Dominique Schnapper

  • Les nations démocratiques se sont constituées en agrégeant des groupes divers, pré-nationaux, et en élaborant un espace public commun à tous - la communauté des citoyens. Pour ce faire, il convenait de transcender par le civisme les affiliations historiques, religieuses et culturelles - qu'on regroupe sous le terme d'« ethniques » - des individus et des groupes réunis dans la nation. Pour autant, les fidélités particulières qui caractérisent les individus historiques ne disparurent pas. S'agit-il d'une faiblesse ou d'une vertu de la démocratie ?
    Le destin des juifs, minoritaires, nous éclaire sur la construction de la nation moderne et sur le projet démocratique, ses vertus, ses contraintes et ses dévoiements.
    C'est l'histoire de la sortie du monde traditionnel par l'émancipation et la promesse de la modernité citoyenne, puis de la trahison de cette promesse. Elle révèle la tension entre un monde nouveau, tourné vers l'avenir et fondé sur l'innovation scientifique et politique, d'une part, et la transmission et la réinterprétation de la tradition, de l'autre. S'affichent alors les limites de l'intériorisation du civisme et de ses exigences par les individus, ainsi que la fragilité intrinsèque du projet démocratique.

  • Il y a un malaise dans la démocratie. Jamais cependant les sociétés n'ont été aussi libres, aussi tolérantes et aussi riches, n'ont assuré plus de libertés, plus de bien-être matériel à leurs membres et n'ont été moins inégalitaires.
    Dominique Schnapper, poursuivant sa réflexion sur la dynamique démocratique et ses vertus dont nous profitons sans en prendre toujours conscience tant elles nous paraissent naturelles, analyse ici ses dévoiements possibles, susceptibles de remettre en question les grands principes qui la fondent - des dévoiements portés par l'ambition de dépasser toutes les limites, nés de l'intérieur de la vie sociale et dans son prolongement. Il suffirait de donner à chaque principe son sens plein, en allant au bout de sa logique, jusqu'à l'excès qui risque de le déformer.
    La démocratie ne peut que se trahir elle-même, incapable d'être à la hauteur de ses ambitions. Il importe donc de saisir le moment où cet écart entre les aspirations des individus et la réalité des pratiques sociales finirait par remettre en question le sens même de l'ordre démocratique. Ainsi, la forme moderne de l'hubris ne serait-elle pas le rêve d'échapper aux contraintes biologiques et sociales de la condition humaine, nourri par les avancées remarquables de la science et par la puissance de l'aspiration démocratique?

  • « Démocratie providentielle », « démocratie extrême », les notions forgées par Dominique Schnapper, une des grandes voix de la pensée politique française, sont passées dans le langage courant. Elle revient dans ce livre sur les thèmes qui sont aujourd'hui au coeur du débat public : le malaise des populations immigrées, le chômage, la place de l'islam, le rapport à la République et à la nation. Comment penser la démocratie en France ? Comment fonder des liens entre les individus et les groupes, afin qu'un avenir commun puisse être envisagé ? Loin des idéologues de l'identité comme des défenseurs du multiculturalisme, Dominique Schnapper analyse patiemment ce qui permet la relation à l'autre et donne du sens à la citoyenneté. Racisme, laïcité, remise en cause des institutions, intégration, judaïsme, individualisme et communauté, droits des minorités, aucune question n'est éludée et toutes sont abordées avec la même rigueur scientifique et morale. Dominique Schnapper, fille de Raymond Aron, est directrice d'étude à l'EHESS, membre honoraire du Conseil constitutionnel, auteur de nombreux ouvrages sur la citoyenneté et la démocratie, dont notamment Diasporas et nations (avec Chantal Bordes-Benayoun) et Travailler et aimer. 

