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  • Le libéralisme économique a fait main basse sur notre sexualité. Il la contamine avec le virus du marché parce qu´il s´attaque physiquement et psychiquement à notre capacité à aimer. Sacrifiant notre libido sur l´autel de la flexibilité et de la précarité, il fait de la sexualité un loisir comme un autre et du sexe, une pièce détachée, formatée et optimisée à coup de coachs et de sex toys.

    Le nouvel ordre sexuel est devenu un management que l´on s´applique non seulement à soi-même mais aussi à l´autre, qui reprend tous les paradigmes de l´économie de marché : performance, rendement, productivité, optimisation des résultats, instrumentalisation et réification.

    En promouvant une sexualité brute, technique et utilitariste, le libéralisme vide la sexualité de son essence même, le désir. Il met au centre de sa logique marchande le désaveu de l´autre. L´individu est placé tour à tour en situation de consommateur et consommable, de consommant et consommé, de client et marchandise. Véritable offrande faite au divin marché.

  • À l'occasion du centenaire des Jeux Olympiques, Albert Jacquard propose ici une réflexion quelque peu iconoclaste sur cette institution généralement incontestée. Les Jeux Olympiques sont-ils des jeux ? Est-ce bien de sport qu'il s'agit encore ? Telles sont les deux questions principales qui sous-tendent ce bref pamphlet. Par rapport en effet à ce qu'étaient les Jeux dans l'Antiquité, et par rapport aussi à ce qu'ils étaient dans la pensée de leur moderne restaurateur, Pierre de Coubertin, les Jeux Olympiques ont été complètement dévoyés. Au lieu de l'émulation, c'est la compétition implacable qui prévaut ; au lieu de la gratuité propre par définition au jeu, c'est la marchandisation à outrance qui a triomphé. C'est ainsi que le dopage s'est introduit massivement dans le sport de haut niveau, transformant les sportifs en une nouvelle espèce, intermédiaire entre les humains et les monstres. En généticien, Albert Jacquard réfléchit sur cette entreprise de transformation des êtres humains, transformation dont le profit est la seule règle. Enfin, il propose en quelques points une nouvelle charte pour un « olympisme humaniste ».     

  • Cet ouvrage en trois parties s'articule autour de l'évocation de la vie et de l'oeuvre de Jean Sénac, poète algérien mort assassiné en 1973. Évocation centrée sur une pièce de théâtre, dont la publication coïncidera en septembre avec la représentation sur une scène du 20è arrondissement, après de multiples difficultés exposées dans une toute première partie : lettre ouverte au directeur d'un théâtre parisien subventionné, ayant refusé de faire représenter la pièce. Dans une mise en abyme, la pièce met en scène trois personnages qui sont en train de monter un spectacle autour de Jean Sénac ; ce faisant, ils livrent leurs réflexions à propos de ce poète maudit, apatride, ayant refusé la nationalité française et n'ayant pas obtenu la nationalité algérienne, mais qui choisit, lui, le français comme langue, comme asile poétique, et l'Algérie comme patrie, terre de soleil et d'amour où il trouve le réconfort auprès de jeunes hommes des quartiers déshérités.

    Nombreuses sont les questions et les controverses que suscite le destin de cet homme, mort dans le plus grand dénuement et dans des circonstances restées obscures : la question des pieds-noirs et leur difficile engagement lors de la guerre d'Algérie (Sénac et Camus notamment optèrent pour des camps opposés), la question de l'homosexualité dans une société méditerranéenne qui prône la virilité comme valeur suprême, les modalités de l'indépendance algérienne et la dictature militaire qui a suivi. Michel del Castillo aborde lui-même ces questions dans sa troisième partie où il fait un parallèle entre le destin de Jean Sénac et celui de Pier Paolo Pasolini, cherchant à dévoiler ce que fut Sénac, entre poésie, amours brûlantes et engagement politique.

    À la veille des manifestations culturelles de "l'Année de l'Algérie en France" qui se dérouleront en 2003, Michel del Castillo nous invite à une réflexion sans complaisance sur les événements passés et présents en Algérie et, à l'opposé de la mouvance bien-pensante et de toutes ces manifestations opportunistes, il pose une question incontournable pour l'avenir : "quand donc l'Algérie s'ouvrira-t-elle à la tolérance et à la démocratie ?"

