Frédéric Boily

  • A l'aube de l'élection générale de 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) semble en mesure de sortir de sa situation de tiers parti. A défaut de former le gouvernement, elle pourrait aussi devenir l'opposition officielle. Or, fréquemment décrite comme de centre droite, la CAQ demeure une formation politique dont de nombreux aspects restent inconnus.

    C'est pourquoi cet ouvrage propose une radioscopie de l'idéologie avancée par la formation menée par François Legault. Symptomatique des changements affectant l'évolution de la politique québécoise depuis les années 2000, la CAQ est un parti qui propose des orientations politiques qui l'inscrivent dans l'univers de la droite politique, mais qui sont modérées par une dose d'étatisme. Cet examen permettra également de revenir sur l'évolution du parti quant à ses positions sur les questions nationales et identitaires, tout en examinant celle, controversée, du populisme qui rejaillit fréquemment pour caractériser le parti.

  • Quarante pour-cent des Européens refusent d'avoir des Roms comme voisins, alors que 80 % de ceux-ci n'entretiennent pas de contact direct avec eux. Cette étude observe les mécanismes de construction des attitudes envers les Roms. Elle analyse la production de ces attitudes au sein de deux milieux similaires, mais où les politiques d'intégration locales envers les Roms divergent, résultant en des conditions des contacts intergroupes différentes. Cette analyse part des postulats théoriques selon lesquels l'intégration des migrants est un enjeu d'action publique locale et que des interactions sociales de qualité structurent les attitudes des uns par rapport aux autres. À partir d'entrevues semi-dirigées réalisées dans les communes françaises de La Courneuve et d'Ivry-sur-Seine, quatre théories sont testées : la théorie du contact, l'effet halo, l'effet des politiques municipales et l'influence des médias. Il en ressort que la mise en oeuvre de politiques municipales en faveur de l'intégration des Roms permet d'améliorer leurs conditions de vie et ainsi de déconstruire des préjugés imputables à leur situation de précarité. Par ailleurs, l'analyse illustre la manière dont les médias activent, entretiennent ou consolident la façon de percevoir les Roms.

  • Dans les jours qui ont suivi la victoire libérale du 19 octobre 2015, une sorte d'euphorie médiatique balayait le Canada. Les résultats apparaissaient aux yeux de plusieurs observateurs comme un nouveau départ après une (trop) longue parenthèse conservatrice.
    Au-delà des slogans maintes fois répétés, il est nécessaire de s'interroger plus sérieusement sur les actions du gouvernement libéral à l'aune de trois années de gouvernance et de se demander dans quelle mesure les grandes attentes suscitées par l'élection du gouvernement libéral en octobre 2015 ont porté leurs fruits ou non. Les « voies ensoleillées », autre slogan libéral, ont-elles été aussi illuminées que les libéraux le promettaient après leur victoire ?
    Extrait de la postface de l'auteur

  • À l'époque contemporaine, la mort et le fanatisme - qu'il soit de droite ou de gauche - continuent à entretenir des rapports étroits. Même si le sens initial de la notion de fanatisme était dépourvu de malveillance, une réprobation s'attache depuis le xviiie siècle « à la défense intransigeante et outrancière d'une communauté, d'un parti, d'une idée, d'une opinion » (Vaneigem, en ligne). Le Dictionnaire philosophique portatif, publié par Voltaire en 1764, présente un article qui associe le fanatisme à la religion. Cette dernière n'en aura cependant pas le monopole. Les idéologies totalitaires fasciste, nazie et communiste, les deux guerres mondiales et les pratiques mortifères des États autoritaires fanatiques au xxe siècle en sont des exemples tragiques. Pourtant, depuis les années 1970 et surtout depuis le 11 septembre 2001, c'est l'internationalisation du fanatisme religieux, surtout pratiquée par des groupes transnationaux comme al-Qaida et, plus récemment, Daech[1] qui domine. L'énorme fréquence de la « mort sanctifiée », souvent sous ses formes suicidaires ou kamikazes, a mené à une banalisation de la mort, selon certains spécialistes (Bersay, 2006). Les recherches académiques sur le fanatisme religieux contemporain et la mort (Bramadat et Dawson, 2014; Grenshaw, 2010) divergent toutefois considérablement au sujet des motivations sous-jacentes aux opérations suicidaires, allant des considérations stratégiques aux récompenses spirituelles en passant par l'espoir de provoquer des changements sociopolitiques. Pourtant, aucune étude, à notre connaissance, n'a suggéré que le nihilisme et la pulsion mortifère interviennent dans ces conduites en les considérant comme à la base des désirs ultimes et des sources de motivation des djihadistes, hormis celle d'Olivier Roy. Ce chercheur émérite, spécialiste de l'islam radical, a publié en 2016 un ouvrage intitulé Le djihad et la mort, qui a suscité des débats animés. La section suivante réagit à l'observation de Roy sur la pulsion mortifère djihadiste en mettant l'accent sur les liens entre témoignage, djihad et martyre dans l'islam.

