



  • On découvre dans Le Chameau ivre ce qui a fait pendant plusieurs décennies le quotidien et l'horizon de la « génération brûlée », les enfants de la révolution islamique et de la guerre Iran-Irak. On y retrouve l'attachement au sol dont Henri Michaux parle dans « Mes Propriétés » (La Nuit remue).




    Une voix amie emmène le lecteur au coeur d'une réalité à laquelle il n'a, le plus souvent, pas accès. Dix-neuf récits montrent dans le désordre un Iran intime et universel, contemporain et éternel. Une fiction cousue au fil du réel, avec son lot de raccourcis et d'hyperboles.




    L'écriture visite les registres comique et tragique avec une élégance gouailleuse, une impertinence orientale faite de distance et de familiarité.





    Il y a du vin et de la violence, des guerres et du yaourt, de la technologie obsolète et plusieurs millions de poissons rouges, autant de ferments de bonnes histoires, celles qui sont vraies parce qu'elles sont faites avec les larmes et avec la joie, et le sel de la vie.

  • La Distraction des gares est un fantastique recueil de nouvelles fantastiques. On y visite une foire aux seins et on s´y débarrasse de ses tics. On y croise des trains, une fabrique, une péniche, une esthéticienne, des boucs émissaires, on y déguste un navarin d´agneau et une poule. Mais l'apparente banalité de ces réalités ordinaires est trompeuse. Au détour d´un mot, on est déjà ailleurs. Les repères anciens ne fonctionnent plus, attention, territoires inconnus.

  • - Les politiciens ne remarquent les pauvres que quand les ghettos brûlent. Brûle le drapeau, brûle les églises. Brûle !
    - Brûlons, mais ça réchauffera l´atmosphère !
    - Saviez-vous que, au début du processus de l´Anéantissement, Soupier était un homme d´affaires, et même un des premiers investisseurs de la World Bank ?
    - Tant pis.
    - Vous êtes sans doute un des tenants de l´anticulture ?
    - L´esprit coercitif de l´anticulture me dérange.
    Érudit et pince-sans-rire, disert et culotté, John Culard truffe d´anecdotes le panorama de l´art qu´il brosse, des intentionnistes au mouvement Dodo en passant par le Programme des projeteurs. Il aborde les thèmes de société, chamboule la bourse des valeurs, met en lumière les paradoxes de l´époque et ses points de non-retour.
    L'humour belge dans toute sa finesse.

  • Fan.

    Dans les travées du stade à Gap.
    Une fan fixe à sa ventouse.
    Chaque sportif pour des agapes.
    Privées de vin mais pas de grappes.
    Pampres qu'elle pompe sans sa blouse.

    99 limetricks est un recueil de quintils, petits poèmes cocasses en cinq vers. C'est un grimoire énergisant dont la publication portera un coup de boutoir décisif à l'industrie pharmaco-virilisatrice. Les poèmes, à caractère sexuel et géographique, associent à chaque ville une pratique sexuelle. Un effeuillage des moeurs longitudinal, d'est en ouest. Une méthode mnémotechnique efficace pour s'améliorer en histoire-géo.

  • Exquises comme l´est la confiture servie pour le goûter dans une assiette à motif, les nouvelles de Croisés chez Kordilès ressemblent à des fleurs tropicales colorées et toxiques. Leurs protagonistes, plongés dans des situations étranges, sont à la fois durs et ingénus, fantaisistes et attachants. Ils viennent à bout comme ils peuvent de situations qui les dépassent. Souvent on les déteste, toujours on en raffole.

  • Le jeu commence et toi tu pars.
    Longeant le square des Batignolles.
    Étoile étiolée ton regard.
    Envie ces vieux qui batifolent.

    D'un trottoir, de la vitre d'un autocar, d'une terrasse de bar, Bernal frôle de son oeil photographe les villes qu'il arpente et traverse. Badeau badin, il les décante à froide ironie et les restitue dans ce recueil, dépliant ses cartes truquées, proposant ses dérives et détours de distrait, installant sa géographie du dur.