  • Moscou, août 1978. Le capitaine du KGB Viktor Orekhov est arrêté et condamné à huit ans de réclusion dans un camp de régime sévère. Deux ans plus tôt, cet officier chargé de la surveillance et de la répression des dissidents est « passé de l´autre côté du miroir » et a décidé, au péril de sa vie, d´aider et de protéger ceux qui se battent pour les droits de l´homme et la liberté en URSS.
    Après une deuxième condamnation aux travaux forcés pour un motif fallacieux, Viktor Orekhov apprend qu´un contrat a été passé sur sa tête par ses anciens supérieurs. En 1993, toujours menacé, il est contraint à l´exil. Aujourd´hui, l´ex-brillant officier du KGB est livreur de pizzas aux États-Unis où il vit sans papiers, sans identité, sans téléphone...  Après dix ans d´enquête, Nicolas Jallot a retrouvé ce héros anonyme, cas unique dans l´histoire. Et, pour la première fois, Viktor Orekhov accepte de raconter son histoire.  À travers le destin hors du commun du « dissident du KGB » transparaît le portrait sans concessions des trente dernières années de l´URSS, d´un système totalitaire vu de l´intérieur par un de ses acteurs et de la Russie d´aujourd´hui.

  • Marie-Anne Erize avait 24 ans, un physique de mannequin, des utopies de rebelle. Un jour d´octobre 1976, des militaires en civil l´ont enlevée à San Juan, petite ville du nord-ouest de l´Argentine. Ses parents, ses amis, ses six frères et soeurs ne l´ont jamais revue. Depuis, elle fait partie des 30 000 disparus de l´époque de la dictature (1976-1983), ces hommes et ces femmes dont le souvenir hante à jamais ce pays à la mémoire lourde.  Peu importe que cette histoire remonte à plus de trente ans. Philippe Broussard a voulu la raconter. Partir sur les traces de Marie-Anne. Retrouver des témoins. Reconstituer son parcours. De Paris à Buenos Aires, il a interrogé des dizaines de personnes et tenté d´assembler le puzzle de sa vie. De ses vies, plutôt. Née dans une famille de « pionniers » français établis en Argentine, elle a grandi dans la jungle, fréquenté diverses écoles catholiques, défilé comme top-modèle, côtoyé de grands artistes (le chanteur Georges Moustaki, le guitariste Paco de Lucia...) et vécu un temps à Paris.  Son destin bascule en 1973, quand elle renonce au milieu de la mode, trop superficiel à ses yeux. Militante péroniste, aidesociale dans les bidonvilles, elle entre peu à peu dans la clandestinité au sein des Montoneros, une guerilla d´extrême gauche. Cette fuite en avant, sur fond de repression ultra-violente, s´achèvera à San Juan, un vendredi de 1976...  L´histoire n´est pas terminée pour autant. Aujourd´hui encore, deux procédures judiciaires sont en cours, en France et en Argentine, pour connaître la vérité sur son sort. Un suspect est même en prison, à San Juan : Jorge Olivera, un colonel devenu avocat, catholique intégriste et militant d´extrême-droite. C´est lui qui aurait organisé le rapt, puis la disparition de la belle Française.  Le livre repose sur une structure narrative à deux vitesses : l´alternance entre le récit chronologique du parcours de Marie- Anne et des lettres que l´auteur écrit à sa mère, âgée de 84 ans, afin de l´informer de ses recherches et de lui dévoiler la part d´ombre de sa fille.

