Alexandre Gefen

  • Parues en 1895, les Vies Imaginaires de Marcel Schwob scellent l'acte de naissance d'un genre littéraire, la fiction biographique, dont les dérivés contemporains pullulent dans nos librairies depuis les Vies minuscules de Pierre Michon, les récits de Pascal Quignard, de Jean Echenoz ou de Patrick Modiano.
    Art littéraire de la mémoire, ces récits résonnent de la religion de transmission propre à notre culture comme de notre orgueil des différences et de notre besoin des secrets. Rêvées ou réinventées par les écrivains, ces vies produisent une mythographie proprement littéraire fondée sur ce que Schwob nommait le sentiment moderne du particulier et de l'inimitable : elles enrichissent, aux marges de la grande Histoire, nos existences de nouveaux possibles.
    C'est un voyage parmi ces vies imaginaires, fil secret de notre histoire littéraire et laboratoire précieux de nos identités modernes, et une réflexion sur ce genre désormais central de la littérature française et pourtant jamais encore étudié en tant que tel, la biofiction, que cet essai veut proposer.

    Alexandre Gefen est critique littéraire et chercheur au CNRS (Centre d'Étude de la Langue et des Littératures Françaises, CNRS/Université Paris Sorbonne).
    Derniers ouvrages parus : Empathie et esthétique, avec Bernard Vouilloux, Hermann, 2013 ; Vies imaginaires, de Plutarque à Michon, Gallimard, « Folio classique », 2014. Il est également le fondateur de Fabula.org, site de référence pour la recherche universitaire en littérature.

  • Rien n'est plus mystérieux et objet de plus de convoitise qu'un best-seller. Certains livres sont conçus en fonction de recettes menant automatiquement au succès. D'autres, issus du même moule, passent complètement inaperçus - tandis que certains ouvrages réputés difficiles reçoivent parfois un accueil enthousiaste du public. Quel point commun peut-on trouver  entre le  Capital et Harry Potter,  Le Petit Prince et Belle du Seigneur  ? Existe-t-il un secret, une technique, permettant de transformer n'importe quel manuscrit en n°  1 des ventes ? Quelle part revient à l'auteur dans cette réussite  ? à l'éditeur  ? aux lecteurs  ? Finalement, depuis le XIXe siècle, que nous disent les best-sellers ? S'agit-il d'une catégorie historique, dont on peut relater l'invention  ? Nous racontent-ils l'histoire d'un horizon de réception  : celui du «  grand public  »  ? Peut-on, de Walter Scott aux Fifty Shades of Grey, bâtir une histoire de la culture commune au plus grand nombre  ? D'ailleurs, les lire, est-ce forcément les aime  ? Une pléiade de spécialistes de la littérature et des métiers du livre se penche ici avec intérêt sur ces livres exceptionnels, habituellement traités avec mépris.

  • Largement ignorés par la réflexion éthique et politique, les " liens faibles " sont pourtant au coeur des formes contemporaines d'attachement et d'attention aux autres : dans les réseaux sociaux, dans la sphère culturelle, dans notre rapport à l'espace urbain ou à l'environnement, ou encore dans l'espace démocratique du commun.

    Si la notion de " liens faibles " a été initialement forgée par le sociologue Granovetter pour rendre compte des ressources sociales inaccessibles aux liens forts (comme la famille, l'amour, l'amitié, le travail, etc.), elle permet d'interroger notre rapport aux visages, objets, musiques, personnages de fiction, aux sentiments, aux lieux et situations du quotidien qui déterminent notre relation aux autres. Grâce à cette notion, nous pouvons observer en quel sens nos affinités esthétiques ou encore nos engagements éthiques et politiques infléchissent nos existences.

    C'est donc aux ressources du concept de " liens faibles " pour saisir notre monde commun que se consacre ce volume polyphonique, avec l'ambition de rendre sensible la texture invisible de nos vies et de nos attachements ordinaires.

  • La question des émotions représentées, exprimées ou provoquées par l'art a été largement éclipsée par une modernité qui dédaignait les problématiques « psychologisantes » et préférait se centrer sur des interrogations formelles. La sortie de l'art de ce moment formaliste, d'une part, et le développement des disciplines scientifiques ayant les émotions pour objet, d'autre part, invitent à ré-ouvrir le dossier des liens complexes et variés que les arts entretiennent avec les affects en l'enrichissant de la contribution des sciences cognitives et des théories psychologiques ou sociologiques de la réception et de la lecture. Ce dictionnaire fournit un outil unique et précieux pour cartographier ce champ de recherche en plein essor, dessiner ses grandes problématiques, présenter ses principaux théoriciens et rassembler sa bibliographie. Son originalité tient au fait que la réflexion y est toujours conduite à partir d'uvres d'art particulières, et soumise à leur épreuve. Qu'il s'agisse des mécanismes complexes de l'immersion fictionnelle, des processus de mise en commun collective des émotions individuelles, de la responsabilité éthique de l'art, des interactions entre l'ordre de la création et la logique des émotions, il y a là autant de champs d'interrogations qui peuvent bénéficier du riche apport interdisciplinaire des « sciences de l'affect », alors même, que, dans l'autre sens, ces disciplines ont beaucoup à gagner à se pencher sur des corpus artistiques, compris comme des dispositifs de production, d'interrogation et de manipulation des affects.

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