Claude Lévy

  • C'était il y a plus de cinquante ans - ils avaient vingt ans. Des jeunes surent alors, mieux que beaucoup d'adultes, refuser la défaite, démasquer l'imposture de la collaboration, espérer contre tout espoir, combattre la barbarie, presque sans armes. Pour chacun, ce fut un engagement volontaire, tantôt mûrement réfléchi, tantôt provoqué par un événement fortuit : on assiste à une rafle, on héberge un prisonnier évadé, un juif. S'appuyant sur de nombreux témoignages vécus, ce livre raconte ce qu'ils ont fait et pourquoi. Durant ces années terribles et passionnantes, où presque tout était possible, de jeunes ouvriers, paysans, lycéens, étudiants, ont engagé toutes leurs forces - et leur vie même - pour défendre leur patrie et leur liberté. Ils ont imprimé et distribué des tracts et des journaux clandestins, cherché et transmis des renseignements, sillonné les villes et les campagnes comme agents de liaison, organisé des maquis, réalisé des coups de main et des sabotages. Souvent faits prisonniers, ils ont été torturés, déportés, fusillés. Ils ont prouvé que les actes étaient plus utiles que les paroles et ils ont été parmi les meilleurs artisans de la libération de la France.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • En 1988, les trois principales organisations syndicales (CGT, CFDT et FO) vont changer de leader. Journaliste à l'Agence France-Presse, l'auteur nous fait entrer dans la vie interne de ces 3 centrales.

  • « À la question « Quelles ont été vos plus fortes impressions au cours de votre captivité ? » j'aurais répondu ceci : des douzaines de prisonniers, les bras levés et tournés vers le mur pendant des heures... ... mon arrivée au couloir souterrain qui longeait les cachots du Q.G. des Renseignements Généraux à Puerto Montt... ... des taches de sang coagulé partout dans la salle de bains où j'attendais, enfermé, mon deuxième interrogatoire... »

  • OPA sur le PS

    Claude Lévy

       Le 26 novembre 2006, Ségolène Royal était désignée candidate officielle du Parti socialiste à l'élection présidentielle de 2007.   Une majorité de socialistes, parmi lesquels beaucoup d'adhérents de fraîche date, s'en réjouissent. Nombre de militants et de sympathisants, toutefois, cachent mal leur consternation.   Le parti de Jean Jaurès représenté par une élue qui fréquente peu l'hémicycle, n'y prend que très rarement la parole, et voue un culte à Jeanne d'Arc. Le parti de Léon Blum emmené par une oratrice sentencieuse qui, au vocabulaire de l'action collective, préfère le registre doloriste et compassionnel. Le parti de François Mitterrand conquis par une adepte de la « démocratie participative » qui entend aller chercher l'inspiration « chez les gens ».    Comment le Parti socialiste en est-il arrivé là ? s'est demandé le journaliste Claude Lévy.   Pour tenter de répondre à cette question, il a mené l'enquête à tous les niveaux du parti : état-major, instances intermédiaires, sections de quartier. Il décrit des militants tétanisés par la peur de revivre l'humiliation de 2002, et décidés à laver l'affront à n'importe quel prix, même à celui d'un renoncement aux valeurs traditionnelles de la gauche. Le coup de maître de Ségolène Royal, nous démontre Claude Lévy, a été de se présenter comme la plus apte à réunir le « peuple de gauche » en adoptant les codes de la communication moderne, qui affirme la primauté de l'image, réputée fédératrice, sur le fond, source de discorde. Son OPA sur le plus vieux parti de France restera dans les annales comme l'exemple le plus abouti de la « stratégie de la séduction », à moins que la politique ne reprenne brutalement ses droits.