  • 2001 : Dominique Schnapper, pour l'importance et la qualité de ses travaux sur la République et la démocratie, est nommée au Conseil constitutionnel. Étrangcre au sérail politique d'ou sont traditionnellement issus tous les membres, elle est la premicre sociologue dans l'histoire de l'institution.
    Neuf ans durant, elle tient le journal de cette expérience unique : nulle révélation sur les hommes du Conseil, ni sur le secret des délibérations, mais une réflexion sans pareille sur le fonctionnement de notre démocratie.
    On pourrait croire, en effet, que le Conseil est l'institution supreme. Créé en 1958, il rompt avec la tradition française puisqu'il doit contrôler l'activité parlementaire au nom du respect de la Constitution alors que les Assemblées avaient toujours été souveraines. Toutefois, la place protocolaire médiocre des conseillers rappelle la réticence de De Gaulle ´r créer cette instance de validation ultime de la constitutionnalité du pouvoir dans son exercice.
    C'est petit ´r petit, sans éclats et avec ténacité, que le Conseil s'est imposé, notamment par la continuité de son action assurée par le secrétariat général et fondée sur la référence ´r la jurisprudence, ce corpus des décisions antérieures constitué et rappelé par le service des juristes, qui préparent les dossiers pour les conseillers. Ainsi le Conseil peut fonctionner malgré l'extreme diversité de la culture juridique et constitutionnaliste de ses membres.
    Des sociologues se sont faits boxeur, vagabond ou joueur de poker, afin d'oberver de l'intérieur un milieu particulier : c'est la sociologie participante. Dominique Schnapper, au cours de sa mandature, a été l'une des neuf voix qui décidcrent de la constitutionnalité de nos lois. Elle a en cela inventé une sorte de participation sociologique.

  • Les juifs furent longtemps des patriotes ardents. Ceux qui, dans le passé, se désignaient eux-mêmes comme des « israélites » s'étaient toujours comportés comme des citoyens modèles, affirmant haut et fort leur patriotisme et réinterprétant le judaïsme sur un mode essentiellement spirituel. Aujourd'hui, la République s'affaiblit, l'antisémitisme de l'extrême-gauche rejoint l'antisémitisme traditionnel de l'extrême-droite, l'insécurité grandit. Comment les juifs réagissent-ils ? Assiste-t-on à l'émergence d'une nouvelle condition juive en France ? C'est à ces questions qu'une enquête par questionnaires réalisée auprès d'un échantillon de la population juive à Strasbourg, Toulouse et dans la région parisienne, apporte des réponses objectives. Mais l'analyse de la situation actuelle ne peut négliger la réflexion plus large, à la fois historique et sociologique, sur les transformations actuelles des rapports entre les identités ethnico-religieuses et la citoyenneté. L'exemple des juifs peut aussi être un révélateur. Doit-on voir dans les inquiétudes de tous et dans la tentation du repli sur soi d'une partie des juifs le signe d'une « ethnicisation » ou d'une « communautarisation » croissante de la société démocratique ? Cette enquête montre pourtant qu'entre la tentation de vivre entre soi et celle d'intervenir en tant que juifs dans l'espace public, la majorité des juifs français tente d'élaborer ce qu'on peut appeler un « nouvel israélitisme ».

  • « La compréhension sociologique se donne pour ambition de substituer à l'incohérence du monde humain des images intellectuelles, des relations intelligibles ou, en d'autres termes, de remplacer la diversité et la confusion du réel par un ensemble intelligible, cohérent et rationnel. Ce projet implique de prendre en compte le sens que les individus donnent à leur conduite, ce par quoi ils sont véritablement humains. »
    Publié précédemment dans la collection « Le lien social », dirigée par Serge Paugam, cet ouvrage, considérablement remanié et actualisé, a été conçu par son auteur comme un manuel. C'est également une initiation, une introduction généreuse, intelligente et critique à une discipline dont l'enjeu est de « montrer qu'il ne s'agit pas de comprendre les conduites des hommes de manière intuitive et sympathique, mais de les rendre intelligibles dans un projet de connaissance intellectuelle et rationnelle. » Fondé sur un travail de chercheur et d'enseignante, une confrontation avec les auteurs du passé et du présent, une conception de la pratique de l'analyse typologique, instrument privilégié de la démarche sociologique, il veut contribuer à expliciter les malentendus, encourager la rigueur et maintenir « la voie étroite entre le scientisme et l'essayisme » dans une discipline dont le projet intellectuel est de rendre lisibles les relations entre les hommes.