  • Certains se croient prédestinés. Ces éternels premiers de la classe ne connaissent pas le doute, ils ont été élevés pour croire en eux-mêmes. D´autres veulent une revanche sociale. Rien de tout cela dans la conquête et l´exercice sarkozyste du pouvoir. L´énergie obstinée, l´incapacité à déléguer de celui qui a conquis la fonction suprême sont le fruit d´une fuite. Si Nicolas Sarkozy veut aller toujours plus haut, c´est parce qu´il a peur. Peur de ne plus être aimé. Peur d´être abandonné. Peur de ne pas être respecté. Nicolas Sarkozy veut le pouvoir pour se rassurer. S´il est incapable de partager sa puissance, ce n´est pas par autoritarisme, mais par crainte d´être trahi.  Cette quête relève d´un Graal d´enfant, l´incompréhension face à l´abandon du père, la peur de ne pas être le préféré de la mère. Pour capter et conserver cette attention maternelle, il imagine pouvoir, par sa fonction, reconquérir l´honneur de sa mère, divorcée et méprisée. Être président de la République, c´est être le plus fort. C´est ne plus être moqué. Aux regards condescendants de l´enfance doivent se substituer des regards de crainte. Cette quête ne connaît pas d´idéologie, elle n´a qu´un but : gagner. Le reste n´est qu´affaire de séduction. Séduire pour conquérir. Séduire pour durer. Quitte à cacher sa vraie nature. On le croit sûr de lui, c´est un inquiet. Il paraît improviser, en fait cet hypermnésique a travaillé toutes les hypothèses. Il prône la rupture, mais en réalité, il déteste le changement. Il multiplie les réformes, pour n´offrir que des cibles mouvantes à ses adversaires. On le croit moderne, il est nostalgique. On le croit modeste, c´est un caméléon. Familier avec l´ouvrier, bling bling avec les riches, autoritaire avec les patrons. Pour lui, le pouvoir est l´aboutissement d´un combat, pas une plénitude. Surtout quand il se révèle moins apaisant qu´il l´imaginait. La peur de décevoir un pays sera-t-elle plus forte que celle qui le fait courir depuis toujours ?

  • « Aujourd'hui, je suis juive. Je l'ai déclaré dans le journal Le monde daté du 31 août 2001. Ainsi c'est officiel, des archives peuvent en témoigner. L'écrivain juif Isaac Babel disait : « Si j'écrivais mon autobiographie, je l'intitulerais : Histoire d'un adjectif. Ce titre pourrait convenir à ma quête de réponses. Aujourd'hui, je place cet adjectif en pleine lumière et je me l'applique, mais que signifie : être juif ? A part les Juifs, pour lesquels c'est d'abord une foi et une religion, la première réaction générale et spontanée des athées se résume en cette simple remarque : « C'est compliqué. » Quand on me demande quel est mon travail actuel et que je prononce l'adjectif « juif » j'entends à chaque fois le même « Oh, la, la... » souvent prolongé d'un commentaire encore plus décourageant : « Oh, la, la... par les temps qui courent! » Ne serait-ce pas, justement, par les temps qui courent, le bon moment ? Celui de l'engagement, celui de l'urgence qui fait sortir de chez soi. »

  • Claude Miller a toujours fait partie du monde du cinéma, en tant que cinéphile, assistant pour Robert Bresson, Jean-Luc Godard ou Jacques Demy, directeur de production de François Truffaut et enfin réalisateur. Rencontre de deux monstres sacrés du cinéma français - Michel Serrault et Lino Ventura -, Garde à vue (1981) demeure son plus grand succès public. On le connaît également pour L´Effrontée, miroir tendu à toute une génération d´adolescentes, ou La Classe de neige, couronné d´un Prix spécial du jury au festival de Cannes en 1998.
    Claude Miller appartient à ces cinéastes-cinéphiles qui ont appris le cinéma en voyant les films des autres, mais, contrairement à celle de la Nouvelle Vague, sa génération n´a pas reçu l´éclat médiatique d´un mouvement constitué pour mettre à mal les contraintes du " système ".
    Ces entretiens permettent de revisiter plusieurs décennies du cinéma français souvent délaissées par les historiens et théoriciens du cinéma alors qu´elles en sont pourtant un maillon essentiel. Ils permettent surtout de plonger dans l´univers singulier d´un créateur dont l´obsession de mettre à nu les ambiguïtés de la nature humaine a donné naissance à des films aussi différents que La Meilleure Façon de marcher, Mortelle randonnée, La Petite Voleuse ou Le Sourire. Comment naît le désir d´être cinéaste ? Comment passe-t-on à l´acte, comment " serre-t-on sa chance " ? Comment trace-t-on son parcours dans l´industrie du cinéma français ? Comment surgit l´envie de raconter une histoire ? Comment l´incarne-t-on sur un écran ? Comment vit-on avec ses convictions et ses doutes ?
    Alors que sort en septembre 2007 Un secret (avec Patrick Bruel, Cécile de France, Julie Depardieu et Ludivine Sagnier), son treizième long métrage,Claude Miller revient sur chacun de ses films et nous livre son expérience de cinéaste.