  • Ce texte propose une analyse de certaines dimensions de la pensée de deux auteurs libéraux, Friedrich A. Hayek et Judith N. Shklar, qui ont été rarement analysés ensemble et, parfois même, ont été oubliés, notamment dans le cas de la seconde. Il s'agit de montrer, à partir de la notion de l'inquiétude, que ces deux libéraux illustrent un aspect de la diversité de la pensée libérale, et ce, à partir d'une même appréhension critique à l'égard des capacités de la raison. Or, si Hayek et Shklar s'entendaient sur les profondes limitations de la raison humaine à maîtriser les flux sociaux, nous montrons que ces deux auteurs divergent quant à l'orientation générale qu'ils donnent au libéralisme. Alors que le libéralisme de la peur de Shklar l'amenait à vouloir réconcilier le libéralisme avec un État palliant les injustices subies par les opprimés, celui d'Hayek l'entraînait plutôt à dénoncer les mirages de la justice sociale.

  • Droite et populisme sont des termes populaires aujourd'hui pour décrire l'évolution idéologique de nos démocraties occidentales. Pourtant, il faut se demander à quel point on assiste à une irrésistible « droitisation » et à une « populisation » de la vie politique occidentale dont Donald Trump serait en quelque sorte l'aboutissement. C'est cette interrogation d'ordre général qui est examinée dans cet ouvrage cherchant à montrer la diversité des droites et du populisme. L'ouvrage repose sur l'idée que la droite se retrouve en réalité dans une profonde phase de reconfiguration, travaillée par des tendances contradictoires avec des forces politiques, comme le populisme, qui émergent pendant que d'autres s'effondrent, comme c'est le cas pour plusieurs partis de la droite traditionnelle. Cette conjoncture incertaine fait en sorte que les droites continuent d'être bien présentes, tout en étant à la recherche de nouveaux repères idéologiques.

  • L'Alberta a pris, ces dernières années, une place prépondérante sur la scène politique canadienne. En effet, autant l'exploitation des sables bitumineux que l'élection des conservateurs de Stephen Harper ont remis cette province au coeur des interrogations concernant l'évolution politique et économique du Canada. L'élection provinciale d'avril 2012 a d'ailleurs suscité un intérêt qui a largement dépassé les frontières de la province. Les questions concernant la nature de la droite albertaine se sont retrouvées sur le devant de la scène publique.
    L'ouvrage se propose d'examiner l'évolution de la droite à travers ses expressions du Crédit social de William Aberhart jusqu'à l'élection des conservateurs d'Alison Redford à la tête du gouvernement. On constate alors les différences existant entre le gouvernement de Peter Lougheed et celui de Ralph Klein, le premier étant l'incarnation d'une droite interventionniste, le second, un partisan de la droite néolibérale. Cette tension entre deux types de conservateurs est revenue en force lors de l'élection d'avril 2012 lorsqu'un nouveau parti politique, le Wildrose de Danielle Smith, a voulu terrasser la dynastie du Parti conservateur, mené par Alison Redford. Or, cette dernière a gagné l'élection en se réinscrivant dans l'héritage centriste du gouvernement Lougheed.
    D'autres dimensions fondamentales sont également abordées, notamment celle concernant la façon dont le Québec est perçu en Alberta. Il s'agit de voir comment des événements politiques; comme la crise de la prorogation, ont été présentés à la population albertaine et de détecter, à travers ceux-ci, la perception de l'identité québécoise qui en découle. L'industrie pétrolière ainsi que les stratégies gouvernementales déployées pour contrer la mauvaise image des sables bitumineux à l'étranger se révèlent aussi un objet d'analyse, car aucune province ne se retrouve autant liée à l'exploitation d'une ressource naturelle. L'ouvrage se termine par un examen de la dimension fédérale de la droite albertaine, soit une évaluation du gouvernement conservateur de Stephen Harper, notamment en ce qui a trait à son rapport au réformisme de Preston Manning.