  • Une expression féminine des joies et des tourments qui font le flot des jours. Au fil des nouvelles, Junie Terrier explore toutes les facettes du mystère de la relation : ce qui nous lie et ce qui nous sépare, ce qui nous tue et ce qui nous fait vivre.
    Les héroïnes de Junie, femmes ou enfants, sont des amoureuses. La famille, aussi, prend une grande place.
    Le couple, les liens parent-enfant, les liens fraternels se tissent, dans leur infinie variété. C'est quasiment en entomologiste qu'elle visite les émotions et les sentiments, les joies et les souffrances qui habitent les personnages. Pour autant, elle parvient à nous plonger dans leur état de passion.
    Ainsi, Iris donnera la vie après sa traversée du désert, Juliette partira à la recherche de son petit frère dans une ville en guerre, Camille cavalera au Père Lachaise pour faire le deuil de son papa, Estelle grandira en subissant sans la détecter la domination de Dario, Nina croisera dans le TGV le fantôme de son père, Clara sera jalouse de sa demi.
    Les femmes changent, Junie Terrier nous raconte qui elles deviennent.

  • La douceur des liens, le bonheur de vivre en famille, la recherche de soi, la difficulté de vivre sont des thèmes chers à Grégory Nicolas. L'exploration de sujets graves n'empêche pas l'expression de sa fantaisie. Il entraîne ses personnages vers des zones de turbulence, c'est le drame, terrible. Et ce n'est pas la fin du monde. Les gens se réparent. La vie continue.Mon frère a perdu sa virginité un 13 décembre, Mathilde s'est enfuie un 13 décembre. Je me souviens de cette date car il avait dit : « Tu vois, même pas besoin d'un vendredi 13 », et c'était quelques jours avant Noël. Quand il m'a dit qu'il avait fait l'amour avec une fille, j'ai eu une érection... J'étais en jogging, alors mon frère l'a vue et il s'est moqué de moi. Tu imagines la honte ? Il a rigolé et m'a balancé : « Toi, t'es pas prêt d'être dépucelé, mon pote. » Comme je ne voulais pas perdre la face, je lui ai annoncé que j'avais déjà couché avec une fille, ce qui était évidemment faux. Tu parles, j'avais 12 ans.

  • Rebecca, obsédée par les frites, et John John, fan de tennis à la psyché instable, résident à la Sama, immeuble reconverti en asile pour champions à la retraite. Confits dans leurs obsessions, ils vont leur chemin dans un grand n'importe quoi, leur normalité. Au fil des pages, gare à la contamination. On pourrait bien finir par remplir le petit coupon-réponse, afin d'être informé du prochain emplacement de la baraque à frites qu'ils installent sur les courts de tennis. Au passage, on a croisé le personnel et les patiens de l'asile, on a vécu au rythme de leurs espoirs et de leurs drames, on a reconnu, dans l'organisation des vies, dans l'enlisement des relations, quelque chose de familier, le climat de nos folies minuscules et de nos attentes disproportionnées à ce que la réalité peut nous offrir, l'insoutenable légèreté de l'existence.
    Jérôme Karsenti s'acharne depuis des années à trouver en lui l'indiscible, labourant, bandant ses forces. Au final, il trouve ici son expression, en prise multiple avec le monde, et, dans cette expression, une joie, qu'il communique.

  • Les images fortes de ce recueil de poésie sont peu conformes aux canons des voyages vendus tout compris. Tableaux intérieurs, traces psychiques d´un instant insolite ou d´une intimité surprise, elles viennent de Chengdu, de Vârânasî, de Berlin, de Murazzano, de Londres ou de New-York. Le monde est ici dépeint à travers un autre prisme. Comme vu au travers de pupilles de fourmis. Une poésie du déboussolement.

  • Zo nous emmène là où il ne faudrait pas. Aux confins de l'horreur. Une équipe de journalistes sillonne l'Europe avec pour mission de produire du spectacle, à partir de faits divers atroces. Le narrateur, doté d'une mémoire d'archiviste, égrenne les affaires passées auxquelles l'actualité qu'il documente fait écho. Son récit mèle cette matière sanglante à la vie rodée, huilée et routinière de l'équipe.
    La violence qui sous-tend cette entreprise de média-réalité a-t-elle quelque chose à envier à celle qu'elle montre et monte en épingle ?