  • L´Iran va-t-il ou non gagner la partie de bras de fer avec l´Occident en se dotant de l´arme nucléaire ?

    La question est de première importance, non seulement en raison des déclarations du président Ahmaninejad et de l´idée d´une croisade anti-occidentale, mais aussi parce que ce serait l´avènement d´un monde nouveau où la possession de l´arme atomique serait la règle et non plus l´exception.

    Le livre comportera d´abord un état des lieux : o l´origine et motivations de la décision iranienne ; o l´état actuel du programme balistique et atomique iranien ; o le poids des acteurs extérieurs et leurs intérêts (États-Unis, Israël, Chine Russie, Inde, Europe) ; o la situation intérieure de l´Iran et luttes pour le pouvoir ; o le contexte stratégique régional, voisins arabes de l´Iran.

    Puis il examinera les scénarios possibles : coopération, coercition ou confrontation, et si confrontation, de quelle nature ? Avec quelles conséquences prévisibles ou possibles ?

  • « Nous avons voulu raconter la mafia, faire entrer le lecteur dans cet univers surréaliste et incompréhensible pour un étranger, en suivant des morceaux d´existences, en racontant des gens qui vivent, travaillent, tuent, souffrent. Si l´on trouve facilement des ouvrages didactiques sur la mafia, sa mondialisation ou son histoire, on en trouve plus rarement sur la mafia vue de l´intérieur, racontée sous un prisme humain. La mafia, ses soldats, ses vies brisées, ses vies de film, au service du crime ou au service de l´État... C´est l´idée de cet ouvrage, à mi-chemin entre la littérature et le journalisme : plonger le lecteur dans ce monde totalement à part dont la réalité, secrète, ancestrale ou d´une modernité étonnante, lui est étrangère. Raconter les gens qui combattent sur ces terres de l´Italie du Sud, du témoignage exceptionnel d´un tueur repenti de Cosa Nostra, qui confesse plus de cent homicides, aux juges à la vie sacrificielle et blindée... Car c´est une guerre qui se joue au quotidien, là-bas, et qui n´intéresse plus seulement l´Italie mais aussi l´Europe et le monde, où la mafia étend ses tentacules.  Tous deux journalistes, nous avons, au fil de nos reportages et de nos rencontres avec des destins d´exception, été si souvent frappés, bouleversés, que nous avons eu envie de les retranscrire dans ce livre documenté, fondé sur des faits et des personnages réels, des documents judiciaires, et assumant parfois une part de fiction. À travers ces histoires conçues comme des nouvelles, ce livre vise aussi à dessiner, en creux, l´esprit des organisations mafieuses et leur extraordinaire ascension, de la mère et mythique Cosa Nostra à la `Ndrangheta calabraise, encore très méconnue et devenue pourtant, aujourd´hui, la mafia la plus puissante d´Europe. »  Henri Haget et Delphine Saubaber

  • Attention : terrain délicat, mouvant, piégé, passionnel, passionnant.

    Il était une fois un journal satirique paraissant le mercredi qui écornait tous les pouvoirs, séculiers et réguliers, qui n´était lié à aucun parti, ne dépendait d´aucun budget publicitaire, et n´avait d´autre souci que railler, en un temps d´ordre et de censure. Sous la guerre d´Algérie, Le Canard enchaîné fut un des lieux de résistance, notamment de protestation contre la torture. On l´achetait pour rire, pour lire les délicieuses chroniques de la Cour, pour s´assurer qu´en France les libertés publiques n´étaient pas mortes.

    Au tournant des années 1970, le journal change complètement. D´équipe, de projet, de nature. Il soutient expressément les socialistes qui vont accéder au pouvoir. Et surtout, il se mue en journal d´investigation et d´influence. Les vingt-cinq permanents (les mieux payés de la profession) s´entourent d´une armée de collaborateurs de l´ombre - cela va des amis politiques aux agents secrets, de la garde rapprochée de Mitterrand à Jean Montaldo, des juges aux justiciables.

