Littérature générale

  • J'ailleurs

    Brigitte Guilhot

    Lupa, dans un texte intime et bouleversant, raconte ses dernières visites à Murdos.
    « Tu me donnes tant, Lupa. Je ne sais pas ce que je pourrais t´offrir pour équilibrer la terre afin qu´elle ne bascule pas ; un cadeau qui pèse autant que l´enfant dans les bras de la Vierge Marie ou de sainte Brighid. Je ne sais pas ce que tu auras dans ta pochette surprise. Peut-être un cadavre qu´il te sera donné à faire revivre. Je serai peut-être posthume pour toi. » L´écrivain Hafed Benotman a fait son ultime envolée le 20 février 2015 à l´hôpital Georges Pompidou, à l´âge de 54 ans. Pendant les journées qui ont suivi sa mort, l´écrivain Brigitte Guilhot a adressé une dernière lettre à l'homme qui l'appelait Lupa et qu'elle appelait Murdos. Lupa et Murdos, alors que ce dernier était emprisonné à Fresnes, avaient échangé durant de longs mois une correspondance lumineuse malgré les murs. Cette correspondance fait l´objet d´une publication sous le titre La peau sur les Mots.

  • L'oeil du Paon

    Claude Soloy

    Aveugle et très belle, elle séduit et parle comme on peint, à fleur de peau et de sexe.




    Malgré son handicap de voyant, il y avait eu de la première fois dans ce baiser noir, aucune bouche de manta, heureusement. Il n´avait pas su qui de leur duo avait regardé l´autre le premier, de la main, du bras et de l´étreinte. Xi était contre lui, c´était une nuit infiniment veloutée qui épousait son corps, étoffe contre étoffe, et la peau qui ne se dérobait pas, prise dans le plissé du tissu, c´était une eau sans eau, limitée au seul contact de deux êtres se rencontrant, sans heurt, aimantation lente, irréversible. Aucune image à décrire, aucune lumière, c´était une nuit aveugle se perdant dans les mots qui étaient dans l´incapacité de la définir.




    Claude Soloy nous propose, dans ce texte d´une merveilleuse légèreté, une promenade de nuit dans les couleurs de la poésie amoureuse.

  • Le visiteur

    Brigitte Guilhot

    Délire ou rêve ? Tout se mêle dans la fièvre d'une femme plongée dans une confusion extrême. Seules restent les sensations du corps offert à son jeune amant Brigitte Guilhot vous jette sans sommation à la figure un érotisme d'une littérature torride. Texte court, mais solaire. Eros et Thanatos au rendez-vous. Une nouvelle noire érotique pour le plus grand plaisir des lecteurs EXTRAIT Il est revenu cette nuit et il m'a retournée d'une main alors que, lourde de ce sommeil sans rêve dont je parle au début, je bavais mon angoisse sur mon poing fermé, la bouche collée au drap souillé, la joue enflammée d'éruptions de fièvre. Puis il s'est assis sur ma figure, il a posé son poids sur mon nez et ma bouche affamée, puis il s'est propulsé de tout son corps, bras et mains et bouche et regard lancés en avant de lui, pour lécher mes plaies et mes escarres, ouvrant ainsi encore et plus les deux globes de chair ferme de son cul par-dessus mes yeux exorbités d'étouffement, et mon nez ivre de lui suffoque tandis que ma langue folle serpente et s'infiltre en lui. A PROPOS DE L'AUTEUR Fille d'une Louve et du Vent, Brigitte Guilhot a vu la nuit au milieu du siècle dernier. Toute petite déjà elle planta ses griffes et sa truffe dans l'humus de l'Écriture et mordit à pleines dents dans la chair des Mots dont elle arrachait la substantifique moëlle pour la grande satisfaction de ses profs de français qui s'emmerdaient beaucoup par ailleurs en corrigeant leurs copies - ce qui ne l'empêcha pas de se faire virer de partout. Auteur d'un roman haletant Soluble, paru en juillet 2014 à L'Ours blanc (qui se trouve être son animal-totem), de romans et nouvelles plus ou moins noirs ou chauds publiés ou non, d'une correspondance de prison avec Hafed Benotman à paraître incessamment sous peu chez Miss Ska, et d'autres billevesées littéraires, elle promène chaque nuit ses yeux rouges dans la cité endormie en chasse d'inspiration et fait ses courses au Franprix le jour.

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    Connexion entre deux écrivains. Une oeuvre à deux voix, magistrale !






    D'octobre 2004 à mai 2007, alors que celui-ci était emprisonné à Fresnes, Hafed Benotman - alias H.B. Murdos - et Brigitte Guilhot - alias M.B. Lupa - ont entretenu une correspondance intense ponctuée de rendez-vous au parloir qu'ils appelaient le cube. Entre recueil poétique et récit fragmenté, La Peau sur les mots rassemble des extraits intimes de cette correspondance passionnée de haute volée littéraire. Il y a chez ces deux-là une fascination réciproque née de l'Écriture, un "Jeu du Je" en miroir si puissant qu'il traverse les murs de l'enfermement et touche leurs corps. C'est un ballet intime d'une érotisation et d'une sensualité exacerbées par l'attente de la distribution du courrier et des face-à-face entre les quatre murs du cube.


    J´attaque la mémoire de tes lettres. Je les relirai en piochant dans l´une et l´autre comme on picore un buffet à volonté, durant les heures que nous allons passer ensemble et sur le côté, je mettrai mes réponses comme des petits os, de fines arêtes ou des noyaux d´olive. J´aime bien t´écrire de cette façon, en me remémorant quand bien même rien ne m´interdit de vérifier que tu abordes bien tel ou tel sujet. J´aime bien aussi quand l´écriture m´attrape et me met au pied de ton mur et que je sais que c´est maintenant que je vais partir à t´écrire en passe-muraille.

    J´aime bien, toujours plus, t´avoir dans mes pattes, te sculpter en te malaxant les épaules, en saisissant un bout de toi, un morceau de ta chair. J´aime ça, tu vas bien à mes mains. En t´écrivant cette phrase simple, je suis en état d´éborgner d´une seule érection tous les geôliers du monde. H.B. Murdos J´aime la façon dont tes doigts me sentent, me décodent, me mesurent, m´analysent, me devinent...

    Je ne suis rivale d´aucune femelle. Si j´ai un territoire amoureux à défendre, j´écris un livre. Et si tu me fuis, j´écrirai encore plus sans me soucier de pour quoi et pour qui tu me fuis. Je prends ma vie comme une matière que je travaille pour en faire des mots, des poèmes et des idées et je me sers de qui je suis pour donner à voir à celui ou celle qui me lira quel être il ou elle est. C´est pour cela qu´à partir d´aujourd´hui mon nom est M.B.Lupa, car ma vie n´est qu´un matériau au service de l´Écriture. M.B. Lupa

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