  •    Le Sénat, chambre dite «  haute » de la démocratie parlementaire française, est un drôle d'endroit, une « bulle » au sein de la République, en plein centre de Paris mais loin des fureurs de la ville. L'endroit est superbe, les rémunérations et les avantages en tous genres sont royaux. Il s'y livre des combats feutrés dans une ambiance florentine qui contraste avec l'agitation médiatique de l'Assemblée nationale. Le grand public n'est pas convié à y assister, pas plus qu'il n'est témoin des tractations et des trahisons auxquelles donne lieu l'élection du Président.   Luxe, calme et volupté. Confidentialité et inutilité.     Certains dirigeants, scandalisés par cette bulle dont ils voyaient bien le coût pour la collectivité, mais discernaient mal les services qu'elle rendait à la République; ont essayé de le réformer. Tous, du Général de Gaulle à Lionel Jospin,  s'y sont cassé les dents. Si le Sénat a la peau si dure, c'est qu'il sert les intérêts de la classe politique.  Refuge pour les recalés du suffrage universel ou les mis en examen, maison de retraite de luxe pour hommes politiques sur le déclin, sas de décompression entre deux campagnes, il rend bien des services.    Pour la première fois, le fonctionnement, les dysfonctionnements, les zones d'ombre et la culture particulière du lieu sont passés au scanner par un journaliste connaissant tous ses secrets et n'hésitant pas à mettre les pieds dans le plat pour parler, par exemple, de l'influence des francs-maçons, des complicités contre-nature qui se nouent dans le dos des électeurs, du rôle des lobbyistes ou des avantages exorbitants consentis aux élus comme au personnel.

  • L'impact de Tristes Tropiques sur la pensée du vingtième siècle est immense. Pourquoi et comment devient-on ethnologue ? Comment les aventures de l'explorateur et les recherches du savant s'intègrent-elles et forment-elles l'expérience propre à l'ethnologue ? C'est à ces questions que l'auteur, philosophe et moraliste autant qu'ethnographe, s'est efforcé de répondre en confrontant ses souvenirs parfois anciens, et se rapportant aussi bien à l'Asie qu'à l'Amérique.Claude Lévi-Strauss souhaite ainsi renouer avec la tradition du voyage philosophique illustrée par la littérature depuis le XVIème siècle jusqu'au milieu du XIXème siècle, c'est à dire avant qu'une austérité scientifique mal comprise d'une part, le goût impudique du sensationnel de l'autre n'aient fait oublier qu'on court le monde, d'abord, à la recherche de soi.
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  • " La Pensée sauvage ", et non " la pensée des sauvages ". Car ce livre s'écarte de l'ethnologie traditionnelle en prenant pour thème un attribut universel de l'esprit humain : la pensée à l'état sauvage, florissante dans tout esprit d'homme - contemporain ou ancien, proche ou lointain - tant qu'elle n'est pas cultivée et domestiquée pour accroître son rendement.
    Sans doute peut-on chercher des exemples auprès des sociétés sans écriture et sans machines ; même là pourtant, cette pensée ressemble singulièrement à celle que nous trouvons à l'oeuvre tout près de nous, dans la poésie et dans l'art, ou encore dans les diverses formes du savoir populaire, qu'il soit archaïque ou récent.
    En elle, rien de désordonné ni de confus. Partant d'une observation du monde qui témoigne d'une minutie et d'un précision souvent stupéfiantes, elle analyse, distingue, classe, combine, et oppose... Dans ce livre par conséquent, les mythes, les rites, les croyances, et les autres faits de culture, se manifestent comme êtres " sauvages " comparables, par delà le langage, à tous ceux que la nature (dont l'esprit humain ne peut être retranché) engendre aussi sous d'innombrables formes animales, végétales, et minérales. On ne saurait donc s'étonner que, dans leur fréquentation millénaire, la pensée sauvage ait trouvé la matière et l'inspiration d'une logique dont les lois se bornent à transposer les propriétés du réel, et qui, pour cette raison même, a pu permettre aux hommes d'avoir prise sur lui.

  • Marqué par l'expérience de l'exil, ce volume témoigne d'un moment à la fois biographique et historique au cours duquel, comme nombre d'artistes et savants juifs européens, Claude Lévi-Strauss est réfugié à New York. Écrits entre 1941 et 1947, alors qu'il n'a pas encore délaissé ses réflexions politiques, les dix-sept chapitres de ce livre restituent une préhistoire de l'anthropologie structurale.
    Ces années américaines sont aussi celles de la prise de conscience de catastrophes historiques irrémédiables : l'extermination des Indiens d'Amérique, le génocide des Juifs d'Europe. À partir des années 1950, l'anthropologie de Lévi-Strauss semble sourdement travaillée par le souvenir et la possibilité de la Shoah, qui n'est jamais nommée.
    L'idée de " signifiant zéro " est au fondement même du structuralisme. Parler d'Anthropologie structurale zéro, c'est donc revenir à la source d'une pensée qui a bouleversé notre conception de l'humain. Mais cette préhistoire des Anthropologies structurales un et deux souligne aussi le sentiment de tabula rasa qui animait leur auteur au sortir de la guerre et le projet – partagé avec d'autres – d'un recommencement civilisationnel sur des bases nouvelles.
    Vincent Debaene