    Un journal d´influence, cela veut dire un journal qui influence et un journal qui est influencé. On sait aujourd´hui que l´affaire des diamants de Bokassa fut un coup monté par les gaullistes contre Giscard, que les micros clandestinement posés au Canard ne furent pas, comme l´écrivit le journal, découverts par hasard, que la feuille d´impôts qui coûta sa carrière à Jacques Chaban-Delmas n´est pas sortie de nulle part. On sait que le dossier Papon fut fouillé de près, à bon droit, mais que le dossier Bousquet - ami de Mitterrand - fut opportunément refermé. On flaire que Boulin à droite, Bérégovoy à gauche, tous deux suicidés, furent indirectement flingués par des amis qui leur voulaient du bien.

    C´est cette saga que racontera le livre. Avec minutie et sans hargne aucune. Le Canard, les auteurs l´aiment bien. Mais, puisqu´il fait la morale à tout le monde, il est temps qu´à son tour il devienne objet d´une investigation rigoureuse.

  • Flaubert, dans son Dictionnaire des idées reçues, écrivait de l'hypnose : « Joli sujet de conversation ». Il est vrai que suggestionner ses semblables était alors à la mode et que tout le monde avait, sur le sujet, un avis.
    Aujourd'hui, c'est un fait : les hypnotiseurs ont presque tous disparu. L'humanité ne s'en porte pas plus mal, mais quel dommage de ne plus rien savoir de cette pratique envers laquelle Freud lui-même reconnut toute sa vie avoir une dette !
    Eh bien, Hypnose mode d'emploi va remettre le sujet au goût du jour, et de façon érudite qui plus est.
    Plusieurs textes courts, citations et références à l'appui, se promèneront en effet à travers les quatre derniers siècles, pour y rencontrer Mesmer, Charcot ou Coué, et répondre ainsi à quelques questions cruciales du genre : « Peut-on découvrir des trésors cachés grâce au magnétisme ? », « A-t-on déjà poussé quelqu'un au crime sous hypnose ? », « Comment Freud hypnotisait-il ? », « La méthode Coué a-t-elle vraiment existé ? ».

  • " La première bataille d´un chasseur de virus est celle qu´il doit mener contre le temps. Il ne faut pas être trop en retard pour pouvoir sauver le plus grand nombre, mais pour des raisons qui sont moins bonnes, il ne faut pas non plus être trop en avance..." Lorsqu´il écrit ces mots, il y a vingt-cinq ans, le Pr Jean Claude Chermann vient de découvrir, avec son équipe de l´Institut Pasteur, le virus du Sida. Après une incroyable traque digne d´une enquête de polar, il est enfin parvenu à identifier le plus grand tueur en série de tous les temps.
    Cette découverte, qui aurait dû être pour lui une consécration, marque le début d´un parcours du combattant, semé de pièges et d´embûches. Car si les lois de la science sont immuables, elles ne rejoignent pas toujours celles de l´argent et des hommes.

    Au travers de ses entretiens avec Olivier Galzi, Jean-Claude Chermann revient sur le parcours atypique d´un homme qui s´est construit à coup d´intuitions, sortant des sentiers battus par les autres, une attitude qui lui a souvent valu l´inimitié de ceux qui n´aiment pas que l´on s´écarte du troupeau : son premier poste à l´Inserm, son entrée à Pasteur, ses recherches, la querelle avec le Pr Gallo pour la paternité de la découverte du VIH, ses déceptions, ses coups de gueule - il démissionne de l´Institut Pasteur - et jusqu´à ce qu´il est convenu d´appeler " l´affaire Nobel " qui le voit écarté d´un prix récompensant une découverte effectuée dans son propre laboratoire, sous sa direction.

    Jean-Claude Chermann n´a aujourd´hui aucune amertume, aucun regret, mais un espoir, celui de trouver un vaccin. Après vingt ans de recherches et neuf études cliniques totalisant 2 515 patients, il a compris pourquoi 30 % des patients infectés par le VIH sont naturellement protégés et ne développent pas la maladie. C´est sur ces dernières découvertes qu´il s´appuie pour l´élaboration d´un vaccin, découvertes qui semblent intéresser de plus en plus de scientifiques, en particulier aux Etats-Unis. Nul n´est prophète en son pays...

