Littérature générale





  • Les troubles existentiels d'un enfant du siècle, meurtrier de hasard.






    UNE BLONDE AVEC une longue mèche et un débardeur lâche tend la main vers moi, je lui donne les bouteilles, elle marmonne un merci et retourne à sa conversation. Sa nuque est fine, sa peau doit être douce. Je me sens triste. Je ne devrais pas rester ici. Je devrais rentrer chez moi. Je ne rentre pas. Je regarde une pile de cd, je fais semblant de m'y intéresser, l'important est de ne pas montrer que personne ne me parle et que je ne parle à personne. Ne jamais faire pitié.







    Dans ce court roman, l'auteur dresse le portrait d'une génération à la dérive, prisonnière de la mort des utopies et empêtrée dans le consumérisme à tout crin. Quand on rajoute les MST et le boulot décérébrant, ça craint ! Demeurent les rapports entre filles et garçons et la pérennité de ses aléas : amour, tromperie, jalousie... qui peuvent vous embringuer malgré vous dans des




    situations extrêmes.







  • Las des haines

    Max Obione

    Un généticien amateur élève une bactérie avec son propre ADN, une mutation s'opère...
    Cette soupe ADNique, c'était son intuition de bidouilleur biologiste. De quoi faire ricaner tous les scientifiques de la terre, tellement boursouflés de certitudes concernant les agents mutagènes et les principes de division cellulaire. Sa plus grande joie était de rire à son tour des pratiques frileuses de la science officielle en hurlant à gorge déployée, grimace et dents dehors, plusieurs fois par jour et par nuit d'insomnie :
    - J'encule l'académie !
    Il regarda la bactérie dévorer lentement la substance la plus intime de son être. Elle s'en gava avec une sorte de voracité réconfortante. Il observait ce phénomène extraordinaire, fasciné devant ce spectacle ; ELLE ne se multipliait pas, ELLE grossissait en ingurgitant ses gènes. Depuis qu'il la contentait de sa friandise favorite....
    Max Obione ne dédaigne pas empiéter sur le fantastique. Mine de rien dans cette histoire, il aborde une peur récurrente, celle de voir des bio-hackers manipuler le vivant au risque de lâcher dans la nature des virus ou des monstres.

  • Elles racontent leurs quotidiens faits de riens qui constituent cependant un univers.

  • S'approprier l'éphémère peut provoquer une fin définitive. Une île survient sous vos pieds et alors...

  • No pasaran

    Max Obione



    On a commandé une nouvelle à un écrivain sur le thème : comment envisagez-vous l'avenir ? Une anticipation qui vous glace d'effroi, une extrémité plausible qui, de ce fait, appelle à réagir quand il en est encore temps.

    « - Sois sans pitié, petit frère ! Ne recommence pas les erreurs de tes pères. On ne discute pas avec les rats, on ne raisonne pas les rats, on dératise sans sommation, c'est tout !
    Mon vieil espingo a la recommandation saignante... »

    Max Obione nous fout la pétoche, une pétoche salutaire ! Nouvelle dédiée à la mémoire de Clément Méric.

  • Le secret de l'oeil

    Max Obione



    Un jeune américain cherche à percer le secret de la peinture impressionniste.

    « Hudson grogna, se leva et enfila ses vêtements. Il lorgna la toile qu'il avait commencée la veille représentant la Seine au Pont-Neuf. Des aplats généreux et monochromes pour ce début y occupaient la surface, la silhouette d'un remorqueur y était esquissée. Quelques touches dégradées amorçaient une pâleur mauve dans le ciel. Des tons orange virant au brique tentaient de faire vibrer la lumière se miroitant à la surface du fleuve. Las ! L'eau de la Seine n'était qu'une serpillière sans attrait et sans rythme malgré ses efforts et son application. « Jamais je n'y arriverai, se désola-t-il. Pourquoi, mais pourquoi ! »

    En quelques pages Max Obione nous plonge à la grande époque de la peinture impressionniste dans le Paris de la fin du XIXème siècle.

  • Signé Radarax

    Jean-Marc Demetz

    Feuilleton radiophonique. L'infâme Radarax sème la panique chez les motards...



  • Des tranches de vies ordinaires attachées aux détails, ceux qui comptent.

  • Plat froid

    Max Obione


    Les manigances d'une infirmière amoureuse de son voisin pas très net.