  • Résoudre les énigmes posées par les règles du mariage aux ethnologues, notamment celle de la prohibition de l'inceste, telle est la tâche que se proposaient initialement Les Structures élémentaires de la parenté. Les deux chapitres introductifs, objets de la présente édition, n'en abordent pas moins des questions philosophiques cruciales : où finit la nature et où commence la culture ? quelles sont les parts respectives de chacune en l'homme ? comment l'homme se distingue-t-il, sous ce rapport, de l'animal ?C'est ainsi du point de vue de l'ethnologie que le texte de Claude Lévi-Strauss apporte matière et méthode à la réflexion philosophique.

  • Claude Lévi-Strauss a écrit les pages qui forment à présent ce volume pour répondre à une demande du grand quotidien italien La Repubblica. Il en résulte un ensemble inédit, composé de seize textes écrits en français, entre 1989 et 2000.
    Partant chaque fois d'un fait d'actualité, Lévi-Strauss y aborde quelques-uns des grands débats contemporains. Mais, que ce soit à propos de l'épidémie dite de " la vache folle ", de formes de cannibalisme (alimentaire ou thérapeutique), de préjugés racistes liés à des pratiques rituelles (l'excision ou encore la circoncision), l'ethnologue incite à comprendre les faits sociaux, qui se déroulent sous nos yeux, en évoquant la pensée de Montaigne, un des moments fondateurs de la modernité occidentale : " Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ".
    Dans ces chroniques, qui portent la marque des dernières années du XXe siècle, on retrouve la lucidité et le pessimisme tonique du grand anthropologue.
    En ouverture du volume un texte écrit en 1952 : Le Père Noël supplicié.
    Maurice Olender
    Extrait de l'avant-propos
    Professeur au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles le 28 novembre 1908 et mort à Paris le 30 octobre 2009. Son oeuvre est traduite en une trentaine de langues.

  • La comparaison entre des mythes, les uns provenant de l'Amérique du Nord, les autres recueillis dès le XVIe siècle dans le sud du Brésil et au Pérou, fait apparaître à travers le temps et les lieux ce qu'on pourrait appeler une constante de la pensée amérindienne.
    Cette pensée procède en opposant les termes que les mythes conçoivent si proches qu'ils les incarnent dans une paire de frères, souvent jumeaux ou presque, entre lesquels toutefois une différence existe en germe. Mais contrairement à Castor et Pollux qui récusent cette différence et obtiennent de devenir parfaitement égaux, les jumeaux américains ne surmontent jamais leur écart. Ils s'appliquent même à le creuser, comme si une nécessité métaphysique contraignait des termes appariés à diverger. Car la nature, la société sont en perpétuel déséquilibre interne : le même engendre toujours l'autre, la bonne marche de l'univers en dépend. Ainsi, dans la pensée des Amérindiens leur existence impliquait celle de non-Indiens. Bien avant la découverte du Nouveau Monde, la place des Blancs était marquée en creux dans leur système. Ils étaient de ce fait prêts à les accueillir.
    Tel est le thème de ce livre. Un parcours plein d'imprévu débute par l'analyse approfondie de mythes qui s'organisent autour de la notion d'une impossible gémellité. Il poursuit en les comparant avec les contes populaires franco-canadiens que les Indiens connurent et qu'ils incorporèrent à leurs propres traditions. C'est l'occasion d'esquisser une théorie de l'emprunt.
    On est ainsi conduit à méditer sur la rencontre des deux mondes, son retentissement dans la pensée de Montaigne et celle de ses contemporains. On croit enfin possible de remonter aux sources philosophiques et éthiques du dualisme amérindien. Celui-ci tire son inspiration d'une ouverture à l'autre qui se manifesta lors des premiers contacts avec les Blancs, bien que ceux-ci fussent animés de dispositions très contraires.

