Syllepse

  • Irlande, classes ouvrières et libération nationale Nouv.

    Pendant des décennies, l'Irlande a été une préoccupation d'Engels et de Marx, parce que l'oppression nationale des Irlandais et le racisme dont ils souffraient expliquaient en grande partie l'impuissance du mouvement ouvrier le plus important d'Europe, celui de la classe ouvrière anglaise, à transformer les rapports sociaux. La question irlandaise, écrivaient-ils, nourrit la réaction anglaise qui «[prend] racine dans l'assujettissement de l'Irlande».
    Au regard du nombre et de l'importance des textes qui lui ont été consacrés, la question nationale irlandaise est manifestement un sujet fondamental aux yeux des fondateurs du matérialisme historique.
    Pour assurer l'indépendance du mouvement ouvrier à l'égard de la bourgeoisie, il importait, selon leur analyse, non seulement que le mouvement lutte pour les droits politiques, sociaux et économiques des groupes opprimés, mais aussi qu'il promeuve leur indépendance nationale, laquelle était une condition de l'émancipation même de la classe ouvrière de la nation dominante.
    Plus encore, si le mouvement ouvrier ne faisait pas la promotion des droits des nationalités opprimées, alors les révolutionnaires devaient envisager de créer des organisations ouvrières des nations opprimées sur une base nationale - non uniquement en fonction de l'État - parce que la classe ouvrière de la nation dominante, par l'entremise de ses organisations syndicales et politiques, avait adopté des positions réactionnaires et constituait désormais une entrave à l'émancipation des classes ouvrières, aussi bien dans la nation dominante que dans la nation dominée.
    Friedrich Engels et Karl Marx ont lutté pour que l'Association internationale des travailleurs fasse sienne la lutte pour l'indépendance de l'Irlande.
    Pour eux, le combat pour le socialisme international passait par la lutte pour la libération nationale de l'Irlande et la fin de l'assujettissement des Irlandais.

  • La géographie doit s'affranchir de son statut de discipline subalterne, fragmentée en expertises techniques (cartographie, aménagement du territoire, architecture...) directement au service des puissances politiques, étatiques et économiques.
    David Harvey développe ici une théorie de la production de l'espace au sein de laquelle la question spatiale est inséparable des enjeux et des luttes politiques, ainsi que de la reproduction des rapports de production capitalistes. On apprendra dans cet ouvrage comment les crises capitalistes s'incarnent physiquement dans les espaces qu'elles produisent.
    Sa pensée s'inscrit dans la continuité des problématiques inaugurées par Henri Lefebvre, dont elle constitue tout à la fois l'actualisation et la systématisation au travers de la formulation d'une théorie du développement géographique inégal à l'ère de la mondialisation néolibérale.
    /> On trouvera ici un cadre théorique à même de penser quelques-unes des questions posées par la mondialisation?: la dialectique du global et du local, l'intégration de la Chine aux mécanismes de la concurrence mondiale, l'écologie et les questions de justice environnementale, l'actualisation de l'analyse marxiste de la lutte de classe à échelle planétaire ou de l'impérialisme?
    Ce livre est aussi une histoire de la géographie comme discipline, un diagnostic historique des contradictions constitutives de celle-ci?: tout à la fois instrument du pouvoir et productrice d'une connaissance du réel, dont une géographie populaire doit se réapproprier à des fins d'émancipation sociale.

  • Le rêve de l'Europe supra-étatique va-t-il se briser sur la question nationale? En Catalogne, en Écosse, en Corse et au Pays basque, des peuples affirment leur droit à vivre un destin que la mondialisation capitaliste ne peut pas satisfaire. Plus à l'Est, notamment en Ukraine et dans l'ex-Yougoslavie, la même question ébranle les dominations.
    Si le néolibéralisme unificateur bute sur ce renouveau de la question des droits des nations à disposer d'elles-mêmes, la gauche, radicale ou non, semble en peine pour offrir ses solutions. Circonstances qui ajoutent à la complexité de la question, toutes ces expressions nationalitaires ne sont pas portées par une vision émancipatrice.
    Pourtant, dès son essor, le mouvement ouvrier s'est emparé de cette question, notamment à la suite du Printemps des peuples de 1848. Parmi les principaux acteurs de la scène politique de l'époque, Friedrich Engels s'attache plus particulièrement à analyser la question nationale et produit le déconcertant concept de peuples «sans histoires», lesquels «n'ont pas été capables de constituer des États et n'ont plus suffisamment de force pour conquérir leur indépendance nationale» qu'il oppose aux nations «révolutionnaires».
    C'est cette thèse que réfute Roman Rosdolsky dans cet ouvrage resté inédit en français.

  • Machinisme et informatisation peuvent-ils permettre autonomie et liberté ? C'est à cette question que répond cet ouvrage. Pour Pierre Naville, il ne s'agissait pas en 1963 de décrire le travail automatisé, mais de proposer un véritable manifeste. Inscrit dans le mouvement d'idées issu du Capital de Karl Marx, Pierre Naville montrait concrètement les perspectives de transformation de la société telle qu'elle se dessinait dès le milieu des années 1960. Les possibilités de réduction et de réorganisation du temps de travail sont importantes car les automatismes permis par les « machines » autorisent des équipes travaillant moins longtemps. Comment penser les transformations du rapport au travail, et aussi une réorganisation de la société ? L'auteur évoque des régulations d'un genre nouveau où systèmes techniques et systèmes sociaux fonctionneraient à la fois -en autonomie et en coopération. « C'est le socialisme de l'avenir », écrivait Pierre Naville à la veille de Mai 68. L'automation engendre une haute pro-ductivité, oblige à raccourcir la durée du travail. Elle met en cause le grand capital. L'automation ne devrait pas être un épouvantail, mais un levier. Elle ouvre des horizons. L'industrie nouvelle doit devenir une technique vivante, autonome, débarrassée de l'exploitation, et par conséquent des exploiteurs. Automatismes, systèmes de production, objectifs plus simples à définir... A condition de se saisir des changements, une liberté nouvelle est possible pour la société. Le développement ultérieur des nouvelles technologies qui sont notre quotidien illustre la pertinence des analyses de Pierre Naville et l'utilité de les revisiter. Dans sa préface, « Un retard immense », Pierre Cours-Salies évoque le « temps perdu » qui nous sépare de la publication de cet ouvrage et la « défaite historique » subie dans la marche vers la liberté : il y a 50 ans déjà que des possibles se dessinaient par l'évolution de la « machine » et de l'informatique. L'actualité des analyses de Pierre Naville est plus grande encore aujourd'hui.

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