  • Rugby, boxe, bien sûr, mais aussi Formule 1, sports de glisse, cyclisme, équitation... tous les sports sont concernés par les commotions cérébrales. Cadences infernales, athlètes surdimensionnés, impacts physiques démesurés, la situation ne peut plus durer. La boîte crânienne, elle, reste inextensible et le meilleur casque ne pourra jamais empêcher une commotion. Or une commotion aujourd´hui, outre le risque redoutable du « syndrome du second impact », ce peut être, dans dix, vingt ou trente ans, des pertes de mémoire, une dépression chronique, des anomalies de comportement et, dans le pire des cas, la fameuse « démence pugilistique » que l´on croyait, il y a peu encore, réservée aux boxeurs, un état qui serait un mélange de Parkinson et d´Alzheimer et que l´on retrouve également chez les rescapés des champs de bataille.  Avant qu´il ne soit trop tard, le Dr Chermann tire la sonnette d´alarme. Si la lecture de ce document, qui s´ouvre sur la prise en charge par l´auteur du rugbyman Christophe Dominici en mars 2005 à la veille du choc France-Angleterre au Parcdes- Princes, est plaisante et distrayante, évoquant pêle-mêle le couperet de la guillotine, la chute de cheval de Montaigne, l´accident de Maurice Ravel ou les rêveries de Jean-Jacques Rousseau, le propos n´en reste pas moins grave. De plus en plus, étant donné l´énormité des enjeux financiers et de carrière, les médecins de clubs subissent la pression des entraîneurs, des présidents de ligue et même des sportifs qui refusent le repos préconisé. Pourtant, c´est démontré, un athlète commotionné, même s´il n´a pas perdu connaissance, ne sera pas performant s´il reprend trop tôt la compétition. C´est, au contraire, en ne respectant pas le délai de reprise qu´il met en danger non seulement sa santé, mais aussi sa carrière et les résultats de son club. Il est grand temps d´appliquer un certain nombre de règles dans les sports dits « de contact » en général et dans le rugby en particulier, des règles, pour certaines déjà connues mais peu respectées et pour d´autres tout à fait nouvelles, que nous propose Jean-François Chermann pour clore cet ouvrage.

  • Le 5 novembre 2009, à 10 heures du matin, Toni Musulin appuie doucement sur l´accélérateur de son fourgon blindé. À l´arrière de son véhicule, 11,6 millions d´euros enfermés dans des sacs.  En quelques jours, le convoyeur anonyme de la Loomis devient un personnage public. Il est « l´auteur du casse du siècle », construction médiatique fantasmée autour d´un mode opératoire sans arme ni violence, autour d´un butin d´un montant sans précédent.  Depuis sa cavale, Toni Musulin observe, terré et atterré, sa photo et son nom circuler en boucle sur Internet. Il sait, dès les premiers jours, en raison de cette médiatisation, qu´il ne récupérera pas les neuf millions laissés dans sa planque. Il voit s´écrouler le plan qu´il a monté mois après mois, détails après détails. Après deux semaines d´errance, il décide de se rendre. Mais refuse depuis de s´exprimer. Face aux enquêteurs, il opte pour le mutisme total. Face au juge, il joue avec le personnage qui lui a été attribué. Pour la première fois, grâce à des entretiens réalisés avec l´auteur depuis la prison, il parle.  Il raconte ce jour du 5 novembre. Ceux qui ont suivi. Il parle de lui. De son histoire. Des 2,5 millions qui manquent toujours au butin. Et après lesquels la police court toujours.