  • Noël 1951. Nous sommes le dimanche 23 décembre à Dijon. Sur le parvis de la cathédrale on brûle un Père Noël. De cette scène, qui cristallise la résistance des autorités catholiques de l'après-guerre à un rituel païen venu d'outre-Atlantique, on peut voir aujourd'hui les photographies sur internet. Claude Lévi-Strauss découvre ce fait divers dans la presse et s'en empare pour écrire un texte devenu depuis un classique. Plus de soixante ans après sa parution en 1952 dans la revue Les Temps Modernes, les lecteurs pourront découvrir le regard singulier du célèbre anthropologue sur un rituel récent en Occident dont l'ampleur n'a cessé de croître, tandis qu'Halloween aussi évoqué ici a traversé l'Atlantique à son tour. Maurice Olender ¿Extrait de l'avant-propos

  • Si les lecteurs de Claude Lévi-Strauss retrouvent ici les questions qui sous-tendent ses travaux, les nouvelles générations pourront y découvrir une vision d'avenir proposée par le célèbre anthropologue.Dans ces trois conférences, Claude Lévi-Strauss livre ses inquiétudes relatives aux problèmes cruciaux d'un monde sur le point d'entrer dans le XXIe siècle, sur les affinités entre les diverses formes d'« explosions idéologiques » et le devenir des intégrismes.M . O .Professeur au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles le 28 novembre 1908 et mort à Paris le 30 octobre 2009.

  • « [...] Pour qui aborde l'histoire, non pas, si j'ose dire, par la face visible de la lune - l'histoire de l'ancien monde depuis l'Égypte, la Grèce, et Rome - mais par cette face cachée de la lune qui est celle du japonologue et de l'américaniste, l'importance du Japon deviendrait aussi stratégique que celle de l'autre histoire, celle du monde antique et de l'Europe des temps archaïques. Il faudrait alors envisager que le Japon le plus ancien ait pu jouer le rôle d'une sorte de pont entre l'Europe et l'ensemble du Pacifique, à charge pour lui et pour l'Europe de développer, chacun de son côté, des histoires symétriques, tout à la fois semblables et opposées : un peu à la façon de l'inversion des saisons de part et d'autre de l'équateur, mais dans un autre registre et sur un autre axe. C'est donc [...] dans une perspective beaucoup plus vaste que le Japon peut nous sembler détenir certaines des clés maîtresses donnant accès au secteur qui reste encore le plus mystérieux du passé de l'humanité. » Claude Lévi-StraussPréface de Junzo KawadaProfesseur au Collège de France, Claude Lévi-Strauss est né à Bruxelles le 28 novembre 1908 et mort à Paris le 30 octobre 2009.

  • La correspondance publiée ici, pour la première fois, s'ouvre par des contrepèteries et se referme sur la couleur des voyelles. Elle entrecroise sur presque un demi-siècle le fil de deux vies dans la trame d'une amitié savante qui ne s'interrompra qu'avec la mort. Il y est question de poésie et de mathématiques, de champignons et d'épopées médiévales, autant que de langues et de mythes. Car, loin de l'image dont on les a parfois affublés, le linguiste Roman Jakobson (1896-1982) et l'anthropologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009), ces deux grands sphinx des sciences sociales du xxe siècle, furent, plus que d'autres, des médiateurs entre l'abstraction de la science et l'expérience sensible. La théorie et la volupté se conjoignent dans leurs œuvres respectives autant que dans leur rencontre.
    Dans l'éloge qu'il fera de Lévi-Strauss, Jakobson insistera sur un point : il faut concilier le sens de la variation et la recherche des invariants, ne pas opposer la passion pour le singulier, le différent, l'unique, et le souci des formes universelles – bref la science et l'expérience, le concept et la sensation, la vérité et la vie. Il attribue à son ami la solution : faire de ces fameuses structures invariantes rien d'autre que des matrices de variation. Nous n'avons rien en commun sinon ce qui nous fait différer les uns des autres ! Et cela, non seulement au sein de l'humanité, mais jusque dans l'immense concert de la diversité biologique et cosmique. Saisir sa place dans ce jeu de variations, c'est se comprendre soi-même – et telle est la tâche la plus haute des sciences humaines, pour laquelle témoigne cette correspondance inédite.
    Emmanuelle Loyer et Patrice Maniglier