  • Au moment des élections fédérales de 2004 et 2006, plusieurs observateurs se sont mis à évoquer avec plus d'insistance l'influence qu'un groupe d'intellectuels aurait sur la vie politique canadienne. Regroupée au sein de l'Université de Calgary et communément désignée sous le vocable de « Calgary School », cette école jouerait le rôle d'éminence grise auprès du Parti conservateur. Elle agirait comme une sorte de laboratoire d'idées pour les conservateurs de l'Ouest canadien, tout particulièrement auprès de Stephen Harper, ce dernier ayant rencontré ces intellectuels au moment où il a fait ses études, en économie, à Calgary.

    Or, si les analyses avancées jusqu'ici, notamment les commentaires journalistiques, se sont surtout contentées de mettre l'accent sur l'influence, presque occulte, que cette école exercerait, on ne s'est guère soucié de déterminer si ce groupe forme bien une école, et, plus important, d'examiner en profondeur les idées qu'elle véhicule.

    Les auteurs réunis ici cherchent précisément à mieux cerner les idées avancées par les membres de cette école. C'est ainsi que l'accent est mis particulièrement sur les auteurs qui les influencent dans leur façon de voir et de comprendre la politique canadienne. Plusieurs membres de l'école s'inspirent de penseurs qui font partie du panthéon conservateur ainsi que du néolibéralisme, comme l'économiste Friedrich Hayek et le philosophe conservateur Eric Voegelin. En somme, l'ouvrage offre une sorte de portrait intellectuel d'une école qui, bien qu'il soit difficile de déterminer l'influence précise qu'elle exerce sur le gouvernement conservateur, se révèle importante pour comprendre les transformations récentes du conservatisme canadien ainsi que son évolution future.

  • La question nationale a été centrale dans l'histoire politique canadienne. Le présent ouvrage aborde cette problématique en examinant le discours de divers acteurs (intellectuels et politiciens) dont la présence sur la scène politique et publique se révèle, depuis les années 1960, importante et incontournable. Ces auteurs qui ont marqué les discours nationaux au Canada sont présentés à travers des débats, des controverses et des contextes particuliers qui nous permettent de saisir leur conception de la nation et le nationalisme.

    L'ouvrage cherche à dépasser les frontières habituelles du genre en réunissant des études sur des figures qui ne sont généralement pas examinés dans un même souffle. Outre le nationalisme québécois, les nationalismes canadien-anglais, acadien, autochtone et néo-canadien sont aussi abordés. C'est essentiellement dans cette cohabitation inhabituelle où se retrouvent des auteurs comme Will Kymlicka, Preston Manning, Gérard Bouchard ou Michael Ignatieff et Harold Cardinal que le collectif montre sa plus grande originalité et richesse. Rédigé par des spécialistes provenant d'horizons disciplinaires variés, soit l'histoire, la philosophie et la science politique, l'ouvrage offre ainsi au lecteur une variété de perspectives, ce qui lui confère un cachet particulier parmi les travaux consacrés au même sujet dans le cadre canadien.

  • À quel point le conservatisme fait-il partie intégrante de l´histoire québécoise au XXe siècle? On croit généralement que le Québec est radicalement différents des autres collectivités politiques en Amérique du Nord et allergique au conservatisme et à la droite. Au contraire, l´auteur démontre que le conservatisme traverse l´histoire du dernier siècle québécois jusqu´à aujourd´hui et qu´il constitue bien une donnée incontournable de l´histoire politique québécoise.

  • L'arrivée de Justin Trudeau à la tête du Parti libéral du Canada (PLC) a suscité un grand nombre de commentaires de la part d'observateurs qui se demandent s'il pourra ramener son parti au gouvernement. La période actuelle offre ainsi une occasion incontournable pour réfléchir à l'évolution récente de la famille libérale. Or, pour mieux comprendre l'arrivée du fils à la tête d'une formation que son père a si puissamment marquée, il faut revenir au moment où le parti était dirigé par Pierre Elliott Trudeau. Ce retour sur les années 1970 est d'autant plus nécessaire que les comparaisons ont été nombreuses entre le fils et le père. C'est la complexité du libéralisme de Pierre Trudeau, notamment lorsqu'il était premier ministre, qui sera mise en lumière afin d'établir un bilan de ses années de gouvernement.