    L'AUTRE
    Je te veux.
    LUI
    Mais vous êtes complètement folle.
    L'AUTRE
    Tu m'as tapé dans l'oeil, Bernard, ma chance et la déveine pour toi. Ton allure distinguée, ta politesse, ta rondeur, ton aisance, ta bonne humeur, ta retraite de prof de physique-chimie, ton odeur, tes mains. Tes propriétés, ta villa de Villefranche.
    LUI
    Je vous en prie, sortez de chez moi. Cessez d'agiter ce flacon !
    L'AUTRE
    Toi, le bientôt veuf, tu passeras où je te dirai de passer.
    LUI
    Rhabillez-vous !

    Max Obione possède l'art du dialogue qui crée le malaise à l'écoute. Plat froid est une nouvelle à l'origine que l'auteur a allongé pour en faire une pièce radiophonique qui se prêterait à l'écriture d'un scénario.

  • Les fugitifs

    Franck Membribe


    Un musicien raté ayant perdu son ombre bascule dans la folie.
    De ma première journée passée dans le monde intermédiaire, ne subsiste plus dans ma mémoire que la vision dérisoire de la carte magnétique n°38 bis se soumettant à la pointeuse. Accessoire servile de tant d'années d'échecs. D'après le rapport de la police, on m'a retrouvé quelques heures plus tard à virevolter sous le soleil dans un jardin public, à la recherche de mon ombre perdue. Depuis le temps que ça les démangeait, les matraqueurs en uniforme me passèrent les menottes. Deux citoyens honnêtes avaient donné l'alerte. Ils faisaient une pause dans leur promenade matinale sous la frondaison d'un platane. Un vieux, une casquette incrustée sur la tête, et ce qu'il restait de sa moitié, muette comme une carpe, avait précisé le commissaire. Suivez mon regard...
    Ils ont dit que j'avais étranglé Germaine avec la queue de sa souris. Et barbouillé des graffitis sur le mur du service : vive le Québec libre ! Et déféqué dans la corbeille du courrier à traiter.
    Franck Membribe , catalan matinée d'helvète et réciproquement comme il se définit, nous donne présentement une histoire sombre qui ne se départit jamais d'un humour pince sans rire. Le talent de cet auteur se retrouve dans ses polars et ses romans jeunesses.



  • Les amours comme les bateaux meurent et terminent leurs vies au cimetière.

    QAUND IL S'APPROCHA du cimetière des bateaux, Robert Marsouin perçut les bruits de la marée et de la mâture. Les oiseaux, figés en plein vol, l'étonnèrent. En revanche, la vision lumineuse des trois cabines le réjouit.
    Que la fête commence ! s'exclama-t-il en son for intérieur.


    Roland Sadaune est peintre, et c'est par petites touches qu'il conduit avec talent son récit jusqu'à sa chute. Une histoire de faux-semblants et de voyeurisme à travers le tableau des amours mortes.

  • La marelle

    Manon Torielli



    « L'échappée belle » à cloche-pied, vers le Paradis, d'une femme ordinaire.

    LA RUE ET LA PLACETTE, avec ses micocouliers, étaient désertes. À côté d'un banc, il y avait une marelle dessinée aux craies de couleurs et un caillou abandonné sur la case Terre. Clopin-clopant elle s'en approcha, se saisit de la pierre et la lança après l'avoir serrée très fort dans sa main, un geste qui lui revenait de l'enfance : case 5. Dans son élan, elle se mit à sauter à cloche-pied.

    Il y a des vies qui boitent, comme l'héroïne. Une plongée dans l'enfance, un retour à la case départ, sera le déclic d'une renaissance, d'une réappropriation de son existence. Manon Torielli nous conte avec délicatesse cette histoire du temps présent.


  • L'archange

    Jérémy Bouquin




    Leur redonner un brin d'humanité, leur dispenser du plaisir avant le grand saut dans l'au-delà, tel est son sacerdoce.


    JE M'APPROCHE. Je me présente devant elle. Je la regarde. Ses yeux répondent.
    - Je m'appelle Gabriel.
    Je prends sa main droite, fripée, gelée.
    - Vous avez froid ?
    Sa lèvre inférieure gercée tressaute. Un effort terrible. Son visage est creusé par la fatigue, plissé par les souffrances.
    - Vous savez pourquoi je suis là ?
    Son index remue, sa main que je serre tremble. « Elle vous attend » ont gloussé les filles de l'accueil.