  • « Après la mort de Claude, j'ai dû faire de l'ordre dans ses papiers. J'ai lu ces paquets de lettres avec un plaisir étonné : j'entendais sa voix, je revoyais ses traits, les descriptions me rappelaient l'homme avec lequel j'ai vécu presque soixante ans. Être réservé, si intimidant et mal connu. De Strasbourg durant son service militaire, de Mont-de-Marsan où il exerça pour la première fois le métier de professeur, de New York en exil, ces lettres écrites presque quotidiennement forment une sorte de journal. Et un journal n'est rien d'autre qu'un autoportrait. En le rendant public, je voudrais faire connaître l'homme qui se cachait derrière le savant. »Monique Lévi-Strauss

  • « Mauss s´est montré toute sa vie obsédé par le précepte [...] selon lequel la vie psychologique ne peut acquérir un sens que sur deux plans : celui du social, qui est langage ; ou celui du physiologique, c´est-à-dire l´autre forme, celle-là muette, de la nécessité du vivant. Jamais il n´est resté plus fidèle à sa pensée profonde et jamais il n´a mieux tracé à l´ethnologue sa mission d´astronome des constellations humaines, que dans cette formule où il a rassemblé la méthode, les moyens et le but dernier de nos sciences et que tout Institut d´ethnologie pourrait inscrire à son fronton : "Il faut, avant tout, dresser le catalogue le plus grand possible de catégories ; il faut partir de toutes celles dont on peut savoir que les hommes se sont servis. On verra alors qu´il y a encore bien des lunes mortes, ou pâles, ou obscures, au firmament de la raison." »

  • Quels points communs existent-ils entre un tableau de Poussin, un opéra de Rameau et les textes de Diderot sur l'art ? Le souci du détail, comme si chaque créateur assemblait des cubes pour donner une forme à l'oeuvre d'art. L'auteur s'attache à nous faire comprendre comment naît le plaisir esthétique, en même temps qu'il nous dévoile son propre goût pour l'oeuvre d'art.Au cours d'une longue existence, l'auteur a regardé beaucoup de tableaux, écouté beaucoup de musique, lu beaucoup de livres, parmi lesquels il lui est apparu que certaines oeuvres se singularisaient. Ce ne sont pas les seules qu'il admire : entre elles pourtant, dans son esprit, un réseau de correspondances se tisse.
    Il cherche ce que ces oeuvres peuvent avoir de commun. Elles ne se ressemblent pas, mais, pour les comprendre, sa pensée se sent contrainte à suivre le même cheminement. A propos d'oeuvres d'art exemplaires, c'est donc sa façon de penser l'art que l'auteur entreprend d'explorer.
    Ecrit sur le ton de la conversation, ce livre ouvre dans la peinture, la musique, la littérature des perspectives qui se croisent et se recroisent. Des réflexions sur Poussin et sur Ingres s'entrelacent à d'autres sur l'écoute musicale telle qu'elle a évolué depuis Rameau. Les idées de Diderot et de Rousseau sur les beaux-arts sont comparées à celles d'un musicologue presque oublié, leur contemporain, dont les thèses anticipent la linguistique structurale. Plus près de nous, l'analyse et l'interprétation d'un célèbre sonnet de Rimbaud précèdent deux notes inédites sur les mêmes thèmes, échangés il y a un demi-siècle avec André Breton.