  • Même nom, même prénom, même famille. Et même destin : Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils sont arrêtés le 14 novembre 2001. Soupçonnés de pédophilie dans l'affaire d'Outreau, ils passent trois ans en prison. En attendant leur procès, ils vivent les mêmes tourments : angoisse, désespoir, humiliations, stupeur face à ce qui leur arrive. Et inquiétude permanente de l'un pour l'autre.
    Histoire commune est leur récit. Un récit à deux voix, sans haine ni pathos, où le père, ouvrier du Nord au caractère entier et pudique, raconte comment les épreuves traversées n'ont pas suffi à le faire plier face aux pressions d'un juge convaincu de sa culpabilité. Où le fils, vingt ans à l'époque, nous fait partager avec sensibilité les raisons qui l'ont poussé, lui, à courber l'échine : à bout de nerfs, séparé de sa famille, totalement perdu, le jeune homme décide de faire de faux aveux. Avant de se rétracter, il va jusqu'à inventer le meurtre d'une petite fille, mensonge qui fera définitivement basculer le dossier dans une hystérie médiatique et judiciaire.
    Aujourd'hui l'histoire n'est pas terminée. Après l'acquittement, la reconstruction ne se fait pas sans mal. Médicaments, angoisse, et même drogue pendant quelque temps : le fils ne va pas toujours bien. Alors le père s'inquiète.
    Histoire commune en devenir donc. Avec, en filigrane de ces témoignages, les sentiments profonds qui unissent les deux Daniel Legrand et qui, sans mots ni grandes déclarations, les ont maintenus à flots pendant le voyage. Sans oublier le soutien sans faille de leur famille qui, elle aussi, a permis de garder la lumière au fond des cachots. L'affaire d'Outreau est aussi une histoire d'amour.

  • Qu'attendent les femmes de l'amour ? Que représente pour elles le sentiment amoureux ? Le dissocient-elles du sentiment sexuel ? Comment vivent-elles l'absence d'un être aimé ? Croient-elles au coup de foudre ? à l'amour éternel ? Comment perçoivent-elles les hommes : tribu amie ou ennemie ?

    Toutes ces questions, Jérôme Clément les a abordées au cours d'une série d'émissions intitulée "Les femmes et l'amour", diffusée sur France Culture. Pendant plusieurs semaines, il a mené des conversations sur l'amour avec des femmes reconnues : écrivains (Irène Frain, Elisabeth Badinter, Edmonde Charles-Roux, Françoise Giroud, Catherine Clément, Catherine Millet, Dominique Rolin, Alice Ferney, Camille Laurens, Emmanuèle Bernheim), plasticiennes (Lydie Aricks, Annette Messager), danseuse (Karine Saporta), réalisatrice (Catherine Breillat), comédienne (Geneviève Page) ou gynécologue (Anne de Kervasdoué).

    Avec un regard toujours différent, parfois surprenant, ces femmes se sont livrées avec beaucoup de liberté à leur habile confesseur, en lui révélant leur vision des hommes, de la sexualité et, surtout, de l'amour. A cette chorale de voix s'ajoute celle de jérôme Clément : l'occasion pour lui de se dévoiler à son tour au cours d'un dialogue avec laure Adler.
    Jérôme Clément est Président d'ARTE-France.

  • "Agent double !". Tel est celui à qui l'on croit pouvoir faire confiance alors qu'il oeuvre contre nous. C'est ainsi que l'on perçoit les sciences aujourd'hui : elles règnent dans bien des domaines mais, en même temps, elles suscitent rejet et soupçon. De la dénonciation de la sélection par les mathématiques à l'école aux questions soulevées par les avancées de la biologie, la méfiance grandit. "Agent double." C'est aussi celui qui est performant dans des registres différents. Ce deuxième sens convient bien aux sciences : non seulement elles cherchent à comprendre la nature et la raison, mais elles se développent en étroite affinité avec notre culture et notre sensibilité. Pourtant, cela, nous l'avons oublié. L'opposition entre les sciences et les lettres, le géomètre et le poète, la raison et les arts a pris force d'évidence. Si l'on n'avoue pas volontiers ne rien entendre à la littérature ou à la peinture, il n'est guère choquant de proclamer son total désintérêt pour les sciences. Retraçant la genèse de cette opposition, Vincent Jullien démontre avec clarté, exemples à l'appui, que rien ne la justifie. Pis, elle est dangereuse. Si l'on veut contester les abus de pouvoir de la science, il faut commencer, dans l'enseignement en particulier, par l'intégrer dans une culture commune.

