Antoine Provansal

  • Comme son titre l'indique fort bien, ce troisième ouvrage se place sous le signe de l'ambivalence. Il ne faut pas conférer à ce terme une connotation péjorative mais plutôt le comprendre de manière nuancée, comme possibilité multiple, mouvance d'un réel aux mille facettes, pratique aux frontières indéfinies, mêlant, dans l'élan de sa propre création, respect des rites collectifs et émergence de l'inédit, du spontané. C'est justement pour illustrer cet aspect double de la production, débordant de la stricte finalité utilitaire, que les auteurs ont voulu d'emblée commencer par le terrain ; il leur fallait restituer, sans les détruire, ces entités sociales où rien n'est jamais définitivement canalisé ni articulé sur un but unique : les formations communautaires qu'ils nous présentent dans la partie pratique s'organisent en fonction de logiques diverses et spécifiques.

  • Une réflexion théorique d'ensemble sur la pratique des sciences de l'éducation est-elle possible aujourd'hui ? En effet, les schémas de formation semblent dénués de tout axe directeur et font preuve d'une certaine incohérence qui en rend l'application aléatoire. On en vient à se demander par exemple si l'oubli du respect de la diversité n'est pas à l'origine de cette difficulté. En d'autres termes, le manque d'audace politique, le refuge dans le conformisme, l'unicité des sources d'inspiration ne révéleraient-ils pas ce qui, en définitive, est crise d'imagination et crise du pouvoir? A des degrés divers, et selon des modes d'appréhension qui leur sont propres, la vingtaine d'auteurs de ce quatrième Cahier se placent dans cette problématique. Ils cherchent tous à cerner les points d'impact de ces crises sur leur propre terrain de travail...

  • Les techniques qui autrefois étaient représentatives de la structure et de la diversité des civilisations, sont devenues aujourd'hui les sous-systèmes de la technologie mondiale. L'ouvrier et ses instruments risquent fort de faire les frais de ce procès d'uniformisation et d'y perdre leur identité ou, si l'on préfère, leur caractère irremplaçable. Notre époque sera-t-elle celle de « la fin des outils » ? En bien des points du globe, elle a marqué la fin de l'état de différence ; signifiera-t-elle aussi la suppression pure et simple du droit à la différence ? S'agit-il d'une évolution inéluctable, est-ce la rançon de ce que l'on appelle fort mal à propos le progrès ? Autour de ces questions essentielles, traitées selon l'optique personnelle de chaque auteur, des thèmes complémentaires ont surgi : la critique des méthodes conventionnelles d'analyse, l'importance de l'approche historique, l'étude des incidences (économiques, sociales, politiques, culturelles, écologiques, etc.) du transfert (ou du non-transfert effectif !) de technologie...

  • Ce Cahier ouvre la série sur un problème majeur : le rapport entre diversité culturelle et pratique « unifiante » du développement économique. Le choix du titre répond à une double exigence : d'une part, reconnaître la diversité culturelle et les déterminations spécifiques à chaque société comme point de départ de toute réflexion théorique ; d'autre part, considérer la diversité des approches épistémologiques comme indispensable ; à « la pluralité des mondes culturels » doit correspondre une pluralité de tendances. Si nous reconnaissons l'existence d'un autre pluriel, nous devons aussi nous interroger sur une pensée occidentale supposée « unique », particulièrement en face d'autres réalités.

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