    Par la suite, l'ouvrage déplace son regard vers les années 1990 lorsque, sous la direction de Jean Chrétien, le PLC est revenu au pouvoir pour trois mandats. Il s'agira d'examiner les orientations idéologiques, plutôt à droite, du PLC et d'insister sur l'efficacité du style politique de Chrétien. Mais nous constaterons que le PLC s'est retrouvé déboussolé idéologiquement après avoir subi trois défaites électorales successives (2006, 2008 et 2011) sous la direction de Paul Martin, Stéphane Dion et Michael Ignatieff. C'est ce qui nous conduira, enfin, à examiner les premiers moments de Justin Trudeau qui tente de redonner une direction politique plus cohérente à sa formation. Nous verrons comment l'équipe libérale entend se repositionner idéologiquement face aux conservateurs dans des dossiers controversés comme celui de l'exploitation pétrolière ou de la question nationale. Nous constaterons alors que les défis qui attendent les libéraux pour leur prochain affrontement électoral en 2015 seront plus difficiles à surmonter qu'il n'y paraît.

  • L'analyse de l'idéologique et du discours avancés par Mario Dumont et l'Actin démocratique du Québec ( ADQ) s'avère nécessaire parce que ce parti n'est pas seulement une étoile filante dans le ciel politique québecois. Il s'agit d'un joueur important, peut-être même appellé un jour à former le gouvernement. De nombreux observateurs de la scène politique québecoise s'entendent pour dire que Mario Dumont et l'Action démocratique du Québec sont populistes. C'est pourquoi l'ADQ est perçue de manière négative particulièrement par certains intellectuels qui la jugent antidémocratique. C'est que le populisme fait peur, puisqu'il fait immédiatement songer à des partis politiques européens, notamment au Front national de Jean-Marie Le Pen. Mais qu'en est-il vraiment du populisme de l'ADQ? En quoi Mario Dumont et son parti sont-ils populistes?

    Dans cet ouvrage, Frédéric Boily distingue deux formes de populisme, l'une protestataire, l'autre identitaire. Le discours adéquiste, au cours de sa courte histoire, a évolué de l'une à l'autre. A la lumière de cette distinction, l'auteur démontre que le message de Mario Dumont constitue bien une protestaion contre un certain type d'Etat, notamment lors de la campagne de 2003, alors que son discours adopte de plus en plus la logique du populisme identitaire en 2007.

  • L'ex-premier ministre Stephen Harper a marqué fortement la vie politique canadienne des 25 dernières années. Son passage au gouvernement a suscité des réactions passionnées qui témoignaient d'un profond désaccord idéologique avec une grande partie de l'électorat qui l'accusait de vouloir changer les institutions canadiennes. C'est précisément la nature de ce désaccord politique et idéologique que cet ouvrage se propose d'explorer. Il s'agit d'abord de revenir sur les racines intellectuelles de sa pensée, forgée avant même qu'il ne devienne chef des conservateurs, afin de définir sa vision politique du Canada. C'est ainsi que nous examinons la conception de l'Etat que le chef conservateur a voulu mettre en pratique au moment où il se trouvait, de 2006 à 2015, à la tête du gouvernement fédéral. Enfin, nous revenons plus en détail sur sa conception du fédéralisme et de l'identité nationale canadienne et sur ses tentatives de se réconcilier, maladroitement, avec une partie de la classe politique québécoise.

  • Personnage incontournable de la scène politique canadienne de 1867, John A. Macdonald a été le chef incontesté du parti qui a dominé presque sans interruption jusqu'en 1896. Il était perçu comme un premier ministre préoccupé surtout de remporter les élections et plusieurs émettent un jugement négatif sur sa carrière, notamment en dénonçant les indéniables côtés sombres du personnage. C'est ainsi qu'on a eu tendance à faire l'économie d'un examen plus approfondi de ses idées. Cet ouvrage analyse Macdonald à la lumière de la modération. Cette notion servira de fil conducteur pour le situer idéologiquement et examiner ses positions sur le fédéralisme, le nationalisme ainsi que son rapport avec le Québec. Au total, c'est la manière même dont il envisageait la démocratie canadienne de la fin du xixe siècle qui s'en trouve mieux comprise.

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