Sciences humaines & sociales

  • Dès les tout premiers textes, l'histoire et la légende se confondent. Les récits faisant référence à un guerrier ou à un roi nommé Arthur sont apparus dans la Grande-Bretagne du haut Moyen Âge, vers 800. Personnage à la fois situé dans le temps et auréolé de mystère, a-t-il réellement existé ? Et comment, dans les siècles suivants, les rapports entre l'histoire et la légende ont-ils évolué ? Pourquoi certains ont-ils jugé bon de défendre l'historicité du personnage, alors que d'autres l'ont farouchement niée ? Des premiers siècles médiévaux jusqu'aux derniers développements de la série Kaamelott, en passant par le temps des Plantagenêts et le siècle des Tudors, le lecteur suivra ainsi le devenir singulier d'un roi qui est devenu l'un des grands mythes de l'Occident.

  • Les autorités et les penseurs chrétiens du Moyen Âge ont, en règle générale, tenu un discours extrêmement négatif à l'égard de ceux qu'ils appelaient les païens, qu'il s'agisse de figures polythéistes du passé ou d'individus professant au présent une autre religion : stupides, brutaux, sans foi ni loi, les païens sont ordinairement donnés pour damnés. Pourtant, dans l'Europe du Nord entre la fin du vie et le début du xiie siècle, une poignée de personnages ont été reconnus comme de « bons païens » par des auteurs chrétiens : certains sont regardés comme fondateurs, vertueux, voire exemplaires, et il arrive même qu'on laisse entendre que l'un ou l'autre d'eux a pu accéder au salut. Ainsi le poème anglo-saxon Beowulf met en scène des personnages héroïques et positifs, laissant planer le doute sur leur sort ultime, enfer ou paradis. De fait, selon les contextes politiques, sociaux, et culturels, les réponses à ce double problème de la vertu et du salut des païens ont été très variables : ainsi, si certaines sociétés ont rapporté sans trop de réticences l'histoire héroïque de leurs ancêtres païens, d'autres ont été amenées à refouler l'essentiel d'un passé jugé incompatible avec le nouveau contexte religieux. L'enquête progresse de façon à la fois géographique et chronologique, explorant tour à tour l'Irlande, les marges septentrionales du royaume des Francs, l'Angleterre, le pays de Galles, la Scandinavie et le monde slave occidental. Dans toutes ces régions, la question des bons païens permet d'éclairer la manière dont, au prix d'accommodements et de bricolages théologiques, les sociétés nouvellement converties ont appris à parler d'elles-mêmes à travers le miroir de l'Autre païen.

  • L'histoire du repas, et plus particulièrement du festin, mérite bien mieux qu'une approche anecdotique. Comme l'ont remarqué de nombreux anthropologues, sociologues et historiens, le repas pris en commun occupe une place fondamentale dans les rapports sociaux, les attitudes religieuses et même l'exercice du pouvoir, et ce dans des sociétés de natures très diverses. Le présent ouvrage explore l'histoire du festin en Angleterre pendant les siècles du haut Moyen Âge, de la fin de la domination romaine à la conquête du pays par les Normands en 1066. Grâce à des sources exceptionnelles, au premier rang desquelles ont peut ranger le poème héroïque Beowulf, l'Angleterre offre en effet un prisme original, souvent négligé par l'école historique française, pour l'étude des pratiques politiques, sociales ou religieuses, mais aussi des mentalités et des représentations collectives de l'Occident chrétien au début du Moyen Âge. Car si aujourd'hui l'Angleterre n'est pas souvent réputée pour sa table, il en fut tout autrement aux premiers temps médiévaux, quand les princes anglo-saxons, dans leurs halls de bois, abreuvaient leurs guerriers de bière et d'hydromel. Notre étude du festin anglo-saxon, bien que fondée sur le témoignage irremplaçable de la poésie héroïque, fait aussi une large place aux apports des sources narratives latines, des codes de lois, de l'iconographie, et surtout de l'archéologie.

  • Voici vingt-cinq façons de rendre compte des mémoires des empereurs romains Trajan et Hadrien (98-117 et 117-138 de notre ère). Elles nous offrent de multiples variations et angles d'approche pluridisciplinaires, et se placent sous le patronage illustre de l'oeuvre de Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien (1951). Elles participent de surcroît à la commémoration des mille neuf-cents ans de la mort du vainqueur des Daces et des Parthes et de l'arrivée au pouvoir de son fils « adoptif », prince philhellène que la romancière avait élu, afin d'aborder les rapports entre mémoires humaines et Histoire. La littérature des périodes ancienne, médiévale, moderne et contemporaine est convoquée par les études ici rassemblées, tout autant que les arts et les nombreuses formes de représentations et illustrations des aventures humaines de ces deux princes placés naguère en tête de cet âge d'or de l'histoire romaine, le fameux siècle des Antonins, revisité depuis à toutes les époques qui se sont succédé.

  • Au Moyen Âge, la mer du Nord a permis les contacts entre les populations de ses régions riveraines: les eaux séparant les îles Britanniques, le continent et la Scandinavie ne voyaient pas seulement se déplacer des missionnaires et des marchands, car c'est également de la mer que l'on vit arriver les vikings. La mer Baltique était en revanche beaucoup moins connue des auteurs occidentaux, qui étaient frappés par la multiplicité des peuples et des cultures qui en occupaient les rives : on mentionnait des ports de traite, des voyages de marchands, des populations aux coutumes étranges. Comparer les espaces de la mer du Nord et de la mer Baltique en tant que zones de contacts au Moyen Âge est une tâche difficile : non seulement les spécialistes ne prennent que trop rarement connaissance de leurs recherches respectives, mais l'horizon international nécessite la prise en compte de traditions historiographiques dans une multitude de langues nationales. Ce volume présente les résultats d'un atelier interdisciplinaire tenu à Boulogne-sur-Mer en octobre 2009, qui a réuni des chercheurs d'Europe du Nord-Ouest (Belgique, France, Luxembourg, Royaume-Uni) et du Centre-Est (Pologne et République tchèque) en soulignant les apports d'une nouvelle génération d'historiens et d'archéologues dans un domaine qui s'est radicalement transformé depuis une quinzaine d'années.

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