  • Soupèse le charme/Dépossède le hasard/Puis tire la langue et goûte/La boucane/La réclame du charme et du hasard.

    Un regard « humide d'idéal détrompé » sur l'intime et sur le monde, une voix qui s'affirme.

    Dans l'interstice, le poète crypte la réalité, et il dégage ses ailes de la gangue du cocon originel, affute son langage, le plie à son dire.

  • Alexis Bernaut a des histoires à nous raconter. Leurs points de départ, qui sont aussi leurs points de chute : le XXe siècle, la ville.
    Dans ces histoires, il y a du métal et des hommes, des rêves et des cauchemars. Ce sont des histoires de fantômes, les

  • Les églises auraient pu être fermées le dimanche.

      Il y a optimisme et optimisme. Il y a des optimistes qui voient la bouteille à moitié pleine, ou qui, vide, l´imagineraient pleine. Il y a ceux, pragmatiques, qui considèrent tout ce à quoi ils ont échappé. Ils savent que la bouteille aurait pu être plus vide qu´elle ne l´est. Ils éprouvent, à se le redire, un soulagement proche de l´ataraxie. Des modérés. Ou des narquois.


    Hadi Hassan-Helou et Héloïse Condroyer s´inscrivent dans cette approche, avec une poésie plus corrosive qu´il n´y paraît. C´est avec allégresse qu´ils sabotent tous les poncifes de l´époque en matière de fantasmagorie, en les prenant à contre-pied avec quelques collages et deux-trois mots qui sonnent. Et tant pis pour le père Noël, ce salaud !


  • Ksénia Lukyanova parle de l'amour d'une écriture frondeuse à l'élégance insolite. Ses textes pétris de vitalité disent les relations qui se tissent et se défont. Elle en explore la part de lumière et d'ombre, en soupèse le terrible, en dit la merveille. Pour reprendre ce que Blaise Cendrars pensait du peintre Chagall, elle écrit avec toute la sexualité exacerbée de la province russe.

  • Mentionner une préférence exprimée par l'interlocuteur pour lui proposer un arrangement qui le défavorise.
    Un exemple de ce que propose Méthodologie pratique de mauvaise foi. Méthode à tester illico : elle s'adresse à ceux qui recherchent cette jubilation que procure la mauvaise foi assumée, comme à ceux qui ressentent un cruel sentiment d'impuissance face à celle d'autrui. À ceux qui la pratiquent en l'ignorant, aussi, et qui, la comprenant mieux, l'exerceront désormais en toute conscience - ou cesseront. Universelle, quoi. La méthode illustre plutôt qu'elle n'explique, déclinant les cas d'application. On y puise de quoi tenir en face d'une coalition d'opposants et de quoi empoisonner ses flèches. Légère comme un carquois, efficace comme un bazooka.

  • Jusque dans l'effondrement du rêve Jusque dans la rouerie des jours Jusque dans nos mémoires frauduleuses Jusque dans la mâche crue du silence Jusque dans le vase clos de ma désespérance Jusque dans la tourbe, la glèbe de mon chant Jusque dans mes oreilles droites sous la plongée des mots Jusque-là, je suis tombée les pieds dans le plat Un état des lieux en trois temps.
    Un temps pour dire « la soumission à ce qui n'existe pas ».
    Un temps pour dire l'exil comme un mode d'être « enraciné dans une absence de lieu ».
    Un temps pour nommer le désir d'« être lu autrement ».

    Corinne Haddad cite la Pesanteur et la Grâce, de Simone Weil, pour mettre en lumière son cheminement. Dans un rythme et dans une langue qui lui sont propres, aux accents intimes et familiers, elle dessine le vide, la tension qui surgit et qui fait exister.