  • L'ouvrage fondateur de la pensée de Lévi-Strauss La science des mythes, tel eût pu être le titre de ce livre, si l'auteur n'avait été ramené à des prétentions plus modestes par le sentiment que, sur la voie qu'il a essayé d'ouvrir, tout ou presque tout reste à faire avant qu'on ait le droit de parier de science véritable. Car si, comme on l'espère, la connaissance de l'homme marque ici quelques progrès, ceux-ci ne tiennent à rien d'autre qu'une attitude résolue d'humilité devant l'objet, qui, pour la première fois peut-être, a permis de prendre complètement les mythes " au sérieux ". De l'analyse scrupuleuse d'un mythe, s'amplifiant jusqu'à englober la majeure partie des mythes de l'Amérique tropicale, il résulte en effet que, même là où l'esprit humain semble le plus libre de s'abandonner à sa spontanéité créatrice, il n'existe, dans le choix qu'il fait des images, dans la manière dont il les associe, les oppose ou les enchaîne, nul désordre et nulle fantaisie. Pas plus, donc, que les sciences physiques ne peuvent ménager une place à l'arbitraire dans les oeuvres de la nature, pas plus, si l'homme doit devenir un jour objet de connaissance scientifique, il ne saurait y avoir de l'arbitraire dans les oeuvres de l'esprit. On ne se dispose pas, pour autant, à réduire la pensée au déroulement mécanique de quelques opérations abstraites, dans le produit desquelles l'homme ne se reconnaîtrait plus. Par son titre d'inspiration culinaire, ce livre se réfère aux exigences du corps, et aux rapports élémentaires que l'homme entretient avec le monde. Par sa construction musicale, qui lui donne l'allure d'un vaste oratorio dont les parties évoquent tour à tour le thème et les variations, la sonate, la fugue, la cantate et la symphonie, il rapproche les démarches de la pensée mythique de celles de la musique qui, de tous les beaux-arts, est celui qui ressemble le plus à une science, tout en étant la source d'émotions incomparables. Il ne s'agit donc pas d'appauvrir, d'exclure ou de morceler, mais, au contraire, d'intégrer tous les aspects de la connaissance de l'homme dans un effort d'élucidation qui serait condamné d'avance s'il ne procédait du respect. En sorte qu'à partir de l'opposition, triviale en apparence, du cru et du cuit, on verra d'abord se déployer la puissance logique d'une mythologie de la cuisine, conçue par des tribus sud-américaines où l'auteur a pris ses exemples parce qu'il a vécu dans leur intimité ; puis émerger certaines propriétés générales de la pensée mythique, où se trouve en germe une philosophie de la société et de l'esprit.

  • Que peut-il y avoir de commun entre un oiseau insectivore, l'art de la poterie, et la jalousie conjugale ?
    Entre les spéculations des sauvages et celles des psychanalystes ? Entre une tragédie de Sophocle et une comédie de Labiche ? Et que signifie au juste le verbe " signifier " ?
    Telles sont les questions auxquelles un parcours plein de fantaisie à travers les mythes des deux Amériques permet d'offrir quelques réponses.

  • Ecrits entre 1945 et 1957, les textes rassemblés dans ce volume et devenus difficilement accessibles jettent les fondations de l'anthropologie structurale à laquelle le nom de l'auteur est lié.
    L'introduction dissipe un malentendu initial en montrant que l'ethnologie et l'histoire, même dite événementielle, loin de s'opposer, doivent se prêter un appui mutuel; ce que, depuis, les succès de l'anthropologie historique ont amplement attesté.
    L'étude des sociétés amérindiennes, objet de la deuxième partie, le confirme. L'analyse structurale de leurs coutumes, et de leurs institutions anticipe des découvertes archéologiques récentes, d'où ressort que les peuples amazoniens ne furent pas les primitifs qu'on croyait voir en eux.
    Dans une première partie, l'auteur avait aussi fait voir par des exemples concrets comment ses réflexions sur les rapports de l'anthropologie avec la linguistique et la psychologie l'ont conduit à poser les principes de l'analyse structurale des mythes, qui allait occuper une grande place dans ses travaux. Une troisième partie élargit cette perspective pour y inclure l'art.
    Enfin une quatrième partie, d'esprit plus méthodologique, envisage la place de l'anthropologie dans l'ensemble des sciences sociales et les problèmes posés par son enseignement.
    A côté des aspects de la réalité sociale si complexes que l'observateur doit se contenter de les décrire, et que l'anthropologie structurale ne songe pas à nier, on constate ainsi qu'il en existe d'autres où la comparaison permet de dégager des relations invariantes. En s'attachant surtout à eux, on espère mieux comprnedre l'homme et introduire dans son étude un peu plus de rigueur.

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