  • Depuis trente ans, le prêtre Guy Gilbert se bat pour tous ceux que la société ou les institutions rejettent et marginalisent et délivre des messages d´amour et de tolérance, avec une passion et un courage renouvelés, partout où il peut se faire entendre, aussi bien dans la rue que dans les médias. Ne désarmant jamais, il évoque tous les sujets qui lui tiennent à coeur à travers des textes particulièrement salutaires et vivifiants. Des élections présidentielles de mai 2002 à la guerre en Irak, de la célébration du mariage de Laurent de Belgique à la fréquentation quotidienne de ses « jeunes loubards », il n´élude rien de ses préoccupations, ses engagements, ses rencontres, ses combats et de l´actualité politique ou sociale brûlante... En ces temps particulièrement troublés, où chacun a la tentation du repli et de la peur, il nous réconcilie encore et toujours avec la communauté des hommes et nous fait accéder à un monde de lumière et d´espérance... un livre salutaire.

  • Á l'heure où l'on s'interroge sur les prérogatives et les méthodes de notre système éducatif, Cypora Petitjean-Cerf nous livre un document exceptionnel sur le quotidien d'une jeune prof de lettres, engagée volontaire sur les territoires perdus de l'Éducation Nationale. Conçues pour accueillir, en cours d'année scolaire, les élèves en très grande difficulté - absentéisme, résultats désastreux - les classes-relais se présentent à la fois comme un laboratoire d'innovation pédagogique, une école de la dernière chance pour élèves en rupture totale avec l'école mais aussi, pourquoi le nier, comme un dépotoir de tout ce que compte nos collèges d'enfants devenus « ingérables ». L'auteur a conçu son livre comme un journal de bord organisé en petites saynètes, dialoguées, qui permettent de suivre la poignée d'élèves qui lui ont été confiés : certains d'entre eux sont attachants, d'autres sont violents, tous seulement perdus.

    Sans jamais verser dans la litanie de plaintes un peu convenues sur le sujet, l'auteur réussit à nous faire partager la dureté de son travail, ses espoirs, ses attentes, ses échecs mais surtout à nous rapprocher de ses enfants dont nous avons tant de mal à comprendre la dérive. Avec humour et conviction, elle nous permet de réfléchir sur le lien si particulier qui unit un enseignant à ses élèves, même dans ce cas-limite.

  • Pouvoir

    Manuel Valls

    En ce début du XXIe siècle, la social-démocratie traverse une crise majeure en Europe. Alors que les règles du capitalisme sont partout remises en cause par la récession mondiale, elle ne convainc plus les électeurs et désespère ses sympathisants.Depuis la chute du Mur de Berlin, la gauche démocrate européenne peine à redéfinir son projet. Longtemps, l´existence du bloc soviétique lui a permis de se présenter comme le versant lumineux de la force obscure. Mais l´effondrement du communisme a remis en cause l´idée même qu´une autre société soit possible. Dépouillée de toute perspective historique, la gauche doit désormais se contenter d´un compromis social-démocrate dont la réalisation fait globalement consensus.Pire, faute d´affronter les conséquences de la mondialisation et de l´individualisation, elle s´avère incapable d´adapter ce modèle aux évolutions contemporaines. Enfermée dans une vision dépassée du monde, elle réduit aujourd´hui sa conception du progrès au sauvetage de ses vieilles conquêtes.Pour la gauche, l´urgence est donc de redéfinir un projet qui suscite à nouveau l´espérance. En partant de sa ligne de clivage avec la droite (l´appréciation différente de l´origine des inégalités entre les hommes), Manuel Valls s´efforce de dessiner les contours d´une « utopie relative » pour le XXIe siècle. Donner à chaque individu les moyens de son autonomie devrait devenir la nouvelle frontière de la gauche. Alors que la droite tend toujours à minorer les contraintes sociales, la gauche a pour mission d´aider l´homme à s´en défaire à toutes les étapes de la vie.Mais cette lutte pour l´autonomie individuelle ne pourra être menée que si le citoyen est mieux respecté dans l´électeur. La réévaluation du projet suppose la révision de la méthode. À l´avenir, la gauche devra faire de la pédagogie la marque, le but et la force de ses discours. Partir du réel a toujours été et restera la seule manière de trouver des marges pour l´action.

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