    L'auteur aborde dans cette fiction un sujet éminemment délicat : la sexualité des personnes âgées. Le plaisir des sens ne peut-il enjoliver ces petits instants d'avant le grand basculement ? Un texte marquant une grande attention à l'humanité souffrante autant qu'une certitude que c'est « ici et maintenant » que la vie s'exprime.

  • J'ailleurs

    Brigitte Guilhot

    Lupa, dans un texte intime et bouleversant, raconte ses dernières visites à Murdos.
    « Tu me donnes tant, Lupa. Je ne sais pas ce que je pourrais t'offrir pour équilibrer la terre afin qu'elle ne bascule pas ; un cadeau qui pèse autant que l'enfant dans les bras de la Vierge Marie ou de sainte Brighid. Je ne sais pas ce que tu auras dans ta pochette surprise. Peut-être un cadavre qu'il te sera donné à faire revivre. Je serai peut-être posthume pour toi. »
    L'écrivain Hafed Benotman a fait son ultime envolée le 20 février 2015 à l'hôpital Georges Pompidou, à l'âge de 54 ans. Pendant les journées qui ont suivi sa mort, l'écrivain Brigitte Guilhot a adressé une dernière lettre à l'homme qui l'appelait Lupa et qu'elle appelait Murdos. Lupa et Murdos, alors que ce dernier était emprisonné à Fresnes, avaient échangé durant de longs mois une correspondance lumineuse malgré les murs. Cette correspondance fait l'objet d'une publication sous le titre La peau sur les Mots.

  • Connexion entre deux écrivains. Une oeuvre à deux voix, magistrale !
    D'octobre 2004 à mai 2007, alors que celui-ci était emprisonné à Fresnes, Hafed Benotman - alias H.B. Murdos - et Brigitte Guilhot - alias M.B. Lupa - ont entretenu une correspondance intense ponctuée de rendez-vous au parloir qu'ils appelaient le cube. Entre recueil poétique et récit fragmenté, La Peau sur les mots rassemble des extraits intimes de cette correspondance passionnée de haute volée littéraire. Il y a chez ces deux-là une fascination réciproque née de l'Écriture, un "Jeu du Je" en miroir si puissant qu'il traverse les murs de l'enfermement et touche leurs corps. C'est un ballet intime d'une érotisation et d'une sensualité exacerbées par l'attente de la distribution du courrier et des face-à-face entre les quatre murs du cube.
    J'attaque la mémoire de tes lettres. Je les relirai en piochant dans l'une et l'autre comme on picore un buffet à volonté, durant les heures que nous allons passer ensemble et sur le côté, je mettrai mes réponses comme des petits os, de fines arêtes ou des noyaux d'olive. J'aime bien t'écrire de cette façon, en me remémorant quand bien même rien ne m'interdit de vérifier que tu abordes bien tel ou tel sujet. J'aime bien aussi quand l'écriture m'attrape et me met au pied de ton mur et que je sais que c'est maintenant que je vais partir à t'écrire en passe-muraille.
    J'aime bien, toujours plus, t'avoir dans mes pattes, te sculpter en te malaxant les épaules, en saisissant un bout de toi, un morceau de ta chair. J'aime ça, tu vas bien à mes mains. En t'écrivant cette phrase simple, je suis en état d'éborgner d'une seule érection tous les geôliers du monde. H.B. Murdos

    J'aime la façon dont tes doigts me sentent, me décodent, me mesurent, m'analysent, me devinent...
    Je ne suis rivale d'aucune femelle. Si j'ai un territoire amoureux à défendre, j'écris un livre. Et si tu me fuis, j'écrirai encore plus sans me soucier de pour quoi et pour qui tu me fuis. Je prends ma vie comme une matière que je travaille pour en faire des mots, des poèmes et des idées et je me sers de qui je suis pour donner à voir à celui ou celle qui me lira quel être il ou elle est. C'est pour cela qu'à partir d'aujourd'hui mon nom est M.B.Lupa, car ma vie n'est qu'un matériau au service de l'Écriture. M.B. Lupa

  • L'oeil du Paon

    Claude Soloy




    Aveugle et très belle, elle séduit et parle comme on peint, à fleur de peau et de sexe.