  • « When your arguments don't prevail in a certain area, shift the conversation onto another topic, closely related yet different, and where you have a better chance to win the other over. » Within these pages, you will find this and many other solutions, applicable to any kind of debate. Put it to the test without delay ! Bad Faith : a practical methodology is meant for anyone seeking to experience the singular jubilation of acting with overt bad faith; yet it is also for all who resent that keen powerlessness felt when subjected to the bad faith of others. It will be useful too for those who already use bad faith without knowing it : with increased awareness, they'll be able to choose a more mindful practice. In essence, this methodology is nothing short of a universal tool! It abounds with exemplary cases of bad faith, templates for behavior in every color of the rainbow. You will find within what it takes to stand your ground opposite a coalition of challengers; venom in which to dip the tips of your arrows. The methodology is as light as a quiver to carry, yet it packs the wallop of a bazooka.

  • De courts récits ayant comme fil directeur le lait.

    "Quand il tète, sa mère a soif, mais soif ! Alors qu´il aspire sa pitance avec énergie, elle éprouve le supplice de la soif. Son mari lui prépare un grand bol de lait frais, qu´il lui donne à boire tandis qu´elle tient l´enfant contre elle. Elle boit goulûment, il boit goulûment. Le père veille à ce que cette chaîne lactée se maintienne, jusqu´à ce que le bol soit vide."

  • Témoignage : Je ramassais des coquillage. J'ai voulu écarter un paquet de varech. Mon pied a rencontré quelque chose de dur, enfin, quelque chose de mou. C'était un corps, tout recouvert d'algues dont je l'ai débarrassé. Un jeune homme, inanimé, pâle, il respirait. Il était léger et trempé. Je l'ai porté jusqu'à ma maisonette et je l'ai dévêtu pour le mettre au chaud sous mon édredon. En étendant ses vêtements pour les faire sécher, j'ai senti dans la poche de son jean une masse spongieuse. C'était une petite liasse de papier détrempé, des feuilles pliées et couvertes de dessins. J'ai déplié les feuilles avec précaution. Je les ai posées sur mes torchons propres étalés sur la table. J'ai regardé les dessins, longuement.
    Le jeune homme a ouvert l'oeil, je lui ai proposé un bol de bouillon. Il a bu sans rien dire. J'ai montré les feuilles du doigt et j'ai dit : « La forêt ?... » Ses yeux se sont écarquillés, tout son corps s'est raidi, et j'ai senti sa peur prendre mon coeur dans une étreinte glacée...

  • Invitation à la maison jaune est une pièce en deux actes.
    Arles. Deux hommes, Vincent Van Gogh et Paul Gauguin, se recherchent, se fascinent mutuellement, s´affrontent. Deux types misérables, deux géants. Ils se rencontrent, pour le meilleur et pour le pire. On partage leur intimité faite de violence et de fulgurances, leur amour de la peinture, leurs limites. Loubard y met sa patte de peintre. Une autre rencontre.

  • Addictives, les nouvelles de Monique Debruxelles plongent le lecteur dans des situations étranges dont les protagonistes viennent à bout comme ils peuvent : durs et ingénus, ils envisagent les choses à leur façon. Si le climat qui s'installe évoque immédiatement les nouvelles fantastiques du XIXe, les personnages, au fond, ne sont pas si loin de nous ressembler. On les déteste et on en raffole.Neuf nouvelles composent le recueil : La nuit tango -Tous les hommes qu'on aime... - Le beau débit de l'Oise - Fête nationale - Le kiosque aux chimères - La chasse aux revenants - Nuit d'orage - Soirée au cirque À l'envers - La rouille n'a que faire de novembreSur le papier kraft était écrit mon nom : Valentine Turandeau, en belles anglaises à l'ancienne. Il y avait deux mois que je me terrais au fin fond d'une campagne vallonnée, au sud de la France. J'avais trouvé l'annonce de cette location dans un journal, tout s'était réglé très vite, par courrier en poste restante. Personne ne savait où j'étais. Indécise, j'observai longuement l'objet sans oser l'ouvrir. Qui me l'envoyait ? Malgré tous les moyens dont il disposait dans son ministère, José n'avait pas encore découvert ma trace, sinon il serait venu et aurait exigé mon retour immédiat.

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