Claudine Haroche

  • L'approche adoptée par l'auteur se situe dans la lignée de celle de Max Weber quand il établit l'existence de continuités entre les conduites, les habitudes, les usages et le droit. Cl. Haroche s'attache à élucider les fondements de la "retenue", à saisir la nature de ses exigences, c'est-à-dire des formes qui structurent des manières d'être et de se conduire en société. Certains comportements de l'individualisme contemporain s'en trouvent ainsi éclairés. Cette question, au coeur des préoccupations des sociologues fondateurs, Simmel ou Mauss, est reprise dans les travaux de Georges Balandier, qui discerne l'effacement, voire la disparition des catégories anciennes, de Zigmunt Bauman, qui insiste sur la déterritorialisation des formes de vie dans la fluidité de la mondialisation, ou encore de Pierre Legendre, qui pressent une menace de régression dans une indifférenciation générale.

  • La visibilité est un terme qui revient aujourd'hui de façon récurrente dans le débat public. Pas une réunion en entreprise, privée ou publique, à l'université ou dans les organismes sociaux qui ne se préoccupe désormais de rendre visible l'action menée ou ne se montre consciente de la nécessité de se rendre visible, de façon à capter l'attention. Pas un parti politique, un responsable qui ne s'en soucie de manière lancinante et continue. L'ensemble des pratiques sociales connaissent à présent les tyrannies de la médiatisation permanente. Pourquoi et comment l'exigence de visibilité a-t-elle pris une telle ampleur aujourd'hui dans notre société ? Quelles en sont les manifestations et les conséquences à différents niveaux, celui de la société dans son ensemble, celui du travail, de la vie politique, de la façon de communiquer, celui du rapport à soi et du vécu individuel de chacun ? Nicole Aubert est professeur à ESCP Europe et membre du Laboratoire de changement social de l'université Paris 7. Claudine Haroche est directeur de recherches au CNRS

  • Dispositif contribuant à mettre en scène le pouvoir, le protocole constitue un objet de réflexion fondamental pour le politique. Quelles que soient leurs traditions culturelles et nationales, les gouvernants ont recours à l'apparat pour renforcer leur légitimité. Mode de répartition des corps dans l'espace, le protocole classe, partage, hiérarchise, rassemble, agrège, institue. Il instaure et préserve ainsi un ordre qu'il rend visible. La réflexion entreprise ici relève de l'anthropologique, du sociologique, de l'historique, du juridique et du politique. On s'intéresse aussi bien aux monarchies d'Ancien Régime qu'aux démocraties contemporaines, aux régimes autoritaires, fasciste qu'aux expériences des régimes théocratiques.

  • A la suite de Freud, Reich, Fromm, Marcuse, ou encore Mitscherlich, les auteurs, à leur tour, s'interrogent sur les racines du mal, de la violence, de la destructivité qui exercent en profondeur une activité souvent indiscernable dans des sociétés hâtivement perçues comme relativement consensuelles et pacifiées. Dans un dialogue qui se réfère à la sociologie, la politique, la psychologie, la psychanalyse, ils se demandent si nos sociétés démocratiques ne sont pas devenues malades, et s'il n'est pas pertinent de parler plus généralement d'une pathologie des sociétés civilisées.

  • L'esprit de corps fait depuis longtemps partie du vocabulaire courant mais reste difficile à cerner. Il relève des processus de socialisation qui déterminent tous les groupes humains, il assure d'une certaine cohérence l'idée d'institutionnalisation et à l'inverse est perçu comme à l'origine d'un possible dévoiement du sentiment d'identité professionnelle ou sociale. ce travail collectif met à jour les origines, les ambiguïtés et les modes de fonctionnement de l'esprit de corps.

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