  • Du rendez-vous mythique de l'an 2000 au séisme des présidentielles de 2002, voici la première grande chronique de notre entrée dans un siècle nouveau. Une chronique qui embrasse le 11 septembre comme les jeux Olympiques, les hécatombes routières comme les 35 heures, les guerres lointaines comme les simples bonheurs. Une chronique qui, racontant les médias et la politique, la misère et les fêtes, les femmes et les hommes, nous raconte à nous-mêmes. En éclairant le temps qui passe d'une lucidité sans faille, en réveillant la proche mémoire d'une plume aiguë ou savoureuse, en liant l'émotion et l'analyse, c'est notre monde présent que dessine Dominique Schnapper.

  • Dénoncées par certains penseurs radicaux, les grandes entreprises transformées par la mondialisation et les excès de la finance seraient un danger mortel pour la démocratie. Pour d'autres, elles devraient au contraire protéger les populations, contribuer au financement de la solidarité, lutter contre le changement climatique... Bref, être le lieu où s'élabore le bien commun et où se prennent les décisions pour la collectivité. Soumise à l'impératif de la rentabilité, l'entreprise peut-elle et devrait-elle devenir le lieu privilégié de l'action politique ? C'est la question à laquelle répond ce livre éclairant, qui ne cède ni à la tentation de la dénonciation ni à celle de la complaisance. Avec une thèse forte : la place et le rôle de l'entreprise dans notre société sont la grande question de la démocratie du XXIe siècle. Il faut repenser l'entreprise pour sauver la démocratie. Dominique Schnapper est sociologue, membre honoraire du Conseil constitutionnel. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages sur la citoyenneté et la démocratie. Alain Schnapper a travaillé pendant trente ans dans le conseil, l'industrie et la distribution. Depuis 2018, il mène des activités de conseil auprès de directions générales et de chercheur comme praticien associé à la chaire « Théorie de l'entreprise-Modèle de gouvernance et création collective » de Mines ParisTech-Université PSL.

  • L'antisémitisme réapparaît chaque fois qu'une société est fragilisée, dans son économie comme dans ses institutions politiques. Il est la maladie de nos sociétés démocratiques : il vise à en saper les fondements, à nier l'unité que la république entend instaurer entre les citoyens. De l'assassinat d'Ilan Halimi aux attentats de l'Hyper Cacher, en passant par les meurtres perpétrés par Mohamed Merah contre des enfants, ces actes de violence antisémite ont annoncé les attaques terroristes qui ont plus tard ensanglanté la France. Quelles réponses y apporter ? Comment s'en prémunir ? Le punir ou le prévenir ? Quelles raisons peuvent en effet expliquer la montée de l'intolérance et la remise en cause des principes républicains ? C'est à ces questions que s'attache cet ouvrage, qui réunit historiens et philosophes, mais aussi acteurs de terrain. À travers la question de l'antisémitisme, c'est une analyse de la situation actuelle de la France qui est ainsi donnée. Dominique Schnapper est membre honoraire du Conseil constitutionnel, auteur notamment de Travailler et aimer. Paul Salmona est directeur du Musée d'art et d'histoire du judaïsme. Perrine Simon-Nahum est philosophe et directrice de recherches au CNRS. Avec les contributions de Joëlle Allouche-Benayoun, Dan Arbib, Georges Bensoussan, Jean-Yves Camus, Danielle Cohen-Levinas, Emmanuel Debono, Vincent Duclert, Steven Englund, Bernard Godard, Valérie Igounet, Günther Jikeli, Laurent Joly, Marc de Launay, Jean-Pierre Obin, Philippe Oriol, Mgr Pierre d'Ornellas, Philippe Raynaud, Carole Reynaud- Paligot, Jean-Pierre Winter, Paul Zawadzki. 

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