    Malgré son handicap de voyant, il y avait eu de la première fois dans ce baiser noir, aucune bouche de manta, heureusement. Il n'avait pas su qui de leur duo avait regardé l'autre le premier, de la main, du bras et de l'étreinte. Xi était contre lui, c'était une nuit infiniment veloutée qui épousait son corps, étoffe contre étoffe, et la peau qui ne se dérobait pas, prise dans le plissé du tissu, c'était une eau sans eau, limitée au seul contact de deux êtres se rencontrant, sans heurt, aimantation lente, irréversible. Aucune image à décrire, aucune lumière, c'était une nuit aveugle se perdant dans les mots qui étaient dans l'incapacité de la définir.

    Claude Soloy nous propose, dans ce texte d'une merveilleuse légèreté, une promenade de nuit dans les couleurs de la poésie amoureuse.

  • Le visiteur

    ,




    Délire ou rêve ? Tout se mêle dans la fièvre d'une femme plongée dans une confusion extrême. Seules restent les sensations du corps offert à son jeune amant.

    Il est revenu cette nuit et il m'a retournée d'une main alors que, lourde de ce sommeil sans rêve dont je parle au début, je bavais mon angoisse sur mon poing fermé, la bouche collée au drap souillé, la joue enflammée d'éruptions de fièvre. Puis il s'est assis sur ma figure, il a posé son poids sur mon nez et ma bouche affamée, puis il s'est propulsé de tout son corps, bras et mains et bouche et regard lancés en avant de lui, pour lécher mes plaies et mes escarres, ouvrant ainsi encore et plus les deux globes de chair ferme de son cul par-dessus mes yeux exorbités d'étouffement, et mon nez ivre de lui suffoque tandis que ma langue folle serpente et s'infiltre en lui.

    Brigitte Guilhot vous jette sans sommation à la figure un érotisme d'une littérature torride. Texte court, mais solaire. Eros et Thanatos au rendez-vous.

  • Une série de tableaux souvenirs décrits magnifiquement avec des mots colorés, un verre de limoncello à la main.

    ALORS, ELLES ETAIENT DE QUELLES COULEURS, Nonno ? demande Augustin, philosophe de 3ans et demi, à mon retour de villégiature. Nonno ? c'est bibi, son grand-père, chromatiste socio affectif. Ça m'a interpellé quelque part, et aussi un peu plus loin, d'ailleurs. Du coup, j'ai peint aussi sec des moments arc-en-ciel, des histoires estivales ou septentrionales, des dégradés en noirs de blues, des camaïeux de roses charnels, des bleus à l'âme et à la mer. Consécutivement j'ai extrapolé le futur pas simple, le passé décomposé, le présent pas vraiment cadeau. Ces vacances sont parfois en congé de vraisemblance, sauf ce scooter monté par des gros nazes, sauf ce moribond hédoniste de terril morigénant les cons en rouge euphorique, sauf ce héros en tongs flapies pestant in petto contre la nature sous marine violette et urticante...

    José Noce manie la plume et le pinceau avec un égal bonheur. La relation de ses pérégrinations est des plus savoureuses comme ses encres sur papier qui fourmillent de détails sous le foisonnement de la couleur.

  • - 60%

    Blaq bouz

    Claude Soloy

    Et si notre univers n'était qu'un décor où chanteraient encore les fontaines d'un pays oublié ?
    « QUELLE EST CETTE CITIE faussement libertine où l'on dépose les morts le long d'un rail infranchissable au-delà duquel s'étend le Monde Vide ? Quels sont ces lieux mystérieux d'où émergent, ça et là, des frontons de temples enfouis sous les sables? Et si cet univers n'était que décor, lui-même décor d'un pays oublié où chanteraient encore les fontaines d'un Pon'Péi inachevé? Quelle est cette Loi qui impose aux mâles nouveaux-nés d'être soumis à l'apprentissage de la station debout, jambes écartées, prêts à pisser ? Blaq Bouz est orphelin, né sous le signe du Graratt. Compagnon de soeurs jumelles qu'ils nomment « ma Llione », épris de vérité, il se joue des superstitions, chausse-trappes et pièges en tout genre, et mène son enquête aux côtés de son vieil ami Av Poupa détenteur de secrets redoutables... »

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